Histoire de la Nubie

Discussion dans 'Bibliothèque Wladbladi' créé par titegazelle, 12 Novembre 2008.

  1. titegazelle

    titegazelle سُبحَانَ اللّهِ وَ بِحَمْدِهِ Membre du personnel

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    HISTOIRE DE LA NUBIE


    Le Néolithique
    C'est vers le milieu du Ve millénaire que le Soudan central entre dans l'âge néolithique en deux phases successives : le "néolithique de Khartoum" avec les sites de Kadero et d'es-Shaheinab puis le "néolithique d'El-Kadada", du nom d'une localité située à 180 kilomètres en aval de Khartoum.
    En Nubie, entre la première et la quatrième cataracte, le site de Kadruka révèle un mode de vie plus archaïque.
    La population vivait de chasse et de pêche, pratiquait l'élevage du petit et du gros bétail et commençait probablement à développer l'agriculture.
    La variété et la très haute qualité de la céramique découverte sur ces sites témoignent d'un art abouti, d'une technique supérieure aux réalisations de la préhistoire égyptienne tout en lui étant antérieure de plusieurs siècles.
    Ces objets proviennent principalement des tombes, fosses circulaires ou ovales, où le défunt repose en position foetale, porte bracelets et colliers et est entouré d'un mobilier funéraire varié : vases en terre cuite, armes, ustensiles, outils en pierre, en os ou en coquille et figurines féminines en argile ou en grès.

    Les cultures du Groupe A
    La classification des cultures nubiennes au moyen de lettres de l'alphabet (A, C, X) a été mise en place au début du siècle par l'égyptologue américain George Reisner et est toujours partiellement utilisée aujourd'hui. Le groupe B, qui s'est révélé n'être que la phase finissante de la civilisation du Groupe A et non une culture à part entière, a été supprimé.
    Vers le milieu du IVe millénaire, en Basse Nubie, la culture dite du "Groupe A" s'organise en chefferies et inaugure l'âge du cuivre. Ces populations vivaient dans des huttes rondes, habitations légères, et ensevelissaient leurs morts dans des tombes circulaires surmontées d'un tumulus de terre.
    Très tôt, elles furent soumises à l'influence de l'Égypte prédynastique avec laquelle elles entretenaient des relations commerciales, acheminant depuis l'Afrique centrale ou la Mer Rouge, en échange de vases et d'armes, les divers produits exotiques très prisés des Égyptiens : pierres semi-précieuses, ivoire, ébène, encens, peaux d'animaux... Les premières livraisons d'or nubien doivent dater de cette époque. La représentation fréquente du bétail, bovins et ovins, sur la céramique atteste de l'importance de l'élevage nubien, composante importante des échanges commerciaux.
    Vers ~2800, ce foyer culturel disparut de la région pour des raisons toujours ignorées. Peut-être ce dépeuplement progressif est-il dû à de mauvaises conditions climatiques ou à la politique agressive de l'Égypte dans la région.
    En effet, la naissance d'un État unifié va permettre à l'Égypte d'assurer sa suprématie sur les populations moins stables du Groupe A. La première indication d'opération militaire date du roi Aha (Ire dynastie); une troupe égyptienne atteint la Deuxième Cataracte sous Djer et des traces d'entreprises guerrières ont été relevées sous la IIe dynastie.
    Les rapports de l'Égypte avec la Nubie étaient principalement d'ordre économique, la région étant surtout convoitée pour son or. Le nom même de la Nubie provient d'ailleurs de l'égyptien noub, qui signifie "or".
    Mais l'intérêt du Double Pays pour la Nubie était également de nature stratégique, le pays devant, pour des raisons de sécurité, se garantir des incursions possibles des différentes peuplades nubiennes.

    Le Groupe C
    Sous l'Ancien Empire égyptien commencent les grandes expéditions en Nubie : des campagnes militaires sont organisées, des colons égyptiens s'installent près des centres miniers ou des voies commerciales. Bouhen, au nord de la Deuxième Cataracte, devient, sous Chéphren, un comptoir égyptien. Au-delà de Bouhen, les Égyptiens se limitent à des expéditions commerciales et des voyages d'exploration.
    Durant la Ve dynastie, la démographie de la Basse Nubie retrouve une courbe ascendante. Une culture dite du "Groupe C", population moins docile, s'installe aux mêmes emplacements d'occupation que ceux du Groupe A, entre la Première et la Deuxième Cataracte.
    Profitant de l'affaiblissement de l'Égypte à la fin de l'Ancien Empire, ces populations vont remettre en cause l'hégémonie du Double Pays sur la région, menaçant la sécurité des caravanes et des communautés installées au sud du pays. Ainsi, les colons de Bouhen doivent être évacués.
    En réaction, l'Égypte va tenter d'imposer son autorité à la fois par la diplomatie et par la force des armes. Nous devons les informations les plus significatives pour la fin de l'Ancien Empire aux inscriptions laissées par les gouverneurs d'Éléphantine : Herkhouf relate ses trois expéditions commerciales en Basse Nubie
    Les troubles de la Première Période Intermédiaire détournent les Égyptiens de la Nubie. Par contre, de nombreux Nubiens affluèrent en Égypte pour s'enrôler comme mercenaires au service des forces qui se disputaient le pouvoir.
    La Nubie connut une période d'indépendance jusqu'à ce qu'elle retombe, au début du Moyen Empire, sous le contrôle de l'administration égyptienne.
    La culture du Groupe C produisit une céramique de très haute qualité, ornée de motifs géométriques (zigzags, losanges), de motifs de vannerie tressé ou de quelques représentations figurées.
    Les maisons étaient bâties suivant un plan arrondi et comportaient des fondations de dalles. On a également retrouvé trace de tentes ou de huttes à pilier central. Avec le temps, la structure de l'habitat se complexifie. Certains villages, comme celui situé sur le site de Ouadi es-Seboua, prennent de l'expansion.
    Peut-être sous l'influence égyptienne, une chapelle funéraire s'adjoint aux tombes à tumulus, d'abord rondes puis rectangulaires. Près du corps sont déposés bijoux, armes et figurines de terre cuite à représentation humaine ou animale.

    Le Royaume de Kerma
    Dès le début du Moyen Empire égyptien, les pharaons de la XIIe dynastie vont mener une véritable politique planifiée de colonisation de la Nubie.
    Les armées de Sésostris Ier mettent définitivement le Ouaouat sous contrôle égyptien. Un réseau de forteresses surveille les pistes des carrières et des mines d'or, principalement celle du Ouadi Allaqi, ainsi que les mouvements des caravanes et des nomades potentiellement hostiles.
    Sous Sésostris III, le contrôle égyptien s'intensifie, l'armée pénètre à trois reprises en territoire koushite, la frontière est reportée au sud de la Troisième Cataracte, renforcée par les forteresses de Semna et de Koumma.
    Le rôle premier de ce système défensif est d'enrayer toute tentative d'invasion du premier véritable royaume nubien, celui de la culture de Kerma, appelé Iam en ancien égyptien.

    Située dans la riche plaine du Dongola, en amont de la Troisième Cataracte, Kerma donna son nom à un royaume et à une culture dont l'influence perdura pendant plus d'un millénaire.
    Les archéologues distinguent actuellement quatre grandes périodes :
    La phase pré-Kerma, située entre le Néolithique et le Kerma Ancien (vers 2.800-2.400 a.n.è.)
    Le Kerma Ancien (vers 2.400-2.050 a.n.è)
    Le Kerma Moyen (2.050-1.750 a.n.è)
    Le Kerma Classique (1.750-1.500 a.n.è)

    Le Kerma Ancien
    Cette phase de la civilisation nubienne correspond à l'Ancien Empire et à la Première Période Intermédiaire égyptiens.
    Il est probable que dans un premier temps, avant de s'organiser sous l'autorité des princes de Kerma, ce royaume fut constitué de petits gouvernements de même culture, en grande partie nomades, qui s'échelonnaient tout au long de la vallée entre la Deuxième et la Quatrième Cataracte.
    On trouve déjà trace, à cette époque, de relations commerciales avec les cultures de Groupe C ainsi qu'avec l'Égypte.
    Les principaux indices de cette civilisation proviennent des nécropoles. Les tombes sont de petites fosses surmontées d'un tumulus, de dalles de pierres noires et de galets blancs ou d'une stèle. Le défunt, recouvert d'une peau de bovidé, est enseveli avec son mobilier personnel, ses armes, ses parures et bijoux. Les sacrifices d'animaux sont fréquents : chèvres et moutons sont parfois placés auprès du défunt alors que des bucranes sont déposés en bordure de la fosse.


    Le Kerma Moyen
    Il semble que c'est à cette période que les diverses chefferies locales commencent à se fédérer sous l'autorité du prince de Kerma. La capitale se développe et contrôle les routes commerciales vers l'Afrique orientale et centrale.
    Certaines tombes s'agrandissent afin de recevoir un matériel funéraire plus imposant et plus riche, ce qui laisse deviner une hiérarchisation de la société. Des chapelles sont construites à proximité des sépultures des personnages les plus importants de la communauté.

    Le Kerma Classique
    La culture de Kerma atteint son apogée entre 1750 et 1500 à un moment où l'Égypte, divisée et envahie par une population étrangère, connaît l'une des périodes les plus sombres de son histoire.
    Profitant du retrait égyptien en Basse Nubie, les princes de Kerma vont étendre leur territoire sur près de 1000 kilomètres entre la Première et la Quatrième Cataractes. Ils occupent les anciennes forteresses égyptiennes et passent alliance avec les Hyksôs du Delta du Nil contre les dynastes thébains.
    Kerma va connaître une grande prospérité jusqu'à la réunification de l'Égypte par Khamose, les premiers souverains de la XVIIIe dynastie se tournant alors à nouveau vers la Nubie. Durant cette reconquête, la population nubienne est égyptianisée ou refoulée plus au sud. Sa culture propre semble effacée jusqu'à l'apparition, plusieurs siècles plus tard, d'un nouveau royaume, celui de Napata.
    Durant sa période classique, la ville de Kerma témoigne d'une urbanisation élaborée. Entourée de fortifications, elle comprend des ateliers, des fermes, des constructions rectangulaires en briques, des palais ainsi qu'un vaste quartier religieux dominé par la deffufa (terme nubien désignant un ouvrage fortifié en briques crues) et une hutte de grande taille, probablement une salle d'audience royale. La nécropole est impressionnante. Les tombes princières sont recouvertes d'immenses tumuli pouvant atteindre une centaine de mètres de diamètre. La richesse du mobilier funéraire (vaisselle précieuse, bijoux en or...) témoigne de l'importance du défunt, enseveli selon la tradition nubienne sur un lit funéraire, l'angareb. Alors que les sacrifices d'animaux se raréfient, on a retrouvé dans ces tombes des centaines de sacrifiés humains dont le nombre est un indicateur de la position sociale du mort. Les sépultures des personnes plus modestes sont situées à la périphérie des tombes royales.
    Lorsque l'archéologue George Reisner fouilla, entre 1913 et 1916, le site de Kerma, il émit l'hypothèse que la ville était une sorte d'avant-poste de Double Pays, tant le nombre d'objets égyptiens exhumés de la nécropole était important.
    En fait, sa situation stratégique, au carrefour de l'Afrique profonde, de la Mer Rouge et de l'Égypte, permit à la ville de servir de poste de transit aux marchandises provenant du Sud et de l'Est.
    Les contacts commerciaux et militaires marquèrent de leur influence la civilisation de Haute Nubie, notamment au niveau de la religion et de l'organisation politique, et donnèrent à ses princes un goût prononcé pour les produits de la Terre des pharaons.
    Il n'en reste pas moins que la céramique locale avec ses vases aux formes élégantes, aux décors en reliefs et aux parois très fines, atteignit à cette époque un très haut degré de perfection.

    La domination égyptienne
    Dès le début du Nouvel Empire égyptien les pharaons vont s'employer à établir définitivement leur suprématie sur le Ouaouat et le Koush. Ils n'ont pas oublié l'alliance koushite avec les Hyksôs et savent que la région représente une menace politique et économique qui pourrait constituer un obstacle à l'hégémonie égyptienne.
    Les campagnes d'Amosis, qui fait de Saï un centre important, et celles d'Amenhotep Ier repoussent la frontière plus loin que ne l'avaient fait les rois du Moyen Empire. Thoutmosis Ier contrôle la région jusqu'à la Troisième Cataracte et établit une forteresse à Tombos, à moins de trente kilomètres de Kerma où il fait placer une stèle.
    Ces expéditions portent un coup très dur au royaume de Kerma qui s'éteint progressivement.
    Thoutmosis II écrase la rébellion d'un chef de la région nord de Koush. Sous la corégence d'Hatchepsout et de Thoutmosis III, les tentatives de résistance koushites semblent définitivement écrasées.
    Lors d'une campagne de Thoutmosis III au coeur de Koush, bien au-delà de Kerma, en l'an 47, le roi fait élever une stèle de granit dans le Djebel Barkal près de la Quatrième Cataracte. Amenhotep II fonde non loin une ville, à Napata. Ce lieu représente sans doute la limite la plus méridionale du contrôle égyptien sur la vallée du Nil.
    Les constructions pharaoniquesAmenhotep III construit beaucoup en Nubie. L'ensemble le plus impressionnant est le temple de Soleb, en aval de la Troisième Cataracte, érigé à l'occasion de la célébration de la première fête-sed en l'an 30. C'est de ce sanctuaire que proviennent les sculptures monumentales de béliers et de la divinité serpent de Napata, transportées ultérieurement par un roi koushite.
    À une quinzaine de kilomètres au Nord, a été construit un temple à chapiteaux hathoriques en l'honneur de la Grande Épouse Royale Tiyi. La disposition de ces deux sanctuaires préfigure l'ensemble grandiose creusé par Ramsès II plus de cent ans plus tard à Abou Simbel.
    Tous les pharaons de la XVIIIe dynastie ont déployé une intense activité de bâtisseurs : les anciennes forteresses sont restaurées, de nouvelles sont construites, des comptoirs commerciaux et des cités-sanctuaires attestent de la suprématie de l'Égypte sur la région.
    Sous la XIXe dynastie apparaissent les temples rupestres de Ramsès II dont les plus célèbres sont les deux spéos d'Abou Simbel. Tous ces temples obéissent aux règles traditionnelles de l'architecture égyptienne. Toutefois, l'influence nubienne transparaît : les statues colossales de Ramsès II dans les temples de Gerf Hussein ou en façade d'Abou Simbel ont des proportions plus ramassées que celles des temples égyptiens.
    L'administration du paysPeu d'informations nous sont parvenues sur les cultures nubiennes du Nouvel Empire. La Nubie est définitivement annexée à l'Égypte. Pleinement intégrée à l'administration centrale égyptienne, elle est placée sous le contrôle du "Fils royal (ou vice-roi) de Koush", haut fonctionnaire issu de l'entourage immédiat du pharaon et représentant de celui-ci en Nubie, ayant les mêmes responsabilités que le vizir en Égypte.
    Les chefs indigènes de Ouaouat et, progressivement, ceux de Koush, se voient accorder un statut similaire à celui des hauts fonctionnaires égyptiens. Pour renforcer l'influence égyptienne, les jeunes princes nubiens sont envoyés à la résidence du pharaon où ils sont élevés à la manière égyptienne.
    Sous la XXe dynastie, les difficultés politiques et les troubles intérieurs détournent l'Égypte de la Nubie. Au cours de la Troisième Période Intermédiaire, tout contact semble interrompu. La Nubie retrouve son indépendance.



    A SUIVRE : Empires de Napata et de Méroé
     

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