Histoire de la Soie

Discussion dans 'Bibliothèque Wladbladi' créé par titegazelle, 7 Mars 2013.

  1. titegazelle

    titegazelle سُبحَانَ اللّهِ وَ بِحَمْدِهِ Membre du personnel

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    Histoire de la Soie


    L'histoire de la soie semble débuter, selon les découvertes récentes, en Chine entre 3000 et 2000 ans av. J.-C. (le plus vieux fragment de soie découvert en Chine datant de 2570 av. J-C.). Elle se serait poursuivie ensuite avec trois millénaires d’exclusivité durant lesquels la Chine aurait fait commerce de ce tissu précieux sans jamais en transmettre le secret. L’art de fabriquer la soie se serait ensuite progressivement transmis aux autres civilisations par le biais d'espions de tous genres (moines, princesses ...) aux pillards et aux marchands. Cependant, des découvertes récentes dans la Vallée de l'IndusHarappa et à Chanhu Daro), entre l'Inde et le Pakistan actuels, laissent à penser que la civilisation qui y vivait (-2800 à -1900 avant J.-C.) connaissait et maîtrisait déjà l'usage de la soie.

    Arrivée en Europe occidentale à la fin du Moyen Âge, la production de soie parvient au stade de l'industrialisation à partir du XIX[SUP]e[/SUP] siècle. Puis, elle connaît un grave déclin lié à l’essor rapide de la fabrication dans certains pays d’Asie et aux épidémies qui touchent les vers à soie en France. Elle est finalement redevenue une production essentiellement asiatique.


    Mythes et légendes de l’origine

    [​IMG]
    Silkworm cocoon
    Description : Le cocon du papillon bombyx.
    Fils de soie individuels brillant dans la lumière.
    Date : 18/05/2002
    Source : Photographe: Gerd A.T. meunier
    Droit d'auteur : GNU Free Documentation License
    Ce fichier est disponible selon les termes de la licence
    Creative Commons paternité – partage à l’identique 3.0 (non transposée)
    ____________________________________


    La soie resta si longtemps un mystère que les nombreuses civilisations qui la découvrirent, notamment grâce aux routes de la soie qui parcourent l'Eurasie, inventèrent maintes légendes à son propos.
    Les légendes persanes rendent compte de l'apparition du premier couple de vers à soie, éclos sur le corps de Job, alors attaqué par la vermine.


    Par ailleurs, les écrits de Confucius et la tradition chinoise racontent qu'au XXVII[SUP]e[/SUP] siècle av. J.-C. un cocon de ver à soie serait tombé dans la tasse de thé de l’impératrice Leizu. Voulant l'extraire de sa boisson, la jeune fille de quatorze ans aurait commencé à dérouler le fil du cocon. Elle aurait alors eu l’idée de le tisser. Ayant ensuite observé la vie du bombyx du mûrier sur recommandation de son mari, l'Empereur Jaune Huangdi, elle aurait commencé à enseigner à son entourage l'art de son élevage, la sériciculture. Depuis, la jeune femme reste dans la mythologie chinoise comme déesse de la soie.

    La soie aurait ensuite quitté la Chine vers l'Inde dans la chevelure d’une princesse promise à un prince de Khotan. Cette dernière, refusant de se priver de l’étoffe qu'elle adorait, aurait enfreint l'interdiction impériale d’exportation de vers à soie.

    Si la soie est rapidement exportée vers des pays étrangers, la sériciculture demeure un secret soigneusement conservé par les Chinois. Les autres peuples inventent alors diverses origines à ce tissu merveilleux. Ainsi, plus tard dans l’Antiquité, les Romains, grands admirateurs du tissu, restaient persuadés que les Chinois récupéraient le fil sur les feuilles des arbres. C’est par exemple ce qu’affirmait Pline l'Ancien dans son Histoire naturelle ou Virgile dans les Georgiques.

    L'exclusivité chinoise


    Apparition de la soie

    En fait, il n’est pas possible de dater précisément l’apparition du tissu. Le plus vieux fragment de soie découvert en Chine date de 2570 av. J.-C.. D'autres fragments ont été retrouvés dans les tombes royales de la dynastie des Shang qui régnèrent du XVII[SUP]e[/SUP] au XI[SUP]e[/SUP] siècle av. J.-C., L'exclusivité chinoise de l'usage de la soie semble cependant toute relative. En effet, des découvertes récentes dans la Vallée de l'Indus (à Harappa et à Chanhu daro), entre l'Inde et le Pakistan actuels, laissent à penser que la civilisation qui y vivait (-2800 à -1900 avant J.-C.) connaissait et maîtrisait déjà l'usage de la soie.

    En Chine, l’usage quotidien de la soie ne semble réellement prendre son essor que sous la dynastie des Han, c’est-à-dire deux siècles avant notre ère. À cette époque, la Chine a déjà perdu son secret puisque les Coréens, les Japonais, et plus tard les Indiens, parvinrent à le découvrir. Des allusions au tissu dans l'Ancien Testament montrent qu’il était connu dans l'Ouest de l'Asie aux temps bibliques. Les spécialistes pensent que dès le IIe siècle av. J.-C., les Chinois avaient mis en place un réseau commercial visant à exporter la soie vers l'Occident. Elle était par exemple utilisée par la cour de Perse et son roi Darius III lorsqu'Alexandre le Grand fit la conquête de cet empire.
    Bien que la soie fût diffusée rapidement à travers l'Eurasie, sa production resta pendant trois millénaires l'exclusivité de la Chine (avec l'exception du Japon).


    Usage de la soie dans la Chine antique et médiévale
    En Chine, pays qui concentre l’essentiel de l’usage et de la production, la culture du mûrier et l’élevage des vers à soie sont initialement destinés aux femmes. Des milliers d’entre elles s’y dédient. Bien que certains voient dans le développement du produit un luxe inutile, la soie suscite un réel engouement dans la haute société si bien que le Liji en réglemente l'usage vis-à-vis du protocole impérial. Les paysans n’eurent pas le droit de porter de la soie avant plusieurs siècles et la dynastie des Qing (1644-1911).

    Le port de la soie devient exclusif à la famille impériale et aux plus hauts dignitaires pour environ un millénaire. Puis, progressivement, il s'étend à d'autres classes de la société chinoise. En plus d'être porté, le tissu est souvent destiné à des fins décoratives. Il est, de plus, assez rapidement utilisé dans une optique économique : dans certains instruments de musique, la pêche ou encore les arcs.

    Le papier fut certainement l'une des grandes découvertes de la Chine. Dès le III[SUP]e[/SUP] siècle av. J.-C., on fabrique en Asie des papiers à toute petite échelle avec les matériaux les plus divers. Le papier à écorce de mûriers daterait du II[SUP]e[/SUP] siècle av. J.-C.. La soie, le bambou, le lin, la paille de riz ou de blé furent employés indifféremment. Le papier élaboré avec la soie devient ainsi le premier papier de luxe. On a retrouvé dans la tombe d’une marquise morte vers 168, à Mawangdui (Hunan), des preuves de l'écriture sur soie dès cette époque. Le matériau était certes plus onéreux, mais aussi plus pratique que le bambou. On a ainsi découvert des traités portant sur de nombreuses sciences (météorologie, médecine, astrologie, divination...) ou même des cartes géographiques dont le support était la soie.
    Durant la dynastie des Han, la soie devient progressivement une valeur de luxe pour elle-même et non plus un simple matériau. On l'utilise comme monnaie pour payer les fonctionnaires et récompenser les citoyens particulièrement méritants. Au même titre qu’on estime parfois le prix des produits selon un certain poids en or, la longueur de tissu devient un étalon monétaire en Chine. L'usage de la soie devient si important que «soie» () constitua bientôt une des principales «clés» de l'alphabet chinois (230 des 5 000 caractères les plus fréquents l’utilisent).

    La richesse qu'apporte la soie à la Chine attise la convoitise des peuples voisins. À partir du II[SUP]e[/SUP] siècle av. J.-C., les Xiongnu, ancêtres des Huns, pillent régulièrement, et pendant environ deux siècles et demi, les provinces de l'empire des Han. La soie est alors souvent offerte par l'empereur à ces peuplades en échange de la paix. Pendant plus d'un millénaire, la soie reste le principal cadeau diplomatique de l'empereur de Chine à ses voisins ou à ses vassaux.


    De façon générale, l’usage de la soie répond longtemps en Chine à un code très précis. Les empereurs Tang imposent par exemple aux mandarins l'usage d'une couleur particulière selon leurs différentes fonctions dans la société. Sous les Ming, la soie se décline dans toute une série d'accessoires : mouchoirs, porte-monnaie, ceintures ou encore port d'un morceau d'étoffe brodé renvoyant à l’un des douze animaux réels ou fabuleux. Ces accessoires de mode restent souvent associés à une position particulière ; il y a un bonnet pour le guerrier, un pour le juge, un pour les nobles, d'autres à usage religieux.
    Les femmes de la haute société chinoise respectent elles aussi des pratiques codifiées et font un usage très important de la soie dans leurs vêtements auxquels s’ajoutent d’innombrables motifs. On en a retrouvé des descriptions, comme dans le roman Jin Ping Mei dont l'intrigue est située au XII[SUP]e[/SUP] siècle :

    «Lotus d’or avait une jaquette ouatée de soie de Shandong, à double rabat, ornée d’oies sauvages picorant au milieu des fleurs et des roseaux ; elle était à col droit de satin blanc avec bordure de fleurs, se fermant par des boutons en forme d’abeilles d’or sur chrysanthèmes.»


    La soie chinoise et son commerce
    La soie est rapidement devenue une matière de luxe appréciée des pays étrangers comme l'atteste de nombreuses découvertes. Son commerce est largement antérieur à l'ouverture officielle des routes de la soie par les Chinois. Antériorité attestée par la découverte dans la Vallée des Rois d'une momie égyptienne datée de 1070 av. J.-C. et accompagnée de soie.
    Les Grecs puis les Romains commencent à parler des Seres («soyeux») à partir du IV[SUP]e[/SUP] siècle av. J.-C. pour désigner les habitants d’un royaume lointain, la Chine.
    D’après certains historiens, le premier contact des Romains avec la soie fut celui des légions du gouverneur de Syrie, Licinius Crassus. À la bataille de Carrhes, près de l'Euphrate, les légionnaires furent si surpris par la brillance des bannières de l’armée parthe qu’ils prirent la fuite.


    La route de la soie vers l’Ouest est ouverte par les Chinois à partir du II[SUP]e[/SUP] siècle. La principale part de Pékin pour passer au Sud ou au Nord du désert du Taklamakan, l’un des plus arides du monde, avant de traverser le Pamir. Les caravanes qui empruntent cette voie pour échanger la soie contre d’autres marchandises sont généralement importantes, incluant de 100 à 500 personnes et des chameaux et yaks portant environ 140 kilogrammes de marchandises. Elles rejoignaient Antioche et les côtes de la Méditerranée au bout d’une année. Au Sud, une route secondaire passait par le Yunnan, la Birmanie, puis l'Inde avant de rejoindre celle du Nord.


    Peu après la conquête de l'Égypte en 30 av. J.-C., se met en place un commerce régulier entre les Romains et l’Asie, marqué par l’appétit des Romains pour ce tissu venu d’Extrême-Orient qu’est la soie que leur revendent les Parthes. Cet appétit est si important que le sénat romain décide, en vain, de prohiber le port de la soie, autant pour des raisons économiques que morales. L’importation de la soie chinoise provoque d’importantes sorties d’or vers l’étranger, tandis que les vêtements en soie étaient perçus comme un signe de décadence et d’immoralité.

    «Je peux voir des vêtements de soie, si des tissus qui ne couvrent pas le corps, ni même la décence d’un homme, peuvent être appelés vêtements… De misérables bourres de servantes faites de sorte que l'évidence de l’adultère transparaisse à travers cette fine robe, que son mari ne connaisse pas mieux qu’un étranger le corps de son épouse.»

    Sénèque le Jeune

    Cette critique n’empêche pas la soie de s’imposer à Rome. Vers 380, Ammien Marcellin nous rapporte que «l’usage de la soie, qui était jusqu’alors réservé à la noblesse, s’est étendu à toutes les classes sans distinction, même les plus humbles».

    Durant les grandes invasions, la soie se propage aussi aux peuplades «barbares». À titre d’exemple, le roi wisigoth Alaric I[SUP]er[/SUP] arrive à Rome en 408 et exige environ 4 000 tuniques en soie parmi le tribut d’or et d’argent qui permet à la ville d’être épargnée.


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    Diffusion de la production

    De la Chine vers l'Italie
    Bien que la soie fût connue dans certaines régions d'Europe et dans la plus grande partie de l'Asie, la Chine en conserve le quasi monopole de la production. Celui-ci est défendu par une loi impériale condamnant à mort toute personne tentant d’exporter des vers à soie ou des œufs. Seule une expédition japonaise réussit vers 300 av. J.-C. à ramener du continent quelques œufs et quatre jeunes Chinoises qui devaient enseigner aux Japonaises l'art de la sériciculture. La sériciculture et ses techniques sont ultérieurement plus largement introduites au Japon à l'occasion d'échanges diplomatiques fréquents entre le VII[SUP]e[/SUP] siècle et le VIII[SUP]e[/SUP] siècle.

    Dès le IV[SUP]e[/SUP] siècle av. J.-C. la soie est diffusée vers l'Ouest par les marchands qui l’échangent contre de l'or, de l'ivoire, des chevaux ou des pierres précieuses. Jusqu’aux frontières de l'Empire romain, la soie devient un étalon monétaire servant à estimer les valeurs des différents produits. La Grèce hellénistique apprécie hautement les productions chinoises et cherche à implanter mûriers et vers à soie dans le bassin méditerranéen. La Perse sassanide contrôle quant à elle le commerce des soieries vers l'Europe et Byzance.

    Ce n'est qu'en 552 que l'empereur byzantin Justinien reçoit les premiers œufs de vers à soie que deux moines nestoriens auraient ramenés d'Asie centrale, cachés dans leurs cannes de bambou. Sous leur protection, les œufs deviennent des vers avant qu’ils n’obtiennent des cocons. L’Église de Byzance et l’État créent alors des fabriques impériales visant à développer une industrie de la soie dans l'empire romain d'Orient en suivant des techniques sassanides. Ces «gynécées» jouissent d'un monopole de droit sur les étoffes, mais l'empire continue à importer de la soie d'autres grandes cités de la Méditerranée. La grandeur des techniques byzantines réside moins dans les procédés employés que dans la perfection dans l'exécution et dans la décoration. Les techniques de tissage ont été empruntées à l'Égypte. Le métier à semple paraît faire son apparition, sous une forme encore schématique, au V[SUP]e[/SUP] siècle.

    Les Chinois perdent leur monopole sur les textiles les moins évolués, mais conservent une avance importante dans la confection de tissus de grande qualité qui continuent à affluer à travers l’Asie par les routes de la soie.

    À la même époque, les Perses maîtrisent eux aussi la fabrication de la soie. Envahis par les Arabes au VII[SUP]e[/SUP] siècle, ils leur transmettent leur secret qui s'étend alors avec l'Islam en Afrique et sur quelques autres rives de la Méditerranée, comme en Espagne ou en Sicile, sans que ne s'y développe une très importante industrie.
    Bien plus tard, et à la suite des croisades, la technique de production commence à s'étendre à travers l'Europe occidentale.

    En 1147, tandis que l’empereur Manuel I[SUP]er[/SUP] Comnène est accaparé par la deuxième croisade, le roi normand Roger II de Sicile attaque Corinthe et Thèbes, deux importants centres byzantins de production de la soie, les met à sac et déporte leurs ouvriers à Palerme, donnant essor à l’industrie normande de la soie.

    La prise de Constantinople par les Croisés en 1204 entraîne le déclin de la cité impériale et de ses manufactures et à partir du XIII[SUP]e[/SUP] siècle, l'Italie développe une production domestique après avoir fait venir environ 2 000 tisserands qualifiés de Constantinople, tandis que quelques artisans s'installent à Avignon pour fournir les papes.


    L’épanouissement soudain de l’industrie de la soie à Lucques, à partir des XI[SUP]e[/SUP] et XII[SUP]e[/SUP] siècles, est dû à l’installation de tisserands et de teinturiers juifs et grecs de Sicile ou des villes voisines de l’Italie du sud. L'importation de modèles chinois déclinant fortement avec la perte des comptoirs italiens en Orient, une industrie de tissage s'organise, afin de satisfaire les besoins en produits luxueux de la riche et puissante bourgeoisie. Dépassant dans leur élan le marché intérieur, les villes de Lucques, Gênes, Venise et Florence exportent bientôt vers l'Europe entière. En 1472, il existe à Florence 84 ateliers de tissage de soie et au moins 7 000 métiers.

    Des influences réciproques
    La soie, qui fit la réputation de la technique textile chinoise était obtenue dans toute la région eurasienne, à partir de lépidoptères variés, sauvages ou élevés. Sans doute les chinois commencèrent-ils les premiers à faire des tissus de soie dans la mesure où ils possédaient le meilleur insecte producteur, le Bombyx Mori.
    La littérature chinoise cite une machine à dévider la soie en 1090. Les cocons étaient placés dans un bain d’eau chaude ; la soie sortait par de petits anneaux de guidage et était disposée sur une grande bobine, de façon régulière, grâce à un mouvement de va-et-vient.
    Nous sommes mal renseignés sur les techniques de la filature en Chine. Le rouet, vraisemblablement mû à la main, aurait été connu au début de l’ère chrétienne. La première représentation figurée connue date de 1210. De même, il existe une représentation d’une machine à filer la soie mue par une roue hydraulique datant de 1313.

    Les métiers à tisser nous sont mieux connus. L’album d’agriculture et de tissage, rédigé vers 1210, fournit images et descriptions, surtout pour la soie. La supériorité des métiers à tisser chinois a été souvent évoquée. On en connaît deux types laissant libres les bras de l’ouvrier : le métier à traction peut-être d’origine chinoise et européenne ; le métier à pédalier est, lui, attribué aux Chinois. On en voit des représentations sur les manuscrits des XII[SUP]e[/SUP] siècle et XIII[SUP]e[/SUP] siècle. À les examiner de près, ils offrent des similitudes avec les métiers européens des mêmes époques. On sait que dès l’époque Jin, il existait des tissus de soie damassés et qu’au II[SUP]e[/SUP] siècle av. J.-C., des métiers à quatre lices et davantage permettaient la réalisation de brocarts de soie. Il faudrait comparer les tissus égyptiens, eux aussi de très haute qualité, les tissus byzantins, issus eux-mêmes des techniques égyptiennes, et proposer des chronologies rigoureuses pour déterminer le sens de certains apports qui ont pu être réciproques. Au final, cela permettrait de poser la question rarement soulevée des emprunts de la Chine aux techniques du monde occidental.

    La soie dans le monde médiéval

    - Une matière première plus abondante
    Le haut Moyen Âge avait continué à pratiquer les techniques antiques du textile sans grands changements, ni dans les matières employées, ni dans les outils utilisés. Il semble que, bien timidement, entre le X[SUP]e[/SUP] et le XII[SUP]e[/SUP] siècle se soient produites certaines mutations. Les transformations du XIII[SUP]e[/SUP] siècle sont plus larges et plus profondes. Des textiles nouveaux apparaissent assez tôt : le coton et le chanvre, avec des techniques particulières de préparation, la soie, article d’importation.

    Connue sous l’Empire romain, la soie demeurait un textile rare et cher. Les magnaneries byzantines de Grèce et de Syrie (VI[SUP]e[/SUP] – VIII[SUP]e[/SUP] siècle), celles des Arabes de Sicile et d’Espagne (VIII[SUP]e[/SUP] – X[SUP]e[/SUP] siècle) fournirent une matière première plus abondante.

    - Des évolutions techniques
    Le XIII[SUP]e[/SUP] siècle ajoute à une technique déjà en évolution des mutations considérables, si considérables que l’on est en droit de se demander si, comme en Angleterre au XVIII[SUP]e[/SUP] siècle, l’industrie textile n’a pas joué un rôle moteur dans le progrès technique. Dans ce contexte, le travail de la soie occupa une place particulière.

    Il existe déjà, au début du XIII[SUP]e[/SUP] siècle, une forme primitive du moulinage du fil de soie. En 1221, le dictionnaire de Jean de Garlande, en 1226, le Livre des métiers d’Étienne Boileau énumèrent plusieurs sortes d’instruments qui doivent être des machines à retordre. Il semblerait qu’à Bologne, on assiste au passage à des instruments plus perfectionnés (entre 1270 et 1280). Dès le début du XIV[SUP]e[/SUP] siècle à Lucques, de nombreux documents font allusion à des appareils complexes en usage.

    Le dévidoir, dérivé de l’industrie de la soie, se fait jour sous des formes multiples. Le rouet à caneter se répand : sa première représentation figure sur un vitrail de Chartres. L’ourdissoir à dents remplace l’ourdissoir au mur, allant de pair avec le rouet à bobiner dont des représentations figurent sur le vitrail de Chartres et la fresque de la Kunkelhaus de Cologne (vers 1300). Il est possible que cet ourdissoir à dents soit aussi venu de l’industrie de la soie : il uniformisait l’ourdissage et augmentait la longueur ourdie.

    Dès la fin du XIV[SUP]e[/SUP] siècle, sans doute à cause de la grande crise du milieu de ce siècle, on s'orienta vers des techniques moins coûteuses, utilisant techniques et machines que les règlements antérieurs prohibaient généralement (utilisation de la laine de plus basse qualité, ensimage, cardage, rouet, métiers à plusieurs piés...). Dans le domaine de la soie on assista à l'expansion des filatures hydrauliques et du métier dit de Jean le Calabrais, qui se fait surtout au XV[SUP]e[/SUP] siècle.

    La production française
    Mais les tissus italiens sont extrêmement coûteux, autant en raison de la matière première que des coûts de fabrication. Les artisans italiens s’avéreront incapables de s'adapter aux nouvelles exigences de la mode française, qui réclame des étoffes plus légères et moins chères, essentiellement destinées aux vêtements, de sorte que la production passera progressivement aux mains de leurs voisins. Cependant, les soieries italiennes resteront longtemps parmi les plus prisées, notamment pour l'ameublement et les tentures.

    À l'instar des riches cités-états d’Italie (Venise, Florence, Lucques) qui sont devenues le centre du commerce de tissus précieux à travers l'Europe, la ville de Lyon obtient une fonction similaire à l’échelle de la France. En 1466, le roi Louis XI décide de développer une production nationale à Lyon, mais, face aux protestations des Lyonnais, il déplace finalement la fabrication à Tours. Celle-ci reste relativement marginale. L'objectif était à l'époque de réduire un commerce avec l'Italie qui causait chaque année l'exportation de 400 000 à 500 000 écus d'or.

    C’est sous François I[SUP]er[/SUP], vers 1535, qu’est accordée une charte à deux commerçants, Étienne Turquet et Barthélemy Naris, pour développer la soierie à Lyon. En 1540, le roi accorde le monopole de la production de soie à la ville de Lyon. Dès le XVI[SUP]e[/SUP] siècle, la ville devient la capitale européenne de la soie, produisant notamment des «façonnés» réputés.

    C'est aussi l'époque ou le protestant Olivier de Serres lance sa ferme modèle en Ardèche, le Domaine du Pradel où il introduira la culture du Mûrier pour la matière première, et obtiendra à la fin du siècle d'Henri IV un développement à grande échelle de cette culture avec la plantation de 4 millions de mûriers en Ardèche, Dauphiné et Cévennes. À l'époque, Barthélemy de Laffemas, conseiller économique auprès du Roi, avait calculé que l'achat à l'étranger des étoffes de soie coûtait annuellement six millions d'écus à la France.
    Au sud du département de la Loire, à proximité de Pélussin, la technologie des moulins à soie bolonais est importée par Pierre Benay puis ses trois fils. La famille Benay, protégée des persécutions par le seigneur protestant Jean de Fay, sous le mandat d'Henry III, assurera un approvisionnement abondant et bon marché aux tisserands lyonnais, ce qui permettra de les gagner à la soie.


    Prenant de l’assurance, la production de la ville va peu à peu abandonner les origines orientales pour développer un style propre et coloré mettant en particulier en avant des paysages. Des milliers d’ouvriers, les Canuts, se consacrent à cette industrie florissante. Au milieu du XVII[SUP]e[/SUP] siècle, plus de 14 000 métiers sont utilisés dans la ville et nourrissent environ un tiers de la population.

    En 1666 Jean Hindret fonda de la manufacture du château de Madrid à Neuilly-sur-Seine pour le tissage des bas de soie et introduisit en France le métier à tricoter les bas de William Lee. Trois ans plus tard, sur fond de "révolte de ", le conseil municipal de Lyon le retour en France d'un membre de la famille Benay, pour mécaniser le vidage des cotons, grâce aux "moulins du Piémont".
    La sériciculture connut un large essor en Provence au XVIII[SUP]e[/SUP] siècle et au XIX[SUP]e[/SUP] siècle et perdura jusqu'à la Première Guerre mondiale. Avec Viens, La Bastide-des-Jourdans fut l'une des communes du Luberon qui en tira le plus de bénéfices grâce à des plantations de mûriers aujourd'hui disparues. Le travail à domicile, les opérations de filage et de traitement de la soie occupèrent de nombreuses personnes et offrirent un revenu d'appoint aux paysans.

    Vers d'autres pays
    L'Angleterre d'Henry IV tente elle aussi de développer une industrie de la soie mais n’y parvient pas avant que Louis XIV ne révoque en France l'édit de Nantes (1685) et précipite l'émigration de nombre de tisserands huguenots qualifiés vers l'Angleterre. Certaines villes comme Spitalfields connurent d'excellents ateliers de soieries différents des productions continentales essentiellement par leurs couleurs. Pourtant le climat britannique resta un obstacle à l'essor global de cette industrie.

    Plusieurs tentatives visèrent à implanter la sériciculture dans les colonies américaines, dès 1619 sous le règne de James I d'Angleterre. Toutefois la production ne devint jamais significative. De même, la soie est introduite dans de nombreux pays, et même au Mexique par Cortés dès 1522, mais ne parvient que rarement à susciter l'expansion d'une industrie florissante.



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    L'histoire de la soie vue par les encyclopédistes des Lumières


    Au XVIII[SUP]e[/SUP] siècle, alors que l’élevage du ver à soie et la fabrication du tissu se sont largement développés en France, les encyclopédistes des Lumières nous proposent un article exhaustif sur la soie. L’article «soie» de l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert débute par une courte histoire de la soie, avant d’en décrire toutes les pratiques et techniques. Centré principalement sur la diffusion du tissu en Europe, ce texte nous renseigne sur les connaissances, parfois fausses, de l’époque.

    Début de l'article «soie» dans l'Encyclopédie de Diderot et d'Alembert
    «Les anciens ne connaissaient guère les usages de la soie, ni la manière de la travailler : ils la regardaient comme l'ouvrage d'une sorte d'araignée ou escargot, qui la tirait de ses entrailles, et l'entortillait autour des petites branches des arbres. Ils appelaient cet insecte ser de Seres, nom d'un peuple de Scythie qui le conservait : c'est de-là que la soie même est appelée sericum. Mais le ser a bien peu de ressemblance avec notre bombyx ou ver à soie ; le premier vit cinq années ; mais le dernier meurt tous les ans, après s'être enveloppé dans une coque ou boule jaunâtre, qui, composée de petits fils attachés en rond, fait ce que nous appelons la soie.
    C'est dans l'île de Cos que l'art de façonner la soie a été inventée d'abord [information fausse et incohérente avec le reste de l'article], et on en donne l'honneur à Pamphile fille de Platis. Cette découverte ne fut pas longtemps inconnue aux Romains. On leur apportait la soie de Sérica [de Chine] qui était le lieu où on trouvait les vers qui la produisent. Mais ils étaient si éloignés de tirer avantage de cette découverte, qu'on ne put pas venir à bout de leur faire croire qu'un fil si beau était l'ouvrage d'un ver, et qu'ils formaient là-dessus mille conjectures chimériques.
    Cet entêtement fut cause que la soie fut une marchandise bien rare chez eux pendant plusieurs siècles. On l'achetait même au poids de l'or ; de sorte que Vopisque rapporte que l'empereur Aurélien refusa à l'impératrice son épouse une robe de soie qu'elle lui demandait avec beaucoup d'instance, par la raison qu'elle coûterait trop. Dans la suite, deux moines arrivant des Indes à Constantinople en 555, apportèrent avec eux une grande quantité de vers à soie, avec les instructions nécessaires pour faire éclore les œufs, élever et nourrir les vers, pour en tirer la soie, la filer et la travailler : après quoi on établit pour cela des manufactures à Athènes, à Thèbes et à Corinthe.
    Environ l'an 1130 Roger roi de Sicile établit une manufacture de soie à Palerme et une autre en Calabre, qui furent dirigées par des ouvriers qui faisaient partie du butin qu'il avait remporté d'Athènes, Corinthe, &c. dont ce prince avait fait la conquête dans son expédition de la Terre-sainte. Insensiblement, ajoute Mézeray, le reste de l'Italie et de l'Espagne apprit des Siciliens et des Calabrais la manière de gouverner les vers à soie et de travailler la soie : et à la longue, les Français par droit de voisinage, commencèrent à les imiter un peu avant le règne de François premier.
    Les grands avantages qui revenaient de ces nouvelles manufactures donnèrent envie à Jacques I. roi d'Angleterre de les introduire dans son royaume : il recommanda plusieurs fois du haut de son trône, et engagea ses sujets, dans des termes bien pressants, à planter des mûriers, et pour la nourriture des vers à soie : mais malheureusement cela ne réussit pas. Cependant il paraît par beaucoup d'expériences qu'on trouve dans les Transactions philosophiques et ailleurs, que le ver à soie profite et travaille aussi bien à tous égards dans l'Angleterre, qu'en tout autre endroit de l'Europe.»

    - «Soie», Encyclopédie ou dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers


    La soie depuis la Révolution industrielle

    Les débuts de la Révolution industrielle

    Les débuts de la révolution industrielle sont marqués par l’essor de l’industrie textile qui connue des progrès remarquables, et notamment l’industrie cotonnière en Grande-Bretagne. À cette époque, il existe souvent des distorsions entre les divers stades de la fabrication et qui poussèrent à des innovations complémentaires. Par exemple la filature avait progressé plus vite que le tissage.

    L’industrie de la soie ne profite pas des grandes innovations dans le filage, car la soie est naturellement un fil. La fabrication de brocarts de soie, d'or et d'argent est une opération longue et délicate, chaque coloris du motif doit être introduit par sa propre navette. Au XVII[SUP]e[/SUP] siècle et XVIII[SUP]e[/SUP] siècle, les tentatives de simplification et de rationalisation de la fabrication se succèdent. Pour la soie apparaît la machine à cartes perforées de Bouchon et Falcon et qui fut perfectionnée par Jacques de Vaucanson en 1775. Plus tard Joseph-Marie Jacquard fit la synthèse des métiers de Falcon et Vaucanson : il introduisit le déroulement mécanique du chapelet de rectangles de carton qu'avait imaginé, près d'un siècle avant Falcon. Ainsi à partir de 1801 le travail du tissage des étoffes brodées devient mécanisé. Le mécanisme de sa machine va jusqu’à automatiser la réalisation des dessins grâce à des cartes perforées.

    L’invention est dénoncée par les travailleurs qui l'accusent de provoquer le chômage, mais finit par s’imposer après les améliorations apportées par Jean-Antoine Breton entre 1806 et 1817. En 1834, on compte 2 885 métiers à tisser de ce type dans la ville de Lyon. En 1831, la révolte des Canuts préfigure les grands mouvements ouvriers de la Révolution industrielle. Les Canuts occupent rapidement la ville qui ne fut reprise qu’avec une répression sanglante par l’Armée, conduite par le maréchal Soult. Une seconde révolte conduisit à un échec similaire en 1834.

    Le déclin de la soie européenne
    Aux maladies déjà connues du ver à soie (la grasserie causée par un virus, la flacherie causée par plusieurs virus et bactéries ou encore la muscardine due à un champignon) s'ajoute en 1845 une maladie (nouvelle, au moins en Europe), la pébrine, causée par une microsporidie, «Nosema bombycis». L’épidémie prend de l’ampleur et en 1865, le chimiste Jean-Baptiste Dumas, sénateur et ancien ministre de l'agriculture, confie à Louis Pasteur le soin d'étudier l'épidémie. Pasteur fait adopter un procédé pratique qui vient à bout de la pébrine.

    Toutefois, la persistance de la flacherie, le prix élevé des cocons et la diminution de l’importance de la soie dans l'habit bourgeois du XIX[SUP]e[/SUP] siècle entraînent le déclin de l’industrie de la soie en Europe. L’ouverture du Canal de Suez en 1869 et la pénurie de la production de soie en France, réduisent en Europe le prix de l'importation de la soie venue d'Asie, en particulier de Chine et du Japon qui entame son industrialisation.

    À partir de la Grande dépression (1873-1896) la production lyonnaise s'industrialise totalement et les métiers à bras tendent à disparaître. Finalement au XIX[SUP]e[/SUP] siècle les progrès déterminants de l'industrie textile viendront de la chimie notamment dans le domaine de la teinture : synthèse de l'aniline pour l'élaboration de la mauvéine, de la quinine pour l'indigo. En 1884, le comte Hilaire de Chardonnet invente la soie artificielle et construisit en 1891 une usine affectée à la production de soie artificielle, meilleur marché, qui remplace en partie la soie naturelle.

    La soie aujourd'hui
    À la suite de la crise en Europe, la modernisation de la sériciculture au Japon fait de ce pays le principal producteur mondial. L’Italie parvient à se remettre de la crise, ce qui n'est pas le cas de la France. Les pays d’Asie, jadis exportateurs de matières premières (cocons et soie grège) deviennent progressivement producteurs de produits finis.

    Depuis la Seconde Guerre mondiale, des fibres chimiques comme le nylon ont encore réduit l’usage de la soie dans le monde, mais la soie reste pour l’habillement un produit de luxe très prisé. Avec sa récente ouverture économique, la Chine en est devenue le principal producteur mondial. En 1996, elle produisait 58 000 tonnes (la production mondiale atteignant 81 000 tonnes), suivie par l’Inde (12 384 tonnes), la production japonaise étant devenue marginale (2 579 tonnes). Entre 1995 et 1997, la production chinoise s’est réduite de 40 % dans l’objectif de faire remonter les prix, suscitant depuis des menaces de pénurie.

    La demande mondiale de soie durant les années 1990 reste timide à l’exception de quelques marchés comme l’Inde et la Grande-Bretagne. L’image du produit a souffert des tissus en soie bas de gamme diffusés à travers le monde, avant de s'améliorer progressivement. Pour autant, l’économie de la soie reste largement dépendante de quelques grands pays consommateurs comme l’Inde et le Japon.



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  4. titegazelle

    titegazelle سُبحَانَ اللّهِ وَ بِحَمْدِهِ Membre du personnel

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    Route de la soie



    La route de la soie désigne un réseau ancien de routes commerciales entre l'Asie et l'Europe : il relie la ville de Chang'an (actuelle Xi'an) en Chine à la ville d'Antioche, en Syrie médiévale (aujourd'hui en Turquie), . La route de la soie était un faisceau de pistes par lesquelles transitaient de nombreuses marchandises, et qui monopolisa les échanges Est-Ouest pendant des siècles, avant d'être supplantée par la voie maritime. Les plus anciennes traces connues de la route de la soie remontent au milieu du premier millénaire avant J.C. Au XV[SUP]e[/SUP] siècle, la route de la soie est progressivement abandonnée après près de 2000 ans d'existence.


    La route tire son nom de la plus précieuse marchandise qui y transitait : la soie, dont les Chinois furent pendant longtemps les seuls à détenir le secret de sa fabrication. Cette dénomination, forgée au XIX[SUP]e[/SUP] siècle, est due au géographe allemand Ferdinand von Richthofen.

    En 2011, il est question d'un projet de connexion routier et ferrovaire baptisé « nouvelle route de la soie » en vue de mieux relier la Chine et l'Europe.


    Histoire


    Les principales routes de la soie entre 500 av. J.-C. et 500 ap. J.-C. (en latin)
    [​IMG]
    Description : This map indicates trading routes used around the 1st century CE centered on the Silk Road.
    The routes remain largely valid for the period 500 BCE to 500 CE.

    Date et heure : 8 janvier 2013 à 23:03
    Auteur : Shizhao
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    Le préhistorien André Leroi-Gourhan considère cette route comme un espace d'échanges actifs dès le paléolithique. Héritière de la Route de Jade dont les vestiges datent de 7000 ans, elle n'est cependant évoquée dans les chroniques chinoises qu'à partir du II[SUP]e[/SUP] siècle av. J.-C..
    Cet itinéraire serait le résultat de la curiosité de l'Empereur de Chine Wou (141-87 av. J.-C.) de la dynastie Han pour les peuples civilisés lointains que l'on disait habiter les contrées occidentales, au-delà des tribus barbares.


    Les Grecs, puis les Romains, commencent à parler du
    «pays des Seres» à partir du IV[SUP]e[/SUP] siècle av. J.-C. pour désigner la Chine. Vers le début de l'ère chrétienne, les Romains deviennent de grands amateurs de soie après en avoir acquis auprès des Parthes qui sont alors les organisateurs de ce commerce.
    De nombreux autres produits voyagent sur ces mêmes routes : pierres précieuses, porcelaine, étoffes de laine ou de lin, jade, ambre, ivoire, laque, épices, verre, corail, métaux précieux et armes, etc.


    Les Sogdiens, originaires de l'actuel Ouzbékistan, ont assuré entre le VI[SUP]e[/SUP] et VIII[SUP]e[/SUP] siècles l'essentiel du commerce entre la Chine et l'Occident. Polyglottes, ils ont fourni bon nombre d'espions, de traducteurs ou d'agents diplomatiques à qui voulait bien les employer. Maîtres de la Transoxiane (région située entre les fleuves Oxus et Syr-Daria), ils prélevaient de nombreuses taxes qui enrichirent les prestigieuses cités de Samarkand et Boukhara. Ils contribuèrent également à la diffusion de religions comme le nestorianisme ou le manichéisme.

    Parcours


    Xi'an est - du côté chinois - l'extrémité Est de la route de la soie. Le parcours a été considéré comme officiellement «ouvert» par le général chinois Zhang Qian au II[SUP]e[/SUP] siècle av. J.-C.. Les empereurs Han assiégés par des barbares nomades (les Xiongnu) décident d'ouvrir au commerce et au monde extérieur la soie, alors monopole d'État : Ils ont en effet besoin d'alliés et de chevaux.

    À l'apogée de la Dynastie Tang (618-907), la ville capitale de Chang-An (Xi'an) abrite deux millions d'habitants, soit dix fois plus que Constantinople ou Cordoue, mille fois plus qu'Aix-la-Chapelle au temps de Charlemagne.

    Les convois de caravanes partent de Xi'an, Lanzhou ou Xining et empruntent le corridor du Gansu. Puis contournent le désert du Taklamakan, l'un des plus arides du monde, soit par la voie du nord ou par celle du sud. Ces deux itinéraires possibles possèdent chacun différentes variantes, et sont jalonnés de villes et caravansérails, dont les noms et l'importance varient au fil des temps. Toutes les pistes progressent le long d'un chapelet d'oasis-forteresses situées à la périphérie du désert et au pied des hautes montagnes des Tian Shan ou des Kunlun :
    - soit pour l'itinéraire nord : les sites de Tourfan, Ürümqi, Karachahr, Koutcha, Aksou, Kachgar ;
    - soit pour l'itinéraire sud : les sites de Dunhuang, Miran, Cherchen, Niya, Khotan, Yarkand.

    À partir de Kachgar et Yarkand, les pistes rejoignent la Perse ou l'Inde à travers les hautes montagnes de l'Asie centrale (Pamir, Hindū-Kūsh et Karakoram), puis par la Sogdiane (Samarcande, Boukhara, Merv), la Bactriane (Balkh) ou le Cachemire (Srinagar). En réalité, très rares sont ceux qui ont eu l'occasion de parcourir l'intégralité du trajet: Marco Polo, son père et son oncle furent de ceux-ci.

    Les marchandises venues d'Orient ou d'Occident s'échangent dans les oasis, devenues d'importants comptoirs fréquentés non seulement par les commerçants mais aussi par les pèlerins, les soldats et les espions. À son apogée, la Route de la soie relie -coté ouest- l'Empire byzantin et -coté est- une vaste région qui va des Trois royaumes jusqu'aux territoires de la dynastie Yuan en zone chinoise.


    Déclin de la «Route de la Soie»


    La longueur du parcours, les nombreux intermédiaires, les multiples dangers encourus par les voyageurs sur ces pistes soumises aux incursions de peuples belliqueux et aux attaques des brigands (surtout après la dislocation de l'empire mongol au XIV[SUP]e[/SUP] siècle et l'ouverture par les Européens de la route maritime des Épices), vont finir par contribuer au déclin de l'itinéraire terrestre de la «Route de la Soie». Ainsi par exemple, la région du «Turkestan chinois» est sous la souveraineté théorique de l'empereur de Chine, mais cette domination subit en réalité de fréquentes éclipses, dues à son grand éloignement et à la difficulté d'y maintenir des garnisons suffisantes.

    L'extrême rigueur du climat (torride en été et glacial en hiver), complique l'acheminement qui progresse cahin-caha pendant parfois plus d'un an, à dos de yacks ou en caravanes de cinquante à mille chameaux.

    Au total, l'ensemble de ces facteurs renchérissent le prix des produits qui transitent entre l'Extrême-Orient et le bassin méditerranéen. Ces raisons incitent les Européens à rechercher et à pratiquer une route maritime (aussi appelée routes des épices ou
    «routes des parfums») pour commercer avec les pays d'Orient.
    Par ailleurs, les soies chinoises intéressent moins les Européens car la fabrication de la soie se développe en Europe même.
    Au XV[SUP]e[/SUP] siècle, la Route de la soie est progressivement abandonnée.


    Impact culturel de la «Route de la Soie»


    La route est aussi utilisée par les pèlerins qui cherchent à refaire les pérégrinations du Bouddha. Parmi les plus célèbres, on peut citer :

    Le moine Faxian en 399 (le récit de son pèlerinage se trouve dans les Mémoires sur les royaumes bouddhiques) ;
    Le moine Xuanzang en 629, héros du célèbre roman chinois Le Voyage en Occident, qui voyagea pendant 15 ans ;
    En 964, 300 moines chinois vont rechercher les enseignements des mahayanistes.
    - Elle est la voie de diffusion vers l'occident de découvertes chinoises majeures : boussole, poudre à canon, papier-monnaie, imprimerie, etc.
    - Elle est également - en sens inverse - la voie par laquelle plusieurs religions étrangères pénètrent en Chine : bouddhisme, christianisme nestorien, judaïsme, manichéisme et islam se transportent le long de l'itinéraire jusqu’à Xi'an.
    Ainsi, l'art bouddhique, influencé par l'art grec, se diffuse jusque dans la vallée de l'Indus à la suite des conquêtes d'Alexandre le Grand. Il laisse, dans de nombreux sites abandonnés plus tard et ensevelis sous les sables du désert, des vestiges redécouverts à partir de la seconde moitié du XIX[SUP]e[/SUP] siècle, et qui témoignent des influences culturelles véhiculées au Moyen Âge. Cette région a vu se réaliser une synthèse unique des influences indiennes, persanes, occidentales et chinoises (art dit «sérindien»).
    - Entre 1860 et 1925, cette région est explorée et souvent pillée par des explorateurs et des savants occidentaux au profit des musées de Londres, Berlin, Paris ou Saint-Pétersbourg.


    Postérité de la «Route de la Soie»


    Par une culture internationale, elle a su faire se lier ensemble des peuples aussi divers que les Turcs, les Tokhariens, les Sogdiens, les Perses, les Byzantins et les Chinois.
    Dans les régions qu'elle traverse, elle représente une force d'intégration pour des tribus qui vivent jusque là de façon isolée. Ces peuples sont attirés par les richesses et les opportunités qui se présentent à eux et deviennent maraudeurs ou mercenaires. Beaucoup de leurs membres deviennent ainsi des guerriers redoutables, capables de conquérir des cités riches, des terres fertiles et de forger des empires.

    Elle évoque un processus assimilable à la mondialisation.

    Elle est à l'évidence un sujet intéressant pour ceux qui veulent observer un phénomène précoce d'intégration politique et culturelle, causé par le commerce international.

    Elle a :
    - suscité le rassemblement d'États militaires fondés par des nomades de Chine du Nord,
    - amené le nestorianisme, le manichéisme, le bouddhisme et l'islam en Asie centrale et en Chine,
    - provoqué le puissant empire des Turcs Khazars.
    - contribué à la fin de sa gloire, à l'établissement du plus grand empire continental de tous les temps : l'Empire des Mongols, avec ses centres politiques répartis sur toute la route (Pékin en Chine du Nord, Karakorum en Mongolie orientale, Samarkand en Transoxiane, Tabriz à l'ouest de l'Iran, Astrakhan sur la Volga, Bahçesaray en Crimée, Kazan en Russie centrale, Erzurum en Anatolie orientale). Cet empire réussit à unifier ces zones auparavant liées de façon intermittente par des rapports commerciaux.

    Cependant, l'unité politique de cette région ne survit pas à la chute de l'Empire mongol, la culture et l'économie de la région en souffrent également. Les seigneurs turcs extorquent à l'Empire byzantin décadent l'extrémité ouest de la route et posent les fondations du futur Empire ottoman.

    Nouvelle route de la soie


    Ce projet serait notamment constitué du tronçon d'autoroute de 213 kilomètres entre Kashgar et Erkeshtam qui entrera en service en septembre 2013.
    C'est un chantier titanesque. L'Europe, la Chine et les pays d'Asie centrale sont engagés dans la construction d'un nouvel axe commercial majeur.[SUP]
    La nouvelle route de la soie pourrait redistribuer les cartes, à l'heure où la mondialisation de l'économie fait pencher la balance vers l'Est. Plusieurs tronçons ont déjà été transformés en autoroute.
    La partie chinoise de cette route sera constituée des passages par Lianyungang, dans la Province du Jiangsu, et Xi'an, dans la Province du Shaanxi, et par la Région Autonome Ouighour du Xinjiang.
    [/SUP]
    Cette route pourrait alors rejoindre l'Europe en passant par le Kirghizistan, l'Ouzbékistan, le Tadjikistan, le Turkménistan, l'Iran et la Turquie. Côté chinois, on achève le Xinsilu, une quatre-voies de 5 000 km qui relie la mer Jaune aux monts Tian. Un axe qui a pour but de délester la route maritime, par laquelle transitent des millions de conteneurs par an.

    Deux autres routes sont envisagées pour rejoindre l'Europe : une passant par le Kazakhstan et la Russie, et l'autre traversant le Kazakhstan via la mer Caspienne. Les travaux ne sont pas financés par l'Union européenne, qui n'apporte aucune aide logistique. Les bailleurs sont la Banque européenne de développement, la Banque asiatique de développement, la Banque de développement islamique.

    Cette route permettra notamment de faciliter le commerce entre la Chine populaire et les pays d'Asie centrale, dont les échanges s'élevaient à 25,2 milliards de dollars américains en 2008.

    Une liaison ferroviaire allant de la Région Autonome Ouighour à l'Iran et desservant le Tadjikistan, le Kirghizistan et l'Afghanistan est également envisagée.

    La route du sud, via la Turquie et l'Iran, est pour l'instant délaissée en raison des sanctions de l'ONU imposées à l'Iran. Ce pays est par ailleurs en conflit avec ses voisins sur le partage des eaux de la mer Caspienne.

    Un nouveau terminal pour ferries, tankers et cargos est en chantier à Alat. Cette gigantesque plate-forme, dotée des meilleurs équipements, assurera toute les connexions possibles entre bateaux et trains, wagons-citernes et pipelines, conteneurs et camions. « Alat pourra traiter jusqu'à 25 millions de tonnes de fret par an contre 7 millions en 2012, depuis le vieux port de Bakou », confirme Mousa Panahov, le vice-ministre des Transports de Chine.

    En 2012, il faut compter au minimum un mois pour acheminer des marchandises depuis Shanghai jusqu'à Rotterdam par la mer, via le canal de Suez. Moins de trois semaines en train, et environ quinze jours en camion. Les experts estiment que ces deux derniers voyages terrestres pourraient être réduits de moitié en améliorant les infrastructures et en harmonisant les législations. Un programme dont l'Azerbaïdjan se verrait bien le champion. Le budget consacré par Bakou aux transports (trois milliards d'euros en 2010) est d'ailleurs le premier poste de dépense de l'État azéri. Élément essentiel de cette stratégie, la voie ferrée Bakou-Tbilissi-Kars a été rénovée, des rails et traverses aux locomotives et à l'alimentation électrique. Fort de ses pétrodollars, l'Azerbaïdjan a prêté 400 millions d'euros à son voisin géorgien pour ce chantier.

    La route de la soie du troisième millénaire, de même que son modèle original, ne suit pas un trajet unique. Depuis la rive orientale de la mer Caspienne, trois itinéraires différents permettront de rejoindre les contreforts des monts Tian, puis d'entrer en Chine par une dizaine de points de passage.
    Plus que la qualité du bitume ou de l'écartement des rails des voies ferrées, c'est le temps et l'argent perdus aux frontières (environ 40 % de la durée et du coût du voyage) qui sont les principaux obstacles à la reconstruction de la route de la soie.



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