Histoire de l'Egypte Antique (1ère partie)

Discussion dans 'Bibliothèque Wladbladi' créé par titegazelle, 3 Août 2008.

  1. titegazelle

    titegazelle سُبحَانَ اللّهِ وَ بِحَمْدِهِ Membre du personnel

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    Ce texte est tiré d'un livre de poche écrit par M. Nicolas Grimal
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    PREMIÈRE PARTIE : LES ÉPOQUES DE FORMATION

    Chapitre I : De la Préhistoire à l’Histoire

    Cadres Généraux
    L’Egypte présente une unité géographique : une longue bande de terres cultivables dont la largeur ne dépasse guère 40 km, étirée sur plus de 1000 km depuis Assouan et la frontière nubienne au Sud jusqu’à la Méditerranée, entre le plateau libyque et la chaîne arabique.

    A l’Oldowayen, il y a un million d’année, jusqu’à la période historique, c’était l’endroit d’Afrique orientale le moins impropre à la vie.

    La formation
    Le début du peuplement devrait dater de la fin de la période pluviale abbassienne, au Paléolithique moyen, c’est-à-dire vers 120 000-90 000 avant notre ère.

    Les premiers habitants
    Durant le pluvial abbassien la culture acheuléenne se diffuse probablement dans les zones occidentales. La fin de l’Acheuléen marque une révolution technique nette : le passage du biface à l’éclat. Cette période s’étend jusque vers 30 000 av. JC et correspond aux civilisations moustérienne et atérienne à l’économie de chasse.

    Chasseurs et agriculteurs
    Une civilisation naît au Paléolithique moyen vers 45 000 avant notre ère et disparaît au Paléolithique récent vers 20 000, le Khormusien (du nom de Khor Musa, non loin de Ouadi Halfa). La désertification des zones sahariennes semble avoir poussé les hommes vers la vallée. Ce groupe combine la nourriture de la savane (bœuf sauvage, antilope, gazelle) et le produit de la pêche. C’est à cette époque que se fondent dans la vallée du Nil les éléments de la future civilisation des pharaons.

    Entre 15 000 et 10 000, la culture du Dabarosa prend le relais du Khormusien et le passage au microlithe s’accomplit avec le Ballanien. Parallèlement en Nubie le Gemaïen a remplacé le Halfien pour arriver à la culture qadienne où l’on trouve traces d’une tentative d’agriculture qui ne survécut pas au tournant du Xe millénaire (le réel passage se fera au milieu du VIe millénaire peut-être sous l’influence du Proche Orient). Le type de sépulture et le matériel retrouvé dans les tombes appréhendent un style de vie présentant de nombreux points communs avec les civilisations du Néolithique.

    Vers le Néolithique
    La coupure essentielle entre Préhistoire et Histoire se fait à la charnière du VIIe et du VIe millénaire, période mal connue qui sépare l’Epipaléolithique du Néolithique. Tout semble concourir à une modification radicale de la civilisation. Une nouvelle période subpluviale favorise l’élevage et l’agriculture, les techniques du tissage (lin), de poterie et de vannerie.

    L’armement se perfectionne : fines pointes de flèches en silex poli, harpons d’os. L’organisation de la société se fait sur une base agricole : l’habitat se fixe sous forme de fermes destinées aussi bien à l’élevage (bœufs, chèvres, porcs) qu’à la culture (silos conservant le blé et l’orge).

    Les sépultures s’installent hors du monde des vivants, à la limite des terres cultivables. Le mort reçoit des offrandes alimentaires et emporte avec lui mobilier et armes.

    L’exploration des sites néolithiques est loin d’être achevée, ce qui ne permet pas de démontrer s’il existait un clivage entre le Nord et le Sud du pays. Les sites du Nord possèdent une industrie de la pierre supérieure (armes, vases) alors que les sites du Sud se distinguent par la qualité de la poterie incrustée et rouge à bord noir. Mais ces différences sont peut-être dues au hasard des découvertes.

    Si toutefois on postule pour une réelle séparation, on peut penser que le processus d’unification se serait fait en quatre étapes, des débuts du Chalcolithique à l’époque thinite.

    Le prédynastique " primitif "
    La première étape, le prédynastique "primitif ", du milieu du VIe au milieu du Ve millénaire, voit le dernier stade de l’évolution du Fayoum A dans le Nord et du Badarien (d’après le site de Badari) dans le Sud.

    Les populations du Fayoum vivaient davantage de la pêche et semblaient posséder une meilleure technique dans la fabrication des vases de pierre et des armes et outils en silex.

    On remarque, durant cette période, une amélioration du mobilier et du matériel agricole ainsi qu’une évolution sensible des pratiques funéraires. Le défunt est enterré à l’abri d’une peau animale et sa tombe prend un aspect de plus en plus architectural. Les formes plastiques naissent : les céramiques du Nord atteignent un stade très achevé, des objets d’or et d’ivoire apparaissent (peignes, cuillères à fard, figurines, bijoux, amulettes à figures humaines ou animales).

    Le prédynastique ancien
    Vers 4 500 avant notre ère, l’Amratien, deuxième étape du processus d’unification, se fait sans modifications profondes. Elle correspond à la première phase connue du site d’El-Amra à environ 120 km au sud de Badari, en plein cœur de cette région qui, d’Assiout à Gebelein, recèle les gisements prédynastiques les plus riches. Cette phase a pour correspondant, 150 km encore plus au sud, la première occupation du site de Nagada (dite Nagada I).

    La céramique connaît une double évolution : dans la forme et dans le décor, avec des motifs géométriques tirés du règne végétal et animal peints ou incisés.

    La vallée s’ouvre sur l’extérieur par besoin de matières premières : en Nubie, probablement par caravanes, à l’Ouest en passant par les oasis, au bord de la mer Rouge, dans le Sinaï…

    L’exploitation des carrières, localisées dans des zones éloignées des terres cultivées, oblige les Egyptiens à organiser de véritables expéditions au cours desquelles ils doivent s’assurer le contrôle des lieux d’extraction et des voies de transit. Cette contrainte déterminera l’un des aspects majeurs de la politique extérieure des pharaons afin de garantir ces zones contre les incursions de peuples étrangers.

    La vaisselle de pierre trouvée à El-Amra prête à penser que les relations entre les groupes culturels du Nord et du Sud se sont intensifiés.

    Le Gerzéen
    La découverte de la culture d’El-Gerzeh a permis de déterminer une troisième période, le Gerzéen, qui correspond à la seconde phase de Nagada (ou Nagada II).

    Par rapport à la culture précédente (l’Amratien), le Gerzéen diffère par la production d’une céramique qui développe des motifs stylisés : géométrisants pour reproduire des thèmes végétaux ; naturalistes pour représenter la faune (autruche, bouquetins, cervidés). De plus, les poteries et les palettes de fard s’animent de personnages et de barques transportant des emblèmes divins.

    Les tombes deviennent des répliques des demeures terrestres comportant meubles, amulettes, figurines et objets d’apparat décorés de thèmes représentant des animaux (lions, taureaux et bovidés, hippopotames, faucons…) qui symbolisent les divinités.

    La quatrième étape mesure l’influence du Nord sur le Sud jusqu’à produire une culture mixte, le prédynastique récent (Nagada III), qui précéda immédiatement l’unification du pays et que l’on situe aux environs de 3 500 à 3 150 av. JC.

    Ainsi, les données archéologiques montrent que le passage de la Préhistoire à l’Histoire est le résultat d’une lente évolution et non d’un brusque bouleversement.

    L’Écriture
    L’étude des représentations nagadiennes sur vases permet de voir le cheminement de la stylisation des végétaux en passant par les animaux pour aboutir aux enseignes divines qui sont déjà des hiéroglyphes. Il est possible que les premières inscriptions procèdent par représentation directe, la notation phonétique ultérieure pouvant alors être considérée comme un progrès technique.

    L’écriture égyptienne associe idéogrammes, phonogrammes et déterminatifs. Les hiéroglyphes sont réservés aux inscriptions lapidaires et plus généralement murales et sont gravées, incisées ou peintes. Pour les documents administratifs, comptables, juridiques ou l’archivage des textes en général, on a recours à une écriture cursive appelée "hiératique " dont dériva, vers le VIIe siècle av. JC une nouvelle forme appelée "démotique ". Le hiératique est l’écriture utilitaire, la première que le jeune scribe apprend à l’école en formant ses lettres à l’aide du calame sur un tesson de poterie appelé "ostracon " ou sur une tablette d’argile avec un stylet. Le papyrus, plus coûteux, est réservé aux textes importants. Sous l’influence grecque et romaine, l’écriture évolue vers le copte, notation phonétique qui deviendra l’écriture de l’Eglise et se maintiendra jusqu’à nos jours comme langue liturgique.

    L’unification politique
    Le débat sur la constitution de la civilisation pharaonique est loin d’être clos. D’un côté, les sources égyptiennes semblent parler d’un triomphe du Sud sur le Nord. D’un autre, les données archéologiques permettent de suivre l’influence croissante des cultures du Nord sur la Moyenne et la Haute Egypte.

    La documentation directe est essentiellement constituée de palettes. Objets votifs, elles sont de deux types. Le premier est fait de figures zoomorphes simples, le contour de la palette représentant le corps de l’animal (tortues, poissons, hippopotames…). Le second commémore des événements et combine des figurations symboliques et des notations historiques dans lesquelles l’homme apparaît.

    Les palettes
    Dans toutes les compositions, il s’agit d’animaux redoutables symbolisant la puissance animale que l’homme doit affronter et dominer. En exemples : la palette "aux autruches " (Manchester), la palette "de la chasse " (British Museum et Louvre).

    Deux palettes de Hierakonpolis (musée du Louvre) sont délimitées par deux chiens affrontés entre les corps desquels évoluent lions, cervidés, taureaux… dans un enchevêtrement inextricable.

    La palette "aux vautours " (British Muséum et Ashmolean Museum) relate un affrontement purement humain de manière symbolique : un lion, image du pouvoir royal tout comme le taureau, et des vautours, divinité tutélaire d’Hierakonpolis, massacrent des guerriers de type nubien. De même, la palette "aux taureaux " met en scène un taureau en train d’écorner un individu de l’ethnie du Nord.

    Les deux témoins de la phase ultime de la conquête proviennent également de Hierakonpolis.

    Le premier est une tête de massue appartenant à un roi coiffé de la couronne blanche du Sud qui aménage un canal à l’aide d’une houe. Le nom du roi est indiqué par un pictogramme figurant un scorpion.

    La palette de Narmer (musée du Caire) donne la dernière étape. Au verso, le roi, dont deux hiéroglyphes écrivent le nom – le poisson nar et le ciseau mer – fracasse la tête d’un homme explicitement désigné comme appartenant au royaume du Nord. Le recto affirme le triomphe de Narmer : en bas, un taureau défonce une enceinte crénelée en piétinant l’ennemi vaincu ; en haut, le roi est coiffé de la couronne rouge du Nord. Une autre tête de massue confirme cette victoire : on y voit le roi recevoir l’hommage des captifs.

    Ces documents, appuyés à leur tour par d’autres, comme la palette "du tribut libyen ", confortent l’hypothèse de la constitution d’un état où l’on retrouve déjà tous les éléments du pouvoir pharaonique, de la religion à l’écriture en passant par l’économie, l’habitat et les structures du gouvernement.



    Chapitre II : Religion et Histoire

    Les emblèmes
    Dès l’époque prédynastique, les emblèmes ont représenté les provinces composant le pays :

    un oryx sur un pavois représente la région de Beni Hassan, un lièvre la province voisine d’Achmounein, un dauphin celle de Mendès… Ils symbolisent peut-être la divinité locale (les flèches et le bouclier de la déesse Neïth pour Saïs, le sceptre-ouas pour Thèbes, le reliquaire de la tête d’Osiris pour Abydos) ou une structure politique (" muraille blanche " figurant l’enceinte de Memphis).

    Les cosmologies
    Elles sont au nombre de trois mais représentent les variations politiques d’un seul et même thème : la création par le soleil à partir de l’élément liquide.

    La cosmologie héliopolitaine est la plus ancienne. Au début était le Noun, élément liquide incontrôlé ou "chaos " qui, après la création, reste cantonné aux fanges du monde organisé qu’il menace d’envahir si l’équilibre de l’univers est rompu. Il est le séjour des forces négatives et de ce qui échappe aux catégories de l’univers : les âmes en peine qui n’ont pas bénéficié des rites funéraires appropriés ou les enfants mort-nés. De ce chaos est issu le soleil "qui est venu à l’existence de lui-même ". Son apparition se fait sur une butte de terre émergeant de l’eau, symbolisée par la pierre benben, objet d’un culte à Héliopolis. Ce dieu, qui est son propre créateur, est alternativement Rê, le soleil proprement dit, Atoum, l’être achevé par excellence ou encore Khepri, représenté sous la forme d’un scarabée.

    Le démiurge, en se masturbant, met au monde un couple, le dieu Chou, le Sec, et la déesse Tefnout, l’Humide. De l’union du Sec et de l’Humide naît un deuxième couple : le Ciel Nout et la Terre Geb. Ils ont quatre enfants : Isis et Osiris, Seth et Nephtys. Le second couple est stérile. Le premier, qui est fertile, constitue le prototype de la famille royale.

    Osiris, roi d’Egypte, est assassiné par son frère Seth, contrepartie négative et violent de la force organisatrice symbolisée par le pharaon. Il s’empare du trône après sa mort. Isis, modèle de l’épouse et de la veuve, aidée de sa sœur Nephtys, reconstitue le corps dépecé de son mari. Anubis, le chacal né des amours illégitimes de Nephtys avec Osiris, embaume le roi défunt. Puis Isis donne le jour à un fils posthume, Horus, homonyme du dieu solaire d’Edfou et, comme lui, incarné par un faucon. Elle le cache dans les marais du Delta à proximité de la ville sainte de Bouto avec la complicité de la déesse Hathor, la vache nourricière. L’enfant grandit, et après une longue lutte contre son oncle Seth, obtient du tribunal des dieux présidé par son grand-père Geb d’être réintégré dans l’héritage de son père qui lui se voit confier le royaume des morts.

    A ce schéma du règne des dieux se greffent de nombreuses légendes secondaires.

    Il est peu question de la création même des hommes qui semble contemporaine à celle du monde. Une exception, la légende de "l’œil de Rê ". Le soleil perd son œil. Il envoie ses enfants Chou et Tefnout à la recherche du fugitif mais le temps passe sans que ceux-ci ne reviennent. Il décide donc de remplacer l’absent. Entre-temps, l’œil fugitif revient et se voit remplacé. De rage, il se met à pleurer et de ses larmes (remout) naissent les hommes (remet). Rê le transforme alors en cobra et l’accroche à son front : il est l’ur³ us chargé de foudroyer les ennemis du dieu.

    Le thème de l’œil endommagé ou remplacé connaît plusieurs développement. Il sert aussi à expliquer la naissance de la lune, second œil de Rê confié à Thot, le dieu scribe à tête d’Ibis. Il évoque également l’œil "sain " d’Horus. Celui-ci en effet perdit un œil lors du combat qui l’opposa à Seth pour la possession du royaume d’Egypte ; Thot le lui aurait rendu et en aurait fait le prototype de l’intégrité physique. C’est la raison pour laquelle il figure d’ordinaire sur les cercueils où il garantit au mort le plein usage de son corps.

    Rê, roi des dieux, doit lutter pour conserver son pouvoir que tentent de lui ravir chaque nuit lors de sa course dans l’au-delà des ennemis acharnés conduits par Apophis, personnification des forces négatives.

    D’autres tentatives sont menées contre le roi des dieux. Par exemple, Isis, la Grande Magicienne, tente de prendre le pouvoir sur Rê en le faisant mordre par un serpent. Pour être sauvé, il doit révéler à la déesse ses noms secrets.

    L’Egypte possède aussi le mythe de la révolte des hommes contre leur créateur qui décide de les détruire. Il envoie sur terre son œil sous la forme de la déesse Hathor. Celle-ci dévore en un jour une partie de l’humanité puis s’endort. Rê, jugeant la punition suffisante répand de la bière qui, mêlée aux eaux du Nil, à l’apparence du sang. A son réveil, la déesse lape ce breuvage et s’écroule, ivre. L’humanité est sauvée mais Rê, déçu par elle, se retire dans le ciel, sur le dos de la vache céleste qui sera soutenue par le dieu Chou. Il remet l’administration de la Terre à Thot et les serpents, insignes de la royauté, à Geb.

    La cosmologie hermopolitaine : Hermopolis, aujourd’hui Achmounein à environ 300 km du Caire, capitale du XVe nome de Haute Egypte a élaboré sa propre cosmologie. Le point de départ est le même qu’à Héliopolis : un chaos liquide dans lequel s’ébattent quatre couples de grenouilles et de serpents qui s’unissent pour créer et déposer un œuf sur une butte émergeant de l’eau. Ces couples sont chacun composé d’un élément et de sa parèdre : Noun et Naunet, l’océan primordial, Het et Hehet, l’eau qui cherche sa voie, Kekou et Keket, l’obscurité, Amon, le dieu caché et Amaunet.

    La troisième cosmogonie est connue par un document unique et tardif (règne du souverain kouchite Chabaka à la charnière du VIIe et VIe siècle av. JC). Il s’agit d’une dalle en granit provenant du temple de Ptah à Memphis et conservée au British Museum. Elle combine les éléments des deux précédentes tout en reconnaissant au dieu local Ptah le rôle de démiurge. La création se fait par combinaison de la pensée et du verbe.

    Du mythe à l’Histoire
    L’intégration du mythe à l’Histoire est connue par les listes royales qui reproduisent les données des cosmogonies (plus particulièrement celle de Memphis) et évoquent l’Age d’Or durant lequel les dieux ont régné sur Terre.
    Au départ se trouve le fondateur Ptah dont le rôle est proche de celui de Khnoum le potier qui a créé l’humanité sur son tour avec de l’argile. Rê lui succède. Il est le prototype de la royauté qu’il cédera à Chou, l’air, séparateur de la Terre et du Ciel. Suivront Geb puis Osiris. Enfin, c’est Horus qui monte sur le trône. Le Canon de Turin donne ensuite une séquence de trois dieux : Thot, Maât, représentant l’équilibre, et un Horus dont le nom est perdu. Neuf dieux leur succèdent et assurent la transition vers le pouvoir des fondateurs humains. Le Canon de Turin cite le premier "roi de Haute et de Basse Egypte " : Meni (Ménès chez Eratosthène et Manéthon) qui est peut-être Narmer ou le roi Scorpion. La pierre de Palerme parle du roi Aha qui serait peut-être le "nom d’Horus " de Narmer-Ménès.



    Chapitre III : La Période Thinite

    Les premiers rois
    Les deux premières dynasties (3150-2700) qualifiées de thinites par Manéthon, du nom de leur ville d’origine supposée, This, non loin d’Abydos, commencent avec Aha. On n’en connaît que ce que nous révèlent la Pierre de Palerme et les tombes trouvées à Memphis et à Abydos.

    Si Aha ne fait qu’un avec Narmer, c’est lui qui a fondé la ville de Memphis et qui a introduit le culte du crocodile Sobek dans le Fayoum ainsi que le culte du taureau Apis. On suppose qu’il a organisé le pays nouvellement unifié en menant une politique de conciliation avec le Nord. Si son règne fut pacifique, il inaugure une série de guerres qui mèneront ses successeurs contre les Nubiens et les Libyens et entreprend le commerce avec la Syro-Palestine.

    Le règne de Djer amplifie la politique extérieure du pays : expéditions en Nubie jusqu’à Ouadi Halfa, peut-être en Libye et au Sinaï. Il poursuit l’organisation du pays sur le plan économique et religieux, fonde le palais de Memphis et se fait inhumer à Abydos. A en juger par le mobilier funéraire trouvé dans les tombes de ses contemporains, son règne a dû être prospère.

    Calendrier et datation
    Il est probable que dans un premier temps, les Egyptiens utilisaient un calendrier lunaire avant d’opter pour un calendrier fondé sur un phénomène facilement observable, la crue du Nil. Ils répartirent l’année en trois saisons de quatre mois correspondant au rythme agricole déterminé par la crue. La première est l’inondation (Akhet), la deuxième la germination (Peret) et la troisième la récolte (Chemou).Or le début de la montée des eaux est observable à Memphis au moment du lever héliaque de Sirius (le 19 juillet).

    Le phénomène était déjà observé sous le règne de Djer : une plaquette d’ivoire datant de son règne, sur laquelle est représentée une vache couchée portant entre ses cornes une pousse de plante, symbolise la déesse Sothis, l’étoile de Sirius.

    La fin de la dynastie
    Le successeur de Djer, Ouadji (Serpent) mena une expédition vers la mer Rouge, dans le but probable d’exploiter les mines du désert oriental.

    Den (Ousaphaïs chez Manéthon), le quatrième roi, a laissé le souvenir d’un règne glorieux et riche. Il mena une politique extérieure vigoureuse tournée vers le Proche-Orient et une politique intérieure active. Il est le premier à ajouter à sa titulature le nom de " roi de Haute et de Basse Egypte (nysout-bity).

    Le règne de Den est évalué à près d’un demi-siècle, ce qui explique la relative brièveté de celui de son successeur Adjib , suivi par Selerkhet puis par Qaâ qui clôture la Ire dynastie.

    La IIe dynastie
    Le pouvoir semble s’être déplacé vers Memphis. Les trois premiers rois de la IIe dynastie se font enterrer à Saqqara : Hotepsekhemoui (" les Deux Puissants sont en paix "), Nebrê (" Rê est (mon) maître ") et Nineter (" celui qui appartient aux dieux "). Les successeurs de Nineter , Ouneg et Senedj ne sont guère connus que par les listes royales et des inscriptions sur vases provenant de la tombe de Djoser. Il se pourrait que leur pouvoir se soit limité à la région memphite. Le dernier a été contemporain du roi Peribsen dont on connaît la sépulture à Abydos, que lui aménagea son successeur local Sekhemib (" l’homme au cœur puissant "). Ces éléments invitent à penser que les relations entre les deux royaumes se sont détériorées vers la fin du règne de Nineter.

    Les choses changent avec Khâsekhemoui (" les Deux Puissants sont couronnés ") qui réunifie le pays, et entame une vigoureuse politique de construction. A la suite de Manéthon, on arrête la période thinite à son règne sans raison particulière. La dynastie est déjà davantage memphite que thinite et le règne de Khâsekhemoui voit la fin des affrontements entre le Nord et le Sud ainsi que la mise en place définitive des structures économiques, religieuses et politiques du pays.

    La monarchie thinite
    L’essentiel des institutions est déjà en place. Le principe de la transmission du pouvoir par filiation directe sur lequel repose l’institution pharaonique fonctionne déjà. De même, le roi porte désormais les trois noms qui constituent la base de la titulature : le nom d’Horus qui exprime la nature de l’hypostase du dieu héritier du trône, celui du roi de Haute et Basse Egypte (nysout-bity) et, depuis le roi Semerkhet, un nom de nebty qui est probablement le reflet de la carrière du prince héritier antérieure à son couronnement.

    L’organisation de la maison royale est désormais ce qu’elle sera dans les siècles qui suivent. Le palais, construit en brique, abrite en même temps les appartements privés, le harem, et l’administration. Le roi assume théoriquement l’ensemble du pouvoir et est assisté par de hauts fonctionnaires. Une double institution, la chancellerie de Basse Egypte et celle de Haute Egypte, se charge par l’intermédiaire de scribes, du recensement, de l’organisation de l’irrigation et tout ce qui touche au cadastre. Elle s’occupe de la collecte des taxes et de la redistribution des biens qui sont versés à des " trésors " et des " greniers " spécialisés dans les céréales, les troupeaux, la nourriture en général. Ces organes du pouvoir central traitent avec des rouages locaux qui sont répartis en provinces que les Grecs ont appelées " nomes " et les Egyptiens sepat puis qâh (22 nomes pour la Haute Egypte, 20 pour la Basse Egypte) sous la responsabilité des nomarques.

    On ne sait rien de l’organisation militaire du pays mais on peut supposer que le système en vigueur par la suite est déjà en place. On peut se faire une bonne idée de l’architecture d’après les représentations de forteresses, le plan de la partie fortifiée d’Abydos ou l’enceinte archaïque de Hierakonpolis.

    Pour l’architecture civile, on est réduit essentiellement aux pions de jeux représentant des maisons et aux représentations des façades de palais trouvées dans les tombes. Ces dernières constituent la principale source d’information de l’art thinite : objets d’ivoire et d’os, la " faïence égyptienne ", la céramique et les vases en pierre. La petite statuaire est abondante et variée. La grande statuaire, elle, est encore rugueuse et figée.


    SECONDE PARTIE : L'ÂGE CLASSIQUE

    Chapitre IV : L’Ancien Empire

    L’avènement de la IIIe dynastie
    Avec la IIIe dynastie (2700-2625) commence l’Ancien Empire. Cette période est peu connue.

    La liste des pharaons s’établit comme suit :

    Nebka (cité dans le papyrus Westcar)
    Djoser, l’Horus Netery-Khet
    Djoserti ou Djoser(i)teti (cité dans le canon de Turin) dont le nom d’Horus est Sekhemkhet. Il laisse une pyramide inachevée à Saqqarah.
    Nebkarê ( ?) ou Néferka(rê), nom d’Horus Sanakht ( ?)
    Houni, nom d’Horus Khâba ( ?)
    Un pharaon du nom d’Horus Zahedjet attend d’être identifié à un des pharaons précédents.

    Djoser et Imhotep
    Djoser a promu l’architecture en pierre : sa pyramide lance un nouveau type architectural qui sera adopté par ses successeurs jusqu’à la fin du Moyen Empire.

    Le roi comme son vizir sont plus connus par leur légende que par les données historiques. Imhotep, grand prêtre d’Héliopolis, prêtre-lecteur, architecte en chef sera divinisé à la Basse Epoque.

    Fin de la IIIe dynastie
    Elle est aussi peu connue que le début de la dynastie. Par manque de documents explicites, les archéologues suggèrent un ordre de succession fondé sur l’évolution architecturale de la sépulture royale. On a découvert sur le site de Zaouiet el-Aryan, à mi-chemin entre Gizeh et Abousir, deux pyramides.

    La plus méridionale s’inspire nettement de celle de Djoser et de Sekhemkhet à Saqqarah. Il est attribué à l’Horus Khâba que l’on a rapproché du roi Houni qui serait le dernier roi de la dynastie.

    Il reste à trouver une place à l’autre constructeur de Zaouiet el-Aryan que les graffiti identifient comme l’Horus Nebka(rê) ou Néferka(rê).

    Snéfrou
    Premier pharaon de la IVe dynastie, il eut un règne long (peut-être 40 ans) et glorieux et sera pris pour modèle par les rois du Moyen Empire. Il entreprend des expéditions en Nubie et au Sinaï et se fait construire au moins trois pyramides : une sur le site de Méidoum, abandonnée pour le site de Dahchour où il en a deux.

    Chéops
    Le site de Giza, dominé par les pyramides de Chéops et de ses successeurs, reste la nécropole par excellence de la IVe dynastie.

    En dehors d’une tradition littéraire de la première Période Intermédiaire qui ne lui accorde pas une bonne réputation, Chéops, en égyptien Khoufou, abréviation de Khnoum-koue-foui (Khnoum me protège) est peu connu.

    Les héritiers de Chéops
    Chéops eut deux fils.

    Djedefrê (Didoufri) lui succède. Il est le premier à porter dans sa titulature le nom de " fils de Rê " et quitte Giza pour se faire enterrer à Abou Roach. Kaouâb, le prince héritier, meurt avant son frère et c’est Chéphren, le demi-frère de Djedefrê qui prend la succession.

    Chéphren conserve le titre de fils de Rê en développant l’affirmation de l’importance d’Atoum face à Rê. C’est de son règne que date le premier exemple de sphinx royal. Le grand sphinx de Giza porte son visage.

    Son fils, Menkaourê ou Mykérinos selon la transcription d’Hérodote, lui succède.

    Le fils de Mykérinos, Chepseskaf, achève le complexe funéraire de son père mais se fait enterrer à Saqqarah. Il est le dernier roi de la IVe dynastie, celle des grands bâtisseurs.

    Ouserkaf et les premiers temps de la Ve dynastie
    Durant son court règne, Ouserkaf se fait construire non loin du complexe de Djoser une modeste pyramide et inaugure la tradition d’édifier à Abousir un temple solaire, réplique de celui d’Héliopolis, ville dont se réclame la nouvelle dynastie.

    Le nouvel ordre des choses est exprimé dans le nom d’Horus, iry-maât, " celui qui met en pratique Maât. Le pharaon se considère comme celui qui remet en ordre la création.

    C’est également sous son règne que dateraient les rapports de l’Egypte avec le monde égéen.

    La suprématie héliopolitaine
    La Ve dynastie semble avoir ouvert l’Egypte sur l’extérieur, vers le Nord et vers le Sud. Les reliefs du temple funéraire du successeur d’Ouserkaf, Sahourê, montrent des représentations de pays vaincus et le retour d’une expédition maritime, probablement à Byblos avec des prolongements dans l’arrière-pays syrien. On lui prête également une campagne contre les Lybiens.

    Le règne des successeurs immédiats de Sahourê, Neferirkarê-Kakaï, Rênéferef, Chepseskarê, est peu connu.

    Niouserrê est connu par le temple funéraire édifié à Abou Gourob, retrouvé presque complet et donnant une idée de ce que devait être son modèle héliopolitain.

    Sous son successeur Menkaouhor, un certain changement intervient. Les fonctionnaires provinciaux et ceux de la Cour ne sont plus nécessairement choisis parmi les membres de la famille royale et gagnent en puissance et en autonomie, minant progressivement l’autorité centrale.

    Izézi et Ounas
    Izézi prend ses distances avec le dogme héliopolitain. Il ne construit pas de temple solaire et se fait enterrer à Saqqara-sud, plus près de Memphis. Durant son long règne, il mène une politique extérieure : mines du Sinaï et d’Abou Simbel, Byblos et le pays de Pount. L’accroissement du pouvoir des fonctionnaires continue. Les vizirs de l’époque, dont le plus célèbre, Ptahhotep, connu par son Enseignement, ont laissé de riches tombeaux.

    Ounas serait le dernier roi de la Ve dynastie. On arrête généralement la période classique de l’Ancien Empire à son règne, la décadence de la première Période Intermédiaire débutant avec la VIe dynastie.

    Naissance de la VIe dynastie
    L’Ancien Empire est à son apogée mais les féodalités menacent le pouvoir central. S’y ajoute une nouvelle menace : l’absence d’héritier mâle. Téti monte sur le trône et, afin de légitimer son pouvoir, épouse une fille d’Ounas qui lui donnera Pépi Ier. Il pratique une politique de pacification et d’alliance avec la noblesse et continue les relations internationales. Selon Manéthon, il périt assassiné. Ouserkarê lui succède mais son règne fut bref.

    Pépi Ier
    Pépi Ier monte sur le trône très jeune et a un long règne d’au moins quarante ans. Une conspiration dans le harem laisse supposer que son règne ne fut pas facile.

    Il mène une politique de présence en ordonnant de grands travaux dans les principaux sanctuaires de Haute Egypte : Dendera, Abydos, Eléphantine, Hiérakonpolis.

    L’expansion vers le Sud
    Le fils de Pépi Ier, Mérenrê Ier, poursuit la politique de son père : exploitation des mines du Sinaï, des carrières d’Eléphantines et de Nubie. Il garde le contrôle de la Haute-Egypte et mène des campagnes en Syro-Palestine et en Nubie.

    A sa mort, son demi-frère Pépi II lui succède alors qu’il n’est âgé que de dix ans.

    Vers la fin de l’Empire
    La tradition veut que Pépi II ait gouverné durant 94 ans. Cette longévité entraîna probablement la sclérose des rouages de l’administration ainsi qu’une crise de succession.

    La liste royale d’Abydos mentionne un Mérenrê II qui n’aurait régné qu’un an et serait l’époux de Nitocris qui, selon, Manéthon, fut la dernière reine de la VIe dynastie.

    La société et le pouvoir
    L’Ancien Empire se termine par une période confuse durant laquelle la désagrégation de l’administration centrale s’accélère.

    Celle-ci est comparable à une pyramide au sommet de laquelle se trouve le roi qui, en fait, ne traite que les affaires militaires et religieuses. Pour l’essentiel, il passe par le vizir (tjaty).

    Au début de l’Ancien Empire, la fonction de vizir est confiée à des princes de sang.

    Le vizir est en quelque sorte le chef de l’exécutif et a compétence dans presque tous les domaines.

    A la même époque apparaît le " Chancelier du Dieu " qui se charge des expéditions aux mines ou aux carrières, des voyages commerciaux à l’étranger et qui se voit attribuer une troupe armée.

    Signe d’affaiblissement du pouvoir central, la charge de vizir est dédoublée sous Pépi II de façon à coiffer séparément la Haute et la Basse Egypte.

    Du vizir dépendent 4 départements de l’administration auxquels s’ajoute l’administration provinciale :

    Le Trésor, c’est-à-dire le " Double Grenier " gère l’ensemble de l’économie et reçoit l’impôt.
    L’agriculture est subdivisée en deux ministères : le premier s’occupe des troupeaux à travers deux " maisons ", le second a charge des cultures proprement dites : le " service des champs " et celui des terres gagnées par l’inondation.
    Le département des archives royales conserve les titres de propriété et tous les actes civils (contrats et testaments) ainsi que les textes des décrets royaux.
    Le département de la justice applique les lois.
    A côté du gouvernement, l’administration locale repose sur le découpage du pays en nomes dont l’administrateur est avant tout chargé de l’entretien de l’irrigation et de la conservation des domaines. C’est elle qui connaît l’évolution la plus sensible durant l’Ancien Empire : la charge des nomarques devient héréditaire en fait.

    La plastique égyptienne
    De Djoser à Nitocris, l’art a évolué. Les représentations, à l’origine réservées au roi et aux membres de la famille royale s’étendront plus tard aux fonctionnaires.

    Il n’y a pas d’Art pour l’Art. L’art est affaire de fonctionnaires et ne sert que deux buts : l’un politico-religieux exclusivement réservé au roi, l’autre funéraire progressivement conquis par les particuliers.

    Le souci est de reproduire la réalité tout en fournissant un corps " habitable " pour l’éternité. Le corps est traité de façon plus idéalisée que le visage qui doit caractériser l’individu. De même, les attitudes sont stéréotypées car elles représentent une fonction.

    Le principe de " la combinaison des points de vue " veut que chaque élément soit reconnu sans ambiguïté : l’œil n’est reconnaissable que de face, le nez de profil, les épaules se voient de face comme les mains alors que les bras sont de profil et le bassin de trois quarts…

    La perspective n’est pas utilisée non plus.

    Le statuaire
    La technique de la sculpture est connue par les scènes qui décorent les murs des mastabas et grâce à la découverte d’un atelier dans l’ensemble funéraire de Mykérinos.

    Le bloc est dégagé dans la carrière et dégrossi sur place puis transporté vers l’atelier où les contours sont affinés. Ensuite la statue est polie et gravée.

    Les attitudes sont déterminées par la fonction. Le roi est représenté assis sur un trône cubique massif. Il est vêtu d’un pagne chendjit et porte sur la tête les insignes de son pouvoir : couronne ou némès et barbe postiche. Il est généralement seul, les groupes étant rares.

    A partir de la IVe dynastie, le roi peut être montré en train de célébrer le culte. A partir de la VIe dynastie, le roi peut être représenté enfant, peut-être à cause du jeune âge de Pépi II lorsqu’il monta sur le trône.

    A la fin de la IVe dynastie se développe l’évocation des liens familiaux et le style s’éloigne peu à peu de la perfection. Les œuvres civiles se multiplient sous les Ve et VIe dynasties et tendent vers un plus grand souci de réalisme.

    A côté de la statuaire en pierre, il existe depuis la IVe dynastie une tradition de travail sur bois.

    Relief et peintures
    Dans les mastabas, la représentation est travaillée directement sur la paroi de calcaire fin ravalée et préparée par lissage. Les scènes sont dessinées au trait. Au début, les sujets sont réservés et le fond est entièrement rabattu. Dès Chéops, on se contente de cerner les sujets par une incision profonde donnant du relief.

    Lorsque la tombe se modifie et est creusée dans le sol, on égalise la paroi à l’aide de plâtre sur lequel on peint directement. Les thèmes réunissent toutes les scènes évoquant la vie terrestre ou les funérailles du mort.

    Chapitre V Les Conceptions funéraires

    Du tumulus au mastaba
    A l’époque prédynastique, un tumulus symbolisant le tertre originel recouvrait la fosse où était enterré le défunt, entouré de quelques objets personnels et d’une vaisselle plus ou moins importante selon la fortune du propriétaire.

    Au cours des deux premières dynasties, on évolue peu à peu vers le mastaba classique, à la fois lieu de culte et reproduction de la demeure terrestre, limité par des murs de briques à pilastres et redans donnant l’impression d’une "façade de palais " en fausse perpective. L’ensemble pouvait être entouré d’enceintes.

    La stèle qui servait depuis les premiers rois thinites à rappeler le nom du défunt évolue et s’enrichit. Réservée au départ aux rois, les hauts fonctionnaires se l’approprient. Elle comporte, outre le nom du défunt, l’offrande qui doit lui être servie.

    A cela se combine la "fausse porte " : une représentation en fausse perspective permettant à l’énergie du mort, son ka, l’accès au monde sensible d’où il devait retirer les aliments nécessaires à sa survie.

    Les éléments de la survie
    Chaque individu se compose de cinq éléments :

    L’ombre, double immatériel.
    L’akh : c’est la forme sous laquelle se manifeste la puissance des dieux ou des morts, leur esprit. Elle permet au défunt d’accéder aux étoiles lors de son passage dans l’au-delà.
    Le ka est la force vitale que possède chaque être et qui doit être alimentée pour conserver son efficacité. C’est elle qui permet au corps de reprendre une vie semblable à celle qu’il menait ici-bas. Le ka a besoin également d’un support, ce qui explique que l’on s’applique à lui ménager des substituts pour le cas où le corps se dégraderait. Ces substituts sont entreposés dans un endroit précis de la tombe appelé serdab.
    Le ba (souvent appelé âme) est une sorte de double de l’individu, représenté sous la forme d’un oiseau à tête d’homme qui quitte la dépouille au moment du trépas pour la rejoindre après la momification.
    Le nom est une seconde création de l’individu. Nommer une personne ou une chose revient à la faire exister par delà sa disparition physique.
    Les premières pyramides
    Djoser fit évoluer la forme de la tombe royale du mastaba à la pyramide.

    Grâce aux recherches de Jean-Philippe Lauer, on a pu reconstituer les étapes successives du passage à la forme pyramidale.

    Au départ, Djoser entreprit une sépulture classique. Un grand puits de 28 m donne accès à un caveau, à des galeries faisant office de magasins et à un appartement funéraire décoré de faïences bleues. Ce puits devait être bloqué, après les funérailles, par un bouchon de granit.
    L’ensemble est surmonté d’une construction massive carrée d’une soixantaine de mètres de côté sur huit mètres de haut.

    Des puits annexes furent creusés pour recevoir les membres de la famille royale décédés entre-temps. Pour dissimuler ces puits, on allongea le mastaba initial vers l’est.
    Survient alors une modification radicale. Imhotep englobe le mastaba initial dans une pyramide à quatre degrés puis reprend l’ensemble en le surélevant encore de façon à obtenir une pyramide à six degrés d’une soixantaine de mètres de haut.
    Ce type de construction est repris par l’Horus Sekhem-khet à Saqqara même.

    Les pyramides de Zaouiet el-Aryan annoncent une nouvelle technique dont le meilleur exemple est la pyramide de Snéfrou à Meïdoum.

    La première étape de la pyramide de Meïdoum a probablement été constituée par un mastaba surmonté d’une petite pyramide à degrés qui la rapproche des pyramides de la IIIe dynastie. Par contre, le plan carré, l’ouverture sur la face nord ménagée dans la maçonnerie, l’aménagement à la fois en infrastructure et dans le corps du monument la lie davantage de la pyramide classique de la IVe dynastie.
    Le noyau initial a été augmenté de six tranches latérales qui forment une pyramide à sept degrés.
    On ajouta ensuite une ultime tranche et on ravala les huit degrés en calcaire fin. Plus tard, on combla les degrés et on mis en place un parement de calcaire qui donna à l'ensemble l'aspect d'une pyramide "vraie" avec une pente de 51°52’ pour un côté de 144,32 m et une hauteur de 92 m.
    Snéfrou fit une nouvelle tentative à Dahchour, avec la pyramide "sud ". Les installations intérieures durent être reprises et modifiées ainsi que la pente que l’on fit passer de 54°31’ à 43°21’. Cette rupture lui valu le nom de "pyramide rhomboïdale ". Cette pyramide apporte une nouveauté importante : la fixation par assises du revêtement qui est ainsi plus stable.

    Le roi fit une troisième tentative, toujours à Dahchour, mais au nord du site : une nouvelle pyramide établie sur une base plus importante présentant dès le départ une pente de 43°36 dont le temple funéraire est resté inachevé.

    Le groupe de Gîza
    La plus parfaite est celle de Chéops : 230 m de côté, chaque côté étant orienté vers un point cardinal, 146,59 m de haut elle était surmontée d’un pyramidion. Pillée dès l’Antiquité, il ne reste à l’intérieur qu’un sarcophage de granit.

    La construction : Le choix du site se faisait en fonction de la capitale, sur la rive occidentale du fleuve. Il fallait un socle rocheux capable de supporter la masse des constructions. Le site est alors nivelé. L’orientation se faisait en fonction des côtés dirigés vers les points cardinaux. Une partie des pierres pouvaient être extraites des carrières locales. Le reste était transporté sur des chalands durant les hautes eaux, période où la main d’œuvre, surtout des paysans, était disponible.

    (Cfr. Texte : description de Ouni pour le compte de Menenrê. p.156)

    En ce qui concerne les techniques de levage, l’explication de J.-Ph. Lauer semble la plus vraisemblable : utilisation d’une ou plusieurs rampes dont on faisait varier la pente. On trouve des traces de ce type de rampe en briques crues à Karnak.

    Les pyramides des Ve et VIe dynasties, à l’exception de Chepseska qui se fait construire à Saqqarah-Sud un énorme mastaba, reprendront le modèle de Chéops sans jamais égaler sa perfection ni sa taille.

    Le complexe funéraire
    Le complexe de Djoser à Saqqarah (plan p. 161) :

    L’entrée, à l’angle sud-est, est la seule porte réelle parmi les 14 réparties sur le pourtour de l’enceinte.

    Suit un couloir bordé de deux rangées de 20 colonnes puis une salle hypostyle.

    On entre alors dans une grande cour située nord-sud qui sépare la pyramide (au nord) de cénotaphe (au sud).

    De là, on accède à un ensemble consacré à la célébration de la fête-sed : un temple en T, une cour bordée de chapelles et comportant une estrade. Suivent une " Maison du Sud " puis une " Maison du Nord " où le roi devait recevoir les hommages des deux royaumes.

    La partie septentrionale comprend les installations du culte funéraire proprement dit : un serdab où se trouvait une statue de Djoser et le temple funéraire.

    L’organisation du complexe funéraire change à partir de la IVe dynastie (plan p. 162) :

    Il comprend alors trois parties principales :

    la pyramide et ses dépendances directes.
    Le temple d’accueil ou temple de la vallée situé à la limite des terres cultivées et qui recevait le roi défunt.
    La chaussée montante qui conduit au temple de culte où les statues des défunts recevaient les offrandes. Elle peut être couverte et décorée.
    A côté des pyramides, des fosses sont destinées à recevoir des barques en bois.

    Le temple solaire (plan p. 165)
    Il ne s’agit pas d’une sépulture mais sa structure est proche de celle du complexe funéraire. Propre à la Ve dynastie, tous ces temples se situent entre Abousir et Abou Gourob. Celui de Niouserrê, que l’on sait le mieux reconstituer, est sans doute construit sur le modèle du temple d’Héliopolis.

    Il est constitué du temple de la vallée où se célèbre le culte, en plein air, suivi d’une rampe d’accès menant à la représentation de benben, obélisque tronqué posé sur un large podium, incarnation du soleil créateur.

    Les Textes des pyramides
    Ounas fixe le plan des installations intérieures du tombeau selon un schéma qui restera en vigueur jusqu’à la fin de l’Ancien Empire (voir schéma p.167). L’entrée est au nord. On accède à un vestibule dont trois herses de granit ferment le passage. Suit une antichambre qui conduit, vers l’est au serdab où sont entreposées les statues du défunt, vers l’ouest à la salle du sarcophage.

    La pyramide d’Ounas est aussi la première dont les parois intérieures portent des textes funéraires. On les rencontre dans les tombeaux royaux de Saqqarah : Ounas, Téti, Pépi Ier, Merenrê, Pépi II et Aba.

    Ils influenceront les Textes des Sarcophages du Moyen Empire qui, eux, ne sont plus réservés aux rois et qui, à leur tour, influenceront les Livres des Morts du Nouvel Empire et de la Basse Epoque.

    Ces formules constituent un rituel visant à assurer au défunt le passage vers l’au-delà.

    Les tombes civiles
    Les sujets du roi disposent leur tombe à proximité de sa sépulture. De véritables villes funéraires se constituent ainsi, de manière hiérarchisée (les plus nobles étant les plus proches de la pyramide).

    Les tombes des particuliers conservent à l’Ancien Empire le type architectural du mastaba ( voir plan page 171).

    On ignore si, à l’époque, le corps était momifié et il est probable que dans la majeure partie des cas on faisait confiance à la dessiccation naturelle.

    Rites et culte funéraire
    L’embaumement. Les Egyptiens n’ont pas décrit dans le détail le processus de l’embaumement. Ce que l’on en sait vient surtout des auteurs grecs, Hérodote, Diodore, Plutarque ou Porphyre, ainsi que de l’analyse des momies grâce aux techniques modernes.

    Après la mort, le corps était emporté dans une " Maison de purification ". L’un des paraschistes (prêtres-chirurgiens) incisait le flanc gauche et éviscérait le cadavre. Les organes étaient embaumés, emmaillotés et placés, jusqu’au début de la Troisième Période Intermédiaire, dans des vases appelés canopes placés sous la protection des fils d’Horus : Amset, Hâpy, Douamoutef et Qebehsennouef. Par la suite, sous forme de " paquets-canopes ", ils étaient remis dans le corps. On laissait en place le cœur et les reins.
    Une fois le corps vidé, le taricheute le " salait " en le plaçant dans le natron où il restait environ 35 jours. Pour lutter contre le noircissement provoqué par ce traitement, on teignait au henné certaines parties du corps ou on les enduisait d’ocre, rouge pour les hommes, jaune pour les femmes. On bourrait ensuite l’abdomen et la poitrine de pièces de tissu imbibées de gommes, d’aromates et d’onguents.
    Alors commençait l’emmaillotage qui se faisait par étapes. On entourait à l’aide de bandes de lin chaque membre. L’ensemble du corps était ensuite recouvert d’une grande pièce de tissu.
    Enfin, un masque recouvrait l’emplacement du visage. Le plus souvent en cartonnage, il pouvait être en or pour les grands personnages. Ce masque se développe jusqu’à devenir une " planche " recouvrant l’ensemble du corps et reproduisant l’aspect d’un couvercle de sarcophage, le stade ultime étant constitué par les " portraits " du Fayoum.
    Le rituel était le même pour tous. La différence, selon la condition sociale, variait dans le prix des amulettes et les tissus employés.

    A partir du Nouvel Empire, on glissait souvent un Livre des Morts entre les jambes de la momie.

    La momie est ensuite placée dans un sarcophage. A l’origine, sa forme est carrée avec un décor en " façade de palais ". A partir de la VIe dynastie, le sarcophage commence à inclure du texte dont des chapitres des Textes des Sarcophages. Le matériau et la forme évoluent également.

    Le mobilier funéraire est constitué de chevet, vaisselles et objets personnels.

    Le caveau est fermé d’une herse et le puits est bloqué lors des funérailles. C’est la chapelle, qui se trouve dans la superstructure, qui évolue le plus : augmentation du nombre de pièces et ajout de niches.

    Le schéma de la décoration de la chapelle est à peu près toujours le même. Le défunt accueille les visiteurs dès la porte sur laquelle figurent ses titres et son image.

    Sur la paroi occidentale se trouvent la ou les fausses portes (celle du nord pour le défunt, celle du sud pour son épouse, entre les deux, un décor végétal).

    Sur la paroi opposée se trouvent des scènes funéraires : pèlerinage à Bousiris (côté nord) et à Abydos (côté sud).

    Sur les parois nord et sud sont représentées des scènes de la vie des domaines. De plus, sur la paroi sud derrière laquelle se trouve le serdab des scènes montrent l’encensement des statues.

    Les thèmes décoratifs
    Les scènes des tombeaux nous informent sur les croyances funéraires. Contrairement à son roi qui monte au ciel, le simple particulier reste dans sa tombe. C’est la proximité du dieu, donc du roi, qui garantit l’intégration du défunt au monde divin. Cela explique pourquoi les tombes des particuliers gravitent près de celle du roi. Cela justifie aussi l’omniprésence du roi dans la tombe même.

    Les thèmes décoratifs restent centrés sur les réalités essentielles qui concernent le mort : scènes de la vie quotidienne, cortège funéraire, banquet funèbre…

    Chapitre VI : La lutte pour le pouvoir

    L’effondrement
    La délimitation appelée " Première Période Intermédiaire " s’étend sur un siècle et demi de la fin de la VIe dynastie jusqu’à la victoire définitive de la dynastie thébaine et la réunification de l’Egypte.

    Elle ne fut pas considérée comme telle par les contemporains ni dans le découpage de Manéthon.

    La crise que connu l’Egypte est probablement liée à plusieurs facteurs : la décadence du trop(?) long règne de Pépi II, l’effondrement de la VIème dynastie lors de la succession de Nitocris, des changements climatiques, une période de famine et de violence…

    Les héritiers
    Selon Manéthon, la VIIème dynastie comprendrait 70 pharaons ayant régné chacun 70 jours. Cette formulation traduit une période où de multiples prétendants se disputaient le trône, probablement après la mort de Nitocris (2140 av. JC).
    On attribue 17 rois à la VIIIème dynastie dont cinq reprennent le nom de couronnement de Pépi II : Néferkarê. Peut-être s’agit-il de ses fils ou de ses petits-fils.

    Le Delta est aux mains d’envahisseurs venus de l’Est appelés " Asiatiques " par les Egyptiens. Le pouvoir des rois se limite à la région de Memphis.

    Hérakléopolitains et Thébains
    Avec l’appui d’Assiout, les princes d’Hérakléopolis, capitale du riche 20ème nome de Haute-Egypte, s’arrogent le pouvoir. Méribrê Khéty Ier fonde la IXe dynastie (2160-2130), suivie de la Xe dynastie dont les rois se posent en successeurs de la lignée memphite.

    Cependant, la Xe dynastie, contrairement à la IXe, ne prétend plus au contrôle de tout le pays et reconnaît l’existence de sa rivale thébaine en Haute-Egypte, la XIe dynastie.

    L’autobiographie d’Ankhifi mentionne cette période d’opposition entre les dynasties thébaine et hérakléopolitaine. Nomarque d’Hiérakonpolis, Ankhifi dut lutter contre les princes thébains lors d’un épisode où le souverain d’Hérakléopolis, peut-être Néferkarê VII, se heurte au fondateur de la dynastie thébaine, Antef Ier (successeur de Antef " l’Ancien " et de Mentouhotep Ier) qui devient maître du Sud.

    Antef II reprend la lutte dont le cadre se situe cette fois en Moyenne-Egypte.

    L’opposition entre le Nord et le Sud n’est pas une guerre constante mais plutôt un état de paix précaire durant lequel le pays réussit à vaincre la famine et les troubles sociaux.

    Le souverain hérakléopolitain Khéty III chasse les Bédouins et les Asiatiques du nord de l’Egypte et réorganise l’unité du Nord.

    Au Sud, Thèbes est maîtresse de toute la Haute-Egypte jusqu’au sud d’Assiout où se livrèrent les derniers combats. La réunification finale y est réalisée par le fils d’Antef III, Mentouhotep II qui ouvre le Moyen Empire.

    Sagesse et pessimisme
    Face à l’affaiblissement du pouvoir et de l’image de la royauté, face à l’effondrement de certaines valeurs de la société, l’angoisse et le pessimisme qui en résultent s’expriment dans les œuvres littéraires.

    L’enseignement de Mérikarê que le roi Khéty III adresserait à son fils date de la période hérakléopolitaine et est connu par trois copies de la XVIIIe dynastie. On peut établir un parallèle avec un autre Enseignement attribué à Amenemhat Ier (XIIe dynastie) :

    abondance des citations littéraires supposant une vaste culture livresque.
    le père donne à son fils des directives pour réussir sa vie et son métier : la transmission du savoir de génération en génération garantit l’ordre.
    remarquable lucidité sur le métier du roi.
    préoccupation de l’au-delà.
    Le Dialogue du Désespéré avec son Ba est un constat désespéré d’un homme face à une vie où règne la violence des méchants.

    Le Conte du Paysan est connu par des versions de la fin de la XIIe et de la XIIIe dynastie. Il nous donne de précieuses informations sur la société et la morale de la Première Période Intermédiaire.

    Un paysan, sous le règne de Nebkaourê Khéty II est victime d’un intendant cupide. Il demande justice au gouverneur des domaines qui transmet sa supplique au roi. Ce dernier le laissera plaider neuf fois avant de lui donner enfin gain de cause lorsque le plaignant se remet, en désespoir de cause, entre les mains d’Anubis.

    L’individu face à la mort
    Dans les Textes des Sarcophages dont les premiers exemples apparaissent à la fin de l’Ancien Empire, une idée nouvelle se développe : le mort se retrouve devant le tribunal d’Osiris. S’il a respecté l’équilibre incarné par Maât, Osiris l’accueillera parmi les bienheureux.

    L’art provincial
    Chaque école développe sa propre tendance tout en maintenant les canons memphites. De nouveaux matériaux, comme le bois, sont utilisés.

    Chapitre VII : Le Moyen Empire

    Les premiers temps de l’unité
    Montouhotep II prend la succession d’Antef III vers 2061. La pacification durera plusieurs années et ne sera achevée que vers l’an 30 de son règne.

    Il déplace la capitale à Thèbes, renforce l’administration, se lance dans des entreprises de constructions et renoue avec la politique extérieure de l’Ancien Empire. Il met les frontières à l’abri de nouvelles invasions d’Asiatiques et entreprend des campagnes en Nubie.

    Il meurt après cinquante et un ans de règne et laisse à son successeur, son fils Montouhotep III un pays prospère et unifié.

    Montouhotep III est assez âgé lorsqu’il monte sur le trône et ne régnera que durant douze ans. Il poursuit le programme de construction de son père, renforce la protection des frontières dans le Delta oriental et fait édifier des fortifications. Il mène une expédition au pays de Pount et reprend l’extraction de pierres dans le Ouadi Hammamat.

    Sous Montouhotep IV, dernier roi de la XIe dynastie, la situation du pays est confuse. On sait par un graffiti du Ouadi Hammamat qu’il y envoya une expédition de mille hommes.

    Amenemhat Ier
    L’expédition de Montouhotep IV est conduite par son vizir Amenemhat qui deviendra roi, non sans opposition.

    En l’an 20 de son règne, il associe son fils Sésostris au trône. Cette pratique nouvelle sera appliquée pendant toute la XIIe dynastie. Le dauphin joue le rôle du bras de son père qui lui délègue l’armée. Les efforts du roi se portent sur la Nubie où il mène des expéditions.

    Littérature et politique
    Amenemhat Ier est assassiné en 1962 à la suite d’une conspiration ourdie par le harem. Sésostris Ier lui succède. Cet événement marquera la littérature.

    Le Conte de Sinouhé : Sinouhé, au retour de la campagne de Libye, apprend la mort du roi et, pour une raison inconnue, prend peur et se réfugie en Syrie. Les années passent et il se retrouve chef de tribu. Mais la nostalgie le mine et il demande grâce à Sésostris qui accepte son retour. Cette histoire morale d’un fonctionnaire repenti et pardonné parce qu’il a su rester loyal est l’une des œuvres les plus populaires de la littérature égyptienne.

    L’enseignement d’Amenemhat Ier est un texte rédigé sur le modèle de L’Enseignement pour Mérikarê. Son but est surtout d’expliquer la légitimité du successeur du roi assassiné.

    Le thème de l’ingratitude humaine est un rappel de la révolte des hommes contre le Créateur. Le roi, assimilé à Rê, transmet son pouvoir à son successeur comme le démiurge le fit jadis lorsqu’il se retira dans le ciel, dégoûté à jamais de ses créatures.

    La prise de pouvoir de Sésostris Ier n’entraîna aucun trouble et son long règne de quarante-cinq ans fut pacifique. Il bâtit beaucoup. Se réclamant de la tradition héliopolitaine, il adopte comme nom de couronnement Néferkarê et reconstruit le temple de Rê-Atoum d’Héliopolis. Son activité s’étend aussi au temple d’Amon-Rê de Karnak : de 1927 à 1937, H. Chevrier a pu reconstituer à partir de blocs réemployés par Amenhotep III dans le troisième pylône, un kiosque de fête-sed de l’époque de Sésostris Ier.

    Le monde extérieur
    Sésostris Ier achève la conquête de la Basse-Nubie et installe une garnison à Bouhen, sur la Deuxième cataracte. Il contrôle le pays de Koush, de la Deuxième à la Troisième Cataracte. Dans le désert oriental, il exploite les mines d’or à l’est de Coptos ainsi que les carrières de Ouadi Hammamat.

    A l’Ouest, il assure le contrôle des oasis du désert de Libye.

    Son fils, Amenemhat II régna presque trente ans. La paix continue sous son règne comme sous celui de son successeur, Sésostris II.

    L’Egypte commence à jouer un grand rôle au Proche-Orient et s’ouvre aux influences orientales qui commencent à être sensibles dans la civilisation et dans l’art.

    L’apogée du Moyen Empire
    Après une corégence de presque cinq ans, Sésostris II succède à son père pour une quinzaine d’années. Il entreprend l’aménagement du Fayoum, oasis située à environ quatre-vingts kilomètres au sud-ouest de Memphis et canalise le Bahr Youssouf, qui se déversait dans le futur lac Qaroun, en construisant une digue à Illahoun et en lui adjoignant un système de drainage et de canaux. Le projet ne sera achevé que sous Amenemhat III. Ces grands travaux ont provoqué un nouveau déplacement de la nécropole royale qui après être remontée à Dahchour avec Amenemhat II s’installe à Illahoun.

    Lorsque Sésostris III monte sur le trône, il choisit de mettre fin au pouvoir grandissant des dynastes locaux. Il supprime la charge de nomarque et place la nouvelle organisation du pays sous la direction du vizir en trois ministères (ouâret) : un pour le Nord, un autre pour le Sud et un troisième pour la " Tête du Sud ", c’est-à-dire Eléphantine et la Basse-Nubie.

    Chaque ministère est dirigé par un fonctionnaire aidé d’un assistant et d’un conseil (djadjat). Celui-ci transmet les ordres à des officiers qui, à leur tour, les font exécuter par des scribes.

    Les conséquences de cette réforme sont doubles : la perte d’influence de la noblesse et l’ascension de la classe moyenne.

    Sésostris III organise plusieurs expéditions en Nubie et fixe la limite de son autorité à Semna. On ne connaît qu’une campagne en Syro-Palestine contre le Mentjiou qui conduit les Egyptiens à affronter les populations de Sichem et du Litani.

    Tout comme son prédécesseur, Amenemhat III est respecté de Kerma à Byblos. Durant ses quarante-cinq ans de règne, il mène l’Egypte au sommet de la prospérité. La paix règne à l’intérieur comme à l’extérieur.

    L’exploitation des mines du Sinaï et des carrières est intense et se traduit par de nombreuses constructions : en Nubie, dans le Fayoum… Il se fait élever deux pyramides, une à Dahchour, l’autre à Hawara.

    Amenemhat IV succède à son père vers 1798 après une courte corégence. Le Fayoum reste sa préoccupation première.


    La fin de la dynastie
    Amenemhat IV règne un peu moins de dix ans. A sa mort, la situation du pays tend à se dégrader. Peut-être est-ce dû, comme ça a été le cas à la fin de l’Ancien Empire, à la longueur des règnes de Sésostris III et d’Amenemhat III, chacun ayant eu un règne d’environ un demi-siècle, conduisant à des difficultés successorales. Comme à la fin de la IVème dynastie, le pouvoir échoit à une reine, Néfrousobek, qui pour la première fois est désignée comme une femme pharaon. Les listes royales lui attribuent un court règne de trois ans.

    La XIIIème dynastie, avec laquelle on fait commencer la " Deuxième Période Intermédiaire " semble être la suite légitime de la XIIème. Rien ne donne l’impression d’une coupure brutale : le pays ne s’effondre nullement durant le siècle et demi qui précède la prise de pouvoir par les Hyksôs.

    Le classicisme
    Le Moyen Empire est l’époque où la langue et la littérature atteignent leur forme la plus parfaite. Tous les genres sont représentés.

    L’Enseignement : Maximes de Ptahhotep, Instructions pour Mérikarê, Maximes de Djedefhor, Instructions pour Kagemni. C’est au Moyen Empire que fut composé un des Enseignements les plus répandus : la Kemit, c’est-à-dire la " somme " achevée d’un enseignement dont la perfection reflète celle de l’Egypte (Kemet, " la (terre) noire "), elle-même image parfaite de l’univers.

    La Satire des Métiers a été composé au début de la XIIe dynastie par le scribe Khéty, fils de Douaouf. Il est connu par plus de cent manuscrits.

    Dans le genre politique : l’Enseignement d’Amenemhat Ier et La prophétie de Néferti ; L’Enseignement loyaliste, les Instructions d’un homme à son fils, les Instructions au vizir.

    C’est la grande époque du roman : Le conte du Paysan, le conte de Sinouhé, le conte du naufragé.

    Les grands récits mythologiques datent aussi de cette époque mais sont connus par des versions plus tardives :

    - la légende de la Destruction de l’Humanité

    - le conte d’Isis et de Rê

    - le conte d’Horus et de Seth

    Il en est de même des grands drames sacrés : le Drame du Couronnement, le Drame Memphite.

    Le courant pessimiste est représenté par le Dialogue du désespéré avec son Ba et les Collections de paroles de Khâkhéperrêséneb.

    Il faut encore citer l’hymnologie royale, la diplomatique, les récits autobiographiques et historiques, la correspondance, les textes administratifs qui sont abondamment représentés ainsi que la littérature spécialisée : traités de médecine, de mathématiques, fragments gynécologiques, vétérinaires, médico-magiques.

    Notons également le premier représentant des onomastica découvert au Ramesseum : ces listes de mots qui passent en revue les catégories de la société ou de l’univers (noms de métiers, oiseaux, animaux, plantes, listes géographiques, etc.) étaient destinées à la formation des élèves des écoles.

    Les œuvres littéraires du Moyen Empire témoignent d’un raffinement qui allie la tradition de l’Ancien Empire à une sobriété plus proche de l’humain. Il est également sensible dans la production artistique, quelle qu’elle soit, de l’architecture aux arts mineurs.

    La " chapelle blanche " que Sésostris Ier construisit à Karnak offre une pureté de formes remarquable, tout comme le temple de Qasr es-Sagha ou de Medinet Madi.

    Nous connaissons toutefois peu les constructions des rois du Moyen Empire. On peut toutefois juger de leur qualité à partir d’édifices funéraires et tout particulièrement de celui de Montouhotep II à Deir el-Bahari. La reine Hatchepsout reprendra ce modèle pour le temple qu’elle fera édifier à côté.

    L’originalité de la recherche architecturale de Montouhotep reste liée à Thèbes. En déplaçant la capitale, ses successeurs renouent avec l’organisation memphite du complexe funéraire. Ils choisissent des sites au sud de Saqqarah : Licht, entre Dahchour et Meïdoum, où s’installent Amenemhat Ier et Sésostris Ier. Le site de Dahchour est également utilisé par les souverains de la XIIIe dynastie.

    Toutefois, les deux rois qui se sont attachés à la mise en valeur du Fayoum, Sésostris II et Amenemhat III ont tenu à s’en rapprocher et se sont fait enterrer, le premier à Illahoun, le second à Hawara.

    L’emprise de l’Ancien Empire marque fortement la statuaire royale même si le roi n’est plus le dieu intangible et s’est humanisé. Toutefois, elle évolue davantage que la statuaire privée qui connaît peu de nouveautés.

    La seule réelle innovation est la statue-cube : un personnage assis dont les jambes repliées vers le menton forment un bloc d’où bientôt n’émergera plus que la tête. Cette forme, née des recherches géométrisantes de la Première Période Intermédiaire offre un support commode au texte qui les envahira à la Basse Epoque.

    Le Moyen Empire est considéré comme la période classique par excellence de la civilisation égyptienne. Et cela, même si sur le plan architectural, c’est la bien moins connue. Ce jugement tient à la qualité des œuvres qui nous sont parvenues.

    Chapitre VIII : L’Invasion

    La " Deuxième Période Intermédiaire "
    L’afflux continu de main-d’œuvre asiatique, particulièrement sous Amenemhat III permet l’implantation de populations dans le nord du pays. Ces communautés tendront à s’unifier pour occuper le territoire, provoquant le morcellement du pays dont le pouvoir sera cantonné dans le Sud.

    Cette période peu connue qui n’est pas une période historique en soi commence à la fin de la XIIe dynastie, à la mort de Néfrousobek vers 1785, et se termine avec la prise de pouvoir d’Ahmosis vers 1560, ouvrant le Nouvel Empire.

    La XIIIe dynastie gouverne seule dans un premier temps puis entre en compétition avec les princes de Xoïs et ceux d’Avaris, dans le Delta, qui forment les deux dynasties hyksôs, les XVe et XVIe, concurrentes de la XVIIe dynastie thébaine, jusqu’à ce qu’Ahmosis les expulse. Les listes donnent plus de cinquante rois pour la XIIIe dynastie.

    La Continuité
    La XIIIe dynastie maintient la continuité avec la XIIe. Les rois se font enterrer selon la tradition du Moyen Empire et laissent des pyramides à Dahchour, à Saqqarah et à Licht.

    Les positions de l’Egypte se maintiennent à l’extérieur, en Nubie comme au Proche Orient.

    Neferhotep Ier et Sobekhotep IV
    Neferhotep Ier reste 11 ans au pouvoir. Il doit avoir autorité, le Sud mis à part, sur l’ensemble du Delta à l’exception du 6e nome de Basse Egypte dont le chef-lieu, Xoïs (Qedem, à proximité de Kafr el-Cheikh) aurait été la capitale de la XIVe dynastie, parallèle à la XIIIe dynastie et à la dynastie hyksôs qui va bientôt surgir à Avaris.

    C’est sous le règne du frère de Neferhotep Ier, Sobekhotep IV qui gouverne le pays durant 8 ans, que la ville d’Avaris (Hout-Ouret, " le grand château ") passe aux mains des Hyksôs.

    Les Hyksôs
    Le nom de " hyksôs " est la déformation grecque de celui que leur ont donné les Egyptiens : heqaoukhasout, " les chefs des pays étrangers ". Cette appellation s’applique en fait à tout étranger et, ici, recouvre à peu près ceux que les Egyptiens appelaient " Asiatiques ".

    Si la dernière étape de leur prise de pouvoir sur le Nord est violente, la progression des Hyksôs d’Avaris jusqu’au nord d’Héliopolis se fait progressivement et prend presqu’un demi-siècle. Leur implantation semble avoir été bien acceptée par la population.

    Ils fondent leur mode de gouvernement dans le moule politique égyptien tout en conservant leur propre culture. Ils adoptent l’écriture hiéroglyphique, sont de grands constructeurs, maintiennent une religion " à l’égyptienne " autour de Seth d’Avaris dont ils se contentent d’accentuer les caractères sémitisants et continuent à porter le nom de Rê dans leur titulature.

    Leur présence laissera de profondes empreintes dans la civilisation égyptienne. En matière militaire, ils introduisent l’utilisation du cheval attelé et de nouvelles technologies d’armement nées de l’industrie du bronze.

    Salitis gouverne pendant vingt ans, probablement depuis Memphis, un royaume comprenant le Delta et la Vallée jusqu’à Gebelein ainsi que les pistes caravanières qui permettent de faire la jonction avec ses alliés nubiens. Cet état de fait durera jusqu’au règne d’Apophis Ier. Il délègue une partie de son autorité à une branche hyksôs vassale, improprement appelée XVIe dynastie par Manéthon.

    Les Thébains
    Parallèlement naît à Thèbes une nouvelle dynastie, la XVIIe, issue d’une branche locale de la XIIIe dynastie. Elle est fondée par Rahotep. Pendant environ 75 ans, ces rois règnent sur les huit premiers nomes de Haute Egypte, d’Eléphantine à Abydos. Leurs ressources économiques sont maigres mais ils maintiennent la civilisation du Moyen Empire.

    Le contemporain hyksôs de Rahotep est Yaqoub-Har (ou Iaqoub-Baal), successeur de Salitis. Il règne environ dix-huit ans et reste en bons termes avec les trois rois de Thèbes qui succèdent à Rahotep : Antef V " l’Ancien ", Antef VI puis Sobekemsaf II, le mieux connu des rois de la XVIIe dynastie. Son règne de seize ans est prospère.

    Vers 1635/1633, pendant le règne de Sobekemsaf II, la XIIIe dynastie s’achève et la XIVe ne lui survivra que deux ou trois générations à Xoïs.

    Du côté des Hyksôs, Khyan succède à Yaqoub-Har.

    En Nubie, un roi nommé Nédjeh prend le pouvoir, installe sa capitale à Bouhen et règne d’Eléphantine à la Deuxième Cataracte. Ce royaume, allié aux Hyksôs, durera jusqu’à ce que Kamosé s’empare de Bouhen.

    Les contemporains thébains de Khyan sont obscurs : Djéhouty, Montouhotep VII, Nebiryaou Ier. Deux figures se dégagent ensuite, celle d’Antef VII à Thèbes et d’Apophis Ier du côté Hyksôs. Sous leurs règnent, les deux royaumes vivent en paix et les échanges sont nombreux.

    A la fin du règne d’Apophis Ier et durant celui d’Apophis II commence la lutte ouverte avec Thèbes où Taâ Ier, dit " l’Ancien " a succédé à Antef VII. Il cède la place à Séqénenrê Taâ II, dit " le Brave ". A sa mort, son fils Kamosé monte sur le trône et s’assure les pistes caravanières, coupant ainsi les communications entre le Nord et la Nubie.

    La reconquête
    Ahmosis reprend le combat contre les Hyksôs et la lutte s’échelonne sur plusieurs années dans le Delta, conduisant successivement à la prise de Memphis puis d’Avaris. La domination hyksôs ne sera réellement anéantie que lorsque les troupes égyptiennes s’emparent de la place forte de Charouhen, base arrière des " Asiatiques " dans le Sud-Ouest palestinien.

    La chronologie des deux derniers rois hyksôs est un peu confuse : Aazehrê est le dernier de la XVe dynastie. Apophis III clôt la branche vassale de la XVIe dynastie.

    Après avoir chassé les Hyksôs , Ahmosis entreprend de reconquérir la Nubie. En vingt-cinq ans de règne, il a achevé la libération de l’Egypte et ramené ses relations internationales au niveau de ce qu’elles étaient à la fin du Moyen Empire. Lorsqu’il disparaît, son fils Amenhotep Ier lui succède.

    A SUIVRE...
     

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