Histoire de l'Egypte Antique (2ème partie)

Discussion dans 'Bibliothèque Wladbladi' créé par titegazelle, 3 Août 2008.

  1. titegazelle

    titegazelle سُبحَانَ اللّهِ وَ بِحَمْدِهِ Membre du personnel

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    TROISIÈME PARTIE : L'EMPIRE

    Chapitre IX Les Thoutmosides

    Ahmosis
    La reconquête du pays est suivie de sa réorganisation. Il semblerait que les structures administratives aient continué à fonctionner dans les cadres établis au Moyen Empire et que l’organisation des Hyksôs, au vu de la prospérité du pays à leur époque, devait être efficace. Il a donc suffit de reprendre les cadres existant.

    L’ouverture sur le Proche-Orient continue et conditionne la reprise de l’importation de matières premières : l’argent et l’or d’Asie et de Nubie, le lapis-lazuli d’Asie centrale, la turquoise du Sinaï…

    Les constructions religieuses et funéraires reprennent. Amon thébain est privilégié au détriment des cultes de Moyenne et de Basse Egypte.

    Les débuts de la dynastie
    Il reste des incertitudes quant aux datations du début de la XVIIIe dynastie.

    A la mort d’Ahmosis, son épouse Ahmès-Néfertary assure la régence pour son fils, Amenhotep Ier, trop jeune pour régner.

    Amenhotep Ier monte donc sur le trône probablement vers 1526. Ses vingt et une années de règne sont pacifiques, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur même si le Mitanni commence à remettre en cause la domination égyptienne à proximité de l’Euphrate.

    L’essor du pays se poursuit tant sur le plan économique qu’artistique mais peu de réalisations de l’époque sont parvenues jusqu’à nous. On ignore où se situe la tombe d’Amenhotep Ier. Est-ce à Dra Abou’l-Naga ? Il serait le dernier à avoir choisi ce site puisque son successeur Thoutmosis Ier inaugure la nécropole de la Vallée des Rois. La seule chose sûre est qu’il apporte une modification radicale à la structure du complexe funéraire en séparant la sépulture du temple funéraire. Il sera suivi en cela de tous ses successeurs qui construiront chacun sur la rive occidentale de Thèbes leur " Demeure des Millions d’Années ".

    Hatchepsout
    Amenhotep Ier ayant perdu son fils Amenemhat, c’est le descendant d’une branche collatérale qui lui succède : Thoutmosis Ier. Ce dernier confirme sa légitimité en épousant Ahmès, la sœur d’Amenhotep Ier. De ce mariage naît une fille, Hatchepsout, et un garçon, Aménémès, qui ne régnera pas.

    Hatchepsout épouse son demi-frère, né d’une concubine, qui monte sur le trône sous le nom de Thoutmosis II. Thoutmosis II et Hatchepsout n’eurent pas d’héritiers mâles mais une fille, Néférourê. Par contre, le roi eut un fils d’une épouse secondaire : Thoutmosis III qui épouse sa demi-sœur Néférourê.

    Thoutmosis Ier mène des expéditions militaires et établit une stèle frontière au bord de l’Euphrate. En Nubie, il a établi sa domination jusqu’à la Troisième Cataracte.

    Thoutmosis II entretient cette domination par deux campagnes : l’une en Nubie, l’autre en Palestine.

    A la mort de Thoutmosis II, Thoutmosis III est trop jeune pour régner. C’est Hatchepsout qui va exercer la régence avant de se faire couronner roi : officiellement, Thoutmosis III n’est plus que son corégent.

    Pour justifier cette usurpation, elle met en quelque sorte son époux Thoutmosis II entre parenthèses et s'invente une corégence avec son père Thoutmosis Ier. Ce " texte de la jeunesse d’Hatchepsout " se trouve dans le temple funéraire qu’elle se fait construire à Deir el-Bahari.

    Parmi les grandes figures du règne de la reine, il faut citer Senmout qui reprend à Deir el-Bahari l’idée générale du temple de Montouhotep II pour la construction de celui d’Hatchepsout exécuté par le Grand Prêtre d’Amon Hapousebeb. Notons également le chancelier Néhésy qui dirige l’expédition que la reine envoie vers le pays de Pount.

    Hatchepsout règne ainsi jusqu’en 1458, c’est-à-dire en l’an 22 de Thoutmosis III qui récupère alors son trône.

    La gloire de Thoutmosis III
    A la mort d’Hatchepsout, Thoutmosis III doit faire face à une révolte des principautés asiatiques, coalisées autour du prince de Qadech sous l’influence du Mitanni.

    Il ne lui faudra pas moins de dix-sept campagnes pour maîtriser la situation. On peut suivre l’affrontement entre Egyptiens et Mitanniens à travers les Annales que Thoutmosis III fit graver dans le temple d’Amon-Rê de Karnak.

    En l’an 22-23, il part du Delta oriental, remonte par Gaza, atteint la plaine de Megiddo, assiège la ville qui finit par tomber et remonte vers Tyr.

    Durant les trois campagnes suivantes, il mène des tournées d’inspection et brise la branche occidentale de la coalition.

    De l’an 29 à l’an 32, Thoutmosis III s’attaque au Djahy et à Qadech. Il prend Oullaza et Ardata.

    Lors de la sixième campagne, l’année suivante, les Egyptiens arrivent en Syrie par la mer ; remontent jusqu’à Qadech puis se tournent à nouveau vers la côte, marchent sur Simyra au nord de l’embouchure du Nahr el-Kébir et se portent contre Ardata.

    L’année suivante, il mène une septième campagne, à nouveau contre Oullaza dont la chute amène la soumission des ports phéniciens.

    En l’an 33 commence une nouvelle phase des guerres d’Asie : l’affrontement direct avec le Mitanni. Pour y arriver, il fallait franchir la barrière naturelle qu’est l’Euphrate. L’armée traînera des bateaux fluviaux à travers la Syrie. Les Egyptiens atteignent Qatna à l’est de l’Oronte puis franchissent l’Euphrate où Thoutmosis III consacre une stèle commémorative à côté de celle érigée naguère par son grand-père. Il remonte vers le nord, ravage la région de Karkémish puis retourne sur l’Oronte.

    Les neuf campagnes suivantes seront consacrées à essayer de réduire les forces mitanniennes en Naharina.

    La fin du règne est plus calme : la suprématie égyptienne est provisoirement reconnue au Proche-Orient et les relations avec la mer Egée sont cordiales.

    Amenhotep II et Thoutmosis IV
    Thoutmosis III laisse l’image d’un grand roi : le souvenir du franchissement de l’Euphrate reste impérissable. Les campagnes de Syrie serviront de toile de fond à un conte relatant la prise de Joppé par le général Djéhouty. La tradition lui reconnaît également le goût pour la botanique et l’art de la littérature.

    Deux ans avant sa mort, il associe le fils qu’il a eu de sa seconde épouse, Hatchepsout II Mérirê, Aakhépérourê Amenhotep II, moins intellectuel que son père et davantage porté sur les activités militaires et sportives.

    Ce dernier mène trois campagnes en Syrie, directement dirigées contre le Mitanni , qui se soldent par la perte de la zone comprise entre l’Oronte et l’Euphrate. Ce seront les derniers affrontements avec le Mitanni. Sous Thoutmosis IV, les relations changent du tout au tout. Le nouvel empire hittite fondé par Tudhaliya II menace le Mitanni qui tente alors un rapprochement avec l’Egypte.

    La paix règne en Nubie où Amenhotep II décore en partie Kalabsha et poursuit les travaux entrepris par Thoutmosis III à Amada. Il construit également en Thébaïde.

    A la mort d’Amenhotep II, Thoutmosis IV lui succède. La stèle qu’il fait graver entre les pattes du sphinx de Gîza relate que le grand dieu lui promit en songe la royauté s’il le désensablait. Son règne ne dura que neuf ans : le roi mourut prématurément à l’âge d’environ trente ans.

    Amenhotep III et l’apogée de la dynastie
    Si la peinture thébaine tend à son apogée sous Thoutmosis IV, le règne d’Amenhotep III, en ouvrant encore plus le pays aux influences orientales, atteint un degré de raffinement qui restera inégalé par la suite.

    Amenhotep III est le fils d’une concubine de Thoutmosis IV, Moutemouia. Il monte sur le trône à l’âge de douze ans et sa mère assure la régence. Il épouse une femme d’origine non royale, la reine Tiy, fille d’Youya et de Touya. Le frère de la reine, le divin Ay succédera à Toutankhamon. L’influence de Tiy dans la conduite des affaires fut importante. Elle met en avant pour la première fois le rôle de la " Grande Epouse du Roi " qui prend le pas sur la reine mère.

    Le règne d’Amenhotep III est marqué par la paix. Son nom est attesté en Crête, à Mycène, en Etolie, en Anatolie, au Yémen, à Babylone… Le rapprochement égypto-mitannien est consommé par le mariage d’Amenhotep III et de Gilu-Heba puis de Tadu-Heba(t), filles de rois du Mitanni. Il épouse également deux princesses de Babylone.

    La puissance montante de l’époque, ce sont les Hittites qui vont prendre un ascendant décisif à la charnière des règnes d’Amenhotep III et d’Amenhotep IV.

    L’Egypte est à l’apogée de son rayonnement et de sa puissance. Amenhotep III est un des plus grands constructeurs que le pays ait connu. Il couvre la Nubie de monuments, dans le Nord, il construit à Athribis et à Bubastis. Il commence les grands travaux du Serapeum à Saqqarah. Dans la Vallée, il bâtit à Elkab, Souménou, Abydos et Hermopolis. A Thèbes, il fait construire à Louxor un temple censé être le " harem méridional " d’Amon-Rê et fait consacrer dans le temple de Mout, au sud de l’enceinte de Karnak, six cents statues de la déesse Sekhmet. Sur la rive occidentale, il se fait édifier un palais à Malgata et un gigantesque temple funéraire dont il ne reste que deux statues monumentales (appelées colosses de Memnon).

    Il meurt en l’an 39 en ayant peut-être associé, dans les derniers temps, son fils au trône.


    Chapitre X : Akhénaton

    La succession d’Amenhotep III
    Amenhotep IV, dont la corégence avec Amenhotep III est discutée, règne seul à partir de 1378/1352 et se fait couronner à Karnak, signe qu’au départ, il n’était pas en lutte ouverte avec le clergé d’Amon-Rê. Il entreprend d’ailleurs un programme de construction traditionnel.

    Il épouse sa cousine Nefertiti, fille de Ay et de Tiy II, donc petite fille de Youya et Touya. Amenhotep IV et Nefertiti forment un couple encore plus étroitement lié politiquement que celui d’Amenhotep III et Tiy. Comme eux, ils sont associés dans les cérémonies, mais, chose nouvelle, l’art officiel les représente dès le début dans des scènes familiales jugées jusque là trop intimes pour être montrées.

    C’est en l’an 2 de son règne qu’Amenhotep IV donne à Aton la place qu’occupait Amon-Rê. En l’an 5 de son règne, il procède à la fondation de la nouvelle capitale qu’il appelle Akhetaton, " l’Horizon du Disque " et marque le site de quatorze stèles frontières.

    La réforme religieuse
    Depuis le début de la XVIIIe dynastie, la montée des cultes héliopolitains tend à concentrer autour de Rê la création et l’entretien de la vie, sans toutefois écarter les autres dieux. Il serait donc exagéré de parler de monothéisme mais plutôt d’une fusion de compétences multiples dans le Créateur par excellence qu’est le soleil.

    Amenhotep IV choisit d’en adorer l’aspect sensible, le Disque. Le résultat donne un ton universaliste qui présente les apparences du monothéisme.

    L’originalité d’Akhenaton est d’avoir fourni une image facile à appréhender en évitant le détour par le clergé spécialisé, seul capable de servir d’intermédiaire entre les hommes et un dieu impénétrable. Aton permet la perception immédiate du divin, par opposition à Amon, le dieu " caché ".

    Le Disque est une forme du Créateur dont le roi est l’équivalent terrestre. Il prend également en charge les morts, même si Osiris reste à l’honneur.

    L’impact de cette réforme sur la population est quasiment nulle. D’abord parce que la Cour se confine très vite à Akhetaton. Ensuite parce que le peuple, écarté de ce qui se passait dans les palais et les temples, continue à vivre sur les bases religieuses traditionnelles.

    L’originalité de l’image d’Akhenaton est moins importante qu’on ne pourrait le croire. Il conserve tout l’apparat phraséologie de ses prédécesseurs. Ainsi, il se fait représenter en train de massacrer des ennemis vaincus. Il ne touche pas aux structures de l’administration. Sur le plan politique, sa " révolution " renforce l’absolutisme théocratique : le roi est l’intermédiaire obligé entre les hommes et le Disque.

    La réforme a des effets dans deux domaines surtout : l’économie et l’art.

    Akhenaton ferme certains temples ou limite leurs activités et rattache les biens cléricaux à la Couronne. La construction de la nouvelle capitale et des nouveaux temples se fait au détriment de l’économie en général et de l’économie divine en particulier.

    Les conséquences de l’atonisme sur les arts et les lettres sont plus spectaculaires et plus durables. Une plus grande liberté se manifeste dans les œuvres contemporaines, surtout dans les compostions poétiques : hymnes et litanies divins et royaux. La langue parlée est introduite dans les textes officiels et dans les grandes œuvres.

    Dès le règne d’Amenemhat III, l’idéalisme officiel cède le pas à un réalisme plus sensuel qui n’hésite pas à souligner les formes du corps par des techniques comme celle du " drapé mouillé ". Ce traitement plus généreux des volumes apparaît aussi dans le dessin où l’usage de la ligne est moins rigoureux, l’emploi des couleurs plus souple.

    La mode évolue également : nouveaux costumes, nouvelles coiffures…

    Des détails stylistiques sont caractéristiques de la période : l’inclinaison de l’œil dans l’orbite et l’étirement des lignes qui produira les fameux yeux " en amendes " d’Akhenaton, les plis dans le cou, les oreilles percées, etc.

    Akhenaton radicalise la tendance pour lui-même et sa famille dès la deuxième année de son règne en poussant le réalisme jusqu’à la caricature : l’affaissement des chairs prend une apparence pathologique.

    Au fil des ans, le trait s’adoucit et, à la fin du règne, les études d’après nature l’emportent, comme la célèbre tête de Nefertiti de Berlin.

    De nouveaux thèmes apparaissent : l’image de la famille, omniprésente dans toutes les scènes, y compris et surtout celles du culte.

    La famille royale
    La construction et la première occupation de la ville se font entre l’an 5 et l’an 6 du règne d’Akhenaton.

    En l’an 12, la reine Tiy s’installe à la cour d’Armana. Cette installation a été interprétée comme la preuve qu’Akhenaton n’a régné seul qu’à partir de cette date. Cette même année, l’une des six filles du couple royal, Mékétaton, meurt. Nefertiti semble jouer un rôle moins important après l’an 12. Elle se serait même séparée de son mari si l’on en juge que l’une de ses filles, Méritaton, la remplace dans les cérémonies auprès du roi.

    Les trois années de la fin du règne sont troubles : le pays est livré aux persécutions anti-amoniennes qui se traduisent par le martelage des noms du dieu, martelage que subiront à leur tour Akhenaton et son dieu quelques années plus tard.

    Peut-être y a-t-il eu une corégence avec Néfernéférouaton Smenkhkarê qui a d’ailleurs été attesté comme roi, son règne devant se situer entre ceux d’Akhenaton et de Toutankhaton pour une durée possible de deux ans. Le corps de Smenkhkarê a été retrouvé dans une tombe qui lui a été consacrée dans la Vallée des Rois. Tout indique qu’il s’agit d’un réensevelissement hâtif. Dans cette tombe, on a retrouvé d’autres restes qui sont peut-être ceux de la reine Tiy.

    On pense généralement que toute la famille royale a ainsi été transférée sous le règne de Toutankhamon.

    L’Horizon d’Aton
    Il est probable que Smenkhkarê puis Toutankhaton étaient des cousins ou des neveux d’Akhenaton qui légitimèrent leur montée sur le trône en épousant chacun l’une des filles du roi.

    Lorsqu’il succède à Smenkhkarê, Toutankhaton est âgé d’environ neuf ans. Il épouse la princesse Ankhesenpaaton. Très rapidement, il quitte Amarna pour Memphis. La ville d’Akhetaton est abandonnée après seulement une trentaine d’années d’existence.

    La revanche d’Amon
    Le retour à l’orthodoxie amonienne se fait sous Toutankhaton, probablement sous l’influence du divin père Ay. Le jeune roi commence par changer son nom en Toutankhamon. Il meurt à environ dix-neuf ans sans avoir eu d’enfant de son épouse Ankhesenamon : avec lui s’éteint la lignée d’Ahmosis. Sa veuve supplie le roi hittite Suppiluliuma de lui envoyer un de ses fils pour l’épouser et en faire le pharaon d’Egypte. Le prince n’arrivera jamais et l’union entre les empires hittites et égyptiens ne se fera pas.

    Ankhesenamon épouse peut-être le vizir de son défunt mari, Ay qui, lui-même, ne régnera que durant quatre ans.

    La réelle coupure dynastique a lieu lorsque le commandant en chef de l’armée, Horemheb, prend le pouvoir et se présente comme restaurateur de l’ordre établi.

    Il fut un grand constructeur, surtout à Karnak. Après vingt-sept ans de règne, il sera enterré à Thèbes, dans la Vallée des Rois. N’ayant pas d’héritier mâle, Horemheb transmet le pouvoir à un autre militaire, un général originaire du Delta qui va fonder une nouvelle dynastie, celle des Ramsès.



    Chapitre XI : Les Ramessides

    L’origine de la dynastie
    Ramsès Ier n’est pas de sang royal mais provient d’une lignée de militaires. Son nom d’Horus, " Celui qui confirme Maât à travers les Deux Terres ", montre sa volonté de continuer l’œuvre d’Horemheb. Son prénom, Ramessou, " Rê l’a mis au monde " et son nom de couronnement, Menpehtyrê, " stable est la puissance de Rê " soulignent sa relation privilégiée avec Rê.

    Afin de retrouver les racines de la théocratie et afin d’éviter que le clergé thébain reprenne trop de poids, le pouvoir s’installe à Memphis.

    Après deux brèves années de règne, son fils Séthi Ier lui succède. Il mène une politique d’équilibre. La résidence royale est à Memphis mais Thèbes reste la capitale. Il promotionne le dieu Seth d’Avaris et (re)construit le sanctuaire de Rê à Héliopolis. Il entreprend à Karnak la construction d’une partie de la salle hypostyle qui sera achevée par Ramsès II et, en Nubie, celle du temple de Gebel Barkal.

    L’œuvre principale de son règne est sa politique extérieure. A la fin de l’époque amarnienne, toute la Palestine est hostile à l’Egypte. Une première campagne lui permet de pacifier la Palestine et d’avancer jusqu’au Liban. L’année suivante, son armée avance jusqu’à Qadech et pacifie la région d’Amourrou. Une troisième campagne est organisée contre les Libyens. On sait peu de choses de la quatrième expédition contre les Hittites : la zone d’influence égyptienne s’arrête au sud de Qadech et le roi Mouwatalli passe un accord de paix avec son rival.

    Il poursuit l’exploitation des mines de turquoise du Sinaï dont l’activité avait repris sous Ramsès Ier et met en valeur les mines d’or du désert d’Edfou et de Nubie.

    Dans l’art, son style caractéristique reste assez proche, par la finesse et le modelé, de l’art amarnien. Ces qualités se retrouvent dans son hypogée de la Vallée des Rois, dans le temple funéraire de Gourna et surtout dans celui d’Abydos et dans l’Osireion, le tombeau d’Osiris, qu’il fait édifier à proximité.

    Ramsès II et l’affrontement égypto-hittite
    Ramsès II succède à son père vers 1304 ou 1279-1278. Son règne est de loin le plus glorieux et le mieux connu.

    Dès l’an 2 de son règne, Ramsès II défait en combat naval un raid de pirates chardanes qu’il incorpore à son armée.

    Les combats égypto-hittites ne commencent qu’en l’an 4 par une première campagne en Syrie. L’année suivante, les Egyptiens remontent jusqu’à Qadech où se déroule l’une des batailles les plus célèbres de l’histoire du Proche-Orient ancien. Considérée comme le plus haut fait de son règne, Ramsès II la fait relater sur les murs de ses temples : à Abydos, en trois endroits du temple d’Amon-Rê de Karnak, deux fois à Louxor, au Ramesseum et à Abou Simbel. Sans oublier les versions sur papyri.

    La victoire de Ramsès II est plutôt un accord de paix : Ramsès a seulement sauvé son armée. A peine a-t-il le dos tourné que Mouwatalli destitue le prince d’Amourrou, mettant fin à l’existence de la province d’Oupi et créant un véritable glacis anti-égyptien en Syrie.

    Pendant ce temps, la situation évolue entre les Hittites et l’Assyrie. Adad-Nirari Ier soumet le Hanilgalbat, c’est-à-dire le cœur du Mitanni, entre le Tigre et l’Euphrate, qui était passé du côté de Mouwatalli.

    De son côté, Ramsès II doit faire face à l’Ouest à des incursions libyennes qui le contraignent à édifier une chaîne de forteresses pour contrôler les déplacements des nomades.

    En l’an 7 de son règne, il lance à nouveau une campagne en Syrie et conforte ses positions par une nouvelle campagne en l’an 8-9.

    L’empire hittite, menacé de l’extérieur par l’Assyrie, doit faire face à une crise dynastique à la mort de Mouwatalli, opposant un bâtard, Urhi-Teshub, au frère du roi Hattusili III.

    C’est le tournant des relations égypto-hittites. En l’an 21, Ramsès II signe avec Hattusili III le premier traité d’Etat à Etat de l’Histoire, dont un double était conservé dans les deux capitales, transcrit dans la langue de chacun des deux empires. Ce trait fonde une paix durable puisque tout au long du règne de Ramsès II, les deux pays ne s’affronteront plus. Ramsès II épouse même deux princesses hittites.

    L’Exode
    Le règne de Ramsès II est aussi une date possible pour l’Exode. La présence des Apirou est bien attestée en Egypte sous Ramsès II. Aucune révolte n’est signalée nulle part. Aucune source égyptienne ne décrit non plus l’Exode, ce qui n’est pas étonnant, les Egyptiens n’avaient aucune raison d’y attacher la même importance que les Hébreux.

    Le seul document sur lequel on se fonde pour parler d’un royaume d’Israël naissant est une stèle datant de l’an 5 de Meneptah sur laquelle apparaît le nom d’Israël. On possède deux points de repère : le séjour du peuple Elu dans le désert qui a duré quarante ans, soit au moins une génération, et la prise de Jéricho qui intervient après la mort de Moïse. Ce dernier événement donne 1250 comme terminus ante quem.

    L’Histoire pourrait alors être reconstituée à peu près ainsi : Moïse a probablement reçu l’enseignement d’Etat destiné aux futurs fonctionnaires sous Horemheb. Il est de retour parmi les siens sous Séthi Ier. Le meurtre du surveillant, la fuite au pays de Madian, le mariage de Moïse et les épisodes de la Révélation et du Buisson Ardent jusqu’au retour en Egypte nous conduisent aux premières années de Ramsès II. Le refus du roi de laisser les Hébreux partir en retraite dans le désert est alors compréhensible, la zone étant, surtout entre l’an 2 et l’an 8 de son règne, particulièrement peu sûre.

    L’Empire
    Dans le Sud, rien ne vient troubler la paix sauf une révolte d’Irem en l’an 20 durement réprimée. La domination égyptienne s’étend sur toute la Nubie, dont les mines alimentent le Trésor. Ramsès II assoit son pouvoir en développant les installations existantes et en faisant construire plus de sept temples entre la Première et la Deuxième cataracte.

    Beit el Wali : petit spéos contenant bon nombre de scènes militaires (reconstruit à côté de Kalabcha).
    Derr : spéos consacré à Rê et à Amon-Rê de Karnak.
    Gerf Hussein : hémispéos où on adorait Ptah, Ptah-Tatenen et Hathor associé à Ramsès " le Grand Dieu ". Une allée de sphinx criocéphales conduit à un pylône qui donne accès à une cour à péristyles contenant des colosses osiriaques. La face occidentale de cette cour constitue un second pylône qui est sculpté dans la façade de la montagne. On accède ensuite à une salle à colosses osiriaques.
    Les temples d’Abou Simbel sont édifiés sur le même plan que celui de Gerf Hussein. Construits entre l’an 24 et l’an 31 du règne de Ramsès II et consacrés, le grand au roi associé à Amon-Rê, Ptah et Horakhty, le petit à la reine Nefertari associée à Hathor.
    Ouadi es-Séboua : Ramsès II restaure le temple construit par Amenhotep III qui avait été endommagé par les persécutions atoniennes et construit un autre temple, consacré à Rê et à lui-même divinisé. En réalité, il s’agit d’un culte de son " image vivante en Nubie " qu’il installe également à Akcha, en l’associant à celui d’Amon et de Rê.
    Ce culte a un parallèle en Egypte dans celui des statues du roi qui étaient disposées en avant des temples et étaient l’objet d’une adoration selon un rituel propre, avec des installations particulières. Il ne s’agissait pas réellement d’une divinisation du roi mais de son adoration comme hypostase divine : le culte ne s’adressait pas à un individu mais à la manifestation de la divinité qu’il représentait.

    Il construit aussi à Amara-ouest et termine la construction de la ville fondée par Séthi Ier, " la Maison de Ramsès-Miamon " qui sera à la XXe dynastie le siège du gouvernorat de Kouch.

    L’extension de "l’Empire" égyptien de la Cinquième Cataracte à la Syrie du Nord a certainement été l’une des raisons profondes de l’abandon de Thèbes comme capitale, trop excentrée par rapport aux nécessités de la politique extérieure au profit d’un site du Delta oriental, plus proche des voisins asiatiques.

    Pi-Ramsès a été localisée sur le site de l’ancienne Avaris. Séthi Ier y construit un palais mais c’est Ramsès II qui décide d’en faire sa capitale et entreprend la construction de la ville proprement dite. La ville restera la capitale jusqu’à la fin de l’époque ramesside puis sera abandonnée au profit de Tanis à la XXIIe dynastie sans doute à cause d’un déplacement de la branche pélusiaque du Nil et servira de carrière de pierres pour la construction de la nouvelle capitale.

    Les temples d’Egypte
    Ramsès II fait disparaître les dernières traces de l’épisode amarnien en laissant démolir Akhetaton pour construire et agrandir la ville d’Hermopolis.

    Il se fait également construire, sur la rive ouest de Thèbes un temple funéraire, la " Demeure des Millions d’Années unie à Thèbes " appelé Ramesseum.

    Le Ramesseum donne une idée du plan traditionnel du temple égyptien qui n’est pas un lieu de recueillement pour les fidèles mais seulement la demeure du dieu. La disposition générale des bâtiments suit un axe qui va de l’entrée au sanctuaire. Ce cheminement permet une approche graduelle du divin : il ménage des étapes correspondant aux niveaux successifs de pureté nécessaires pour approcher le dieu et est matérialisé par un passage progressif de la lumière à l’ombre qui devient ténèbres dans le saint des saints où repose le dieu. Dans le même temps, le sol s’élève lentement pour atteindre son point culminant sous le naos.

    La cour donne accès à une salle hypostyle, la per-douat, dont les plafonds sont reliés par des fenêtres à claustra qui diffusent une lumière atténuée. C’est là que le seul officiant admis auprès du dieu, le roi, remplacé dans la pratique par un grand prêtre, se purifie.

    Il accède ensuite à l’adyton, " le lieu inaccessible ", c’est-à-dire au naos qui peut être précédé ou non d’une salle d’offrandes.

    Cet ensemble est complété, en avant du temple, par un quai débarcadère destiné à accueillir la barque divine lors des processions.

    Cette organisation n’est pas limitative et peut connaître des extensions. Ainsi, celles du temple de Louxor ont doublé son plan originel et Karnak est devenu une véritable ville.

    Ramsès II meurt après l’un des plus longs règnes qu’ait connu l’Egypte, laissant un pays au sommet de sa puissance et de son rayonnement culturel mais aussi une famille en proie aux difficultés successorales. Il a en effet enterré bon nombre de ses fils : Sathorképechef, Ramesses puis Khâmeouaset, le prince archéologue restaurateur des monuments memphites. C’est Mineptah qui montera sur le trône à la mort de son père. La momie de Ramsès II, enterré dans la Vallée des Rois, finira dans la Cachette de Deir et-Bahari.

    La difficile succession de Ramsès II
    La montée sur le trône de Meneptah ne semble pas avoir posé de problèmes puisqu’il avait été désigné de son vivant par son père. Il règne un peu moins de dix ans et a un fils, Séthi Mérenptah, le futur Séthi II.

    Mineptah conserve Pi-Ramsès comme capitale mais accroît le rôle de Memphis. On trouve trace de son activité au port d’Héliopolis, à Heromoplis, à Es-Sirirya où il consacre un spéos à Hathor et construit un autre sanctuaire que Montouhotep II avait consacré à Hathor de Dendera. Il se construit également un temple funéraire avec les matériaux provenant de celui d’Amenhotep III à Thèbes avant d’être enterré dans la Vallée des Rois.

    Le grand événement de son règne a trait à la politique extérieure. En Asie, il bénéficie encore des effets du traité égypto-hittite de l’an 21 du règne de Ramsès II. Il est contraint de monter une expédition contre Askalon, Gezer et Israël. Il doit aussi mater une rébellion dans le pays de Kouch.

    La Libye commence à jouer un rôle grandissant en Méditerranée. Des populations venues de Méditerranée, poussées vers le Sud par les vagues indo-européennes et désignées sous le nom générique de " Peuples de la Mer " tentent un raid contre l’Egypte à la fin de l’an 5 de Mineptah. La seconde vague viendra vingt ans plus tard, sous le règne de Ramsès III.

    Les quinze dernières années de la dynastie sont très confuses. A la mort de Mineptah éclate une crise de succession. Amenmès, qui serait le fils d’une fille de Ramsès II inconnue par ailleurs, Takhâyt, prend le pouvoir. Ce roi aurait régné cinq ans mais, comme il a été considéré par la suite comme un usurpateur, il est difficile de suivre sa trace sur les monuments.

    Les usurpations
    Amenmès est remplacé par Séthi II, héritier légitime de Mineptah, qui règne six ans et semble maintenir le pays dans un calme relatif. Il épouse trois reines. La première, Takhat II, ne semble pas lui avoir donné d’héritier. La deuxième, Taousert, lui donne un fils qui meurt avant son père. C’est le fils de la troisième reine, le prince Siptah, qui monte sur le trône. Trop jeune pour exercer le pouvoir, sa belle-mère Taousert prend la régence du pays avec l’aide du chancelier Bay, laissant dans la mémoire collective un mauvais souvenir. A la mort de Siptah, Taousert règne peut-être encore deux années.

    Le roi suivant, Sethnakht, déclare avoir chassé l’usurpateur et est présenté comme le réorganisateur du pays. Le changement de dynastie n’a pas dû se faire de manière brutale puisque Sethnakht maintient en place le vizir et le vice-roi de Kouch. Le fils qu’il a de la reine Tiymérenaset et qui va lui succéder sera le dernier grand roi du Nouvel Empire.

    Ramsès III
    Ramsès III prend pour modèle Ramsès II et l’Egypte retrouve pour la dernière fois sous son autorité une puissance certaine au Proche-Orient.

    Les Libyens, repoussés par Mineptah, reviennent à la charge dans le Delta occidental. Ramsès III les vainc et intègre une partie de leurs troupes à l’armée égyptienne. Une nouvelle vague déferle six ans plus tard, en l’an 11 de son règne. C’est une nouvelle victoire égyptienne et les Libyens sont emmenés en captivité avec femmes et enfants. Ainsi, peu à peu, des communautés libyennes se constitueront dans le pays. Regroupées en chefferies égyptiannisées, elles prendront en main le pouvoir quand l’Etat sombrera à nouveau dans l’anarchie.

    En l’an 8, entre les deux guerres libyennes, Ramsès III doit affronter une nouvelle invasion des Peuples de la Mer auxquels se sont joints les Philistins. Ramsès III les rencontre dans une bataille navale qu’il relate sur les murs de son temple de Médinet-Habou.

    Outre son temple funéraire, Ramsès III fait des travaux à Louxor et surtout à Karnak. Il aurait également construit à Pi-Ramsès, Héliopolis, Memphis, Athribis, Hermopolis, Assiout, This, Abydos, Ombos, Coptos, Elbak, en Nubie, en Syrie…

    Après l’an 12 de son règne, des difficultés politiques et économiques surgissent. Le roi limoge son vizir et doit veiller à la régularité du service des rations versées aux temples. Dans la communauté de Deir el-Médineh, les salaires ont deux mois de retard, provoquant la première grève connue.

    Ces difficultés, dues à des causes économiques, trahissent également un affaiblissement du pouvoir de l’Etat face aux clergés et aux domaines des temples. De plus, les querelles dynastiques se poursuivent. Le règne se termine par une conspiration fomentée dans le harem par une seconde épouse, Tiy, pour mettre sur le trône son fils, Pentaouret. Les minutes du procès intenté aux conspirateurs sous le règne de Ramsès IV sont parvenues jusqu’à nous.

    Ramsès III s’éteint après trente-deux années de règne. Sa momie retrouvée dans la Cachette de Deir el-Bahari est celle d’un homme de soixante-cinq ans environ qui semble mort de mort naturelle.

    Huit rois lui ont succédé en un peu moins d’un siècle. Tous portent le nom de Ramsès. Ramsès IV succède à son père et règne durant neuf ans.

    Les artisans de Deir el-Médineh
    La communauté d’artisans de Deir el-Médineh, bien qu’il s’agisse d’une société repliée sur elle-même et limitée, puisqu’elle comprend au plus cent vingt travailleurs et leur famille, soit une collectivité de plus de mille deux cents personnes, est une source documentaire de première importance pour l’époque ramesside, tant pour notre connaissance de l’urbanisme, des coutumes sociales et funéraires, de la littérature que de la vie du pays en général.

    Le village est fondé par Thoutmosis Ier quand la Vallée des Rois entre en service. Il comprend une soixantaine de maisons entourées d’une muraille auxquelles il faut ajouter cinquante autres, construites en dehors de l’enceinte. Il accueille des ouvriers payés pour creuser, aménager et décorer les tombes royales.

    Il est coupé en deux par un axe nord-sud qui détermine deux quartiers qui travaillent en alternance. A l’extrémité de la rue, une porte gardée est fermée la nuit. Les murs des maisons étaient peints en blanc et les portes en rouge, où était marqué le nom de l’occupant. Les maisons sont construites sans fondations, en pierres brutes jusqu’à 1,50 m du sol puis en briques crues. Les terrasses sont en torchis sur une armature de bois.

    De la rue, on accède à une première pièce, sorte d’accueil et de purification familiale, où se trouve un autel où le culte domestique aux dieux et aux ancêtres est rendu. De là, on accède à une pièce principale. Un escalier conduit à une pièce souterraine utilisée comme resserre pour les objets précieux de la famille. Derrière se trouvent les pièces intimes et, au fond, la cuisine, un cellier et une terrasse.

    Les lieux de cultes étaient regroupés au nord du site. Quant aux tombes, dans les premiers temps, elles étaient construites sans plan d’ensemble. A partir de la XIXe dynastie, elles sont réparties en quartiers sur le coteau nord-sud. Elles adoptent une forme architecturale composite combinant la pyramide héliopolitaine et l’hypogée. Un caveau pouvait accueillir plusieurs dizaines de sépultures : celui de Sénedjem contenait vingt cercueils.

    Cette petite société réunissait tous les corps de métiers, du bâtiment aux arts appliqués et toutes les ethnies étaient représentées : Nubie, Syrie, Libye… même si les Egyptiens de souche étaient majoritaires.

    La communauté, continuellement surveillée par les forces de l’ordre, était placée sous l’autorité du vizir de Thèbes-ouest. L’approvisionnement du village était assuré par l’administration à partir des magasins des temples voisins.

    Les familles vivent repliées sur elles-mêmes. La polygamie, ajoutée à la consanguinité des unions, crée au fil des générations de véritables dynasties dans chaque profession ou corps de métier et fonde une hiérarchie sociale.

    La vie de la communauté est très mouvementée : nous avons gardé des témoignages de vols, adultères, vengeances, crimes, pillages… Elle est ponctuée de fêtes religieuses dont la Fête de la Vallée tient la première place, des congés à l’occasion de l’enterrement des rois, de réunions de confréries et de l’enterrement des habitants du village.

    Rois et prêtres
    Ramsès V Amonherkhépechef succède à son père en l’an 1148 et meurt au bout de quatre ans de règne. Outre sa tombe dans la Vallée des Rois, il construit un temple funéraire à Héliopolis et Bouhen. De son règne datent le Papyrus Wilbour, un grand texte fiscal conservé au Musée de Brooklyn, une série d’hymnes royaux ainsi que le Papyrus 1887 de Turin relatant un scandale financier dans lequel sont impliqués des prêtres d’Eléphantine qui en dit long sur la corruption qui régnait dans l’administration.

    Les choses ne s’arrangent pas sous Ramsès VI Amonherkhépechef II qui est, lui, un fils de Ramsès III, contrairement à son prédécesseur. Les deux lignées, celle des descendants directs et celle des frères et neveux de Ramsès III se disputeront le pouvoir jusqu’à la fin de la dynastie. Si le pays n’est pas en état de guerre civile, il est quand même le théâtre de nombreux actes de banditisme révélateurs de la faiblesse du gouvernement.

    Les signes de décadence se multiplient : l’autorité égyptienne en dehors de la Vallée est de plus en plus limitée et le pouvoir des grands prêtres d’Amon s’accroît.

    Ramsès VII succède à son père en 1136. Sous son règne, la misère augmente. Les sources de Deir el-Médineh permettent de suivre la montée des prix et le roi, au cours de son règne de sept ans, ne laissera que peu de traces sur les monuments.

    Ramsès VIII Soutekhherkhépechef qui lui succède en 1128 ne règne lui qu’un an. C’est l’un des fils survivants de Ramsès III.

    Ramsès IX règne, lui, dix-huit ans et déploie une plus grande activité : on trouve sa titulature à Amara-ouest et son nom à Gezer en Palestine, dans l’oasis de Dakla et à Antinæ . Il fait construire essentiellement à Héliopolis.

    A Karnak, le Grand Prêtre Ramsesnakht avait tissé, par une série d’alliance et de mariages familiaux, un réseau parmi les prêtres et les notables de Thèbes qui lui permit d’asseoir définitivement le pouvoir des Grands Prêtres d’Amon.

    La fin du règne de Ramsès IX est entachée d’un scandale qui se reproduira par la suite : le pillage de la nécropole royale et de certaines nécropoles civiles. Le Journal de Deir el-Médineh permet de reconstituer à peu près les faits. Les autorités tenteront de sauver au moins les corps en procédant à des transferts successifs, au fur et à mesure des besoins. La momie de Ramsès II en donne un exemple que l’on peut suivre grâce au procès-verbal porté sur le couvercle du dernier cercueil qui l’a reçut : le Grand Prêtre Hérihor l’installe dans la tombe de Séthi Ier. Plus tard, à la XXIe dynastie sous Siamon, le grand prêtre Pinedjem la fait transporter dans la cachette de Deir el-Bahari avec celle de Séthi Ier. Cette cachette est aménagée par Pinedjem II dans la tombe de l’épouse d’Ahmosis, Inhâpy, qu’il fait agrandir pour la circonstance. Il y fait déposer quarante cercueils de rois et grands prêtres, de la XVIIe à la XXIe dynastie.


    Ces pillages portent témoignages de l’insécurité qui règne en Haute Egypte dès Ramsès IX et qui va s’accroître sous les deux derniers pharaons de la dynastie.

    On n’est pas sûr de la durée du règne de Ramsès X Amonherkhépechef III auquel on attribue trois ou neuf ans. Il est le dernier roi dont la souveraineté sur la Nubie, dernier territoire extérieur à l’Egypte à lui être soumis, est attestée.

    Ramsès XI lui succède pour un règne de vingt-sept ans dont seules les dix-neuf premières années sont plus ou moins effectives. Les troubles augmentent en Thébaïde où les prêtres s’arrogent des prérogatives qui font d’eux presque les égaux du roi. Ainsi, un peu avant l’an 19, le Grand Prêtre de Karnak Hérihor devient tout-puissant en Haute Egypte. C’est le début de " l’ère de Renaissance " qui consacre une sorte d’équilibre entre trois hommes. Le premier est le roi qui reste en principe maître du jeu mais qui n’a dans les faits plus aucun pouvoir. Le deuxième personnage est un administrateur nommé Smendès qui gère, en principe sous les ordres du clergé d’Amon, le nord du royaume depuis la résidence royale de Pi-ramsès. Celle-ci vit ses dernières années avant d’être démantelée pour construire Tanis. Le troisième membre de ce triumvirat est Hérihor qui cumule les charges temporelles et spirituelles et a le commandement des armées, de la Haute Egypte et de la Nubie.

    Cette association ne survivra pas à Ramsès XI et le pouvoir va se trouver partagé entre la Haute et la Basse Egypte. Dans le Nord, Smendès fonde une nouvelle dynastie qui s’installe dans une nouvelle capitale, Tanis et se réclame de la famille royale. Dans le Sud, le pouvoir est aux mains des Grands Prêtres d’Amon.


    Chapitre XII : Le domaine d’Amon

    Le temple de Karnak
    Le site a abrité le temple de Montou, le dieu local, probablement dès l’Ancien Empire et est attesté sous Antef Ier sous le nom de " la demeure d’Amon ".

    L’aire historique couverte par l’ensemble des temples de Karnak va de la XIe dynastie à la fin de l’époque romaine.

    Le site comprend trois ensembles : le temple d’Amon-Rê Montou (Karnak-nord), celui d’Amon-Rê et celui de Mout (Karnak-sud) qui reçoit un culte en tant que mère de Chonsou. Il faut y ajouter Louxor qui est son " harem méridional ".

    A l’origine, le temple était compris dans un espace situé entre la future salle des fêtes de Thoutmosis III et le sanctuaire de la barque sacrée, la " cour du Moyen Empire ". Il devait comporter, outre le sanctuaire proprement dit, deux salles en enfilade, qui constituaient les éléments minimum du temple.

    Le temple s’est agrandi vers l’ouest et concurremment vers l’est par la création et le développement d’un " contre-temple " solaire orienté vers le soleil levant. Dans le même temps, l’allée processionnelle nord-sud qui relie les enceintes de Montou, d’Amon-Rê et de Mout s’est étendu également.

    La disposition d’origine ne semble guère évoluer jusqu’au règne de Thoutmosis Ier qui commence à le transformer avec l’aide de son architecte Inéni.

    Thoutmosis Ier a enclos le sanctuaire dans une cour fermée par un pylône (V) contenant une salle hypostyle et des colosses royaux. Le tout était fermé par une seconde enceinte dans laquelle s’ouvrait un second pylône (IV). Devant la face occidentale, il dispose deux obélisques dont un subsiste encore aujourd’hui. L’ensemble constitue l’Ipet-Sout, " Celle qui recense les places " proprement dit.

    La principale étape suivante correspond au règne d’Hatchepsout et de Thoutmosis III, le second défaisant ou modifiant ce qu’avait fait la première.

    Hatchepsout installe contre la façade occidentale du sanctuaire des chambres d’offrandes qu’elle fait précéder d’un reposoir de barque, " la chapelle rouge ". Au milieu de la salle hypostyle de Thoutmosis Ier, elle fait ériger deux obélisques de granit rose d’Assouan dont seul subsiste celui du nord, en avant du Ve pylône.

    Elle accole à l’enceinte orientale de Thoutmosis Ier un sanctuaire consacré au soleil levant, pourvu de deux obélisques qui sera remplacé par la salle des fêtes de Thoutmosis III. Elle entreprend probablement la construction du temple de Mout et remplace, dans l’allée processionnelle, le VIIIe pylône de briques par une construction en pierre.

    Thoutmosis III construit un nouveau pylône (VI) où il fait figurer la bataille de Meggido. Il triple la colonnade de Thoutmosis Ier et remplace le plafond en bois par un plafond de pierre. Il sépare en trois la salle à l’est du VIe pylône pour en faire une salle centrale et deux salles latérales. Il remplace le sanctuaire au soleil levant d’Hatchepsout par un temple de régénération appelé Akh-menou où il recevra, lors de la fête-sed, la puissance divine. Il enferme ces constructions dans deux enceintes. A l’est de cette dernière enceinte, il érige un contre-temple à l’occasion de son jubilé.

    Amenhotep II travaille également à Karnak mais des modifications importantes ne sont apportées que par Thoutmosis IV et surtout Amenhotep III. Elles ne bouleverseront plus l’aspect d’Iset-Sout. L’essentiel porte désormais sur les parties avant du temple, c’est-à-dire vers l’ouest, la voie processionnelle ou des constructions extérieures au sanctuaire proprement dit.

    Thoutmosis IV élève un obélisque dans le contre-temple oriental de Thoutmosis III, le tekhen wâty, " l’obélisque unique ". Faisant plus de 33 mètres, c’est le plus haut obélisque connu qui sera transporté à Rome pour décorer le cirque Maxime. A l’ouest du IVe pylône, Thoutmosis IV implante un monument à piliers dont une partie sera réutilisée par Amenhotep III pour la construction du IIIe pylône.

    Amenhotep III édifie en brique le Xe pylône qui sera remplacé par un de pierre sous Horemheb.

    Pendant la révolution amarnienne, les seuls travaux concernent le temple d’Aton qu’Amenhotep IV fait édifier à l’est. L’activité reprend timidement sous Toutankhamon qui consacre, outre les deux statues d’Amon et Amaunet de la cour du VIe pylône, peut-être quelques-uns des criosphinx, sphinx à tête de bélier, le long de la voie d’accès.

    Horemheb construit trois des dix pylônes du temple : le IXe, le Xe qu’il rebâtit en pierre et le II qui sera achevé sous Ramsès Ier. Il décore de criosphinx l’allée reliant le Xe pylône au temple de Mout. Ses constructions lui permettent de faire disparaître la plus grande partie des monuments d’Amenhotep IV qui sont réutilisés pour bourrer les IIe et IXe pylônes.

    Séthi Ier dote le temple de la spectaculaire salle hypostyle nommée " le temple de Séthi-Mérenptah est lumineux dans la Demeure d’Amon " dont Ramsès II achève la décoration.

    Deux fois plus large que profonde, elle consiste en deux travées de soixante-six colonnes monostyles réparties en sept rangées de part et d’autre de la colonnade centrale campaniforme formée de deux fois six colonnes édifiées par Amenhotep III . Les murs extérieurs visibles par le peuple sont décorés par les campagnes militaires de Séthi Ier au nord et de Ramsès II au sud.

    Ramsès II aménage la voie d’accès en avant du IIe pylône par un dromos de criosphinx, le " chemin des béliers " conduisant au quai-débarcadère.

    Séthi II flanque le débarcadère de deux obélisques et fait élever un reposoir de barque en avant du IIe pylône.

    Ramsès III en construit un à son tour, de l’autre côté de l’axe : c’est un modèle réduit de temple avec son propre pylône précédé de colosses royaux, une cour à péristyle, une hypostyle et un sanctuaire. Les murs extérieurs sont décorés de scènes de procession des barques divines vers Louxor lors de la fête d’Opet.

    Chéchonq Ier borde l’espace de la future cour du Ier pylône par deux portiques et la ferme par un portail qui sera remplacé par le Ier pylône ; il repousse alors les criosphinx de l’allée centrale sur les côtés nord et sud de cette nouvelle cour. Puis Taharqa, à la XXVe dynastie, construit un kiosque en avant du vestibule du IIe pylône.

    Les murs d’enceinte ont été restaurés par Montouemhat sous le règne de Taharqa mais l’enceinte telle qu’elle se présente aujourd’hui date de la XXXe dynastie comme probablement le Ier pylône qui est resté inachevé. Elle couvre un périmètre de 480 m sur 550 m et est constituée de murs d’environ 12 m d’épaisseur pour 25 m de haut. Ils sont faits de lits de briques crues alternativement convexes et concaves de façon à reproduire l’ondoiement des flots de Noun qui limitent l’univers représenté par le temple, lieu de la création.

    L’évolution est loin de se limiter aux grandes lignes de celles de l’axe est-ouest. Il y a encore, au nord, le temple de Ptah construit par Thoutmosis III et restauré sous les Ptolémées. A l’est, les sanctuaires orientaux d’Amon-Rê Horakhty. On peut encore citer, entre autre, le temple de Chonsou, les chapelles d’Osiris…

    A SUIVRE ...
     

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