Histoire de l'Egypte Antique (3ème Partie)

Discussion dans 'Bibliothèque Wladbladi' créé par titegazelle, 3 Août 2008.

  1. titegazelle

    titegazelle سُبحَانَ اللّهِ وَ بِحَمْدِهِ Membre du personnel

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    QUATRIÈME PARTIE : LES DERNIERS TEMPS

    Chapitre XIII : La Troisième Période Intermédiaire

    Smendès et Pinedjem
    A la mort de Ramsès XI, Smendès se proclame roi et légitimise probablement son pouvoir en épousant une fille de Ramsès XI. Son autorité est reconnue à Thèbes. Il transfère la capitale de Pi-Ramsès à Tanis où il se fera enterrer après vingt-cinq ans de règne.

    A Karnak, à la fin du règne de Ramsès XI, Piânkh avait remplacé Hérihor. Son fils Pinedjem lui succède comme Grand Prêtre et commandant en chef des armées de Haute Egypte en 1070. Ce dernier adopte la titulature royale, s’arroge les compétences du pharaon tout en reconnaissant le primat de celui-ci et, devenu roi, délègue la fonction de Grand Prêtre à son fils Masaharta puis à un autre fils, Menkhéperrê. Pinedjem épouse Hénouttaouy, qui est de sang royal, dont il aura quatre enfants : Psousennès Ier, le pharaon, Masaharta et Menkhéperrê, les Grands Prêtres successifs, et une fille Maâtkarê qui prendra la fonction de Divine Adoratrice, épouse exclusive du dieu.

    Auparavant, il existait une stricte correspondance entre famille divine et famille royale. Dorénavant, le Grand Prêtre revendique pour lui-même le pouvoir temporel d’Amon, distinct de celui de pharaon accordé par Amon. La politique des Grands Prêtres d’Amon va donc consister à soutenir le pouvoir du Pharaon, mais en le soumettant à la volonté d’Amon. Ainsi, le pays est partagé de fait en deux, entre le Grand Prêtre et le Pharaon, le premier exprimant la volonté d’Amon qui mandate le second.

    Lorsque Smendès meurt, le pouvoir est réparti entre deux corégents : Néferkarê Amenemnesout, " Amon est le roi ", probablement fils de Hérihor et Psousennès Ier qui lui survit et règne jusqu’en 993. Amenemnesout est contemporain des premiers temps du pontificat de Menkheperrê qui prend des mesures d’apaisement envers les grandes familles thébaines du clergé qui, choquées de se voir dépouillées de leurs prérogatives par la lignée de Hérihor, avaient enflammé Thèbes d’une guerre civile.

    Thèbes et Tanis
    En 1040-1039, Psousennès réalise en sa personne la synthèse religieuse et politique du pays. Il affirme nettement son appartenance thébaine et consolide ses liens avec le clergé d’Amon en mariant sa fille Asetemkheb au grand Prêtre Menkhéperrê. Lui-même, comme ses successeurs, exerce le pontificat d’Amon à Tanis.

    La passation de pouvoir a lieu à peu près en même temps à Thèbes et à Tanis. A Thèbes, Smendès II succède à son père Menkhéperrê avant la mort de Psousennès Ier. Il est probablement âgé lorsqu’il prend la charge de Grand Prêtre : au bout de deux ans, il cède la place à son jeune frère Pinedjem II.

    A Tanis, Aménémopé succède à Psousennès Ier qui est peut-être son père. Son successeur, Aakhéperrê Sétépenrê, probablement le premier Osorkon (Osochor), appelé Osorkon l’Ancien, est peu connu.

    Le roi suivant, Siamon est l’une des figures illustres de la XXIe dynastie même si c’est sous son règne que se produit le dernier grand pillage de la nécropole thébaine qui conduisit le Grand Prêtre d’Amon à ensevelir les momies royales dans la tombe d’Inhâpy.

    Siamon construit à Tanis, à Héliopolis et à Memphis. Il favorise également le clergé memphite de Ptah mais son activité se limite à la Basse Egypte.

    Sous son règne, l’Egypte retrouve une politique extérieure plus dynamique. Les Philistins menaçant le trafic avec la Phénicie, l’Egypte doit intervenir en prenant et ravageant Gezer. Elle établit une nouvelle alliance avec le royaume de Jérusalem, alliance consacrée par un mariage. Mais l’union se fait dans un sens nouveau pour les Egyptiens : c’est Salomon qui épouse une Egyptienne, ouvrant une tradition de mariages non royaux pour les princesses de la vallée.

    Psousennès II, probablement allié par mariage à la famille royale, est le dernier représentant de la XXIe dynastie qui s’éteint peut-être dans un relatif dénuement à Tanis. Le pouvoir échoit à sa mort à la lignée des grands chefs des Mâchaouach, dont le règne de Chéchonq l’Ancien avait annoncé la montée. La domination libyenne commence.

    Les Libyens
    Lorsque Chéchonq Ier (945-924) monte sur le trône, il est déjà l’homme fort du pays : général en chef des armées et conseiller du roi, il est aussi son gendre puisqu’il a épousé sa fille, Maâtkarê. Avec lui commence l’ère des chefs libyens originaires de Bubastis qui va redonner au pays une nouvelle puissance avant de s’éteindre dans de nouvelles luttes intestines à partir de Chéchonq III.

    Il fait de son fils Ioupout le Grand Prêtre d’Amon en même temps que le général en chef des armées et le gouverneur de Haute Egypte. Il se ménage un contre-pouvoir en Moyenne Egypte en donnant à un autre de ses fils, Nimlot, le commandement d'Hérakléopolis.

    Chéchonq Ier tente de reprendre une politique d’expansion et, en 925, mène en Palestine une campagne victorieuse au cours de laquelle il pille Jérusalem.

    Il entreprend un programme de construction ambitieux dans le temple d’Amon-Rê de Karnak où il fait représenter le triomphe de l’Egypte sur les deux royaumes juifs de Juda et d’Israël.

    Dans les premières années de son règne, Osorkon Ier (924 – 889) poursuit la politique de son père envers les domaines divins, fournissant abondamment les grands clergés du royaume à Memphis, Héliopolis, Hermopolis, Karnak et Bubastis. Il poursuit les travaux commencés par Chéchonq Ier autour d’Hérakléopolis.

    A Karnak, il remplace dans la charge de Grand Prêtre d’Amon son frère Ioupout par un de ses propres fils, le futur Chéchonq II (890 –889) qu’il prendra comme corégent vers 890. Ce dernier meurt avant son père qui ne lui survécut que quelques mois, laissant le trône à un fils qu’Osorkon Ier avait eu d’une épouse secondaire, Takélot Ier.

    Takélot Ier règne de 889 à 874 sans que l’on puisse lui attribuer avec certitude le moindre monument. Son autorité ne semble pas respectée par son frère Iouwelot, qui remplit la charge de Grand Prêtre à Thèbes. Il semble que seule la présence de la garnison militaire installée par Osorkon Ier à proximité de Hérakléopolis empêche Iouwelot d’étendre son autorité plus loin vers le nord.

    Petit à petit, l’équilibre relatif instauré par les premiers rois tanites et repris par les bubastides se dégrade comme le montre le règne parallèle des deux petits-fils d’Osorkon Ier, les cousins Osorkon II, fils de Takélot Ier, et Harsiesis, fils de Chéchonq II.

    Osorkon II (874 – 850) accepte qu’Harsiesis succède à son père Chéchonq II dans la charge de Grand Prêtre d’Amon, créant un précédent dangereux de transmission héréditaire. Harsiesis (870 –860) se proclame roi dès la quatrième année du règne de son cousin.

    A la mort d’Harsiesis, Osorkon II installe à sa place à Karnak l’un de ses fils, Nimlot. Il impose un autre de ses fils, Chéchonq, comme Grand Prêtre à Memphis et Hornakht à Tanis comme Grand Prêtre d’Amon.

    Sous le règne d’Osorkon II, la XXIIe dynastie brille de son dernier éclat. Le roi embellit le temple de Bastet dans sa ville de Bubastis. Il est également présent à Léontopolis, Memphis et Tanis.

    A l’extérieur, il poursuit la politique d’alliance avec Byblos mais doit tenir compte du pouvoir montant de l’Assyrie où Assurnasirpal II, roi conquérant, puis son fils Salmanazar III ne cessent d’étendre l’empire, du nord de la Mésopotamie au Moyen Euphrate jusqu’à la Syrie, l’Oronte et la côte d’Amourrou. Lorsque l’Assyrie tente de conquérir la Syrie du Nord, les royaumes d’Hamath, Damas et Israël s’allient en 853 pour faire front contre l’envahisseur. Byblos et l’Egypte envoient chacun un contingent. La bataille a lieu à Qarqar sur l’Oronte et stoppe l’avance de Salmanazar III. Une nouvelle phase de la politique extérieure égyptienne commence : celle d’un appui aux royaumes de Syro-Palestine, l’ultime rempart protégeant la Vallée des appétits grandissants de l’Assyrie.

    " L’Anarchie libyenne "
    La succession d’Osorkon II (874 – 850) n’est pas facile : le prince héritier Chéchonq meurt avant son père et c’est son frère cadet, Takélot II, qui monte sur le trône de Tanis. Son règne n’a laissé que des traces minimes à travers le pays.

    Il n’en va pas de même des pontifes d’Amon. Le demi-frère de Takélot II, Nimlot, avait réuni sous son autorité Hérakléopolis et Thèbes et marié sa fille à Takélot II.

    Une paix relative se maintient entre Thèbes et Tanis jusqu’à la mort de Nimlot. Ce dernier avait choisit comme successeur le prince héritier Osorkon que les Thébains n’acceptèrent pas. Les hostilités éclatent et la révolte est matée par la force. Une guerre civile éclate ensuite en l’an 15 et dure une dizaine d’années. Moins de deux ans après une première trêve, les Thébains reprennent la lutte et Osorkon perd pied en Haute Egypte. Le temps pour lui de regagner Tanis, Takélot II est mort et la place est occupée par le jeune frère du roi : Chéchonq III (825 – 773). Cette prise de pouvoir qui fausse le jeu de la succession déclenche une nouvelle querelle dynastique.

    Dans les premières années de son règne, Chéchonq III semble accepté par les Thébains autant parce qu’il a spolié Osorkon du trône qui lui revenait et qui aurait dangereusement augmenté son autorité que parce qu’il laisse manifestement le clergé de Karnak décider lui-même du choix du Grand Prêtre d’Amon : Harsiesis réapparaît comme pontife en l’an 6 de Chéchonq III.

    La scission vient de la famille royale elle-même. En l’an 8, le prince Pétoubastis Ier (818 – 793) se proclame roi et fonde une nouvelle dynastie à Léonpolis, la XXIIIe de Manéthon. Les deux pharaons vont régner concurremment : la coupure n’est plus entre le Nord et le Sud mais dans le Delta même. La situation dans le Delta devient assez confuse.


    A Léontopolis, Chéchonq IV a succédé à Pétoubastis Ier en 793 mais son règne est éphémère. Osorkon III lui succède en 787. Son autorité est reconnue par la chefferie de Mâ de Mendès. Il apparaît également à Memphis et est plus présent en Moyenne Egypte que Chéchonq III. Il associe au trône son fils, le Grand Prêtre Takélot qui lui succède six ans plus tard sous le nom de Takélot III (764 – 757).

    A Tanis, à la mort de Chéchonq III, Pimay (773 – 767), après un règne éphémère laisse le trône en 767 à Chéchonq V (767 – 730). Son autorité ne dépasse guère Tell el-Yahaudiyeh. Son fils Osorkon IV, dernier représentant de la XXIIe dynastie ne gouvernera plus que Tanis et Bubastis.

    Vers 767 se constitue à Saïs une chefferie Mâ, dirigée par un Osorkon, qui étend son pouvoir vers l’ouest au détriment des chefs libyens, vers le nord en absorbant Bouto et vers le sud en direction de Memphis. Vers 730, Saïs est gouvernée par Tefnakht qui s’est proclamé " Grand Chef des Libou et Grand Prince de l’Ouest " et dont l’autorité couvre tout l’ouest et la moitié du Delta central.

    En Moyenne Egypte, Roudamon (757 – 754) succède à son frère Takélot III en 757 pour un règne tout aussi bref et donne sa fille en mariage à un nommé Peftjaouaouibastet.

    Son fils Ioupout II n’a plus de pouvoir qu’à Léontopolis et à Thèbes. Par ailleurs, Peftjaouaouibastet adopte également à Hérakléopolis la titulature royale, tout comme son collègue d’Hermopolis, Nimlot.

    Au bout du compte, le pays se retrouve partagé entre cinq personnes prétendant au rang de roi, tandis que, dans les provinces du Nord, une bonne dizaine de grands chefs reconnaissent, au mieux, la suzeraineté sacrale d’un de ces pharaonicules.

    La conquête de l’éthiopien Piânkhy va mettre fin à l’une des périodes les plus confuses de l’histoire égyptienne.


    Chapitre XIV : Éthiopiens et Saïtes

    La conquête éthiopienne
    A la fin de la période ramesside, la Nubie se sépare de l’Egypte en un royaume indépendant né à proximité de la Quatrième Cataracte. Profondément égyptianisée par les pharaons du Nouvel Empire, elle connaît une évolution propre. Le temple d’Amon de Gebel Barkal devient un foyer religieux intense autour duquel se constitue une lignée locale dont les chefs se font enterrer dans la nécropole voisine d’El-Kourrou. Ils finissent par se constituer en dynastie et adoptent tous les aspects du pouvoir pharaonique.

    Le premier souverain dont on connaisse le nom est Alara qui serait le septième de la dynastie. Son frère Kachta, " le Kouchite ", monte sur le trône en 760 et achève probablement la conquête de la Basse Nubie. Kachta a plusieurs enfants. Deux régneront : Chabaka et, avant lui, Piânkhy (747 – 716), qui prend le pouvoir en 747 et continue l’expansion vers le Nord pendant les dix premières années de son règne. Il place Thèbes sous sa protection. Un autre fils de Kachta, Aménardis Ier inaugure la mainmise des Ethiopiens sur Karnak en succédant à Osorkon III.

    Face à la montée du pouvoir éthiopien en Thébaïde, Tefnakht (727 – 720), roi de Saïs, rassemble les royaumes du Nord, gagne à sa cause Hérakléopolis et Hermopolis et entreprend de conquérir le Sud. Piânkhy intervient et défait les coalisés : Ioupout II de Léontopolis, Peftjaouaouibastet d’Hérakléopolis, Osorkon IV de Tanis et Nimlot d’Hermopolis. Seul Tefnakht s’est enfui dans les marches du Nord pour tenter de refaire ses forces.

    Rentré à Napata, Piânkhy développe sa capitale et agrandit le temple consacré jadis à Amon de la " Montagne Pure ", le Gebel Barkal, par Thoutmosis III et qui devient une réplique de celui de Karnak. Il se fait ériger une pyramide dans la nécropole d’El-Kourrou. Il contrôle efficacement la Thébaïde et les pistes occidentales, au moins jusqu’à l’oasis de Dakhla.

    Par contre, dans le Nord, Tefnakht a repris le pouvoir sur tout l’ouest du Delta jusqu’à Memphis. Il se proclame roi, vers 720/719, inaugurant la XXIVe dynastie manéthonienne, dont le siège est à Saïs. Son règne ne dépasse pas huit ans. Son fils Bakenrenef ( 720 – 715), le Bocchoris de Manéthon, lui succède et proclame son autorité sur tout le Nord.

    La montée assyrienne
    Sous Tiglath-Phalazar III, l’Assyrie soumet la Phénicie en 742 et lui interdit tout commerce avec les Philistins et l’Egypte. Cette mainmise décide les roitelets du croissant fertile à composer avec le roi assyrien. Après plusieurs retournements d’alliance en Transjordanie, les Assyriens atteignent El-Arich vers 716 : ils ne sont plus séparés de la frontière orientale de l’Egypte que par Silé. C’est Osorkon IV qui mène une mission diplomatique en envoyant des présents au roi assyrien.

    La même année, Piânkhy meurt après un long règne de trente et un an. Son frère Chabaka (716 – 702) monte sur le trône et décide d’assumer en personne le gouvernement de la Vallée. Dès sa deuxième année de règne, il est à Memphis. Il met fin au règne de Bakenrenef et prend le contrôle de tout le Nord. Il est possible qu’il ait conclu un accord de paix avec l’Assyrie.

    Tout comme Piânkhy, il prône le retour aux valeurs traditionnelles. Il manifeste son souci des dieux à Athribis, Memphis, Abydos, Dendera, Esna, Edfou et Thèbes. A Karnak, il restaure la fonction de Grand Prêtre d’Amon, tombée en désuétude et y installe son fils Horemakhet. Chabaka meurt en 702 après quinze ans de règne et se fait enterrer à El-Kourrou. Le pouvoir revient alors aux enfants de Piânkhy, Chabataka, puis Taharqa.

    Chabataka (702 – 690) poursuit les travaux de son oncle à Memphis, Louxor et Karnak.

    En 704, les rois de Phénicie et de Palestine se soulèvent contre l’Assyrie. Chabataka leur vient en aide en envoyant un corps expéditionnaire commandé par son frère Taharqa. Alors que les Assyriens marchent sur les troupes égyptiennes, Taharqa préfère se retirer en Egypte. Le roi assyrien Sennacherib se retire à son tour, rappelé par les soucis de Babylonie, sans parvenir à entrer en Egypte.

    A Saïs, la situation évolue. Ammeris, le " gouverneur " mis en place par les Ethiopiens meurt vers 695. Stephinates, que l’on a appelé Tefnakht II, lui succède de 695 à 688, maintenant la tradition de Bakenrenef et préfigurant la future dynastie saïte.

    A la mort de Chabataka en 690, Taharqa (690 – 664) lui succède. Ses vingt-six années de gouvernement sont le moment le plus brillant de la période éthiopienne. Il entreprend des travaux dans le temple de Kawa qui devient le deuxième grand sanctuaire des rois napatéens. Il construit à Sanam Abou Dôm, Méroë, Semna, Qasr Ibrim, Bouhen… Il déploie la même activité à Thèbes : il travaille à Médinet Habou et surtout à Karnak dont il est le grand reconstructeur.

    Les Assyriens attaquent l’Egypte vers 674, en l’an 17 de Taharqa, mais doivent battre en retraite. Trois ans plus tard, en 671, un nouvel engagement tourne à l’avantage de l’Assyrie. Assarhaddon défait Taharqa et prend Memphis. Taharqa se replie dans le Sud dont il garde apparemment le contrôle tandis que les Assyriens favorisent ses rivaux du Nord, au premier rang desquels se trouvent les Saïtes.

    Après le départ des conquérants, l’Ethiopien fomente des troubles dans le Nord. Le successeur d’Assarhaddon, Assurbanipal, envoie un corps expéditionnaire qui vainc Taharqa devant Memphis et assoie son autorité jusqu’à Assouan. Il fait exécuter les principaux chefs à Saïs à l’exception de Nékao Ier (672 – 664) à qui il confie le royaume et installe son fils Psammétique, le futur Psammétique Ier, à la tête de l’ancien royaume d’Athribis. Les Saïtes prennent ainsi le pouvoir avec l’appui et la reconnaissance des envahisseurs.

    L’année suivante, en 665, Taharqa meurt à Napata. Son cousin Tantamani (664 – 656) lui succède et reprend l’Egypte. Sa campagne est d’autant plus couronnée de succès que Nékao Ier a manifestement péri dans les combats. Assurbanipal réagit et envoie de nouveau ses armées. Tantamani doit se replier à Thèbes puis à Napata. Thèbes est mise à sac par les envahisseurs, ravagée et tous les trésors accumulés dans les temples sont pillés. Le sac de Thèbes met fin à la dynastie éthiopienne.

    Psammétique Ier et la "renaissance " saïte
    A la mort de Nékao Ier, Psammétique Ier (664 – 610) est reconnu comme roi unique d’Egypte par les Assyriens. Il soumet les souverains du Nord en l’an 8 de son règne et fait adopter sa fille Nitocris par les Divines Adoratrices d’Amon afin de mettre la main sur la Thébaïde.

    L’Egypte s’ouvre au monde extérieur, notamment en Grèce et en Asie Mineure, tant en matière d’art que de technique mais sans renoncer aux valeurs nationales. Psammétique Ier radicalise la pensée religieuse en affichant une recherche constante de la pureté originelle.

    Durant toute la période saïte et perse, le culte des animaux connaît un grand essor : le roi fait agrandir le Sérapeum de Memphis, le culte de l’Apis s’étant nettement développé. C’est la tradition memphite retrouvée qui donne le ton en matière de théologie au détriment de Thèbes.

    Psammétique Ier déplace la capitale à Memphis tout en conservant Saïs comme résidence et nécropole. Il remet en place la politique et l’économie du pays en installant en Haute Egypte du personnel lié aux intérêts de Saïs.

    Sous les Saïtes, l’Egypte connaît un éclat et une prospérité indiscutable et reste, dans les pays de la Méditerranée, un Etat avec lequel il faut compter.

    Profitant de querelles intestines en Assyrie, Psammétique Ier chasse les garnisons assyriennes jusqu’à Asdod en Palestine.

    Proche Orient et Méditerranée
    En 610, Psammétique Ier meurt, laissant à son fils Nékao II (610 – 595) le soin de continuer son œuvre.

    L’Egypte tient ses engagements vis à vis de l’Assyrie. Lorsque les Mèdes et les Babyloniens prennent Harran, les Egyptiens tentent, sans succès, de reprendre la ville. Par contre, Nékao II profite du vide que laissent les Assyriens en Syro-Palestine pour mettre la main sur la Palestine. Il place son fils Elyaqim sur le trône d’Israël et garde le contrôle de la Syrie. Toutefois, cette domination est fragile, ne reposant que sur des alliances passées sous la contrainte. Babylone réagit : Nabuchodonozor repousse les Egyptiens jusqu’à Hamath où il anéantit les troupes. Jusqu’à la fin du règne de Nékao II, le pouvoir de l’Egypte ne dépassera plus la limite de Gaza.

    Nékao II tourne désormais ses ambitions vers d’autres buts : il poursuit la politique d’ouverture vers le monde grec, encourageant l’installation de colons et cherchant à créer une flotte égyptienne capable de rivaliser avec ses concurrents aussi bien en Méditerranée qu'en mer Rouge. Il entame de grands travaux afin d’aménager un canal reliant la Méditerranée à la mer Rouge.

    Nékao II meurt en 595 et laisse un fils et trois filles. Son fils règne sous le nom de Néferibrê Psammétique II (595 – 589).

    En 597, Nabuchodonozor II prend Jérusalem et pille le Temple. Psammétique II pousse alors Jérusalem à la rébellion. D’autre part, il engage les hostilités avec le pays de Kouch dont les raisons nous échappent.

    La présence grecque
    A la mort de Psammétique II, son fils Khaâibrê Apriès (589 – 570) doit faire face à la situation provoquée par la révolte de Jérusalem contre Babylone. Nabuchodonozor II s’assure le contrôle de la Phénicie mais échoue devant Tyr qu’Apriès ravitaille par la mer, ce qui témoigne de la force de la flotte qu’avait créé Nékao II. L’Egypte ne peut toutefois porter secours à Jérusalem et doit battre en retraite.

    Apprenant la défaite égyptienne face à Nabuchodonozor II, la garnison d’Eléphantine se révolte. Les troubles se poursuivent, dégénérant en guerre civile entre forces nationales et mercenaires grecs et cariens. Les Egyptiens proclament roi le général Amasis (570 – 526) qui s’était couvert de gloire dans l’expédition contre les Kouchites. Apriès affronte Amasis en 570 et est tué. Nabuchodonozor II profite de ces troubles pour tenter une invasion en Egypte mais Amasis parvient à l’arrêter.

    Pour résoudre le problème grec et carien, Amasis concentre ces étrangers dans la ville de Naucratis et leur accorde des privilèges économiques et commerciaux importants. Il reconnaît à la cité le statut de comptoir autonome doté de ses propres lieux de culte. Cette économie "de comptoirs " contribue fortement à la prospérité du pays entier.

    Il conclut un pacte d’alliance avec Crésus, le légendaire roi de Lydie, et Polycrate, le tyran de Samos. Il s’entend aussi avec Babylone.

    Toutefois, la reconstitution par les Perses d’un empire encore plus puissant que celui qu’édifièrent jadis les Assyriens font d’eux les maîtres de l’Asie Mineure. Seuls les Grecs peuvent s’y opposer. L’Egypte doit se borner à subir les événements.

    A la mort d’Amasis en 526, Psammétique III (526 – 525) monte sur le trône. A Suse, Cambyse II a succédé à Cyrus II. Il marche sur l’Egypte au printemps 525 et anéantit l’armée de Psammétique III à Péluse. L’Egypte devient une province de l’Empire achéménide.


    Chapitre XV : Perses et Grecs

    Les Perses en Égypte
    Les Perses n’appliquent pas à l’Egypte le régime de leur pays. Certes, la Vallée va devenir une satrapie, mais les rois de Suse vont régner sur l’Egypte en tant que pharaons, adoptant tous une titulature complète et continuant l’œuvre de leurs "prédécesseurs " égyptiens. Les travaux entrepris par Cambyse II (525 – 522) au Ouadi Hammamat ainsi que dans d’autres temples d’Egypte confirme cette politique de respect des sanctuaires et des cultes nationaux. Toutefois, Cambyse II tente en vain de s’emparer de la Nubie et de ses oasis.

    Darius Ier (522 – 485) lui succède et monte sur le trône en 522. Il met en place le satrape Phérendatès. Le roi fait compléter le percement du canal de Nékao II entre la mer Rouge et la Méditerranée et met en valeur les écoles de pensée égyptiennes.

    En 490, les Grecs défont les Perses à Marathon. Le Delta en profite pour se révolter en 486. Darius Ier meurt avant de pouvoir intervenir. C’est Xerxès (486-465) qui lui succède, mate la révolte et met son fils Achaiménès à la tête de la satrapie d’Egypte.

    La défaite de Xerxès à Salamine et son assassinat encourage de nouveau les Egyptiens à la révolte : ils passent aux actes sous le règne de son successeur, Artaxerxès Ier (465-424) qui était monté sur le trône perse en 465. Inaros, dynaste libyen fils du dernier Psammétique, regroupe les forces nationalistes éparses dans le Delta et se déclare roi. Athènes lui envoie une escadre pour l’aider à affronter les Perses qui malgré tout l’emportent et remplacent Achaiménès par Arsamès à la tête de la satrapie. La Grèce et la Perse font la paix et pendant une génération, le calme revient dans le pays.

    Mais le feu qui couvait éclate après les troubles qui marquent la succession d’Artaxérès à Suse. Son successeur Darius II (424-405) prend le pouvoir en 425 et redonne vie à la politique de conciliation de Darius Ier. Les Grecs, tout particulièrement Sparte, encouragent le principal foyer de rébellion qui se trouve à Saïs. Amyrtée (404-399) se fait couronner pharaon l’année de la mort de Darius II et fonde la XXVIIIe dynastie dont il sera l’unique représentant. En moins de quatre ans, son pouvoir est reconnu jusqu’à Assouan. La quasi-absence de réaction de Suse s’explique par la querelle de succession qui déchire les Perses à la mort de Darius II : une lutte fratricide entre Artaxerxès et Cyrus II.

    Le retour à l’indépendance
    Amyrtée ouvre la dernière période d’indépendance nationale. Elle va durer moins d’un siècle, de 404 à 343 et verra deux dynasties succéder à la XXVIIIe : la XXIXe qui ne dure que vingt ans et la XXXe qui en dure tout juste le double.

    Néphéritès Ier (399-393) succède à Amyrtée en 399. A sa mort, vers 394-393, deux factions rivales se disputent le pouvoir. Le fils de Néphéritès règne quelques mois mais son autorité est contestée par Psammouthis (393) qui ne règne qu’un an, cédant la place à Achôris (393-380).

    Sous le règne d’Achôris, les grands travaux reprennent dans les temples : à Louxor, Karnak, Médinet Habou, Elkab, Tôd, Médamoud, Eléphantine… Le commerce est florissant et l’Egypte est de nouveau présente au Proche Orient, mais pour se contenter de participer indirectement, aux côtés des cités grecques, à la lutte contre les Perses.

    Lorsque les cités grecques renoncent à combattre les Perses, le satrape Pharnabaze peut enfin se tourner vers l'Egypte. C'est Achôris qui supporte le choc des armées perses dont les tentatives se soldent d'abord par un échec.

    A la mort d’Achôris, sa succession n’est pas aisée. Son fils Néphéritès II (380) est rapidement détrôné par Nectanébo Ier (380-362). Athènes s’associe aux Perses pour marcher sur l’Egypte qui parvient à repousser les envahisseurs. L’Egypte échappe à une nouvelle invasion et s’assure une paix durable puisque les Perses ne reviendront que trente ans plus tard, en 343.

    La dernière dynastie indigène
    Nectanébo Ier fait faire de nouvelles constructions, des restaurations ou des embellissements dans presque tous les temples d’Egypte. L’armée égyptienne est renforcée.

    Depuis 365, Nectanébo Ier a associé au trône son fils Tachos (362-360). Ce dernier commence les préparatifs de guerre dès 361 et prend de lourdes mesures fiscales, qui le rendront impopulaire, afin de payer les mercenaires grecs. Tachos prend le commandement de l’armée égyptienne qui se dirige par voie de terre et de mer le long de la côte vers la Phénicie. Il a laissé la régence du pays à son frère Tjahépimou qui, profitant du mécontentement général contre Tachos, fait proclamer roi son fils Nectanébo. Tachos est forcé de s’enfuir auprès du Grand Roi, en Perse.

    Nectanébo II (360-343) règne durant 18 ans au cours desquels il multiplie constructions et restaurations de temples.

    Malgré l’influence montante de la Macédoine, l’Empire perse a repris le contrôle de l’Asie Mineure et il ne lui manque que la reconquête de l’Egypte. En 343, Artaxerxès marche sur l’Egypte. Nectanébo II doit s’enfuir, marquant la fin de l’indépendance égyptienne.

    Le nouveau Maître de l’Univers
    L’hégémonie perse ne dure même pas dix ans. Au printemps de 334, Alexandre franchit l’Hellespont. Il vainc les satrapes au mois de mai puis Darius lui-même à Issos à l’automne. A l’automne de l’année suivante, le satrape Mazakes remet l’Egypte à Alexandre sans combat. L’oracle d’Amon reconnaît en lui le nouveau Maître de l’Univers.

    Ce texte est tiré d'un livre de poche écrit par M. Nicolas Grimal

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    ""L'Histoire de l'Egypte ancienne de Nicolas Grimal est une oeuvre riche et complète reprenant, dans sa chronologie, plus de trois mille ans de civilisation égyptienne. En comprendre et assimiler le contenu n'était pas pour moi une mince affaire, d'autant plus qu'il s'agissait de ma première approche sérieuse de la civilisation égyptienne. Or, sa lecture m'a réellement captivée. Cependant, pour m'aider à situer rapidement un fait dans son contexte, j'avais besoin d'un document plus simple, que je pouvais consulter à tout moment. J'en ai donc fait une synthèse. Ce texte est, je l'espère, resté fidèle à la vision de l'auteur : j'ai évité les remarques personnelles qui pourraient en dénaturer le contenu et je reprends les passages d'un livre qui, à mes yeux, reste une lecture indispensable à la compréhension de la civilisation égyptienne.""

    Préface de Corinne Smeesters- 1998.


    FIN
     

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