Histoire de l'Irak

Discussion dans 'Bibliothèque Wladbladi' créé par titegazelle, 17 Mars 2013.

  1. titegazelle

    titegazelle سُبحَانَ اللّهِ وَ بِحَمْدِهِ Membre du personnel

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    Irak


    L’Irak, en forme longue la République d'Irak (en arabe `irāq, العراق et jumhūrīyatu-l-`irāq جمهورية العراق, en kurde `Iraq, عێراق et Komarê `Iraq, كۆماری عێراق), est un pays du Moyen-Orient, situé au nord de la péninsule arabique. L'Irak, terme qui vient du perse eraq qui signifie littéralement «basse terre», est parfois appelé Bilad ar-Rafidain, littéralement «le pays des deux fleuves», soit la Mésopotamie, en référence au Tigre et à l'Euphrate. Bagdad en est la capitale.


    D’une superficie de 437 072 km[SUP]2[/SUP], cet État se situe à l'ouest de l’Iran, au nord-est de la Jordanie, à l'est de la Syrie, au nord-ouest du Koweït, au nord-est l’Arabie saoudite, et au sud-est de la Turquie. L’Irak détient les deuxièmes (ou troisièmes : de plus en plus souvent, l'Iran affirme avoir la seconde place) plus grandes réserves de pétrole, et il est membre de l’OPEP.

    L’Irak actuel couvre une grande partie de la Mésopotamie, berceau de grandes civilisations parmi les plus anciennes. C’est sur les berges du Tigre, passant par Bagdad, que l’écriture est née, il y a 5 000 ans. Aux époques achéménide, parthe et sassanide, le territoire de l’Irak est intégré à l’Empire perse, formant, peu avant sa conquête par les Arabes et son islamisation, la province sassanide du Khvarvaran.

    Ce territoire fit longtemps partie de l’Empire ottoman. Il fut occupé par le Royaume-Uni après la Première Guerre mondiale, puis placé sous un régime de Mandat de la Société des Nations. Durant la période du Mandat britannique de Mésopotamie, l’occupant britannique fit face en 1920 à une violente insurrection. Proclamé en 1921, le Royaume d'Irak obtint sa pleine indépendance en 1932. La monarchie dure jusqu'en 1958, puis plusieurs gouvernements se succèdent par des coups d'État, l’Irak oscillant entre les influences antagonistes occidentales et anti-occidentales dans le contexte de la guerre froide. Le parti Baas prend de plus en plus d’importance et permet l’arrivée au pouvoir de Saddam Hussein en 1979.

    Depuis, l’Irak a connu trois guerres meurtrières, des répressions sanglantes dont celles des Kurdes et des chiites et plus de dix ans d’embargo. Son régime laïc, fondé à la fin des années 1960 par le Baas, a été aboli par l’invasion de la coalition menée par les États-Unis en 2003. Ce régime, en dépit de son caractère dictatorial présent dans la majorité des États du Moyen-Orient, semble avoir été populaire chez la plupart des sunnites, traditionnellement nationalistes, mais minoritaires au sein de la population irakienne. Depuis l’invasion, l’Irak a été de facto sous tutelle de la coalition internationale, les Kurdes ont obtenu l’autonomie d’une région au nord du pays, la laïcité a disparu et la politique a été dominée par les affrontements inter-communautaires, ponctués de nombreux attentats et cause de l’émigration des minorités chrétiennes.

    Le gouvernement est actuellement dirigé par Nouri al-Maliki, à la tête d'une coalition chiite. Dans un effort de répartition des rôles entre les trois principales communautés, l'exécutif est partagé entre trois personnes : le président Jalal Talabani est kurde, le Premier ministre est chiite, et le président du parlement sunnite. Chacune de ces têtes est entourées de deux adjoints, appartenant aux deux autres communautés. Côté religieux, on note deux figures marquantes : l’ayatollah Ali al-Sistani et Moqtada al-Sadr.

    Origine philologique


    L'Irak, terme qui vient du perse erak qui signifie littéralement «basse terre», est parfois appelé Bilad ar-Rafidain, littéralement «le pays des deux fleuves». Pourtant, étymologiquement, "l'Eraq (ou Irak) veut dire plutôt, Iran bas ou bas Iran. Mot qui désigne en persan, Mian do Roodan (entre deux fleuves). Il est en opposition avec une autre ville iranienne ou plutôt région qui se trouve dans le nord de l'Iran (à l'époque antique, situé dans le nord ouest de l'Iran) près de Téhéran : Arak, qui signifie Iran Centre tout en considérant que ce centre se situe dans le nord ouest de l'Iran dans l'Antiquité".

    Graphie


    En français deux graphies sont correctes pour ce pays :




    ………. Histoire de l’Irak
     
  2. titegazelle

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    Histoire de l'Irak


    L'histoire de l'Irak commence avec la Mésopotamie ; la région abrite quelques-unes des plus anciennes civilisations du monde, Sumer, Assyrie, Babylone.
    Les vallées du Tigre et de l'Euphrate appartiennent ensuite à une succession d'empires qui lui sont étrangers : empires perse achéménide, grec (Alexandre le Grand suivi des Séleucides), Parthes, Sassanides. À l'époque pré-islamique, cette région porte le nom de Khvarvaran, qui est une des provinces de l'empire Sassanide. Le nom Irak dérive du terme persan Erak, qui signifie "bas-Iran".
    Conquis par les Arabes sous les Omeyyades, l'Irak est, un temps, le centre du monde musulman sous les Abbassides.
    L'Irak redevient ensuite un champ de bataille entre les empires du Moyen-Orient, jusqu'à la conquête britannique en 1918, qui en fait un État souverain sous contrôle anglais.

    L’Irak est le berceau de la civilisation sumérienne (III[SUP]e[/SUP] millénaire av. J.‑C.), chez laquelle on retrouve les prémices de l’écriture et un haut degré d’aménagement hydraulique. L’histoire de l’Irak commence avec les cités-États de Mésopotamie, en particulier Suse et Babylone. La région est ensuite dominée par les Hittites, puis par les Assyriens, et par les Mèdes.
    En 586 avant l'ère commune, Nabuchodonosor II, souverain de Babylone, y déporte, après la prise de Jérusalem, 20 000 Juifs qui forment le noyau de la plus vieille diaspora juive au monde.

    Sumer


    Sumer est une civilisation et une région historique située dans le sud de l'Irak, la Mésopotamie. Elle a duré de la première colonie d'Eridu dans la période d'Obeïd (fin du VI[SUP]e[/SUP] millénaire av. J.‑C.) en passant de la période d'Uruk (IV[SUP]e[/SUP] millénaire av. J.‑C.) et les périodes dynastiques (III[SUP]e[/SUP] millénaire av. J.‑C.) jusqu'à la montée de Babylone au début du II[SUP]e[/SUP] millénaire av. J.‑C.. Le terme sumérien s'applique à tous les locuteurs de la langue sumérienne. Elle constitue la première civilisation véritablement urbaine et marque la fin de la Préhistoire au Moyen-Orient.

    Origine de la civilisation sumérienne


    La civilisation sumérienne est apparue selon Jean Margueron du fait que l'épeautre - céréale poussant naturellement depuis des millénaires à proximité des berges du Tigre et l'Euphrate - a permis il y a neuf mille ans à l'homme d'alors de se sédentariser en remplaçant le besoin de s'alimenter au jour le jour par la possibilité de stocker des céréales, donc des aliments, sur une année. Cette mutation décisive induisit les premières structures urbaines, rendant nécessaires des travaux d'irrigation d'une exceptionnelle ampleur, sur des milliers d'hectares. La civilisation sumérienne se développa en inventant l’écriture et l’architecture.

    L’apparition de cette civilisation urbaine peut paraître soudaine (vers le IV[SUP]e[/SUP] millénaire av. J.‑C. avec la période d'Uruk). On ne sait d'ailleurs pas d'où viennent les Sumériens, la langue sumérienne n'appartenant ni au groupe des langues sémitiques, ni à celui des langues indo-européennes ; le fameux mythe d’Abgad (les Sept Sages) impute la première civilisation du pays par ces nouveaux immigrants étranges «arrivés de la mer». Il est possible qu'ils soient venus du sous-continent indien ou d'Asie en longeant le littoral iranien. D'autres hypothèses les feraient venir du nord (Asie Mineure ou Zagros). Plusieurs, comme Elton L. Daniel, pensent que les Sumériens sont d'origine iranienne.

    "En effet, ils étaient inconnus des Grecs, des Romains, et même des Juifs. Il semble également que Hérodote n'entendit même jamais parler de la civilisation sumérienne. Il paraît également que Bérose, l'historien babylonien, ne connaissait le Sumer qu'à travers une fable. Il décrit une race de monstres, conduits par Oannès, venant du golfe Persique, et qui introduisit dans le pays l'agriculture, le travail des métaux, et l'écriture."Deux mille ans après Bérose,"on a redécouvert cette brillante civilisation. C'était en 1850 que Edward Hincks s'apercevait que l'écriture cunéiforme avait été empruntée à un peuple antérieur qui parlait également une langue non sémitique. Plus tard, Jules Oppert donna à ce peuple le nom de Sumérien."

    Pourtant certains auteurs, comme Jean-Louis Huot (cf Bibliographie) pensent que cette civilisation est le résultat de la lente évolution par sédentarisation des communautés humaines qui occupaient le sud de la Mésopotamie depuis une dizaine de millénaires. À un certain moment, elles se sont dotées de l'outil qui leur permit de noter leur langue, le

    Sumérien
    .

    Cette civilisation a probablement décliné et disparu à cause de la stérilisation saline des terres agricoles (en s'infiltrant les eaux d'irrigation dissolvent les sels minéraux contenus dans le sous-sol ; sous l'effet de la chaleur la part de cette eau non absorbée par les plantes remonte et, en s'évaporant, laisse à la surface les sels dissous) et du déplacement géographique des lits des fleuves.

    Sumérien


    Le sumérien était une langue parlée dans l'Antiquité en basse Mésopotamie. C'était la langue de Sumer aux IV[SUP]e[/SUP] et III[SUP]e[/SUP] millénaires av. J.-C., mais il a laissé la place l'akkadien, au babylonien et à l'arabe et il est tombé dans l'oubli jusqu'au XIX[SUP]e[/SUP] siècle. Le sumérien est, avec le hatti, la langue la plus parlée au Moyen-Orient durant l'Antiquité sans que les linguistes parviennent à la rattacher à une famille de langues connue.
    Certains chercheurs émettent l'hypothèse que sa structure grammaticale ressemblerait à celle d'autres langues agglutinantes telles que le turc, le japonais, et autres langues altaïques ou finno-ougriennes (telles que le hongrois), sans oublier les langues caucasiennes et le basque.

    Le sumérien semble être la plus ancienne langue écrite connue, sous une forme d'écriture appelée le cunéiforme. Cette écriture a été plus tard reprise pour l'akkadien, l'ougaritique, l'amorrite et l'élamite ainsi que par les rois égyptiens qui voulaient communiquer avec leurs provinces du Proche-Orient et les rois mésopotamiens. L'écriture cunéiforme a même été utilisée par certaines langues indo-européennes, telles le hittite (qui avait en parallèle une écriture hiéroglyphique) et le perse ancien, bien que ces derniers ne se soient pas servi des mêmes instruments de gravure, s'éloignant de la graphie originelle. Ces peuples, pour la plupart, ont repris le système graphique qu'ils ont adapté à leur propre langue. Aussi les signes, s'ils sont les mêmes en sumérien et en akkadien, ou encore en sumérien et en vieux-perse, n'ont cependant pas la même valeur sémantique.

    Caractéristiques


    Le sumérien est une langue agglutinante, ce qui signifie que chaque mot est formé de multiples morphèmes associés les uns aux autres ; il s'oppose ainsi aux langues isolantes comme le chinois (où chaque mot n'existe que sous une forme fixe) et aux langues flexionnelles, où les mots se déclinent sous des formes différentes formées par l'utilisation d'affixes ne pouvant être séparés de la racine. On retrouve en sumérien une utilisation importante de mots composés : ainsi par exemple le mot lugal signifiant «roi» est formé par l'accolement des mots pour «grand» et «homme».

    C'est aussi une langue ergative, ce qui signifie que le sujet d'un verbe transitif direct est décliné au cas ergatif, ce qui se marque par la postposition -e. Le sujet d'un verbe intransitif et l'objet direct d'un verbe transitif relèvent de l'absolutif, ce qui en sumérien (comme dans la plupart des langues ergatives) est marqué par l'absence de suffixe (ou encore ce qui est appelé «suffixe zéro»), comme dans lugal-e é mu-un-dù «le roi construit une maison / un temple / un palais» ; lugal ba-gen «le roi partit».


    Grammaire

    Le nom sumérien est composé typiquement de une ou deux syllabes, rarement plus sauf dans les mots composés.
    Exemple :
    igi = œil, e = temple, nin = femme, dame.

    Beaucoup de mots bisyllabiques sont décomposables :
    Exemple :
    lugal = roi (lu = homme, gal = grand).

    En fin de mot, une particule s'ajoute afin de préciser le rôle du mot dans la phrase ainsi que diverses modalités. D'autres particules comme les possessifs se greffent aussi en fin de mot.

    Exemple :

    lugal.ani = son roi (ani étant la marque de la 3[SUP]e[/SUP] personne).

    Deux mots peuvent se suivre afin de fabriquer un génitif, surtout dans le cas de noms propres.
    Exemple :
    ur.Namma = homme de Namma (ur = homme, Namma = dieu local).

    Sinon, usuellement, on utilise le marqueur .k pour le génitif.
    Exemple :
    nin.ani.r = pour sa dame (femme.possessif_3e_personne.pour)
    nin.ani.k = de sa dame (k = génitif)
    e.r = pour (le) temple (temple.pour)
    e.k = du temple (k = genitif)
    e.0 = le temple (0 = marque du vide, absolutif)


    Verbe

    Le verbe sumérien a comme le nom, une ou deux syllabes. Il est sujet à deux conjugaisons (transitive et intransitive) et à deux aspects (hamtu et maru comme indiqué dans les grammaires akkadiennes du sumérien).
    Les terminaisons usuelles sont :
    1re personne du singulier, intransitif = -en
    1re personne du pluriel, intransitif = -en -dè -en
    2e personne du singulier, intransitif = -en -zè -en
    Toutefois, la conjugaison sumérienne est plus complexe que celles de la plupart des langues modernes car le verbe est soumis à un double marquage indiquant non seulement la personne du sujet mais en outre celle du complément d'objet direct et des autres compléments s'il y a lieu..
    Exemple : mu.na.n.du.0 = il a construit
    mu = marqueur du définitif ou du très probable
    na = marque du datif (construire pour)
    n = agent 3e personne singulier
    du = radical (construire)
    0 = absolutif


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  3. titegazelle

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    Structure politique


    L’utilisation de l’écriture est concomitante d'une organisation complexe de la société. Elle est administrée, de façon méticuleuse et tatillonne, par un État monarchique et sacerdotal dirigé par un roi (lugal, «homme grand») ou un prince (ensí, autrefois lu patesi). Fondateurs de "Cités-Etats", il développe "le système dynastique du pouvoir à la tête duquel il y avait un roi-prêtre", ou selon G. Renard, "patesi", représentant "à la fois le chef politique ou maître de la cité et la personnification" sur "terre de la divinité.

    Le sumérologue Thorkild Jacobsen propose l’idée d’une démocratie primitive aux origines de Sumer. En s’appuyant principalement sur les mythes qui mettent en scène des assemblées où interviennent des héros, des hommes ou des divinités (épopée de Gilgamesh), il pense que la plus ancienne institution politique aurait été une assemblée d’hommes libres où des Anciens auraient géré des affaires courantes et lorsque le besoin s’en faisait sentir, auraient délégué des pouvoirs à un en pour des travaux importants ou à un lugal en cas de guerre. Dans ce système, les autorités religieuses et royales auraient pu se développer au détriment d’hommes libres.


    Karl August Wittvogel défend la thèse d’un État «hydraulique». La civilisation sumérienne offre un exemple, parmi d’autres, de l’existence d’un pouvoir despotique exigé par la nécessité d’organiser et d’administrer un réseau de distribution de l’eau : il fallait répartir équitablement celle-ci, mais aussi obtenir par la corvée le travail nécessaire à la création, puis à l'entretien de ce réseau. Cette théorie pouvait facilement se fondre avec celle d’une démocratie primitive et le despotisme du pouvoir royal. Elle a été combattue, notamment après les recherches de R. McAdams, qui montrent que les réseaux d’irrigation de Sumer au début du III[SUP]e[/SUP] millénaire ne nécessitaient pas un pouvoir coercitif, chaque agglomération n’ayant besoin que d’un territoire réduit pour subvenir à ses besoins. De plus, les historiens n’ont pas trouvé dans les textes la preuve que le despotisme oriental soit issu des problèmes liés à la gestion de l’eau, même si l’une des tâches royales a été d’assurer la construction et la gestion des canaux.
    Les recherches en ce domaine ne sont pas terminées et l’on peut se demander si l’aménagement régional de Mari, dont la réalisation a certainement exigé de très gros moyens en hommes et en temps, a pu se faire sans un pouvoir coercitif, s’appuyant sur l’idée de l’État et de ses besoins.


    La vie économique


    La civilisation sumérienne est, à des bien égards, une civilisation primitive. Les Sumériens faisaient un certain usage du cuivre et de l'étain et selon Gordon Childe "à l'occasion, ils les mêlaient pour avoir du bronze". Pourtant, le métal représentait encore pour eux un luxe, voire une rareté. Selon Delaporte, "la plupart de leurs outils étaient en silex et les faucilles". D'après Leonard Woolley "le tissage était exécuté sur une grande échelle sous la direction de surveillants nommés par le roi lui-même". Étant donné que la pierre était rare en Sumérie, on devait la faire venir du golfe Persique, en remontant le fleuve. Néanmoins, le transport par voie terrestre n'était pas inexistant, puisque la mission d'exploration de l'université d'Oxford a exhumé le plus ancien véhicule à roue connu à Kish (l'île iranienne dans le golfe Persique).

    Par ailleurs, les cachets découverts révèlent qu'un certain commerce existait avec l'Inde et l’Égypte. La monnaie n'existait pas donc on procédait par troc. Mais, Alain Joxe pense que la monnaie est apparue, "peut-être à Sumer, mais seulement comme instrument de règlement final de gros contrat, nécessairement public". Alain Joxe emploie donc le mot peut-être.

    Toutefois, selon Woolley, l'or et l'argent servaient d'étalons d'échange sous forme de lingots ou d'anneaux ayant une valeur préalablement définie. Il existait également un "code qui traitait de toutes questions commerciales ou individuelles ou même sexuelles, les achats et les ventes, l'adoption et les legs".


    Une région riche et rayonnante


    La région qui occupe une place prépondérante dans le Proche-Orient du III[SUP]e[/SUP] millénaire est le sud mésopotamien, vaste delta du Tigre et de l'Euphrate, qui voit alors l'épanouissement de la civilisation sumérienne, sur les bases posées au millénaire précédent par la civilisation de la période d'Uruk dont elle est l'héritière et dont elle conserve le rayonnement sur tout le Moyen-Orient. Cette dernière période a notamment vu l'apparition des premières villes, des premiers États, d'outils administratifs élaborés, de l'écriture.

    Le Basse Mésopotamie s'est développée avant tout grâce à l'agriculture irriguée intensive reposant sur la culture de l'orge et du palmier-dattier associé à des jardins et vergers ainsi qu'à l'élevage de petit bétail (moutons, chèvres). C'est sans doute l'agriculture la plus productive de tout le Moyen-Orient. Cela a permis l'épanouissement d’une société riche et très urbanisée : on a pu estimer à environ trois-quarts de population urbaine voire plus pour le DA III dans certaines régions de Sumer, ce qui marque un apogée. Cela va de pair avec l'organisation politique de la région, autour de ce qu'on a appelé les «cités-États», entités regroupées autour d'un ou plusieurs gros centres urbains dominant un réseau d'agglomérations allant jusqu'aux petits bourgs ruraux.

    Les sources nous montrent des conflits récurrents entre royaumes voisins, notamment entre Umma et Lagash. Cette région est le foyer de l'écriture, et on en fait une utilisation importante, comme l'ont confirmé les fouilles de Girsu, Uruk, Ur, Nippur, Shuruppak, et Abu Salabikh.


    Il faut rajouter à la région du delta mésopotamien celle d'un des affluents du Tigre, la vallée de la Diyala, où se développent plusieurs sites importants à partir du DA I. Ces régions et celles qui la bordant à l'est constituent alors l'aire de diffusion de la céramique dite «Scarlet ware» («céramique écarlate»), peinte avec des motifs rouges, sur un fond clair, beige. Les représentations sont généralement des motifs géométriques, naturalistes, mais il existe aussi des représentations humaines. La Haute vallée de la Diyala a livré plusieurs forteresses construites à cette période, comme celle de Tell Gubba et Tell Maddhur dans le Djebel Hamrin ; il s’agit peut-être d’établissements créés par les habitants de la région aval dans le but de contrôler la partie amont.
    Les sites urbains de la Diyala se développent aux phases suivantes du DA, avant tout Tell Asmar (nommée Eshnunna aux périodes suivantes) et Khafadje (Tutub), mais leur organisation politique n'est pas connue. Ils montrent un rapprochement culturel avec les cités de la Basse Mésopotamie.


    La période des dynasties archaïques est la première pour laquelle on peut donner un aperçu de la situation ethnique de la Basse Mésopotamie grâce aux textes qui comprennent pour la première fois des signes phonétiques suffisamment nombreux pour nous permettre de savoir quelle langue ils transcrivent (alors qu'auparavant les signes étaient essentiellement idéographiques et donc non phonétiques), ainsi que des noms de personnes qui permettent de savoir à quelle ethnie ils se rattachaient probablement.
    Le sud de la Basse Mésopotamie est occupé essentiellement par des Sumériens, peuple d'origine inconnue, dont on débat encore pour savoir s'il était déjà sur place durant la période d'Uruk. On l'identifie par la présence de textes uniquement écrits en sumérien, langue sans parenté connue, et de personnes portant essentiellement des noms sumériens.
    Au nord, un peuplement sémite est dominant, repérable par les noms de personnes et quelques textes portant des mots dans une langue sémitique qui est qualifiée d'«akkadien ancien». On ne parle pourtant pas d'Akkad pour cette période, puisque cela ne vient que sous le règne de Sargon d'Akkad. I. Gelb a proposé de regrouper ces populations sémites sous le nom de «civilisation de Kish», d'après le nom de la cité sémite qui paraît la plus puissante à cette période.

    Cette différence ethnique s'accompagne de différences dans l'organisation politique et économique, même si le rayonnement de la civilisation sumérienne est sans comparaison à cette période.


    Structure sociale


    La Sumérie, mot utilisé par les spécialistes jusqu'au milieu 1950, constituait d'une structure sociale plus ou moins complexe. Entre les riches et les pauvres, il existait, selon Woolley, une classe moyenne, "composée de petits commerçants, de savants, de médecins et de prêtres". L'ordre social était maintenu par un système féodal. Selon Maspero, les ressources fiscales "constituées des impôts payés en natures, enfermés dans les entrepôts royaux", étaient également "répartis, à titre de salaires, aux fonctionnaires et aux employés de l’État". Autrement dit, les fonctionnaires appartenaient à la classe moyenne.

    Bien que les femmes aient bénéficié de protection sous la loi cunéiforme (en) et qu'elle pouvaient atteindre un statut social plus élevé que dans les autres civilisations contemporaines, la société sumérienne est dominée par les hommes. Selon le code d'Ur-Nammu : sous le lu-gal («grand homme» ou roi), tous les membres de la société appartenaient à l'une des deux couches de base, soit le lu, ou homme libre, et l'esclave (homme, arad, et femme, geme). Le fils d'un lu est appelé dumu-nita jusqu'à ce qu'il se marie. Une femme (munus) débute sa vie en tant que fille de ses parents (dumu-mi), devient épouse (dam), puis, si elle a survécu à son époux, une veuve (numasu) et elle peut alors se remarier.


    Organisation éducative


    Les Sumériens édifièrent une structure éducative performante et complexe. «À Ur, il y a plus de 37 siècles, les écoles publiques s'étaient multipliées […] L'école pouvait recevoir quelque 25 élèves d'âges divers. À l'origine annexes des temples, les écoles sumériennes s'étaient laïcisées ; on y enseignait les disciplines les plus diverses, de la botanique aux mathématiques en passant par la géographie et la grammaire. Elles étaient de hauts lieux du savoir.»


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    Sciences


    Astronomie babylonienne

    La civilisation de Sumer a produit quelques-uns des tout premiers astronomes historiques, assemblant ainsi des étoiles et leur position en constellations, dont plusieurs survivent aujourd'hui et qui étaient également reconnues par les grecs anciens. Les astronomes sumériens ont indépendamment inventé, vers 3500 av. J.C., des calendriers basés sur le cycle lunaire, aboutissant donc à 13 divisions de l'année, au lieu de nos 12 mois habituels. Du côté des femmes du II[SUP]e[/SUP] millénaire av. J.‑C., des astronomes sumériennes sont dirigeantes des grands temples observatoires.

    C'est aussi aux Sumériens que l'on doit la division du cercle en 360 degrés : le cercle était d'abord divisé en 60 minutes, puis chaque minute, en 60 secondes. Ceci a permis d'améliorer la précision des techniques de mesure du temps.

    L’astronomie babylonienne désigne les théories et les méthodes astronomiques développées dans l’ancienne Mésopotamie, le «pays entre les deux rivières» Tigre et Euphrate (dans l’Irak actuel), et où s'épanouirent les royaumes de Sumer, d’Akkad, de Babylonie et de Chaldée. L’astronomie babylonienne est à la source des traditions ultérieures de l'astronomie grecque et hellénistique, de l’astronomie indienne classique, de celles des Sassanides, des Byzantins et des Syriens, de l’astronomie médiévale des Musulmans et des Européens. Les sources classiques grecques et latines désignent fréquemment les astronomes de Mésopotamie du nom de Chaldéens : il s’agissait en réalité de prêtres-scribes spécialisés dans l’astrologie et d’autres formes de divination.
    Entre le VIII[SUP]e[/SUP] siècle av. J.-C. et le VII[SUP]e[/SUP] siècle av. J.-C., les Chaldéens développent une approche empirique de l’astronomie tout en élaborant une cosmologie, nature idéale de l’univers. Une discipline divinatoire, l’astrologie, liée aux positions des planètes, s'appuie sur une logique interne, contribution décisive à l’astronomie et à la philosophie des sciences : certains chercheurs y voient une première révolution scientifique. Cette démarche nouvelle en astronomie sera adoptée et intégrée par l'astronomie classique et hellénistique.


    L’astronomie paléo-babylonienne


    L’astronomie paléo-babylonienne recouvre l'astronomie pratiquée antérieurement à l'avènement de l’empire chaldéen.

    Les origines de l’astronomie occidentale se trouvent en Mésopotamie. Une forme d'écriture connue sous le nom de cunéiforme apparaît chez les Sumériens entre -3500 et 3000 av. J. Chr. Quoique les Sumériens ne pratiquent qu'une astronomie rudimentaire, ils auront une influence considérable sur la naissance de l'astronomie sophistiquée des Babyloniens. La théologie astrale, qui considère les planètes comme des dieux importants de la mythologie mésopotamienne et de la religion, naît avec les Sumériens. Ce peuple utilise aussi une numération de position sexagésimale (de base 60), qui simplifie la notation de nombres très grands ou très petits : voir mathématiques babyloniennes.

    Les Babyloniens sont les premiers à avoir consigné par écrit le caractère périodique de certains phénomènes célestes, et à avoir appliqué le calcul écrit pour formuler leurs prévisions : des tablettes de la période paléo-babylonienne témoignent de l'application des mathématiques pour déterminer la variation de la durée du jour au long de l'année solaire. On dispose de siècles d'observation des phénomènes célestes sur les tablettes cunéiformes dénommées Enûma Anu Enlil ; le plus vieux texte astronomique reconnaissable que nous possédions est la « tablette 63 » de cette collection, appelée tablette de Vénus d’Ammisaduqa, qui donne la liste des levers et couchers visibles de la planète Vénus sur un cycle de 21 ans. Il s'agit du premier témoignage de l’identification d'un mouvement astral périodique.

    La tablette Mul Apin offre un catalogue d’étoiles et de constellations ainsi que des méthodes pour trouver les levers héliaques et le coucher des planètes, et une correspondance sur la durée du jour mesurée à la clepsydre, au gnomon, aux ombres portées, et les intercalations. La tablette GU énumère les étoiles selon des chaînes s'étalant le long des cercles de déclinaison, donne leur ascension droite et leur temps de passage, et nomme aussi les étoiles du zénith, avec leurs écarts d'ascension droite. On connaît enfin des douzaines de tablettes d'argile écrites en cunéiforme rapportant des observations d’éclipses, la plupart de Babylonie.


    L’astronomie chaldéenne

    L’astronomie chaldéenne recouvre non seulement l'astronomie pratiquée sous la dynastie chaldéenne, mais aussi sous les Séleucides et les rois Parthes. Dès le règne de Nabonassar (747-733 av. J. Chr.), fondateur de l’empire néo-babylonien, on observe une amélioration significative des observations astronomiques, en qualité comme en quantité. L'archivage systématique des phénomènes célestes jugés importants pour les présages amène bientôt la découverte de nouvelles périodicités, telles que le cycle de 18 ans séparant deux éclipses lunaires. L’astronome grec Ptolémée fixera d'ailleurs l’origine de son calendrier au début du règne de Nabonassar, jugeant que les premières observations fiables ne remontent qu'à cette époque.

    Les derniers développements de l’astronomie chaldéenne prennent place sous l’Empire séleucide (323-60 av. J. Chr.). Au III[SUP]e[/SUP] siècle av. J.-C., les astronomes se mettent à utiliser des «échéanciers» pour prédire le mouvement des planètes. Ces textes sont des annales des observations antérieures et servent à détecter des répétitions périodiques de configurations planétaires à signification astrologique particulière. Vers ce temps, ou peu après, les astronomes remplacent ces tables par des formules de calcul pour trouver la date de la prochaine occurrence.

    Développement de l’astronomie empirique
    La plupart des astronomes chaldéens ne s'intéressaient qu'aux éphémérides, non à la théorie. Les modèles planétaires des peuples de Mésopotamie étaient strictement empiriques et se traitaient par l’arithmétique : contrairement aux modèles hellénistiques postérieurs, ils ne faisaient intervenir aucune considération de géométrie, de cosmologie ou de philosophie spéculative, bien qu'ils se fussent préoccupé de cosmogonie et de la nature idéale de l’univers primitif. Parmi les principales contributions des astronomes chaldéens au cours de cette période, il y a la découverte des cycles d’éclipse et des cycles de Saros, ainsi que plusieurs observations astronomiques très précises.
    Parmi les astronomes chaldéens adeptes notoires de ce modèle, il y a lieu de citer Naburimannu (fl. VIe-III[SUP]e[/SUP] siècle av. J.-C.), Kidinnu ( † 330 av. J. Chr.), Bérose (III[SUP]e[/SUP] siècle av. J.-C.), et Soudinès (fl. 240 av. J. Chr.). Ils ont exercé une influence certaine sur l’astronome grec Hipparque, l’astronome grec d'Alexandrie Ptolémée, et bien d’autres astronomes de l’Époque hellénistique.

    Un pionnier de l’héliocentrisme
    L’astronome chaldéen Séleucos de Séleucie (né en 190 av. J. Chr.) a proposé un modèle héliocentrique pour expliquer les phénomènes célestes. Seleucos nous est connu par les écrits de Plutarque. Il était partisan d'un système héliocentrique où la Terre tournant sur elle-même effectuait en outre une révolution autour du Soleil. Selon Plutarque, Seleucos donnait même une démonstration de son système, mais son argumentation nous est inconnue.
    Selon Lucio Russo (en), elle serait reliée au phénomène des marées. Seleucos remarque que les marées sont corrélées au mouvement de la Lune, ce qui est correct, même s'il imagine que l'intéraction se fait par les mouvements de l’atmosphère. Il remarque que les marées varient en durée et en intensité selon les différentes mers. D'après Strabon, Seleucos serait le premier à avoir expliqué les marées par l'action mécanique de la Lune, et à avoir relié l'intensité des marées à la position relative de la Lune par rapport au Soleil.
    Selon van der Waerden, Seleucos aurait justifié sa théorie héliocentrique en calculant les constantes d'un modèle géométrique et en montrant que ce modèle donne des prédictions correctes. Il aurait pu s'appuyer sur les méthodes trigonométriques de cette époque, puisqu'il était contemporain d’Hipparque.

    Influence sur l'astronomie hellénistique


    Si de nombreux écrits des auteurs grecs de la période classique et hellénistique (dont ceux de mathématiciens, d’astronomes, et de géographes) sont parvenus jusqu'à nous, éventuellement par une tradition indirecte, l’œuvre des autres peuples ou civilisations du Proche-Orient ancien, notamment celle des Babyloniens, ont sombré dans l'oubli pendant une longue période. Mais depuis l'exploration de sites archéologiques-clef au XIX[SUP]e[/SUP] siècle, plusieurs écrits en cunéiforme couchés sur des tablettes d'argile ont été mis au jour, dont certains ont trait à l’astronomie. La plupart de ces tablettes astronomiques ont été décrites par Abraham Sachs et publiées par la suite par François Thureau-Dangin dans ses Textes mathématiques babyloniens.
    Depuis la redécouverte de la civilisation babylonienne, il est devenu évident que l'astronomie grecque a beaucoup emprunté aux Chaldéens. Les emprunts les mieux documentés se trouvent chez Hipparque (II[SUP]e[/SUP] siècle av. J.-C.) et Claude Ptolémée (II[SUP]e[/SUP] siècle).

    Une influence précoce
    Plusieurs chercheurs s'accordent pour dire que le cycle de Méton a probablement été connu des Grecs par des scribes babyloniens. Méton, un astronome athénien du V[SUP]e[/SUP] siècle av. J.-C., proposa un Calendrier luni-solaire fondé sur la quasi-équivalence de 19 années solaires et de 235 mois lunaires, observation déjà connue des Babyloniens.
    Au IV[SUP]e[/SUP] siècle av. J.-C., Eudoxe de Cnide écrivit un livre sur les astres fixes. Les descriptions qu'il donne de plusieurs constellations, particulièrement celles des douze signes du zodiaque, sont étrangement semblables à celles des Babyloniens. Un siècle plus tard, Aristarque de Samos utilise un cycle d’éclipses découvert par les Babyloniens, le Saros, pour déterminer la durée d'une année. Cependant, tout cela n'est que suppositions et on ne connaît pas de lien précis entre ces auteurs.

    Les héritiers : Hipparque et Ptolémée
    Franz Xaver Kugler, par exemple, a montré la chose suivante : Ptolémée, dans l’Almageste, indique qu’Hipparque a corrigé la durée des phases de la Lune transmises par «des astronomes encore plus anciens» en rapportant les observations des éclipses faites auparavant par «les Chaldéens» aux siennes. Or, Kugler a montré que les périodes que Ptolémée attribue à Hipparque étaient déjà utilisées dans des éphémérides babyloniens, à savoir le recueil nommé «Système B» (parfois attribué à Kidinnu). Apparemment, Hipparque s'est borné à confirmer par ses observations l’exactitude des valeurs de périodes qu'il avait lues dans les écrits des Chaldéens.

    Il est évident qu’Hipparque (et Ptolémée à sa suite) disposaient d'une liste complète des observations d’éclipses sur plusieurs siècles. Celles-ci avaient très probablement été compilées à partir des «tablettes-journaux», tablettes d'argile contenant toutes les observations significatives effectuées au jour le jour par les Chaldéens. Les exemplaires préservés datent de 652 av. J. Chr. à 130 de notre ère, mais les événements célestes qui y sont consignés remontent très probablement au règne du roi Nabonassar : car Ptolémée fait commencer sa chronologie au premier jour du calendrier égyptien, la première année du règne de Nabonassar, c’est-à-dire le 26 février 747 av. J. Chr.

    Il n'a pas dû être facile d'exploiter toute cette masse d'observations, et il n'est pas douteux que les Chaldéens eux-mêmes se servaient de tables abrégées contenant, par exemple, uniquement les éclipses observées (on a trouvé quelques tablettes portant une liste de toutes les éclipses sur une période correspondant à un «saros»). Ces tables leur permettaient déjà de constater le retour périodique de certains phénomènes. Parmi les périodes utilisées dans le recueil du «Système B» (cf. Almageste IV.2), on trouve :

    - 223 mois (synodiques) = 239 passages au périgée (mois anomalistique) = 242 passages sur la ligne des nœuds (mois draconitique). Cette période est appelée période de saros : elle est très pratique pour calculer les périodes d'occurrence des éclipses.
    - 251 mois (synodiques)= 269 passages au périgée
    - 5458 mois (synodiques)= 5923 passages à la ligne des nœuds
    - 1 mois synodique = 29;31:50:08:20 jours (dans le système sexagésimal; 29.53059413… jours en numération décimales = 29 jours 12 heures 44 min 3⅓ s)

    Les Babyloniens exprimaient toutes les périodes en mois synodiques, probablement parce qu'ils utilisaient un calendrier luni-solaire. Le choix des intervalles entre les phénomènes célestes périodiques survenant en l'espace d'une année donnait différentes valeurs pour la longueur d'une année.

    De même, on connaissait plusieurs relations entre les périodes des planètes. Les relations que Ptolémée attribue à Hipparque avaient déjà servi pour des prédictions retrouvées sur des tablettes babyloniennes.

    Voici d'autres traces de pratiques babyloniennes dans l’œuvre d’Hipparque :

    - Hipparque est le premier auteur grec à avoir divisé le cercle en 360 degrés de 60 minutes.
    - il est le premier à avoir utilisé systématiquement la numération sexagesimale.
    - il a utilisé le pechus («coudée»), unité d'angle de 2° ou 2½° d'ouverture.
    - il a utilisé la courte période de 248 jours = 9 mois anomalistiques.

    Le problème de la transmission
    Toutes ces connaissances passèrent aux Grecs, sans doute peu après la conquête d’Alexandre le Grand (-331). Selon le philosophe Simplicius (début du VI[SUP]e[/SUP] siècle), Alexandre avait ordonné la traduction des éphémérides astronomiques chaldéens, et en avait confié la supervision à son biographe Callisthène d’Olynthos, qui les envoya à son oncle Aristote. Si Simplicius ne nous offre qu'un témoignage tardif, son récit n'en est pas moins fiable, car il passa quelque temps en exil à la cour des Sassanides, et a pu avoir accès à des sources documentaires ayant disparu en Occident. Ainsi il est frappant qu'il emploie le titre tèresis (en grec: «veille»), étrange pour un livre d'histoire, mais qui constitue une traduction précise du babylonien massartu qui signifie «monter la garde» mais également «observer».

    Quoi qu'il en soit, c’est vers cette époque que Calippe de Cyzique, un élève d’Aristote, proposa l’emploi d'un cycle de 76 ans, qui améliore le cycle de Méton, d'une durée de 19 ans. Il faisait démarrer la première année de son premier cycle au solstice d’été (28 juin) de l'an 330 av. J. Chr. (date julienne prolepse), mais par la suite il semble qu'il ait compté les mois lunaires à partir du mois suivant la victoire d’Alexandre à la bataille de Gaugamèles, à l'automne 331 av. J. Chr. Ainsi, Calippe a pu obtenir ses données de sources
    babyloniennes, et il est donc possible que son calendrier soit antérieur à celui de Kidinnu. On sait par ailleurs que le prêtre babylonien connu sous le nom de Bérose écrivit en grec vers 281 av. J. Chr. une histoire (à caractère plutôt mythologique) de la Babylonie, les Babyloniaca, dédiées au nouveau monarque Antiochos I[SUP]er[/SUP] ; et l’on dit qu’il fonda par la suite une école d’astrologie sur l’île grecque de Cos. Parmi les autres auteurs qui ont pu transmettre aux Grecs les connaissances babyloniennes en astronomie-astrologie, citons Soudinès qui vivait à la cour du roi Attale I[SUP]er[/SUP] Sôter à la fin du III[SUP]e[/SUP] siècle av. J.-C..


    Quoi qu’il en soit, la traduction de ces annales astronomiques exigeait une connaissance profonde de l’écriture cunéiforme, de la langue et des méthodes, de sorte qu’il est vraisemblable qu'on a confié cette tâche à un Chaldéen dont le nom ne nous est pas parvenu. Les Babyloniens, en effet, dataient leurs observations dans leur calendrier luni-solaire, dans lequel la durée des mois et des années n'est pas fixe (29 ou 30 jours pour les mois ; 12 ou 13 mois pour les années). Qui plus est, à cette époque ils n’utilisaient pas encore de calendrier régulier (fondé par exemple sur un cycle, comme le cycle de Méton), mais faisaient démarrer un mois à chaque nouvelle lune. Cette pratique rendait fastidieux le calcul du temps séparant deux événements.

    La contribution d’Hipparque a dû consister à convertir ces données en dates du calendrier égyptien, qui est fondé sur une année d'une durée fixe de 365 jours (soit 12 mois de 30 jours et 5 jours supplémentaires) : ainsi le calcul des intervalles de temps est beaucoup plus simple. Ptolémée datait toutes ses observations dans ce calendrier. Il écrit d’ailleurs que «Tout ce qu'il (=Hipparque) a fait, c'est une compilation des observations des planètes ordonnée de façon plus commode.» Pline l'Ancien, traitant de la prédiction des éclipses écrit : «Après eux (=Thalès) les positions des deux astres (=le Soleil et la Lune) pour les 600 années à venir furent annoncées par Hipparque, …» Cela doit vouloir dire qu'Hipparque a prédit les éclipses pour une période de 600 ans, mais étant donné l'énorme quantité de calculs que cela représente, c'est très peu probable. Plus vraisemblablement, Hipparque aura compilé une liste de toutes les éclipses survenues entre le temps de Nabonasser et le sien.

    De Babylone à Bagdad


    L’astronomie des Sassanides
    C'est en Mésopotamie que les Sassanides fixèrent la capitale de leur empire, la cité grecque de Ctesiphon. Perses et Babyloniens s'adonnaient à l’astronomie aussi bien à Ctesiphon qu'auprès de l’Académie de Gundishapur, en Perse. L'essentiel des textes astronomiques de la période sassanide furent rédigés en langue Pèhlevî. Les Zij al-Shah, recueil de tables astronomiques compilées en Perse et en Mésopotamie deux siècles durant, est le legs essentiel des savants sassanides ; il fut traduit en arabe par la suite.

    L’astronomie musulmane
    Après la conquête musulmane de la Perse, la Mésopotamie prit le nom arabe d’Irak. Sous le califat abbasside, la capitale de l’empire fut transférée à Bagdad, ville fondée en Irak au VIII[SUP]e[/SUP] siècle. Du VIII[SUP]e[/SUP] siècle au XIII[SUP]e[/SUP] siècle, période fréquemment désignée comme l’«Âge d'or de l’Islam», l’Irak-Mésopotamie demeura le centre de l’activité astronomique : on l’étudiait particulièrement à Bassorah. L’arabe devint la langue des lettrés, et les savants musulmans d’Irak ajoutèrent leurs propres contributions à l'astronomie, jusqu’au sac de Bagdad en 1258.


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    titegazelle سُبحَانَ اللّهِ وَ بِحَمْدِهِ Membre du personnel

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    Civilisation et art


    Les Sumériens et leurs successeurs akkadiens possédaient une culture exceptionnellement avancée, on leur doit notamment :

    Religion

    La religion sumérienne a influencé l'ensemble de la Mésopotamie pendant près de trois mille ans, ainsi que les onze premiers chapitres de la Bible. Elle est une composante très importante de la vie, privée comme publique, des Sumériens et donne naissance à des représentations artistiques comme à des œuvres littéraires. Dans la conception sumérienne, le souverain n'est que le dépositaire de la divinité : sa fonction est sacerdotale aussi bien que politique.
    La religion sumérienne est caractérisée par son polythéisme et son syncrétisme. Son panthéon compte une grande variété de dieux, structurée en une hiérarchie stricte, calquée sur la société humaine.
    Au sommet se trouve la triade cosmique constituée de :

    • An («dieu-ciel»), maître du ciel, roi des dieux, et sa parèdre Antum ;
    • Enlil («seigneur-air»), maître de la terre, démiurge, dieu protecteur de Nippur, et sa parèdre Ninlil ;
    • Enki («seigneur-terre» ?), Ea pour les Sémites, maître des eaux douces, dont la ville sainte est Eridu.
    Sous cette triade se trouvent les divinités astrales comme le dieu-lune Nanna (Sîn en akkadien) et le dieu-soleil Utu (Shamash en akkadien) ; puis les dieux infernaux et les dieux guerriers ; puis les dieux de la nature et les dieux guérisseurs ; puis les dieux d'instruments (pioche, moule à briques, etc.) et enfin les esprits et autres démons.

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    Babylone
     
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    Babylone
    (akkadien : Bāb-ili(m), sumérien KÁ.DINGIR.RA, arabe بابل Bābil, araméen Babel) est une ville antique de Mésopotamie située sur l'Euphrate dans ce qui est aujourd'hui l'Irak, à environ 100 km au sud de l'actuelle Bagdad, près de la ville moderne de Hilla. À partir du début du II[SUP]e[/SUP] millénaire av. J.-C., cette cité jusqu'alors d'importance mineure devient la capitale d'un royaume qui étend progressivement sa domination à toute la Basse Mésopotamie et même au-delà. Elle connaît son apogée au VI[SUP]e[/SUP] siècle av. J.-C. durant le règne de Nabuchodonosor II qui dirige alors un empire dominant une vaste partie du Moyen-Orient. Il s'agit à cette époque d'une des plus vastes cités au monde, ses ruines actuelles occupant plusieurs tells sur près de 1 000 hectares. Son prestige s'étend au-delà de la Mésopotamie, notamment en raison des monuments célèbres qui y ont été construits, comme ses grandes murailles, sa ziggourat (Etemenanki) qui pourrait avoir inspiré le mythe de la tour de Babel et les jardins suspendus dont l'emplacement n'a toujours pas été identifié.

    Babylone occupe une place à part en raison du mythe qu'elle est progressivement devenue après son déclin et son abandon qui a lieu dans les premiers siècles de notre ère. Ce mythe est porté par plusieurs récits bibliques et également par ceux des auteurs gréco-romains qui l'ont décrite et ont ainsi assuré une longue postérité à cette ville, mais souvent sous un jour négatif. Son site, dont l'emplacement n'a jamais été oublié, n'a fait l'objet de fouilles importantes qu'au début du XX[SUP]e[/SUP] siècle sous la direction de l'archéologue allemand Robert Koldewey, qui a exhumé ses monuments principaux. Depuis, l'importante documentation archéologique et épigraphique mise au jour dans la ville, complétée par des informations provenant d'autres sites antiques ayant eu un rapport avec Babylone, a permis de donner une représentation plus précise de l'ancienne ville, au-delà des mythes. Il n'empêche que des zones d'ombres demeurent sur l'un des plus importants sites archéologiques du Proche-Orient ancien, tandis que les perspectives de nouvelles recherches sont réduites du fait de la situation politique de l'Irak.

    La redécouverte de Babylone


    Les explorations des sites de la Mésopotamie antique débutèrent dans le courant de la première moitié du XIX[SUP]e[/SUP] siècle et se firent plus intenses dans les décennies qui suivirent. Mais elles concernaient en premier lieu les sites assyriens dont les ruines étaient plus spectaculaires. Si le site de Babylone a rapidement attiré l'attention en raison de l'importance du nom qui lui était attaché, il n'a fait l'objet de fouilles que tardivement, au début du XX[SUP]e[/SUP] siècle ; celles-ci furent néanmoins menées par l'une des meilleures équipes d'archéologues de sa génération. D'autres campagnes ont suivi durant la seconde moitié du XX[SUP]e[/SUP] siècle, précisant les connaissances sur le site, dont la majeure partie reste cependant inexplorée, alors que les perspectives de fouilles sont limitées depuis la mise en œuvre d'un programme de reconstruction de certains monuments et surtout le déclenchement de plusieurs conflits en Irak à partir de 1990.

    Les premières explorations et fouilles du site

    Malgré quelques confusions possibles avec les sites voisins de Birs Nimrud (Borsippa) et Aqar Quf (Dur-Kurigalzu) où les ruines des ziggurats rappelaient la Tour de Babel, l'emplacement du site de Babylone ne fut jamais réellement perdu, une partie de celui-ci conservant son ancien nom, Bābil. Plusieurs voyageurs venus d'Europe visitèrent ses ruines : Benjamin de Tudèle au XII[SUP]e[/SUP] siècle, Pietro della Valle au XVII[SUP]e[/SUP] siècle, et au XVIII[SUP]e[/SUP] siècle l'abbé de Beauchamp, un diplomate français. Le premier à y effectuer un travail scientifique fut le Britannique Claudius James Rich, qui établit au début du XIX[SUP]e[/SUP] siècle le premier travail de cartographie du site, travail pionnier dans l'exploration scientifique de la Mésopotamie. Plusieurs de ses compatriotes le suivirent sur le site, notamment Austen Henry Layard en 1850 et Henry Rawlinson en 1854, deux des principaux découvreurs des sites des capitales assyriennes, qui y restèrent peu de temps car le site de Babylone présentait moins de découvertes spectaculaires que ceux du Nord, ce qui explique pourquoi il resta en marge des principales fouilles de cette période. En 1852, des Français entreprirent des fouilles sur le site, dirigés par Fulgence Fresnel assisté de Jules Oppert et de Félix Thomas.

    Les maigres découvertes (des sépultures avant tout) qu'ils accomplirent au cours de fouilles menées dans un contexte difficile ne purent être rapatriées en France, car le convoi fluvial les transportant (qui transportait surtout des bas-reliefs assyriens) fut attaqué par des tribus hostiles dans le sud de l'Irak et coula en 1855. Le site de Babylone fut régulièrement parcouru par des fouilleurs dans la seconde moitié du XIX[SUP]e[/SUP] siècle après ces premiers chantiers.

    En 1862, le consul français Pacifique Delaporte trouva une tombe parthe richement dotée en objets qui furent expédiés au musée du Louvre. Des locaux qui jusqu'à présent collectaient surtout des briques sur place s'emparèrent aussi des objets anciens qu'ils y trouvaient pour les revendre sur les marchés voisins. Cela se faisait parallèlement à des fouilles, organisées par des équipes britanniques, sous la direction d'Hormuzd Rassam dans les années 1870, qui réussit à rapporter plusieurs objets de choix au British Museum, notamment le cylindre de Cyrus. Les fouilles britanniques reprirent de temps en temps sur fond de scandale lié à des soupçons de collusion entre fouilleurs clandestins et Rassam, avant que les Allemands ne s'intéressent à Babylone à partir de 1897.


    Les fouilles allemandes

    C'est en 1897 que Robert Johann Koldewey vint à Babylone et décida de prendre en charge ses fouilles à une échelle sans précédent. L'année suivante, la Deutsche Orient-Gesellschaft (DOG, Société orientale allemande) est créée pour mobiliser les fonds nécessaires à ce projet, en même temps que le département oriental des musées prussiens qui devra recevoir des trouvailles effectuées lors des fouilles, le tout bénéficiant de l'appui de l'empereur Guillaume II, qui manifeste un vif intérêt pour l'antiquité orientale. Les fouilles débutent l'année même, et durent jusqu'en 1917, chantier exceptionnel par sa durée pour l'époque, d'autant plus que les recherches ne s'interrompaient pas une seule fois dans l'année, contrairement aux pratiques actuelles.
    Du fait de l'ampleur du site et des objectifs (redécouvertes scientifique du site et dégagement puis envoi de pièces majeures à Berlin), une logistique lourde est mise en place par Koldewey et ses assistants, notamment Walter Andrae. Plusieurs chantiers ont lieu en même temps (souvent trois, parfois cinq), les effectifs d'ouvriers dégageant les tells explorés atteignent rapidement 150 à 200 personnes, et même 250 au maximum. L'équipe a également pour but d'entreprendre des chantiers sur d'autres sites, et elle explore Birs Nimrud (Borsippa), Fara (Shuruppak), puis Qala'at Shergat (Assur) où Andrae est affecté en permanence de 1903 à 1913.

    Les fouilles à Babylone permettent de dégager plusieurs monuments majeurs et d'en laisser des plans et autres données d'une qualité inédite jusqu'alors dans l'histoire de l'archéologie mésopotamienne, le directeur des fouilles, architecte de formation, ayant un intérêt marqué pour la restitution des bâtiments anciens à la différence de nombre des autres archéologues l'ayant précédé qui se focalisaient avant tout vers les trouvailles d'objets sans trop se soucier de préserver les bâtiments anciens. Le Kasr, le tell des palais royaux principaux, est le premier exploré, avant le complexe de Marduk (tells Amran Ibn Ali et le Sahn). Ils restent les chantiers principaux. Le palais du tell Babil est également exploré, ainsi que des temples sur le tell d'Ishin Aswad, la «Voie processionnelle» et le quartier résidentiel du Merkès à partir du 1907. Dès 1913, Koldewey publie les résultats des découvertes dans l'ouvrage Das wiedererstehende Babylon («La résurrection de Babylone»), livre qui fait l'objet de plusieurs rééditions jusqu'à sa mort en 1925 et est depuis devenu un classique de l'archéologie mésopotamienne.

    Au final, une documentation impressionnante et de grande qualité au regard des autres chantiers de l'époque a pu être collectée pour être analysée, mais l'ampleur du site fait que seule une petite partie en est connue même si les principaux bâtiments ont été explorés. Parallèlement, des trouvailles sont expédiées en Allemagne comme prévu dans les objectifs des fouilles, notamment les reliefs glaçurés de la porte d'Ishtar et de la Voie processionnelle qui sont reconstitués au Pergamon Museum. Les fouilles sont moins intenses à partir du déclenchement de la guerre, en 1914, qui appelle de nombreux fouilleurs allemands et locaux sous les drapeaux. Koldewey reste jusqu'en 1917 avec une équipe limitée.


    Les fouilles après 1945

    Les explorations archéologiques à Babylone ne reprennent que plusieurs décennies après le départ de Koldewey. Des équipes allemandes fouillent le secteur de la ziggurat et d'autres bâtiments, notamment un complexe qui correspond peut-être à l'ancien temple de la fête-akītu, en 1962 puis entre 1967 et 1973. À partir de 1974, c'est une mission italienne menée par G. Bergamini qui investit le site. Un premier objectif est d'effectuer des relevés topographiques et stratigraphiques visant à corriger et compléter les fouilles de l'époque de Koldewey, en mettant notamment en avant le rehaussement de la cité en lien avec les problèmes hydrographiques du site. Des bâtiments sont également mis au jour dans le secteur d'Ishin Aswad. En 1979 et 1980, une équipe irakienne fouille le temple de Nabû ša harê, où elle retrouve un important lot de tablettes. Les chantiers sont interrompus en 1990 par la guerre du Golfe.


    Reconstructions et dégradations : une histoire récente tourmentée

    Durant les années 1960 et 1970, les équipes archéologiques irakiennes entreprennent la restauration des monuments antiques du pays, dans un but touristique, en particulier le temple de Ninmah, le tout en parallèle avec de nouvelles fouilles. Le site de Babylone est au premier rang, vu qu'il est rapidement devenu un symbole de l'Irak dès les débuts de cet État, une statue de lion du site figurant par exemple sur des timbres.

    À partir de 1978, le programme de reconstruction se fait plus intense, en lien avec la volonté de Saddam Hussein, qui dirige l'Irak de 1979 à 2003 et cherche à se rattacher au passé antique de la Mésopotamie pour des besoins de propagande, en se présentant parfois comme successeur de Hammurabi et de Nabuchodonosor II (et également de souverains assyriens). Les enjeux politiques se mêlent donc à des enjeux touristiques, et Babylone doit (à nouveau) servir de lieu de manifestation du pouvoir : les murs de certains monuments sont restaurés, une partie des murailles, avec la porte d'Ishtar, et certains bâtiments sont remaniés, comme le palais Sud dont la salle du trône est adaptée pour pouvoir servir lors de concerts et de réceptions ou le théâtre grec qui est doté de 2 500 places pour servir lors de spectacles.
    Saddam Hussein laisse même des inscriptions de fondation comme le faisaient les anciens souverains babyloniens, et se fait construire un palais sur une des trois collines artificielles qui sont alors érigées sur le site. Plusieurs festivités ont lieu régulièrement à Babylone. Ces actions sont critiquées par les archéologues, parce qu'elles empêchent les fouilles sur une grande partie du site, et accélèrent la dégradation de certains des monuments anciens, déjà endommagés par les fouilles précédentes qui avaient emporté des parties de certains d'entre eux vers les musées européens et par l'érosion qui s'accélérait depuis qu'ils avaient été dégagés.


    Les dégradations du site de Babylone ont empiré à la suite de l'invasion de l'Irak de 2003 par les armées américaines. En effet, le site de Babylone est retenu pour établir le «camp Alpha», une base militaire américano-polonaise de 150 hectares et au moins 2 000 soldats, comprenant notamment un héliport militaire. Les activités militaires ont endommagé certains édifices, à cause du passage des véhicules militaires (hélicoptères, blindés à chenilles), d'une garnison conséquente, et surtout à d'importants travaux de terrassement, le tout en plein milieu du secteur monumental de la ville entre le Kasr, le Tell Homera et le Sahn. Des tranchées sont creusées sur des sites archéologiques, le pavement de la Voie processionnelle est endommagé par les véhicules. Les critiques contre les dégradations que subissait le site incitèrent finalement les autorités militaires coalisées à le restituer aux autorités irakiennes en décembre 2004, permettant alors de constater l'ampleur des dégradations.
    Celles-ci se sont poursuivies par la suite en raison du manque d'entretien du site, avant que ne commencent à être mis en place des projets de préservation.



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    titegazelle سُبحَانَ اللّهِ وَ بِحَمْدِهِ Membre du personnel

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    Les phases de l'histoire de Babylone

    Babylone apparaît tardivement dans l'histoire de la Mésopotamie antique, en comparaison des autres grandes villes de cette civilisation, comme Kish, Uruk, Ur, Nippur, Ninive. Son ascension rapide n'en est donc que plus remarquable. Alors que la ville est peu mentionnée dans la documentation de la seconde moitié du III[SUP]e[/SUP] millénaire av. J.-C., elle connaît une croissance rapide sous l'impulsion d'une dynastie amorrite qui remporte plusieurs succès militaires majeurs, durant la période dite «paléo-babylonienne» (2004-1595 av. J.-C.).
    La période suivante, dite «médio-babylonienne» (1595-fin du XI[SUP]e[/SUP] siècle av. J.-C.), voit Babylone confirmer durablement son rang de capitale de la Mésopotamie méridionale, notamment parce qu'elle devient un grand centre religieux en plus d'un centre politique, sous les dynasties kassite et d'Isin II. Le I[SUP]er[/SUP] millénaire av. J.-C. débute par des périodes très difficiles, qui se prolongent dans les guerres provoquées par les tentatives de domination des rois assyriens sur la Babylonie. Ceux-ci sont finalement vaincus par les rois qui fondent le puissant empire «néo-babylonien» (626-539 av. J.-C.) et entreprennent les chantiers qui font de Babylone la ville la plus prestigieuse de son temps. Après leur chute, plusieurs dynasties étrangères se succèdent à Babylone, et même si la ville n'est pas leur capitale, elle conserve une importance notable jusqu'aux derniers siècles avant J.-C., durant les phases tardives de l'histoire babylonienne, avant son abandon durant les premiers siècles de notre ère.


    Origines de la ville et du nom

    La plus ancienne attestation connue du nom de la ville de Babylone se trouve sur une tablette datée d'après les critères paléographiques des alentours de 2500 av. J.-C. (Période des dynasties archaïques). Ce texte mentionne une ville nommée BA[SUB]7[/SUB].BA[SUB]7[/SUB] ou BAR.KI.BAR, dont le souverain (ENSÍ) commémore la construction du temple du dieu AMAR.UTU, qui est aux périodes ultérieures la forme sumérienne du nom de Marduk, divinité tutélaire de Babylone, ce qui semble un argument probant pour l'identification de cette ville. Son nom aurait pour origine le terme Babal ou Babulu, qui est sans doute dans le langage, maintenant inconnu, d'une population antérieure à la présence sumérienne et sémitique en Mésopotamie, donc inexplicable ; une autre hypothèse est qu'il s'agisse d'un terme d'origine sumérienne, signifiant peut-être «bosquet».
    La première attestation assurée du nom de Babylone dans un texte cunéiforme date de l'époque du règne de Shar-kali-sharri (2218-2193 av. J.-C.), roi de l'Empire d'Akkad dont elle fait partie, et qui y restaure deux temples. La ville y apparaît en logogrammes sumériens sous la forme
    KÁ.DINGIR, «porte du Dieu». Cela semble indiquer que le nom ancien de la ville a alors été réinterprété par la population akkadienne la peuplant comme bāb-ili(m), «porte du Dieu», qui apparaît souvent sous sa forme sumérienne, KÁ.DINGIR.RA (la terminaison -RA étant la marque du datif). Par la suite, on trouve également dans les textes la forme bāb-ilāni, «la porte des dieux». Les noms akkadiens de la ville sont à l'origine du grec Babylon, de l'hébreu Babel ou encore de l'arabe Bābil.

    Babylone apparaît dans plusieurs textes de la période de l'empire d'Ur III au XXII[SUP]e[/SUP] siècle av. J.-C., dont elle est un centre administratif secondaire, dirigé par un gouverneur (portant l'ancien titre royal ENSÍ). Il s'agit avant tout de documents fiscaux, illustrant donc une ville peu importante. Les niveaux de la ville du III[SUP]e[/SUP] millénaire av. J.-C. n'ayant pas été fouillés, il reste difficile de dater ses origines ; quelques objets de ce millénaire ont été récupérés lors de prospections.

    Babylone sous la dynastie amorrite


    L'essor de Babylone vient avec l'émergence d'une dynastie d'origine amorrite, qui débute vers 1894 avec un certain Sumu-abum (18941881 av. J.-C.). Cette période est qualifiée de «paléo-babylonienne», ou babylonienne ancienne. Sumu-la-El (18801845 av. J.-C.) est le véritable ancêtre de la Première dynastie de Babylone, car il est sans lien familial avec son prédécesseur tandis que tous ses successeurs sont ses descendants. Ceux-ci agrandissent progressivement le royaume qui était alors limité à la ville et ses alentours, et sous Sîn-Muballit (18121793 av. J.-C.) Babylone devient une puissance capable de rivaliser avec les autres grands royaumes amorrites voisins que sont Larsa, Eshnunna, Isin et Uruk.
    Son fils Hammurabi (17931750 av. J.-C.) sait jouer intelligemment son rôle dans le concert international de son temps et cette première dynastie babylonienne ne devient dominante que sous son règne. Après une première partie de règne sans grande victoire, il parvient à soumettre les royaumes qui l'entourent : Larsa, Eshnunna, puis Mari.
    Babylone devient alors la plus grande puissance politique de Mésopotamie. Son fils et successeur Samsu-iluna (17491712 av. J.-C.) maintient encore pendant un certain temps cette suprématie, mais il fait face à plusieurs révoltes qui affaiblissent son royaume. Les rois suivants voient leur territoire se désagréger sous l'effet de rébellions et d'attaques de peuples ennemis, en premier lieu les Kassites mais aussi les Hourrites, le tout dans un climat de crise agraire. Samsu-ditana (16251595 av. J.-C.), dont le royaume ne comporte plus que les environs immédiats de Babylone, est acculé. Selon ce que la tradition babylonienne ultérieure a retenu, le coup fatal lui est porté par le roi hittite Mursili I[SUP]er[/SUP], qui réussit en 1595 av. J.-C. un raid sur Babylone.
    La ville est pillée et la dynastie amorrite disparaît, alors que les statues de culte du dieu Marduk et de sa parèdre Sarpanitum seraient emportées chez les vainqueurs en signe de soumission de la ville vaincue.


    Peu de choses sont connues sur le visage de Babylone à l'époque de sa première dynastie. Il s'agit manifestement de la période de son premier essor. Cela est dû à plusieurs facteurs : avant tout la présence d'une puissante dynastie, mais aussi à une situation géographique dont elle sait profiter, dans une riche région d'agriculture irriguée, le long d'un bras de l'Euphrate et près du Tigre qui constitue un axe de communication majeur entre la Syrie, la Haute Mésopotamie, le plateau Iranien et le sud mésopotamien ouvrant sur le golfe Persique.

    La ville a pu ainsi devenir une sorte de carrefour sur des voies commerciales importantes. Les niveaux archéologiques paléo-babyloniens n'ont pu être atteints que dans un quartier résidentiel, car ils sont en général recouverts par la nappe phréatique et endommagés irrémédiablement. Les relevés archéologiques sont maigres et les apports les plus appréciables des fouilles sont plusieurs lots de tablettes scolaires, religieuses et économiques trouvés dans la zone du Merkes. L'organisation générale de la ville se faisait sans doute déjà autour de son quartier religieux (le futur Eridu) situé sur la rive gauche de l'Euphrate est déjà en place, mais l'extension exacte de la ville reste à déterminer, notamment la question de savoir si l'enceinte passait alors par certaines portes qui un millénaire plus tard sont situées à l'intérieur de la ville (porte de Lugal-irra, porte du Marché), ou bien si elle entourait déjà une surface plus vaste correspondant à la ville intérieure du temps de Nabuchodonosor II).
    Il semble en tout cas que la ville s'étendait dès cette période sur la rive droite du fleuve (futur quartier de Kumar) où plusieurs temples sont attestés par les textes. Les meilleures sources d'information sur les constructions de la ville sont les inscriptions de fondation et les noms d'années des rois paléo-babyloniens commémorant leurs travaux de constructions.

    Le premier roi de la dynastie, Sumu-la-El, a construit un nouveau mur d'enceinte pour la ville et le palais royal que ses successeurs occupent après lui, avant Ammi-ditana qui semble en construire un autre (à moins qu'il ne s'agisse d'une restauration, les textes ne distinguant pas forcément les deux). La vie au palais royal de Babylone n'est approchable que par quelques tablettes du temps de Hammurabi, provenant de la correspondance diplomatique du roi de Mari, évoquant avant tout des tractations intéressant celui-ci.

    En dehors de leur lieu de vie, les rois paléo-babyloniens entreprennent régulièrement des chantiers dans leur capitale, qui concernent avant tout ses murailles, ses portes et surtout ses nombreux temples, qui peuvent être souvent localisés car ils sont connus par des textes des époques postérieures. Ils rapportent également les offrandes somptueuses dont ils gratifient certaines divinités de la ville.
    L'Esagil, le temple du grand dieu local Marduk, fait l'objet de leurs attentions. Sa ziggurat n'est pas mentionnée, mais les relevés archéologiques semblent la dater de cette période. Les textes du Merkes indiquent pour leur part que le quartier situé en ce lieu était nommé «Ville neuve orientale», et était notamment habité par une catégorie de prêtresses appelées nadītum, caractéristiques de l'époque paléo-babylonienne.


    La période kassite

    Après la prise de Babylone par les Hittites, la situation politique de la Babylonie est particulièrement obscure. Cette région tombe dans des conditions mal établies sous la coupe d'une dynastie d'origine kassite. Un texte du VII[SUP]e[/SUP] siècle av. J.-C. retrouvé à Ninive en Assyrie se présente comme une copie d'une inscription du roi kassite Agum II, qui dit avoir ramené les statues de culte de Marduk et Sarpanitu à Babylone et restauré l'Esagil. On ne sait rien quant à l'authenticité de ce texte, d'autant plus que ce roi Agum n'est mentionné que dans des textes postérieurs à son règne.

    En l'état actuel des connaissances la domination kassite sur la Babylonie n'est assurée que vers le début du XV[SUP]e[/SUP] siècle av. J.-C., sous Burna-Buriash I[SUP]er[/SUP] et surtout ses successeurs Ulam-Buriash et Agum III. Les rois de cette dynastie, qui se présentent comme monarques de «Karduniaš» (région correspondant à la Babylonie) plus souvent que comme «rois de Babylone», n'apparaissent que rarement en relation avec la ville de Babylone où leurs travaux ne sont pas ou peu mentionnés. Le statut de Babylone en tant que centre politique n'est pas clair : sous Kurigalzu I[SUP]er[/SUP] (ou le deuxième du nom) au début du XIV[SUP]e[/SUP] siècle av. J.-C., une nouvelle capitale est fondée à Dûr-Kurigalzu («fort Kurigalzu», du nom de son fondateur), située plus au nord dans la région où l'Euphrate et le Tigre sont proches, comme d'autres futures capitales des royaumes établis en Mésopotamie (Séleucie du Tigre, Ctésiphon puis Bagdad).


    Il n'empêche que Babylone reste une ville très importante et prestigieuse notamment parce que son rôle de centre religieux se développe, comme en témoigne le fait que l'Esagil reçoive des donations de terres conséquentes et que Marduk s'affirme peu à peu en tant que figure divine souveraine dans les sources de cette période. De façon significative, les défaites les plus marquantes des rois kassites voient la prise de Babylone par leurs ennemis. Vers 1235 av. J.-C. elle est pillée par le roi Tukulti-Ninurta I[SUP]er[/SUP] d'Assyrie. Selon une chronique historique babylonienne nommée Chronique P ce roi aurait fait abattre ses murailles puis enlever à son tour la statue de Marduk. Il a ensuite fait rédiger dans son pays un long texte célébrant sa victoire. Les conflits entre Babylone et l'Assyrie se poursuivent jusqu'à l'intervention d'un troisième camp, celui des rois d'Élam Shutruk-Nahhunte et son fils Kutir-Nahhunte qui s'emparent de Babylone en 1158 puis 1155 av. J.-C. et emportent à leur tour ses trésors dont la statue de son grand dieu.

    L'apparence de la ville de Babylone est encore moins bien connue à la période kassite qu'à la paléo-babylonienne, en l'absence d'inscriptions de fondation commémorant des travaux dans cette ville et parce que les niveaux archéologiques n'ont pas pu être fouillés pour les mêmes raisons que ceux de la période précédente. Seuls quelques niveaux ont été atteints dans le secteur du Merkes. Plusieurs lots de tablettes économiques privées et un de textes religieux appartenant à un devin ont été exhumés pour cette époque. C'est peut-être à cette période que le plan de Babylone avec son enceinte principale se fixe, si ce n'est pas déjà fait à la période précédente.

    La seconde dynastie d'Isin et la période d'affaiblissement de la Babylonie


    Les Élamites sont finalement repoussés de Babylonie par une nouvelle dynastie trouvant ses origines à Isin, qui réussit à reprendre Babylone. Son plus grand roi, Nabuchodonosor I[SUP]er[/SUP] (1126-1105 av. J.-C.), bat ensuite les Élamites dans leur propre pays et peut ramener triomphalement la statue de Marduk à Babylone, événement rapporté dans un long texte figurant sur un acte de donation. Ce fait est particulièrement important pour l'histoire religieuse de la Babylonie, car c'est de cette période que doit sans doute être datée la primauté accordée à Marduk sur les autres dieux mésopotamiens, avec la rédaction de l'Épopée de la Création (Enūma eliš) qui narre comment il est devenu roi des dieux.
    Ce récit fait de Babylone une cité construite par les dieux et située au centre du Monde, au contact du Ciel et de la Terre (matérialisé par sa ziggurat, dont le nom signifie «Maison-lien du Ciel et de la Terre». Il est généralement considéré que c'est à ce moment qu'est rédigé le texte topographique appelé d'après son incipit
    TINTIR=Babilu, qui rapporte notamment l'emplacement de tous les lieux de culte de la ville, en conséquence de ce statut de ville sainte pour Babylone. Cela indiquerait que la ville a alors son plan quasi-définitif, même s'il reste possible que ce texte (et donc l'organisation intérieure finale de Babylone) soit plus tardif.

    Le retour du royaume babylonien au premier plan politique est cependant de courte durée : à partir des alentours 1050 av. J.-C., la Babylonie est submergée par les incursions de plusieurs peuples nomades, dont les Araméens. La fin du règne de Nabû-shum-libur (1032-1025 av. J.-C.) marque pour Babylone le début d'un chaos et de changements dynastiques fréquents, alors que les sources concernant la Babylonie se tarissent. Il semble que les grandes villes de cette région aient subi plusieurs périodes de fortes violences, et Babylone ne fait sans doute pas exception.

    Babylone face à la domination assyrienne


    La situation commence à se rétablir à partir du IX[SUP]e[/SUP] siècle av. J.-C. même si elle reste très heurtée et que les rois de Babylone ont du mal à affirmer leur domination sur la région et que les dynasties sont très instables. À ces problèmes s'ajoute la reprise de la lutte contre l'Assyrie, qui est en position de force en raison de sa plus grande stabilité interne. La situation s'accélère sous le règne de Teglath-Phalasar III, qui après plusieurs années de luttes réussit à prendre Babylone en 728 av. J.-C. et s'en proclame roi.

    La domination assyrienne n'est pour autant pas assurée, et le nouveau souverain Sargon II (qui a restauré des temples et les remparts de Babylone) doit faire face à un adversaire coriace en Babylonie, Merodach-Baladan II, qui réussit à régner sur la cité à deux reprises. Sennacherib, le successeur de Sargon II, faisant à son tour face à de nouvelles révoltes en Babylonie, place un de ses fils sur le trône de la cité. Ce dernier tient peu de temps, une nouvelle révolte babylonienne survenant. Les comploteurs le capturent, et le livrent à leurs alliés élamites qui l'exécutent. La réplique de Sennacherib est terrible, et le récit qu'il en laisse est plein de haine contre Babylone : il aurait massacré une grande partie de sa population et détruit une grande partie de la ville en détournant les eaux du fleuve sur elle, puis rasé ses murailles et le sanctuaire de Marduk dont il emporte la statue. La réalité de l'ampleur des destructions reste discutée, selon toute vraisemblance la ville n'est pas entièrement détruite comme le prétend le roi assyrien.

    Son fils et successeur Assarhaddon choisit la voie de l'apaisement et entreprend de restaurer la cité, justifiant cette entreprise malgré l'interdit de ne pas la reconstruire avant 70 ans qui aurait été proclamé par le dieu Marduk en colère contre la population de sa ville (Sennacherib n'ayant alors été que le bras de sa vengeance). Par un jeu d'écriture portant sur la graphie cunéiforme du nombre 70 (un clou vertical suivi d'un chevron), il le retourne, ce qui donne 11 (un chevron suivi d'un clou vertical) années et lui permet d'entreprendre le chantier.


    La succession d'Assarhaddon, en 652 av. J.-C., avait en fait donné lieu à une organisation politique spéciale : Assurbanipal régnait depuis l'Assyrie, alors que son frère Shamash-shum-ukin était placé sur le trône de Babylone, en position de vassal mais auréolé du retour de la statue de Marduk qui accompagne son intronisation. Ce dernier se révolte finalement en 652, mais est vaincu après une guerre âpre de quatre ans et le siège de sa ville qui dure plusieurs mois en 648. Il meurt lors du siège de Babylone, brûlé dans l'incendie de son palais, histoire qui donna naissance au mythe grec de Sardanapale. Après une première phase de répression Assurbanipal se révèle moins brutal que son grand-père et fait restaurer la ville, à la tête de laquelle il place un souverain fantoche, Kandalanu. Au final, les rois assyriens ont profondément marqué l'histoire de Babylone et sans doute aussi son paysage urbain.

    L'empire néo-babylonien et l'apogée de Babylone


    Cette succession de révoltes en Babylonie a sans doute affaibli l'Assyrie, tandis qu'à Babylone l'esprit de résistance était de plus en plus fort, et les résistants de plus en plus actifs et unis. À la mort d'Assurbanipal en 627 av. J.-C., ses successeurs rentrent dans une querelle de succession qui est fatale à leur royaume. Nabopolassar, sans doute le gouverneur de la région du Pays de la Mer, et probablement d'origine chaldéenne, profite des troubles en Assyrie pour prendre le pouvoir à Babylone en 625 av. J.-C. avant de porter peu à peu le conflit chez son voisin du nord.
    Après quelques années de conflit, il réussit finalement à abattre l'empire assyrien avec l'aide du roi des Mèdes, Cyaxare, entre 614 av. J.-C. et 610 av. J.-C. Son fils Nabuchodonosor II (605 av. J.-C.562 av. J.-C.) lui succède. Avec lui, Babylone connaît son apogée. C'est la période de l'«empire néo-babylonien», qui couvre une grande partie du Proche-Orient des frontières de l'Égypte jusqu'au Taurus anatolien et aux abords de la Perse. Les successeurs de Nabuchodonosor II réussissent à tenir tant bien que mal leur royaume, mais ils n'ont pas la trempe des fondateurs de la dynastie.
    Le dernier roi de Babylone, Nabonide (556539 av. J.-C.), est un personnage énigmatique qui se met à dos une partie de l'élite de son royaume, dont le clergé de Marduk car il semble délaisser ce dieu au profit de sa divinité favorite, le dieu-lune Sîn.


    Les règnes de Nabopolossar et Nabuchodonosor II correspondent à une période de profondes transformations de la ville, initiées par le premier et achevées par le second, connues par de nombreuses inscriptions de fondation. Ce sont ces travaux qui vont contribuer à l'image, légendaire, reproduite par des auteurs étrangers comme Hérodote, Ctésias ou les rédacteurs de la Bible hébraïque, d'une ville ceinte par des murailles impressionnantes, et dominée par des monuments remarquables qui sont alors agrandis ou restaurés : palais royaux, temples, ziggurat, artères principales, dont la «Voie processionnelle» partant de la porte d'Ishtar. La vie économique et sociale de la ville transparaît également dans des textes économiques, administratifs et scolaires de cette période.

    Babylone sous domination étrangère


    Quand le roi des Perses Cyrus II attaque Babylone en 539 av. J.-C. par une offensive surprise contre la porte d'Enlil au nord-ouest de la ville, la lutte tourne court et la cité et l'empire tout entier tombent entre ses mains. Dès lors, Babylone perd son indépendance. Le nouveau maître proclame néanmoins son souhait de préserver la ville et s'attache les faveurs du clergé local en proclamant un décret très favorable envers eux, qui a été retrouvé inscrit sur un cylindre d'argile trouvé à Babylone. La chute du royaume babylonien et la fin de l'indépendance politique ne signifient pas le déclin de la métropole mésopotamienne.
    Certes à plusieurs reprises la ville se révolte : contre Darius I[SUP]er[/SUP] vers 521 av. J.-C., puis plus tard contre son fils Xerxès I[SUP]er[/SUP], à qui les auteurs grecs postérieurs ont attribué la décision de détruire le sanctuaire de Marduk, répression dont l'ampleur réelle est débattue. Babylone reste une ville importante de l'empire même si elle n'en est pas la capitale, et la Babylonie entière est une région cruciale où la noblesse perse dispose de vastes domaines.

    En 331 av. J.-C., Babylone ouvre ses portes au roi macédonien Alexandre le Grand après la victoire de Gaugamèles et les envahisseurs sont manifestement bien accueillis par la population. Alexandre patronne des restaurations de canaux et dans l'Esagil, s'y installe quelques mois après son expédition en Inde avant d'y mourir en juin 323. C'est donc à Babylone que s'ébauche le premier partage de l'empire entre ses généraux, les Diadoques, qui ne tardent pas de se déchirer dans des luttes qui touchent durement la Babylonie et sa plus grande ville. Celle-ci est exsangue au moment où Séleucos I[SUP]er[/SUP] réussit à raffermir sa domination sur la région en 311. Le nouveau souverain ne garde pas Babylone comme capitale, puisqu'il en construit une nouvelle une soixantaine de kilomètres au nord-est, à Séleucie du Tigre.

    Babylone reste cependant importante, comme en témoigne par exemple le fait que son fils Antiochos I[SUP]er[/SUP] y demeure plusieurs années avant de prendre seul le pouvoir, et que son statut reste prestigieux aux yeux des nouveaux maîtres. Les deux premiers rois y font restaurer les édifices religieux.
    Plus tard le centre de gravité de leur royaume se déplace vers l'ouest et Antioche devient la capitale principale de leurs successeurs, qui perdent progressivement la Babylonie face à l'avancée des Parthes qui la dominent définitivement sous Mithridate II (123-88 av. J.-C.). Ces conflits ont une nouvelle fois fortement touché Babylone et sa région, notamment du fait des exactions perpétrées par le général parthe Himéros.


    Babylone reste donc une ville importante dans l'administration des empires dirigés par des dynasties étrangères au cours de la seconde moitié du I[SUP]er[/SUP] millénaire av. J.-C. Sous les Achéménides, son gouverneur (appelé dans les textes cunéiformes par le titre babylonien pahāt et non par celui de satrape) dirige une vaste province couvrant au départ tout l'ancien empire babylonien, donc jusqu'à la Méditerranée, avant que son territoire ne soit réduit à la seule Mésopotamie.
    Sous les Séleucides, Babylone est supplantée par Séleucie en tant que principale cité de l'administration et devient donc une capitale provinciale secondaire. Le roi y est représenté par un personnage appelé dans les textes locaux šaknu («préposé», autre titre d'un ancien dignitaire du royaume babylonien), qui dirige le personnel du palais royal local.

    À partir du règne d'Antiochos IV (vers 170 av. J.-C.), Babylone devient une cité grecque avec sa communauté de citoyens (grec politai, que l'on retrouve dans les textes babyloniens sous la forme puli
    ē ou puliānu) dirigée par un épistate (à qui échoit apparemment le titre de pahāt dans les sources cunéiformes), groupe qui se réunit dans le théâtre qui est alors construit dans la ville.
    La communauté babylonienne indigène, qui reste sans doute dominante en nombre, forme la troisième entité politique de cette société complexe. Elle est représentée devant les autorités grecques par le personnel chargé de l'Esagil, qui a donc pris un poids dominant dans la vie de la cité en tant que seule autorité traditionnelle d'origine locale encore en place. Il est dirigé par une assemblée (kiništu) dont l'autorité supérieure est l'administrateur du sanctuaire (šatammu). Des autorités semblables semblent encore en place sous les Parthes, qui ne modifient pas la structure politique et sociale de la cité.
    Pour ces différentes périodes les archives cunéiformes de familles privées et des sanctuaires restent en nombre assez important par rapport aux autres villes de la région où elles se tarissent progressivement, et renseignent sur les activités cultuelles et économiques.


    La fin de la Babylone antique

    La période parthe voit Babylone décliner et se dépeupler progressivement, les grands centres du pouvoir s'étant définitivement déplacés plus au nord sur le Tigre (Séleucie, Ctesiphon, et bien plus tard Bagdad). Mais ses monuments principaux sont encore en activité : Pline l'Ancien écrit au début du I[SUP]er[/SUP] siècle de notre ère que le temple continue à être actif, bien que la cité soit en ruines et une inscription en grec datable du II[SUP]e[/SUP] siècle ap. J.-C. indique que le théâtre est encore restauré. Elle reste une ville commerciale active, où on trouve des communautés de divers horizons en plus des communautés babylonienne et grecque (qui se sont sans doute liées depuis longtemps), notamment des marchands de Palmyre, tandis que les premières communautés chrétiennes s'installent dans la région.
    Les mentions de cette ville comme un champ de ruines dans les textes gréco-romains, ainsi Dion Cassius quand il rapporte la venue sur place de l'empereur Trajan lors de sa campagne de 115 ap. J.-C, illustrent néanmoins le fait que son déclin ait été important et ait marqué les personnes imprégnées des récits relatifs à sa splendeur passée.
    Son temple principal fonctionnerait encore au début du III[SUP]e[/SUP] siècle ap. J.-C., et son abandon est à dater des siècles suivants, donc sous la domination des Sassanides qui est généralement considérée comme la période de disparition définitive de l'antique culture mésopotamienne dans ce lieu même.

    Durant la période islamique, l'emplacement de Babylone est encore connu, mais Bābil n'est alors plus qu'un petit village selon le géographe Ibn Hawqal au X[SUP]e[/SUP] siècle. Les écrivains des siècles suivants ne parlent plus que de ses ruines et du fait qu'elles sont dépouillées de leurs briques les plus solides pour servir à construire des bâtiments dans les habitations des alentours, ainsi que de récits sur leur signification et les croyances locales. La ville antique a totalement basculé du côté de la légende.

     
  8. titegazelle

    titegazelle سُبحَانَ اللّهِ وَ بِحَمْدِهِ Membre du personnel

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    Babylone à son apogée


    Les niveaux anciens de Babylone n'ont pu être fouillés, à l'exception de quelques résidences paléo-babyloniennes, et les textes n'apportent pas d'informations suffisantes pour connaître l'aspect de la ville à ces périodes. L'essentiel des connaissances sur Babylone porte donc sur la période néo-babylonienne (624-539 av. J.-C.) et la période achéménide (539-331 av. J.-C.), les mieux connues par les résultats des fouilles archéologiques et les différents textes locaux ou extérieurs. Les premières n'ont dégagé qu'une maigre partie du site, mais elles ont permis de connaître les principaux monuments officiels (palais et temples), un quartier résidentiel, ainsi que les remparts et les portes, donnant une vue d'ensemble du site. Leur comparaison aux sources textuelles cunéiformes, en premier lieu les tablettes topographiques et surtout TINTIR=Babilu, qui décrit les différents noms de la ville, l'emplacement de ses grands temples, mais aussi des lieux de cultes plus modestes ainsi que tous les lieux marqués par la religion, par exemple les portes et murailles nommées en fonction de dieux. Il permet de préciser la vision d'ensemble de la ville, tandis que les textes des auteurs grecs les mieux informés (Hérodote et Ctésias) apportent également des informations exploitables.
    À cela s'ajoutent divers textes cunéiformes, comme les inscriptions royales commémorant des travaux importants ou des sources de nature gestionnaire et administrative donnant des informations sur la société, l'économie et l'organisation politique de la ville ainsi que des textes religieux rapportant des pratiques cultuelles et illustrant le statut sacré de la ville.


    Une «mégapole» antique


    À son apogée, le site de Babylone couvre près de 1 000 hectares (entre 950 et 975 selon les estimations), ce qui en fait le plus vaste ensemble de ruines de l'Antiquité mésopotamienne et même proche-orientale, couvrant aujourd'hui plusieurs tells. Les estimations du nombre d'habitants y ayant résidé sont quasiment impossibles. Le chiffre de 100 000 habitants pour la seule ville intérieure a pu être avancé, sans bases solides. Quoi qu'il en soit, c'est manifestement une ville très peuplée entre la période néo-babylonienne et le début de la période achéménide, qui peut être vue comme la première «mégapole» de l'histoire, débordante d'activité, qui a frappé l'imagination des témoins extérieurs. L'espace urbain de Babylone est très inégalement connu, les quartiers centraux ayant surtout fait l'objet de fouilles, en premier lieu autour des complexes monumentaux. Plusieurs aspects de son urbanisme ont été repérés par les fouilles que complètent les sources épigraphiques : les remparts, les cours d'eau, et quelques quartiers résidentiels. Dans ces derniers, plusieurs lots de tablettes ont été trouvés et ont permis de mettre en lumière certains aspects de la vie des anciens Babyloniens, qui sont également éclairés par les trouvailles de sépultures sur le site ou à sa proximité.

    - Organisation générale du site
    L'espace urbain de Babylone peut être divisé en trois entités, les deux premières étant les plus anciennement peuplées et les plus densément occupées aux époques néo-babylonienne et perse, le troisième ne s'intégrant dans la ville qu'à une époque récente, sans doute celle de Nabuchodonosor II. Le centre de la ville de Babylone est situé sur la rive gauche de l'ancien cours de l'Euphrate. L'espace situé sur cette rive entre le fleuve et la limite orientale de l'enceinte intérieure couvre entre 450 et 500 hectares, et dispose des principaux monuments de la ville, à commencer par le secteur palatial, situé sur le tell du Kasr (ou Qasr, le «château» en arabe), et le secteur du temple de Marduk, l'Esagil, sur le tell Amran ibn Ali, jouxté au nord par sa ziggurat, Etemenanki, dont il ne reste plus que les tracé sur le sol dans une dépression appelée Sahn.

    À l'est du complexe religieux se trouve le site du Merkes («Centre ville»), où un quartier résidentiel a été mis au jour. Suivant le texte Tintir, cette partie de la ville est divisée en six quartiers portant pour la plupart des noms sumériens, les trois premiers formant le cœur et sans doute la partie la plus ancienne de la ville, leurs noms pouvant parfois servir à désigner la ville dans son intégralité :
    KÁ.DINGIR.RA (terme signifiant la «porte du Dieu», donc «Babylone») à proximité des palais ; ERIDU (nom d'une vieille ville sacrée de Mésopotamie, ville du dieu Enki, le père de Marduk) autour du complexe de l'Esagil ; ŠU.AN.NA (la «Main du Ciel») au sud de ce dernier autour du tell Ishin Aswad ; TE.E[SUP]KI[/SUP] vers l'angle sud-est ; KULLAB vers le centre (nom ancien du quartier où se trouve le sanctuaire du dieu du Ciel, Anu, à Uruk) ; et la «Ville neuve» (ālu eššu en akkadien) dans l'angle nord-est autour du tell Homera.

    Le deuxième ensemble est construit sur la rive droite de l'ancien cours de l'Euphrate, couvrant environ 130 hectares. Il n'a pas été fouillé, notamment parce qu'il est couvert en partie par le cours actuel du fleuve et sans doute aussi parce qu'il ne comportait pas les monuments les plus visibles. Il est impossible de déterminer s'il a été occupé parallèlement à la rive gauche ou bien s'il s'agit d'une extension plus tardive de la ville qui aurait franchi le fleuve pour occuper plus d'espace. Cette partie est entourée par une enceinte formant une seule entité avec celle l'ensemble précédent donnant à ces deux zones réunies, la ville intérieure, une forme rectangulaire coupée en deux par le fleuve dans le sens nord-sud. Tintir indique que s'y trouvaient quatre quartiers, du nord au sud : Bab-Lugalirra («porte de Lugalirra»), KUMAR (ou KU'ARA), TUBA (deux noms d'anciennes villes sumériennes) et un dernier dont le nom n'est pas compris.

    Le troisième et dernier ensemble est un vaste triangle protégé par une enceinte construite à l'époque néo-babylonienne autour de la première zone, et remontant jusqu'à 2,5 kilomètres vers le nord de cette dernière, sur le tell Babil, où se trouvait le seul monument connu de cette partie de la ville, le «palais d'Été ». Cette troisième zone est à peine mieux connue que la deuxième, et n'était sans doute pas urbanisée dans sa totalité, car elle pouvait comporter des espaces agricoles. Elle n'apparaît pas dans Tintir qui a été rédigé avant son inclusion dans les murailles. Au-delà des murailles se trouvaient plusieurs villages qui peuvent être considérés comme des faubourgs de Babylone, peuplés par des communautés agricoles exploitant les champs de la campagne environnante, mentionnés dans des textes économiques.

    - Les remparts et les portes

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    Description : City model of the main procession street (Aj-ibur-shapu)
    and Ishtar Gate in Babylon. Model at the Pergamonmuseum.
    Date : 2007
    Source : Travail personnel
    Auteur : Gryffindor
    Moi, (Gryffindor ) propriétaire du copyright de cette œuvre,
    la place dans le domaine public. Ceci s'applique dans le monde entier.
    Dans certains pays, ceci peut ne pas être possible ; dans ce cas :
    J'accorde à toute personne le droit d'utiliser cette œuvre
    dans n'importe quel but, sans aucune condition, sauf celles requises par la loi.

    Image retouchée par : Gothika le 16 juin 2008 à 14:29
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    Le système défensif de Babylone était constitué de plusieurs enceintes englobant ses différentes parties. Un premier ensemble de murailles plus fortes englobe la ville intérieure de part et d'autre de l'Euphrate. Un autre système de murailles de forme triangulaire définit quant à lui une ville extérieure. Des textes de Nabuchodonosor II indiquent également que dans l'arrière-pays plusieurs ouvrages défensifs servaient également à ralentir l'avancée d'éventuels ennemis, au nord de la ville jusqu'à Kish, et plus au nord vers Sippar pour défendre la Babylonie entière.
    L'enceinte extérieure englobe la cité sur la rive est de l'Euphrate, dont la partie occidentale de la ville intérieure, constituant donc un premier rideau défensif avant les murailles de cette dernière, construit au temps de Nabuchodonosor II. Ses contours sont de forme grossièrement triangulaire (en fait une sorte de trapèze), et elle couvre entre 12 et 15 kilomètres, plus de 800 mètres ayant été fouillés. Elle consiste en une succession de trois murs, celui du milieu étant le plus solide, séparés par un fossé. Devant eux, un fossé d'environ 50 mètres de long rempli d'eau avait été creusé. Des dizaines de tours défensives étaient réparties à des intervalles réguliers, évalués entre 30 et 50 mètres. Un texte métrologique faisant sans doute référence à cette muraille donne les nombres de 120 tours et 5 portes en tout. Le relevé archéologique de cette enceinte n'est pas sans soulever des interrogations : notamment, l'absence d'extension connue à l'ouest le long de l'Euphrate, un défaut qui aurait offert un point d'accès aisé à des assaillants. Il faut alors envisager ou bien une erreur de conception surprenante, ou bien que ce pan de la muraille existait mais qu'il a disparu.
    La muraille intérieure était composée de deux murs délimitant un espace rectangulaire d'environ 3 kilomètres sur 2, courant sur environ 8 kilomètres. Le mur interne était nommé par les textes Imgur-Enlil («Enlil a montré sa faveur»), et le mur externe Nimit-Enlil («Rempart d'Enlil»). Détruits par Sennacherib, ils ont été reconstruits par ses successeurs Assarhaddon et Assurbanipal, puis les premiers rois néo-babyloniens Nabopolassar et Nabuchodonosor II. L'enceinte interne était épaisse de 6,50 mètres, puis un espace de 7,20 mètres la séparait de l'enceinte externe, large de 3,72 mètres. Environ 20 mètres en avant, un fossé rempli par l'eau de l'Euphrate et large de plus de 50 mètres constituait un autre rideau défensif, et vers l'extérieur il était défendu par une autre muraille.
    Le tout constituait donc un système défensif de plus de 100 mètres de large, agrémenté de tours défensives à des intervalles réguliers. Deux fortins défendaient le point le plus sensible du système, celui du secteur des palais (notamment le «palais Nord» qui est situé en avant des murailles) sur le côté nord de la ville intérieure occidentale, entre l'Euphrate et la porte d'Ishtar. Cet ensemble constituait un système défensif manifestement impressionnant qui a frappé l'imagination d'auteurs étrangers. Certains lui attribuaient des dimensions formidables, à l'image de Hérodote et Diodore de Sicile, tandis que pour Strabon c'était une merveille du monde au même titre que les jardins suspendus.

    Selon Tintir, les murailles internes de Babylone étaient percées par huit portes monumentales, dont le nom est à une exception près (la «porte du Roi») celui d'une divinité (qui a une fonction protectrice), agrémenté d'un «nom sacré» mettant l'emphase sur leur rôle défensif : ainsi la porte d'Urash, «L'ennemi lui est répugnant» ; la porte de Zababa, «Il haït son agresseur» ; etc. Quatre d'entre elles, situées dans la moitié occidentale, ont été dégagées et identifiées (celles d'Ishtar, de Marduk, de Zababa et d'Urash), les autres, celles de la partie orientale, n'étant situées que de façon imprécise (portes d'Enlil, du Roi, d'Adad et de Shamash).

    La plus célèbre est la porte d'Ishtar («Ishtar terrasse son assaillant»), sans doute le monument le mieux conservé de l'ancienne Babylone, transportée et reconstituée au Pergamon Museum de Berlin par les archéologues allemands. Elle était d'une importance capitale dans la topographie de la ville car c'est par elle que passait la Voie processionnelle, l'axe de communication principal rejoignant le grand sanctuaire de la ville, et elle bordait les palais royaux. Son organisation est similaire à celle des autres portes fouillées : une avant-porte de taille réduite et défendue par deux tours avancées donnait accès à la porte principale flanquée de tours plus imposantes, le tout sur une longueur d'environ 50 mètres. La porte d'Ishtar est surtout célèbre pour son décor constitué de panneaux en briques glacées bleues ou vertes qui représentaient des lions, des taureaux ou des dragons.

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    Les murs de la Voie processionnelle et la porte d'Ishtar
    reconstruits au Pergamon Museum de Berlin.

    Description : View of the Ishtar gate.
    Date : 13 avril 2006 à 15:38
    Source : Travail personnel
    Auteur : User:Hahaha
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    - Le fleuve et les canaux
    Le cœur de Babylone est la partie occidentale de la ville intérieure, située en rive gauche, et couvrant près de 500 hectares. S'y trouvaient tous les monuments qui ont fait la renommée de la ville. Elle est structurée autour de plusieurs axes majeurs, en premier lieu les cours d'eau. L'Euphrate borde cette partie et est selon toute vraisemblance à l'origine de l'implantation d'un habitat sur ce site, car il s'agit d'un axe de communication majeur à l'échelle régionale et même internationale. Pour améliorer le transit de marchandises et de personnes, les quais de la partie est furent réaménagés au temps de Nabuchodonosor II. Ils étaient plats, en contrebas des murs qui longeaient le fleuve et qui étaient percés en plusieurs endroits par des sortes de poternes pour permettre une communication aisée entre le fleuve et la ville. L'activité devait y être intense, les quais des villes mésopotamiennes (kāru) étant traditionnellement des espaces commerciaux de premier plan. On sait par un texte daté de 496 av. J.-C. (durant le règne de Darius I[SUP]er[/SUP]) qu'une taxe, affermée par l'administration à des entrepreneurs privés, étaient perçue à cet endroit sur les marchandises qui y étaient débarquées, portant sur une partie de la valeur de celles-ci.
    Un des ouvrages majeurs lié à l'Euphrate est le pont long de plus de 120 mètres qui l'enjambait au niveau du quartier sacré et permettait de relier les deux parties de la ville intérieure. Il est mentionné par Hérodote et Diodore de Sicile, et a pu faire l'objet de fouilles car il est désormais à sec suite au déplacement du cours du fleuve. Il était supporté par sept piliers en briques et en pierre dont trois ont pu être bien dégagés, en forme de bateaux et mesurant 21 × 9 mètres. Le tablier était constitué de madriers de bois, et selon Hérodote il était déplaçable la nuit (ce qu'il faut sans doute comprendre comme la possibilité de retirer une partie du tablier). Le texte concernant la taxe de débarquement évoqué ci-dessus indique que le pont servait également de lieu de transit de marchandises, et qu'il était placé sous la responsabilité de trois « gardiens » rémunérés par une partie des taxes qui y étaient perçues.
    Le cours du fleuve était en partie dérivé vers des canaux qui servaient de voies de communication aux échelles locale et régionale et permettaient l'irrigation de la campagne environnante. Une vingtaine de canaux est mentionnée dans les textes, dont Libil-he(n)galla («Qu'il apporte l'abondance !»), partant du fleuve et coulant sans doute entre la zone des palais et celle du quartier sacré en direction du nord-est de la ville et au-delà dans la campagne. Leur entretien est un souci constant pour les autorités locales et avant tout le roi, d'autant plus qu'ils ont un rôle dans le système défensif dans lequel ils sont intégrés.
    L'eau du fleuve et des canaux constituait un risque avec lequel les Babyloniens ont dû composer. Le cours moyen du fleuve et celui de sa nappe phréatique semblent être montés progressivement au cours de la période néo-babylonienne, et c'est pour cela que les rois de cette période ont mis en place un vaste programme de rehaussement des constructions principales de la ville. Des canaux de drainage parcouraient la ville et amenaient les eaux usées et celles des précipitations vers le fleuve. Il fallait également faire face à l'érosion des constructions bâties sur les berges du cours d'eau, qui a justifié au temps de Nabuchodonosor II la construction du fort occidental pour protéger le secteur des palais face au fleuve. L'Euphrate pouvait également être dangereux en période de crues, et parfois même son cours se déplaçait : il est ainsi possible qu'à l'époque achéménide une deuxième branche du fleuve soit apparue, passant entre le secteur des palais et celui de Marduk avant de rejoindre le cours principal. Plus tard le cours principal dévia vers l'ouest, où il coule encore, recouvrant une partie de la moitié occidentale de la ville intérieure.


    - L'urbanisme de la ville intérieure : voirie et résidences
    Les axes de communication terrestres sont également importants dans la structuration de l'espace urbain. Tintir indique que chaque porte ouvrait sur une grande avenue, mais les seules à avoir été repérées clairement sur place sont la «Voie processionnelle» (Ay-ibur-šabu, «Que l'ennemi arrogant ne passe pas !»), rectiligne de sens nord-sud sur environ 900 mètres, entre la porte d'Ishtar et le quartier sacré et une autre voie tout aussi rectiligne la coupant en angle droit au niveau du complexe cultuel, longue d'au moins 500 mètres et passant entre l'enceinte de la ziggurat et celle de l'Esagil pour mener au pont. Elles étaient pavées de dalles cuites liées avec du bitume. La Voie processionnelle, qui est comme son nom l'indique un axe majeur lors de cérémonies religieuses, est large de plus de 20 mètres, et ornée au moins sur une partie de frises en briques glaçurées décorées de lions et de rosaces.

    Le seul quartier d'habitation à avoir été fouillé est situé sur le site du Merkes, à l'est de la Voie processionnelle et du complexe sacré, entre les anciens quartiers de Ka-dingirra, Eridu et Shuanna. Sa voirie est caractérisée par des rues étroites approximativement rectilignes et se coupant quasiment en angles droits. Il s'agit peut-être de l'héritage d'un ancien plan orthogonal planifié qui a été altéré suite à des remaniements de constructions, courants en raison de l'altération rapide des constructions en briques crues qui doivent régulièrement être restaurées.

    La voirie du Merkes délimite des îlots d'habitations d'environ 40 à 80 mètres de côté, où une dizaine de résidences, datées de l'époque néo-babylonienne jusqu'à l'époque parthe, les seules connues de Babylone, a été fouillée. Elles permettent d'approcher les aspects matériels de la vie des anciens habitants de Babylone. Construites en briques d'argile crues, elles mesurent entre 196 m² et 1 914 m² au sol (la surface habitable étant inférieure car il faut enlever l'espace couvert par les murs), avec une surface moyenne située autour de 200 m². Cela illustre donc une société très hiérarchisée mais sans séparation forte entre riches et pauvres. Les résidences ont au minimum 8 pièces et au maximum une vingtaine. Elles sont organisées de façon caractéristique autour d'un espace central qui peut-être ouvert, et d'une pièce de réception rectangulaire, donnant sur les autres salles dont la fonction est généralement impossible à définir. Ces maisons disposaient probablement d'un étage (même trois ou quatre si on suit la description d'Hérodote). Aux époques hellénistique et parthe, elles conservent la même organisation générale, mais les espaces centraux de certaines maisons riches sont réaménagés pour prendre la forme d'une cour péristyle, témoignage d'une influence grecque.
    Le mobilier trouvé dans les résidences est modeste : essentiellement de la vaisselle en terre cuite, parfois en pierre ou en verre, ainsi que diverses plaques et figurines en terre cuite représentant des génies ou démons ayant sans doute une fonction protectrice.


    - Les habitants de Babylone : économie et société
    Les résidences de Babylone ont livré des tablettes d'argile inscrites en cunéiforme offrant un éclairage limité sur la vie quotidienne des anciens habitants de la ville, en particulier les activités économiques des plus riches d'entre eux. La vie des habitants de la plus grande agglomération de la Mésopotamie antique est donc mal connue. Elle abritait alors une population très cosmopolite, avec la venue de déportés, mais aussi de marchands, de militaires et d'administrateurs de Syrie, du Levant, et plus tard de Perses et d'une communauté grecque.
    Plusieurs corpus de textes issus des activités privées de familles de notables caractéristiques des périodes néo-babylonienne et achéménide ont été retrouvés lors de fouilles régulières et clandestines. Les maisons du Merkes ont livré quelques tablettes économiques, provenant de familles d'une sorte de couche moyenne de la société ayant des activités d'achats immobiliers, de prêts et de locations de terrains. Mais les lots de groupes plus riches proviennent de fouilles clandestines documentant des notables du quartier de Shuanna, le plus important étant celui de la famille des descendants d'Egibi, constitué d'environ 1 700 textes datés du règne de Nabuchodonosor II à celui de Xerxès I[SUP]er[/SUP], soit environ un siècle. La première génération connue, dont le chef de famille est un dénommé Shulaya, bâtit sa prospérité sur un commerce local de denrées alimentaires.
    La deuxième génération est dirigée par son fils Nabû-ahhe-iddin qui reçoit une éducation poussée lui permettant d'intégrer l'administration et de devenir juge royal sous Nabonide.
    Son successeur Itti-Marduk-balattu doit assurer la poursuite des intérêts de la famille sous la domination perse. Le patrimoine de la famille (au sens large) est bien connu par le texte de son héritage, partagé entre trois ayants droit : il est alors constitué de terrains à Babylone et dans les alentours, jusque dans les villes voisines de Borsippa et Kish ; parallèlement, des liens familiaux ont été noués avec d'autres notables. D'autres familles ayant des activités similaires sont connues par des archives de cette période à Babylone, comme les descendants de Nur-Sîn et ceux de Nappāhu. Il s'agit d'un groupe qui peut alors connaître une ascension sociale remarquable en menant des activités diverses : certaines pour le compte d'institutions, comme des charges dans l'administration royale et celle des temples, notamment la prise de prébendes, parts de service cultuel donnant droit à une rémunération ; une autre partie des activités est de type privé, à savoir des prêts, acquisition de propriétés, opérations commerciales, etc..
    Les revers de fortune sont cependant courants. Des personnages de ce type sont encore connus pour les périodes suivantes, avec les archives de Muranu et de son fils Ea-tabtana-bullit au début de l'époque hellénistique, et celles de Rahimesu, qui s'occupe d'une caisse de gestion de l'Esagil au début de la période parthe.

    Mais ces familles ne sont pas l'élite de la société babylonienne, constituée par des proches des rois (Babyloniens, Perses ou Grecs), groupe mal connu. Le seul personnage de cette catégorie qui soit illustré par un lot d'archives est Belshunu, gouverneur de Babylone pour les rois Achéménides dans la seconde moitié du V[SUP]e[/SUP] siècle av. J.-C., qui possède ou prend en charge des domaines agricoles répartis dans toute la province, et entreprend d'autres types d'affaires, apparemment avec des moyens supérieurs à ceux des notables urbains. Les strates basses de la société de Babylone ne sont guère mieux documentées. Devaient s'y trouver des dépendants (esclaves ou non) permanents des institutions (palais et temples) qui dominaient la vie économique, mais aussi des travailleurs libres constituant une main-d'œuvre disponible (une sorte de prolétariat) pour les travaux proposés de façon temporaire par les institutions ou les familles riches, notamment dans la construction, tout en sachant qu'une partie des habitants de la ville pouvait être employée dans des activités agricoles.
    La ville de Babylone est en effet le cadre d'activités économiques diverses servant de base aux affaires de familles de notables, en premier lieu l'agriculture pratiquée sur des champs céréaliers et des palmeraies-jardins situés à l'intérieur des murailles ou dans sa périphérie immédiate. Ce sont ces terrains que les notables cherchent à acquérir en priorité, de façon à en tirer des revenus importants en profitant de la proximité du fort marché de denrées que représente la ville. Ils se chargent également de la commercialisation des produits agricoles depuis ces terrains et d'autres situés plus loin, en utilisant le réseau de canaux pour leur transport. Iddin-Marduk de la famille des descendants de Nur-Sîn monte ainsi un réseau de collecte puis d'acheminement vers Babylone des productions de paysans localisés à proximité d'un canal (céréales, dattes et légumes avant tout).

    Babylone est également une ville commerciale majeure, jouant un rôle de carrefour régional et international grâce aux voies terrestres et fluviales majeures la desservant. Des marchands y affluaient pour se procurer des matières premières rares venues d'horizons lointains. Cependant le commerce régional et local est plus important. Plusieurs espaces commerciaux importants sont connus dans la ville : le port fluvial (kāru, «quai») et le pont évoqués plus haut, et une partie du quartier de Shuanna autour de la «porte du Marché» (une porte intérieure).


    - Les pratiques funéraires
    Tout le long des campagnes de fouilles menées à Babylone depuis le milieu du XIX[SUP]e[/SUP] siècle, des tombes ont été mises au jour en plusieurs endroits. Elles couvrent une période allant de celle des rois néo-babyloniens jusqu'à la fin de la domination parthe. Les pratiques funéraires ont connu quelques modifications au cours de ces siècles même si les éléments de continuité sont nombreux.
    Pour la période néo-babylonienne, les tombes sont essentiellement retrouvées sous des résidences, suivant l'habitude mésopotamienne qui voulait qu'on enterre les défunts de la famille sous la résidence de leurs descendants pour permettre de garder le lien entre morts et vivants de la communauté, lien qui s'exprime notamment dans un culte des morts. On trouve ainsi des caveaux familiaux. Les morts de cette période sont enterrés dans des sarcophages en terre cuite, qui peuvent être longs et ovales avec un couvercle, ou bien courts, auquel cas le défunt est en position fléchie. Durant la période achéménide se développe la pratique de disposer le sarcophage retourné sur le défunt. Les tombes sont alors pour la plupart en fosse. Durant les périodes séleucide et parthe, l'enterrement en position allongée devient plus répandu que celui en position fléchie, et les tombes en fosse sont minoritaires par rapport aux caveaux. Des sarcophages reprenant la forme du visage du défunt sont connus pour la période séleucide. Les plus riches défunts tendent à être enterrés dans des caveaux voûtés où des niches sont creusées pour porter le sarcophage.

    Le matériel funéraire de ces tombeaux est diversifié et peut-être important, même si la majorité des tombes exhumées concernent des familles peu riches et présentent donc un matériel simple (céramiques, ornements personnels, figurines). Quelques trouvailles sortent cependant du lot par la richesse de leur contenu. C'est le cas d'une tombe de période achéménide d'un enfant disposé dans une jarre, qui dispose d'objets et de parures riches dont une ceinture ornée de pierres précieuses. Des tombes parthes riches ont également été mises au jour sur le tell Babil. Le tombeau le plus remarquable fouillé à Babylone est celui mis au jour par Pacifique Delaporte en 1862, daté approximativement des siècles du tournant de notre ère. Il s'agit d'une chambre funéraire voûtée qui abritait cinq corps dans des sarcophages, deux d'entre eux portant des masques en or sur leur visage. Parmi le riche matériel qui y a été trouvé se trouvent des statuettes en albâtre de divinités typiques de la période, ainsi que des bijoux et des objets anciens comme des sceaux-cylindres remontant jusqu'au IV[SUP]e[/SUP] millénaire av. J.-C.

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  9. titegazelle

    titegazelle سُبحَانَ اللّهِ وَ بِحَمْدِهِ Membre du personnel

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    Les monuments du pouvoir politique


    Avant 539 av. J.-C. et la conquête perse, Babylone est la capitale du plus puissant empire du Moyen-Orient, ce qui explique sa croissance. Les rois y ont construit de vastes palais reflétant leur puissance. Ils ont été plus ou moins bien dégagés lors des fouilles. Ces édifices servent encore au pouvoir politique après la perte d'autonomie politique de la ville, car elle reste la résidence d'un gouverneur important, et que des rois peuvent s'y rendre et occuper les anciens palais royaux, comme Alexandre le Grand qui souhaitait faire de la ville sa capitale avant sa mort. La vie des élites politiques de Babylone est cependant très mal connue en l'absence de sources similaires aux dizaines de milliers de tablettes des capitales de l'empire assyrien : on ne sait donc pas grand chose de la cour et de l'administration centrale de l'empire babylonien, ou de celles des gouverneurs des empires successeurs.

    - Les palais de Nabuchodonosor
    Babylone de l'époque de Nabuchodonosor II comportait trois palais royaux : deux dans le secteur du Kasr à côté des murailles et de bastions, le «palais Sud» et le «palais Nord» ; et un autre isolé plus au nord à tell Babil, le «palais d'Été». Seul le premier a pu être correctement exploré par les archéologues, et les deux autres sont mal connus. Plusieurs inscriptions de fondation de Nabuchodonosor II, qui les a restaurés ou reconstruits, permettent de mieux les connaître. Elles ne permettent pas pour autant de définir avec certitude les fonctions exactes de ces palais et les liens qu'ils entretiennent entre eux.

    Le «palais Sud» (Südburg suivant la dénomination des fouilleurs allemands), appelé dans les inscriptions de Nabuchodonosor «palais de l'Émerveillement du peuple», est le mieux connu des palais royaux de Babylone. Il est encastré dans la muraille intérieure. C'est un vaste bâtiment de forme trapézoïdale, mesurant 322 × 190 m, où l'accès se faisait depuis une porte monumentale à l'est, donnant sur la Voie processionnelle à proximité de la porte d'Ishtar. Cet édifice, qui comptait sans doute un étage supérieur, avait un plan original : il était organisé autour de cinq unités architecturales se succédant d'est en ouest, chacune organisée autour de grandes cours situées en leur centre et assurant la communication. Elles séparaient chacune de ces unités en des espaces distincts au nord et au sud, organisés eux-mêmes en petites pièces desservies par des espaces centraux.

    Il semble que les salles de la partie nord avaient une fonction administrative, tandis que celles du sud servaient d'appartements royaux, mais la séparation de l'espace entre ces deux fonctions ne semble pas aussi nette que dans les palais assyriens. La troisième cour, au centre de l'édifice, est la plus vaste de toutes (66 × 55 m) et ouvrait par trois portes sur son côté sud vers la salle du trône.
    Cette grande pièce rectangulaire, mesurant 52 × 17 m, comportait un podium pour le trône en son centre. Ses murs étaient décorés de briques glaçurées représentant des lions, ainsi que des palmiers stylisés et des motifs floraux. Une autre partie notable du palais est le «Bâtiment voûté», situé au nord-est, mesurant environ 50 × 40 m et disposant de murs épais, sans doute une sorte d'entrepôt. C'est là qu'a été mis au jour le seul lot d'archive palatial notable de l'époque néo-babylonienne daté de 595 à 570 av. J.-C., en ensemble de tablettes enregistrant les livraisons et la distribution de produits pour des rations alimentaires d'entretiens en céréales, dattes et huile distribuées à des dépendants du palais.
    Parmi ceux-ci se trouvent des familles royales déportées à Babylone, notamment Joiakin de Juda amené là à la suite de la prise de Jérusalem de 597 av. J.-C. mentionnée dans la Bible. À l'extrémité occidentale du palais Sud, Nabuchodonosor avait fait construire le «bastion Ouest» (allemand Westliche Auswerk) de forme rectangulaire (230 × 110 m) et aux murs très épais (18 à 21 mètres), qui débordait sur le fleuve dont il obstrua le cours, obligeant à un réaménagement du quai.


    Le «palais Nord» (allemand Hauptburg), «Grand Palais», est construit à l'époque de Nabuchodonosor II sur une hauteur et à cheval sur les remparts, juste au nord du palais Sud. Il avait été bâti sur une terrasse, formant une sorte de citadelle de plan rectangulaire plus petite que le palais Sud (170 à 180 × 115 à 120 mètres), où ont été repérées deux grandes cours ouvrant sur plusieurs corps de pièces mal repérés lors des fouilles en raison de l'érosion du site. Il était protégé par le «bastion Nord». Le palais Nord fut le lieu de trouvaille d'un trésor de guerre des rois babyloniens, constitué de statues, stèles et autres œuvres apportées à Babylone à la suite des campagnes militaires, ensemble d'objet qualifié de «musée» par le fouilleur du site. Les inscriptions de Nabuchodonosor semblent indiquer que cet édifice avait été construit comme un espace d'agrément, un véritable palais servant de résidence royale. Il pourrait même s'agir de la résidence principale de ce roi, le palais Sud ayant peut-être une fonction plus administrative.

    Plus de 2 kilomètres au nord du Kasr, au bord de l'Euphrate sur l'actuel tell Babil, les fouilleurs allemands ont dégagé un édifice qu'ils ont qualifié de «palais d'Été» (Sommerpalast), parce que des salles y semblaient ventilées par des sortes de puits à vent servant à rafraîchir des pièces en période de forte chaleur. Sans doute érigé vers la fin du règne de Nabuchodonosor II, les inscriptions indiquent qu'il avait plutôt une fonction défensive, au nord de la muraille extérieure récemment construite. Il ne reste que ses soubassements laissant apparaître un édifice de forme carrée (250 m de côté) organisé autour de deux vastes cours, qui a été remanié à plusieurs reprises après l'époque néo-babylonienne.

    - Les «Jardins suspendus»
    Dès les premières campagnes de fouilles, on chercha la «merveille du monde» de Babylone : les Jardins suspendus décrits par cinq auteurs de langue grecque et latine (notamment Bérose et Diodore de Sicile), qui selon une version auraient été construits par Nabuchodonosor II pour son épouse mède, nostalgique de son verdoyant pays natal. Aucune mention de ces édifices n'ayant été retrouvée dans les nombreuses inscriptions de fondation du roi babylonien, leur repérage n'a pu être effectué. Ils ont été recherchés dans le secteur palatial du Kasr à la suite des textes les décrivant, en privilégiant les constructions aux murs épais, propres à supporter les lourds jardins, et les édifices aux fonctions mal identifiées.
    Le problème est qu'une construction surélevée a forcément disparu depuis l'Antiquité et est donc introuvable par l'analyse des relevés archéologiques sans plus d'indications des textes. R. Koldewey a proposé de situer les jardins sur le Bâtiment voûté qui comportait un puits ayant pu servir à les irriguer, mais cette interprétation est aujourd'hui rejetée. Les identifications les plus vraisemblables sont celles qui les situent en partie ou en totalité sur le bastion Ouest (D. Wiseman, J. Reade), en localisant la source de l'eau les irriguant dans le bastion oriental, construction identifié par une forteresse par les fouilleurs allemands mais réinterprété par la suite comme un vaste réservoir.


    Devant cette impossibilité de trouver une preuve déterminante de l'existence des Jardins suspendus à Babylone, S. Dalley a proposé de les rechercher à Ninive, où des grands jardins sont longuement décrits dans des textes de fondation tandis qu'un bas-relief pourrait les représenter. Cette interprétation a été diversement reçue et est loin d'avoir mis un terme à la discussion car il n'y a pas de mention explicite de Jardins suspendus à Ninive, rien n'excluant leur présence à Babylone. Une autre solution pour clore le débat par l'inexistence des jardins suspendus est de supposer qu'ils dérivent d'une exagération à partir des jardins royaux babyloniens due à un auteur antique qui aurait servi de source unique aux autres. En effet, la seule certitude reste le fait que des jardins royaux existaient à Babylone comme dans les capitales d'Assyrie, notamment ceux mentionnés dans une tablette du règne de Merodach-Baladan II (722-703 av. J.-C.) recensant les diverses plantes qui poussaient dans un d'entre eux, provenant parfois de régions lointaines.

    - Les lieux du pouvoir politique sous domination étrangère
    Après la conquête de Babylone par les Perses, les palais royaux continuent à être occupés de temps à autres par les rois achéménides lorsqu'ils résident dans la ville. Ils sont en permanence occupés par un gouverneur et son administration. Comme il a été vu plus haut, les niveaux connus du palais Sud sont généralement attribués aux rois néo-babyloniens, mais une partie de l'édifice date peut-être de la période achéménide. La seule construction d'époque perse identifiée clairement par les fouilleurs du site dans ce palais est le « Bâtiment perse » (Perserbau), une construction sur terrasse localisée à l'ouest entre le palais et le bastion Ouest et qui est accessible depuis le premier par une porte donnant sur une esplanade. Il s'agit d'un bâtiment de dimensions 34,80 × 20,50 mètres, érigé sur une terrasse artificielle, dont les structures sont peu visibles. Suivant la reconstruction des fouilleurs, son entrée était un portique à colonnes, ouvrant sur une salle hypostyle. Y ont été retrouvés des fragments de décorations en briques glaçurées représentant des guerriers et des rosettes, rappelant celles des palais perses de Suse et Persépolis.

    Après la chute de l'empire perse, Alexandre le Grand réside quelque temps dans un des palais de Babylone, où il meurt. Les Séleucides qui dominent la région après lui établissent leur capitale mésopotamienne à Séleucie du Tigre, mais continuent à demeurer de temps à autres dans les palais royaux de Babylone, à l'image de Antiochos I[SUP]er[/SUP] qui y a habité alors qu'il était prince héritier. Le gouverneur de la cité doit également occuper un des palais. Celui de tell Babil est alors réaménagé et doté d'une cour à péristyle, et peut-être aussi les palais du Kasr. À la période parthe, le palais de tell Babil devient une forteresse aux murs épais.
    Les autorités politiques locales des périodes séleucides et parthes occupent quant à elles de nouveaux lieux. La communauté des citoyens grecs se réunit dans le théâtre construit au nord-est dans la «Ville neuve», vaste édifice dont les gradins sont construits sur un remblai (le tell Homera) apparemment constitué des débris exhumés lors des travaux de terrassement entrepris en vue de la reconstruction de la ziggurat sous Alexandre et les premiers séleucides. Il est jouxté au sud par un vaste édifice à cour à colonnes érigé vers la fin de la période séleucide et le début de la période parthe, identifié comme un gymnase ou comme une agora.
    Quant à l'organisme dirigeant la communauté babylonienne autochtone, le conseil issu de l'administration du temple de l'Esagil et dirigé par l'administrateur de ce dernier, il se réunit dans le «Bâtiment des délibérations» (Bīt milki), situé dans un parc intra-urbain, le «Verger aux Genévriers» (
    GIŠ.KIRI[SUB]6[/SUB] ŠEM.LI) qui serait localisé au sud de la ville près de la porte d'Urash et qui abriterait également des temples.


    Une capitale religieuse


    La «porte des dieux» est devenue progressivement le principal centre religieux de la Mésopotamie, évolution qu'il est difficile de ne pas mettre en parallèle avec son affirmation comme capitale politique majeure de la partie sud de celle-ci, qui était la région la plus rayonnante sur le plan culturel et religieux. Le clergé de l'Esagil, sans doute appuyé par le pouvoir royal, a progressivement élevé le dieu Marduk au rang de principal dieu du panthéon mésopotamien suite à une production théologique impressionnante. Les sanctuaires de ce dieu sont devenus le plus vaste et le plus prestigieux ensemble cultuel de la Mésopotamie antique, et cette l'affirmation de Babylone comme ville sainte s'est aussi répercutée dans le développement de nombreux autres sanctuaires. Cela a donné naissance à une vie cultuelle et intellectuelle très dynamique.

    - Marduk et le panthéon de Babylone
    La divinité tutélaire de Babylone est Marduk, divinité aux origines obscures qui s'est progressivement hissée au sommet du panthéon de Mésopotamie appuyé par la royauté babylonienne triomphante et le clergé de l'Esagil, durant la seconde moitié du II[SUP]e[/SUP] millénaire av. J.-C. Sans doute une divinité agraire à l'origine, comme l'illustre le fait qu'il ait la bêche pour attribut, il est également devenu un dieu patron de l'exorcisme en étant assimilé au dieu Asalluhi dont c'était l'attribut. Avec l'affirmation de Babylone en tant que puissance politique à laquelle il est identifié car il est considéré comme son véritable roi, il prend son aspect de dieu souverain et concentre de grands pouvoirs dans la théologie reposant notamment sur l'Épopée de la Création (Enuma eliš). Il est parfois appelé Bēl, le «Seigneur». Son nom rentre dans la composition de nombreux noms de personnes à Babylone, attestant de sa popularité dans cette ville, sans doute bien plus forte que dans les autres grandes cités de Basse Mésopotamie qui gardaient beaucoup de révérence pour leurs divinités locales.

    Dans ses relations avec les autres dieux, Marduk est considéré comme le fils d'Ea et de Damkina, et sa parèdre est Sarpanitu (parfois appelée Bēltiya), déesse sans personnalité réelle propre qui n'existe qu'à travers son époux. Leur fils est Nabû, dieu de la sagesse, divinité tutélaire de la cité voisine de Borsippa mais qui dispose aussi de lieux de culte à Babylone. L'autre grande divinité de la ville est Ishtar de Babylone, connue aussi sous l'épithète de «Dame de Babylone» (Bēlet Bābili), hypostase locale de la grande déesse mésopotamienne Ishtar, qui a le rôle de protectrice des défenses de la cité.

    - Le sanctuaire de Marduk
    L'ensemble cultuel principal de Babylone est celui dédié au dieu de la cité, Marduk, l'Esagil (sumérien É.SAG.ÍL, quelque chose comme «Maison à la tête haute»), terme qui pouvait désigner le temple bas seul ou bien l'ensemble du sanctuaire, ziggurat comprise. Les fouilleurs allemands n'ont pu dégager qu'une partie du temple bas principal, car le tell où il se trouve, Amran ibn Ali, est occupé par une mosquée limitant les explorations. Ils n'ont bien dégagé que la partie ouest de l'édifice, la cour centrale menant aux cellae des divinités et quelques-unes des pièces qui la bordaient. La partie orientale n'a pu être approchée que par des fouilles en tunnel qui en ont retrouvé le contour. Des textes anciens, avant tout la Tablette de l'Esagil, texte métrologique dont on a retrouvé une copie du III[SUP]e[/SUP] siècle av. J.-C. mais dont l'original datait sans doute de la période néo-babylonienne, ont permis de compléter les connaissances sur les parties non dégagées, à savoir la partie est mais aussi les appartements de Marduk, lieu le plus important du sanctuaire. L'Esagil était constitué d'une première avant-cour d'environ 103 × 81 mètres, entourée d'une première série de pièces, accessible par une porte monumentale située à l'est, comprenant le lieu de réunion de l'assemblée des dieux que présidait Marduk lors de la fête du Nouvel An.

    Cette première cour ouvrait sur la cour supérieure («Cour de Bēl», c'est-à-dire Marduk) de dimensions 37,60 × 32,30 mètres, qui a été fouillée, et qui était entourée de pièces constituant les appartements des divinités résidant dans le temple, comme une sorte de cour du roi des dieux (notamment sa parèdre Sarpanitu et son fils Nabû), le tout constituant le corps principal du temple, de dimensions 85,59 × 79,30 mètres. La cella de Marduk était richement décorée et pourvue en offrandes nombreuses, et sa statue, censée être habitée par le dieu en personne, était sculptée dans du bois précieux et parée de vêtements et de bijoux riches. L'Esagil s'étendait aussi au sud de la première cour, dans une unité organisée autour d'une troisième cour principale, dédiée aux divinités Ishtar et Zababa, à laquelle la Tablette de l'Esagil attribue une dimension de 95 × 41 mètres.


    90 mètres au nord de l'Esagil se trouvait la ziggurat Etemenanki (É.TEMEN.AN.KI, «Maison-fondement du Ciel et de la Terre»), passée à la postérité sous le nom de Tour de Babel. Elle était construite dans une enceinte de 460 × 420 m de côté au maximum, occupant donc une vaste surface de la ville, en plein centre de celle-ci.
    Cette muraille comprenait deux unités architecturales organisées chacune autour d'une cour à l'est, à côté de la porte monumentale ouvrant sur la Voie processionnelle, et plusieurs pièces au sud. Il s'agissait donc sans doute du secteur administratif du sanctuaire de Marduk, l'Esagil étant un temple richement doté en terres, employant un personnel pléthorique d'esclaves, dépendants et autres partenaires économiques (notamment les familles de notables locaux). La ziggurat en elle-même a disparu depuis l'Antiquité, et seules ses fondations (appelées au moment des fouilles Sahn par les locaux, «poêle , car leur forme rappelle celle de l'ustensile de cuisine) ont pu être fouillées, le reste des connaissances permettant de tenter de restituer son aspect provenant de la Tablette de l'Esagil qui en donne les dimensions et également d'une représentation de l'édifice sur une stèle.
    Sa base était carrée, d'environ 91 m de côté, et un escalier monumental menait à son sommet depuis le côté sud, dont on a retrouvé les traces de l'avancée sur 52 m. Elle s'élevait sur sept étages, en fait six terrasses de taille décroissante empilées, la dernière supportant un temple haut (šahuru).

    Selon la Tablette de l'Esagil, elle atteignait 90 m de haut, mais ce chiffre répond sans doute plus à des conceptions symboliques qu'à la réalité, et les estimations les plus récentes lui attribuent plutôt une hauteur d'une soixantaine de mètres. La symbolique de l'édifice, si on suit son nom, est de constituer une sorte de lien entre la Terre, monde des humains, et le Ciel, monde des dieux, et même de symboliser l'endroit où Marduk a créé le Monde, son centre. En revanche, sa fonction cultuelle est mal établie : Hérodote dit qu'un rite de type hiérogamique («Mariage sacré») se passait dans son temple haut, une tablette cunéiforme fragmentaire évoque peut-être un rituel ayant lieu dans le même édifice, mais elle demeure absente des autres textes rituels. Sa fonction cultuelle était probablement limitée, le temple bas (l'Esagil à proprement parler) concentrant sans doute la plupart des rituels.


    Après la période néo-babylonienne, les édifices du sanctuaire de Marduk connaissent un destin mouvementé. L'Esagil reste le lieu de culte majeur de la ville. La question de savoir s'il a été détruit lors de la répression d'une révolte sous le règne de Xerxès I[SUP]er[/SUP] reste en débat, mais il est manifeste qu'il continue de fonctionner. La ziggurat est peut-être détruite aussi lors de cet événement. En tout cas les textes se référant à la période d'Alexandre et au début de la domination séleucide les présentent comme étant en mauvais état. Le temple bas, sans doute restauré, fonctionne toujours, tandis que la ziggurat est arasée en prévision d'une reconstitution qui n'a jamais lieu. On sait par les mentions d'auteurs grecs et latins et par des textes cunéiformes qu'il continue de fonctionner au I[SUP]er[/SUP] siècle et au II[SUP]e[/SUP] siècle de notre ère comme cela a été évoqué plus haut.

    - De nombreux temples
    Tintir donne les noms de 43 temples situés à l'intérieur de Babylone, dont 13 pour le seul «quartier sacré», Eridu. Une même divinité pouvait en posséder plusieurs, puisque cinq sont mentionnés pour Ishtar et trois pour Nabû. Huit d'entre eux ont été fouillés et identifiés dans la partie occidentale de la ville intérieure, hors du complexe principal. Ils sont de dimensions diverses et isolés du tissu urbain même s'ils sont parfois construits dans un quartier résidentiel comme le temple d'Ishtar d'Akkad fouillé au Merkes. Ils suivent le plan typique des temples locaux, qualifié de «babylonien», déjà observé dans celui de Marduk et qui rappelle celui des résidences des humains : une porte ouvrait sur une cour, qui menait ensuite à une antecella (vestibule) puis à la cella de la divinité principale du sanctuaire, chapelle au fond de laquelle se trouvait une niche destinée à recevoir la statue de culte.
    Plusieurs pièces servant de dépendances entouraient les espaces servant à la circulation. Les portes principales pouvaient être voûtées. La cour de celui de Nabû ša harê est recouverte de bitume et ses murs portent un décor sommaire en noir et blanc. Le bīt akītu, temple où se déroulaient les cérémonies finales de la fête-akītu, se situait au-delà de l'enceinte intérieure. Ce sont peut-être ses ruines qu'ont dégagé les fouilles allemandes des années 1960 quand elles ont mis au jour un complexe architectural situé au nord du Kasr.


    - Le culte religieux
    Les temples de Babylone sont des centres d'activité intense, car ils doivent entretenir le culte quotidien des divinités qu'ils hébergent, qui consiste en leur entretien alimentaire et vestimentaire (adressé à leur statue), offrandes accompagnées de rituels. Cela justifie la présence d'un important personnel cultuel, les erīb bīti, seule catégorie habilitée à pénétrer dans l'espace sacré du sanctuaire et à y accomplir les rituels. Mais le culte nécessite également la participation d'un personnel plus large, notamment des artisans fournissant des aliments et des objets de culte.
    Pour pouvoir mener ces tâches, les temples disposent d'un patrimoine constitué de terres, d'ateliers et d'autres biens dont ils ont disposé avant tout à la suite d'offrandes, notamment celles du roi, qui est également le personnage qui entreprend les travaux de restauration les plus importants. Toute cette organisation explique pourquoi ces sanctuaires sont aussi des centres économiques majeurs, autour desquels gravite sans doute une part importante de la population de la ville et de la campagne environnante.


    Le calendrier liturgique de Babylone était émaillé de fêtes religieuses plus ou moins régulières, certaines revenant mensuellement tandis que d'autres étaient annuelles, voire plus exceptionnelles. La fête religieuse principale de Babylone est l'akītu qui avait lieu au Nouvel An, à l'équinoxe de printemps (21 mars), et qui dure douze journées, nécessitant la participation du roi en personne. Les statues de culte des grandes divinités de Babylonie rejoignaient l'Esagil où elles rendaient hommage à Marduk, avant de se réunir dans le bīt akītu. L'Épopée de la Création était récitée pour rappeler les hauts faits de ce dieu au cours d'une procession parcourant la ville. Le roi se voyait ensuite renouveler son mandat.
    Cette fête apparemment grandiose avait pour but de célébrer le renouveau de la nature au printemps, mais aussi d'affirmer le lien fort entre le grand dieu Marduk et le roi qui était considéré comme son représentant terrestre. Elle nécessitait la présence de la statue du dieu et du souverain, et dans les périodes d'instabilité ou après une défaite militaire ayant entraîné la capture de la statue par un ennemi son déroulement était impossible, ce qui était vu comme un grand malheur.
    D'autres fêtes importantes avaient lieu dans la ville, par exemple un rituel de «mariage sacré» (hašādu) entre Marduk et Sarpanitu, ou un autre mettant en scène un Marduk infidèle poursuivant Ishtar de ses assiduités tout en étant lui-même pourchassé par son épouse légitime.


    - Un haut lieu du savoir
    La fonction cultuelle et les moyens économiques des temples en ont fait les lieux culturels principaux de Babylone. Plusieurs des temples de la ville ont ainsi livré des tablettes techniques, scientifiques et littéraires qui ont pu constituer dans l'Antiquité des fonds de manuscrits pouvant être caractérisés comme des bibliothèques. De plus, des textes du même type ont été retrouvés dans des résidences privées de lettrés (travaillant de toute manière pour le compte des temples), qui servaient aussi parfois d'école de scribes. Le lot le plus important est celui découvert en 1979 dans le temple de Nabû ša harê, ce dieu représentant la sagesse et patronnant les lettrés. Il s'agit de plus de deux mille tablettes scolaires constituant un dépôt votif offert au dieu par des apprentis-scribes. Deux autres tablettes rituelles trouvées dans un four indiqueraient la présence d'une bibliothèque propre au temple.

    Le principal lieu de savoir de Babylone était l'Esagil, en dépit du fait qu'il n'ait livré que peu de tablettes faisant allusion à des activités intellectuelles si on le compare aux corpus de la même période de Ninive et d'Uruk qui étaient des centres de savoir de niveau comparable. Il est clair que le temple abritait une bibliothèque et un groupe de lettrés, qui sont des prêtres spécialistes de plusieurs disciplines (astronomes/astrologues, devins, lamentateurs et exorcistes/médecins). Des tablettes cunéiformes montrent comment le corps des lettrés du temple était recruté et entretenu entre la fin de la période achéménide et la période hellénistique. Un texte illustre ainsi le recrutement d'un astrologue/astronome : il reprenait la charge exercée par son père, ce qui était courant chez les lettrés de l'époque, mais il devait quand même passer un examen devant le conseil du temple pour prouver ses compétences. Il était rémunéré par un salaire annuel et un champ qui lui était concédé. Des obligations lui étaient prescrites : faire les observations célestes, rédiger des textes techniques, sans doute des almanachs ou éphémérides caractéristiques de la science qui connaît alors le plus fort développement en Babylonie.

    Cette organisation prévalait aussi pour les autres spécialités, et elle a pu inspirer les Grecs quand ils ont mis en place la Bibliothèque d'Alexandrie et son Mouseion suivant des principes présentant des similitudes avec la situation observée pour l'Esagil.

    Plusieurs œuvres de la littérature mésopotamienne (au sens large, comprenant des textes rituels et techniques) sont rattachables au clergé de l'Esagil. On peut estimer que les grands textes exaltant Marduk (l'Épopée de la Création) et l'importance religieuse de la ville (TINTIR=Babilu, Tablette de l'Esagil) sont issus de ce cercle, ainsi que les textes rituels liés au culte du grand dieu babylonien ou encore plusieurs chroniques historiques centrées sur Babylone ou ses temples et le texte sapiental parfois appelé Monologue du juste souffrant, complainte adressée au dieu par un homme frappé d'injustice.

    Certains textes sont attribués à des auteurs dont le nom renvoie au temple ou au dieu et qui ont manifestement été des prêtres du temple : l'Épopée d'Erra de Kabti-ilani-Marduk, récit cherchant à légitimer la période chaotique que connaît Babylone au début du I[SUP]er[/SUP] millénaire av. J.-C. par l'abandon de la cité par son grand dieu Marduk, dupé par le dieu Erra, personnifiant la guerre sous son aspect destructeur ; la Théodicée babylonienne rédigée par Esagil-kina-ubbib, un texte sapiental prenant la forme d'une discussion entre deux individus sur les rapports entre dieux et hommes.

    L'exemple le mieux connu des lettrés de l'Esagil est Bérose, qui a composé vers le début du III[SUP]e[/SUP] siècle av. J.-C. les Babyloniaka, livre en grec dont il ne reste plus que des citations et résumés, visant à présenter la tradition babylonienne à un public lettré grec. Il s'est servi pour cela des tablettes disponibles dans la bibliothèque de l'Esagil. Suivant les éléments biographiques le concernant, il aurait terminé sa vie à enseigner l'astronomie et l'astrologie sur l'île de Cos à des Grecs, dont on sait qu'ils reconnaissaient la grande maîtrise que les Babyloniens avaient atteinte dans ce domaine.


    L'Esagil et les temples de Babylone restent avec ceux d'Uruk les derniers lieux où on sait que le savoir de la Mésopotamie ancienne est transmis après la période hellénistique. C'est à Babylone qu'a été retrouvée la plus récente tablette cunéiforme connue, qui est de façon très significative un almanach astrologique, daté de 74/75 apr. J.-C.



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  10. titegazelle

    titegazelle سُبحَانَ اللّهِ وَ بِحَمْدِهِ Membre du personnel

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    Babylone mythifiée


    Par son importance politique et culturelle, Babylone a durablement marqué les esprits et est devenu un élément à part entière de l'imaginaire et des mythes de plusieurs civilisations, même longtemps après sa chute. Les récits relatifs à cette ville, difficilement dissociables de la trajectoire du royaume dont elle était la capitale, se sont avant tout concentrés sur son statut de ville aux proportions gigantesques et aux monuments édifiants, mais aussi, de façon plus négative, sur son orgueil et ses péchés. Les sources antiques ont fourni la matrice de ces représentations : d'abord les sources provenant de la théologie babylonienne même, faisant de cette ville une cité sainte située au centre du Monde, puis les écrits des auteurs grecs et latins qui ont laissé l'image d'une ville gigantesque, et enfin les auteurs des textes bibliques qui l'ont avant tout présentée sous un jour négatif. C'est cette image de grande cité et de symbole du péché qui est développée après la fin de la ville, notamment à la période médiévale, alors que les sources les plus fiables sur ce qu'elle était réellement devenaient inaccessibles.

    Dans les civilisations antiques

    En Mésopotamie


    L'ascension politique de Babylone s'est progressivement transportée dans le domaine de la religion et des mythes dans la Mésopotamie ancienne, sans doute avant tout à l'instigation des lettrés des temples de la ville, et en premier lieu de celui de l'Esagil. Cela va de concert avec l'affirmation de la prééminence de Marduk en tant que roi des dieux, qui se manifeste dans la rédaction vers le XII[SUP]e[/SUP] siècle av. J.-C. de l'Épopée de la Création (Enuma eliš). Ce récit mythologique décrit comment Marduk est devenu le roi des dieux en étant le seul capable de sauver ceux-ci de la menace représentée par Tiamat, leur ancêtre à tous, symbolisant le chaos. Après sa victoire, Marduk crée le Monde avec la dépouille de Tiamat, et en son centre il place Babylone, sa ville, avec son grand temple, au lieu de jonction du Ciel et de la Terre. Cette idée selon laquelle Babylone serait au centre du Monde se retrouve également dans une tablette représentant une mappemonde babylonienne avec la ville en son centre.

    Le statut mythique de Babylone transparaît dans les divers textes topographiques relatifs à ses monuments religieux, que ce soit Tintir qui montre à quel point son espace est marqué par le sacré ou la Tablette de l'Esagil qui donne les dimensions de la ziggurat Etemenanki, suivant des chiffres symboliques. Cette dernière représenterait le centre du monde à l'endroit où il a été créé et où sont reliés le Ciel et la Terre (c'est la signification de son nom). Cette fonction de capitale du cosmos s'étendait à toute la ville, puisque parmi les épithètes s'appliquant à celle-ci se trouvait un «Lien entre le Ciel et la Terre».
    Des chroniques historiques sans doute écrites par le clergé babylonien mettent en avant le lien entre l'importance religieuse de la ville et de son dieu et leur importance politique. Elles reconstruisent un passé mythique en plaçant l'évolution des événements sous le prisme du rapport des grands rois avec Marduk et ses temples de Babylone : ceux qui leur manquent de respect sont tôt ou tard châtiés. Cela se veut un message pour les rois suivants, à qui ils conseillent de bien traiter le dieu et son grand temple.

    Les auteurs de l'Antiquité gréco-romaine

    Les auteurs grecs et latins de l'Antiquité ont été les témoins de la décadence de Babylone, mais ont préservé le souvenir de sa grandeur, en donnant une image largement mythifiée qui reflétait sans doute bien mal la réalité à laquelle ceux qui ont réellement visité la ville ont pu être confrontés.

    Le premier à en avoir laissé une description est Hérodote dans la première moitié du V[SUP]e[/SUP] siècle av. J.-C., suivi par Ctésias vers la fin du même siècle. Ils décrivent une ville gigantesque, sans doute la plus vaste du monde qu'ils connaissent en leur temps, et évoquent ses grands monuments, notamment ses murailles. Ctésias évoque son autre merveille, ses Jardins suspendus, et attribue sa fondation à la reine légendaire Sémiramis. Ce topos de Babylone en tant que megalopolis se retrouve par la suite, avec ses monuments et souverains légendaires, parfois des confusions avec l'histoire de sa voisine assyrienne, tandis que les auteurs des siècles du tournant de notre ère (Strabon, Flavius Josèphe, Pline l'Ancien), tout en rapportant son passé prestigieux, évoquent le fait que la ville est tombée en ruines. Progressivement, le souvenir de Babylone se déforme, malgré le fait que certains auteurs écrivant en grec ou latin rapportent des informations relativement fiables sur son histoire et sa culture, reposant sur les écrits du prêtre babylonien Bérose, ou avec des sources locales comme dans le cas du philosophe Damascios.


    La Bible hébraïque et le Nouveau Testament chrétien


    La Bible hébraïque, et donc sa version chrétienne l'Ancien Testament, comportent plusieurs passages dans lesquels Babylone occupe une place importante. Le premier est le récit de la Tour de Babel, rapporté dans la Genèse, où Babel renvoie à Babylone, et sa tour dérive manifestement de la ziggurat de cette dernière dont ont pu être témoins les Judéens descendants des exilés en Babylonie. Ce récit évoque comment les habitants de la ville de Babel au pays de Shinear, ville fondée par le premier roi Nimrod, érigèrent une tour avec pour but d'atteindre le Ciel, mais comment l'«Éternel» les en empêcha, en les dispersant en multipliant les langues pour qu'ils ne se comprennent plus, jetant parmi eux la confusion (hébreu balal, terme proche de Babel).

    Babylone apparaît également dans des livres de la Bible plus en rapport avec sa réalité historique, notamment le Deuxième Livre des Rois qui raconte les victoires de son roi Nabuchodonosor II sur le Royaume de Juda, et le Livre de Jérémie qui prend place durant les mêmes événements, évoquant le début de la déportation en Babylonie. De ces textes il ressort une image ambiguë de Babylone : celle de la cité honnie, capitale du royaume dominateur et orgueilleux qui a déporté des Judéens et les a contraints aux douleurs de l'exil et à la mélancolie du pays d'origine «sur les bords de fleuves de Babylone» (Psaume 137).
    Mais Babylone et Nabuchodonosor sont aussi parfois présentés comme des instruments de la volonté divine. L'image négative de cette ville est par la suite reprise dans le Nouveau Testament des Chrétiens, notamment pour être assimilée à Rome, nouvelle puissance dominatrice et persécutrice. Dans l'Apocalypse de Jean, la «Grande prostituée» porte le nom de «Babylone la grande, la mère des impudiques et des abominations de la terre», et cette ville y est à plusieurs reprises citée comme symbole du Mal et de la tromperie.


    Le souvenir de Babylone après sa fin

    Le souvenir lointain d'une grande ville


    Après la disparition de Babylone, la plupart des témoignages directs la concernant sont largement oubliés durant l'époque médiévale, durant laquelle l'image de la ville se déforme encore plus. Les sources bibliques constituent alors l'essentiel de la documentation de base disponible aux personnes de ces périodes pour approcher l'existence de cette ville.

    Les occupants des anciens territoires dominés par Babylone, auteurs de langues arabe et iranienne, avant tout des géographes et historiens, ont préservé le souvenir du lieu des ruines de la ville, et l'évoquent comme la plus ancienne ville de l'Irak.
    Les histoires qu'ils évoquent à son propos reposent largement sur la Bible ou les traditions historiques iraniennes, notamment celles liées aux rois Nabuchodonosor II (Bukht Na
    ()ar) et Alexandre (Iskandar), Babylone n'apparaissant qu'une fois dans le Coran.

    Dans le monde médiéval européen, l'image de Babylone est encore plus floue, reposant sur les seuls textes bibliques, et dans les représentations des manuscrits elle apparaît comme une grande ville dont l'architecture suit les conventions de l'époque de l'artiste. Avec la redécouverte des textes des auteurs grecs et latins à partir du XV[SUP]e[/SUP] siècle de notre ère, les représentations peuvent se faire plus précises, notamment l'inclusion des Jardins suspendus. Ceux-ci considérés comme l'une des sept merveilles du monde contribuent à asseoir l'image de faste et de civilisation associée à cette grande capitale antique. Mais ce sont avant tout deux aspects de la ville qui intéressent le plus les auteurs du monde chrétien : le mythe de la Tour de Babel et son utilisation en tant que symbole du Mal.

    Le mythe de la Tour de Babel

    Le succès du mythe de la Tour de Babel est un des vecteurs essentiels du souvenir du passé de Babylone dans le monde chrétien et dans une moindre mesure dans le monde musulman. Ce mythe est avant tout lu sous un jour négatif, celui du pêché d'orgueil des hommes frappés par la sanction divine pour avoir cherché à trop s'élever. Il devient un thème iconographique très prolifique durant l'époque médiévale et encore plus à l'époque moderne entre le XVI[SUP]e[/SUP] siècle et le XVII[SUP]e[/SUP] siècle.
    Durant cette dernière période il est interprété de façon plus ambiguë en fonction des évolutions du temps : toujours un symbole de l'orgueil, mais aussi de la division des hommes durant les périodes de guerres, notamment religieuses, et de façon plus positive celui d'une humanité confiante en ses moyens. Dans les représentations, la tour prend des formes très variées (pyramidale, conique, rampe hélicoïdale, base carrée, etc.), reflétant les tendances architecturales du temps ou bien l'imagination de l'artiste.


    Un symbole du Mal

    Le nom de Babylone a revêtu progressivement une connotation négative dans le monde chrétien, du fait de l'image laissée par les récits de la défaite puis de la déportation des Judéens en Babylonie à l'époque de Nabuchodonosor II. Les textes des Pères de l'Église témoignent de leur méconnaissance de l'histoire de cette cité et d'un basculement vers la vision fantasmée négative de celle-ci, qui reste ancrée dans la tradition chrétienne par la suite. Babylone est devenue symbole du pêché et de la persécution. Rome a été identifiée comme une nouvelle Babylone à l'époque des persécutions contre les premières communautés chrétiennes, puis aussi bien plus tard quand les premiers Réformés, Martin Luther en tête, firent de la ville du Pape la cité du pêché, reprenant le topos de la Grande Prostituée de l'Apocalypse.

    Dans l'iconographie de l'Europe médiévale, aussi bien en Occident qu'en Orient à Byzance et en Russie, l'image de Babylone en tant que cité du Mal est répandue, notamment associée à un serpent symbolisant le pêché. Son destin est marqué par une fin funeste, celle de sa chute et de son abandon.


    Cette image négative du terme Babylone a traversé le temps. Ainsi, divers mouvements messianiques et millénaristes des États-Unis actuels utilisent encore la métaphore babylonienne pour qualifier l'origine de ce qui est vécu comme une persécution, et New York est parfois désignée comme une «Babylone moderne». On retrouve aussi cet emploi du nom de la ville antique pour condamner l'oppression et la corruption dans des discours du mouvement rastafari et de différents styles musicaux (reggae, rap).


    Babylone dans la culture du
    XIX[SUP]e[/SUP] et du XX[SUP]e[/SUP] siècle : une image qui se précise


    À partir du XVIII[SUP]e[/SUP] siècle, certains auteurs critiques vis-à-vis des autorités religieuses nuancent l'image négative de Babylone, par exemple Voltaire qui fait référence à cette ville dans plusieurs de ses écrits. Au début du XIX[SUP]e[/SUP] siècle, le romantisme et surtout l'orientalisme débouchent sur un nouvel intérêt pour le passé antique de l'«Orient», mouvement qui accompagne les premières fouilles des sites antiques du Moyen-Orient (qui ne concernent pas Babylone), et précisent peu à peu les connaissances qui restent cependant encore fortement marquées par l'héritage grec, romain et biblique.

    Babylone apparaît dans des œuvres marquantes de cette période, comme la peinture La Mort de Sardanapale d'Eugène Delacroix (1827) et l'opéra Nabucco de Giuseppe Verdi (1842). Les découvertes archéologiques peuvent être prises en compte pour mettre les représentations de l'ancienne Mésopotamie se rapprochent de leur apparence antique dans les œuvres artistiques à partir de la seconde moitié du XIX[SUP]e[/SUP] siècle, d'abord dans les peintures comme Babylonian Marriage Market du peintre orientaliste Edwin Long (1875), et plus tard dans Intolérance de David Wark Griffith, un des chefs-d'œuvre du cinéma muet, réalisé en 1916.

    Depuis, Babylone apparaît dans différentes formes d'expression artistiques (littérature, arts plastiques, cinéma, jeux vidéo, etc.) qui s'inspirent selon les cas plutôt des traditions externes antiques et leur postérité ou bien des acquis des recherches archéologiques et assyriologiques.



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    \RELATIFS/

    Babylone (royaume)
    Nabuchodonosor II
    Jardins suspendus de Babylone
    [FONT=&quot]Tour de Babel


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    Chronologie de la Mésopotamie




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    Description : Une chronologie très synthétisée
    des différentes périodes de dominations exercées sur la Mésopotamie,
    d'Uruk à la domination Perse.
    Date : 2008
    Source : Own work
    Auteur : Venal
    Ce fichier est sous licence Creative Commons
    Paternité – Partage des conditions initiales à l’identique
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    L'Irak sous les empires Musulmans



    La conquête arabe


    La Mésopotamie est une des premières régions conquises par les Arabes musulmans au VII[SUP]e[/SUP] siècle. Disputée entre les Omeyyades et les Alides, elle reste au pouvoir des premiers après la sanglante bataille de Kerbala : c'est le point de départ de l'opposition entre sunnites et chiites.

    Abbassides


    Les Abbassides sont une dynastie de califes sunnites arabes qui gouvernèrent le monde musulman de 750 à 1258. Cette dynastie, fondée par Abû al-`Abbâs As-Saffah, arrive au pouvoir à l'issue d'une véritable révolution menée contre les Omeyyades. Quand les Abbassides triomphent des Omeyyades, ils déplacent le pouvoir de la Syrie vers l'Irak en s'installant dans leur nouvelle capitale, Bagdad (762).


    Les Abbassides tirent leur nom de Al-Abbâs, oncle de Mohamed , dont ils sont les descendants, alors que les Omeyyades avaient un lien familial plus lointain avec le prophète de l'Islam. Ils veulent un État plus profondément musulman, où les Iraniens convertis à l'islam auront une part égale à celle des Arabes. Au VIII[SUP]e[/SUP] siècle, au terme d’une révolution sanglante les Abbassides supplantent les Omeyyades, première dynastie musulmane. Au cours de cette révolution contre les Omeyyades, leur chef Abû Muslim réunit autour de lui, en plus des Arabes hostiles à la dynastie régnante, des indigènes iraniens, de petites gens, des esclaves enfuis. Il triomphe en 750 à la bataille du Grand Zab, après plus de trois ans de guerre.

    Ils prennent ainsi la tête durant cinq siècles d’un immense empire allant des rivages atlantiques de l’Ibérie aux bords de l’Indus et portent la civilisation arabo-musulmane à son apogée. La dynastie abbasside donne naissance à d’illustres califes comme Al-Mânsur, Al-Ma’mūn ou encore le légendaire Harun ar-Rachid qui étendent la religion musulmane, la langue arabe ainsi qu'une conscience universaliste de l'islam qui caractérise tout le monde médiéval musulman. Paradoxalement, c’est aussi sous leur direction que commence le lent déclin de la civilisation arabo-musulmane, l’empire gigantesque conquis sous les premiers califes et ensuite sous les Omeyyades a arrêté son expansion ; en Espagne puis en Égypte des souverains locaux arrachent leur indépendance et réclament le titre et la dignité califales, les tribus turques fraichement converties à l’islam prennent de plus en plus d’importance au sein de l’empire. Malgré ces difficultés la dynastie abbasside survit jusqu’au XIII[SUP]e[/SUP] siècle lorsque les Mongols assènent le coup de grâce en détruisant la grande capitale Bagdad et cela dans l’indifférence du monde musulman.

    Causes de la révolte


    Au VIII[SUP]e[/SUP] siècle, alors qu’en Occident les Carolingiens évinçaient la première dynastie de roi francs les Mérovingiens, en Orient les califes Omeyyades qui régnaient sur un territoire allant de l’Espagne à la Transoxiane étaient menacés dans le fondement même de leur État par une série d’événements. Les Arabes, habitués à des États de type rural et militaire, avec la dynastie omeyyade avaient un immense État cosmopolite, animé d'une vie commerciale et industrielle intense et rayonnant sur de nombreux peuples et religions. Dotés d'un fort sentiment tribal, mais aussi méfiants envers les personnes fraîchement converties à l'Islam, les Omeyyades privilégiaient les grandes familles arabes dans leur administration et les postes importants. La révolution qui s’ensuivit et qui vit les Abbassides arriver au pouvoir n’est pas uniquement un conflit entre deux dynasties mais plutôt une question religieuse. La famille omeyyade jugée décadente et «impie» notamment de par son traitement envers les non-Arabes, à savoir les Perses, les peuples d'Afrique du Nord et noire, qui convertis à l’islam réclamaient les droits que le Coran leur garantissait et la stricte égalité entre Arabes et non-Arabes en conformité avec la parole du Prophète : «L'Arabe n'est pas meilleur que le non-Arabe, ou le non-Arabe que l'Arabe, le blanc au-dessus du noir ou le noir au-dessus du blanc, excepté par la piété. (Ahmad) »
    Les premiers signes de révolte éclatent en 747, Abu Muslim y déploie pour la première fois l’étendard noir, emblème de la maison abbasside. En 749 l’armée abbasside traverse l’Euphrate et s’empare de la ville de Kûfa ; la région connut des affrontements sanglants jusqu’à ce qu’en janvier 750, à la bataille du grand Zâb, le califat omeyyade soit définitivement aboli.


    Fondement


    Les califes Abbassides fondent leur revendication pour le califat en leur qualité de descendants d'Al-Abbas Ibn Abd al-Muttalib (566-662), l'un des oncles de Mohamed. C'est en vertu de cette descendance qu'ils se considèrent comme les héritiers légitimes de Mohamed, par opposition aux Omeyyades. Ceux-ci sont les descendants d'Umayya, issu d'un clan distinct de Mohamed dans la tribu Quraychite.

    Les Abbassides se distinguent aussi des Omeyyades en attaquant le caractère moral et de l'administration en général. La révolte abbasside est largement appuyée par les Arabes, en particulier les colons arabes de Merv maltraités par la politique des Omeyyades, et le clan des yéménites, avec leurs mawali. Les Abbassides ont également fait appel aux musulmans non-arabes, connus sous le nom de mawali, restés en marge de la société fondée sur la parenté et la culture arabe et perçus comme une classe inférieure au sein de l'empire omeyyade. Le hachémite Muhammad ibn 'Ali, arrière-petit-fils d'Abbas, commence à faire campagne pour le retour du pouvoir de la famille de Mohamed. Pendant le règne du calife Umar II Muhammad ibn Ali mène le combat en Perse.

    Pendant le règne de Marwan II, cette opposition aboutit à la rébellion de l'imam Ibrahim, le quatrième descendant d'Al-Abbas. Soutenu par la province iranienne du Khorasan, il remporte des succès considérables, mais est capturé au cours de l'année 747 et meurt en prison, peut-être assassiné. Le combat est repris par son frère Abdallah, connu sous le nom de Abu al-'Abbas as-Saffah, qui, après sa victoire au Grand Zab (750), bat les Omeyyades et est proclamé calife.


    Histoire


    La chute du califat omeyyade et l'installation du pouvoir abbasside
    En l'an 750, les armées du calife omeyyade Marwan II rencontrent les soldats Abbassides lors de la bataille du Grand Zab. Trop confiants et sûrs de leur supériorité sur le champ de bataille les dirigeants omeyyades sous-estiment leurs adversaires. L'échec de Marwan II lors de cette bataille entraînera la famille omeyyade vers la chute et hormis Abd-Al-Rahman Ier toute la famille dirigeante est massacrée.
    Les Omeyyades évincés du pouvoir, les nouveaux souverains abbassides poussent leurs frontières à l'ouest en prenant une à une les villes d'Afrique du Nord jusqu'à parvenir en 761 aux portes de Kairouan qui se situe dans l'actuelle Tunisie où ils stopperont leur progression, préférant se concentrer sur l'Irak et l'Asie en général d'où sont issus une grande majorité des soldats abbassides.

    Les débuts du califat
    Le premier calife abbasside est Abû al-Abbâs, dit as-Saffah (750-754). Immédiatement après leur victoire, les abbassides déplaceront le centre de gravité de l’empire qui était en Syrie vers l’actuel Irak, région qui avait connue déjà sous les Omeyyades un grand essor économique et culturel. La première capitale abbasside fondée par Al-Saffah lui-même fut placée dans la ville d’Hâshimiyya près de Koufa sur la rive orientale de l’Euphrate. Transférée à Al-Anbar elle se fixera finalement sur un nouvel emplacement choisi par Abû Jafar al-Mansur en 762. Les critères pour la sélection de l'endroit où la capitale serait bâtie sont très précis, située non loin de l’ancienne Ctésiphon, symbole de la substitution d'un empire par un autre est entouré de plaines fertiles. Située sur la rive occidentale du Tigre, son climat tempéré au carrefour de nombreuses voies caravanières lui confère un avantage certain pour la fondation d'une grande cité. Cette ville doit symboliser la dawla (État, dynastie). Initialement nommée Madinât Al-Salâm (ville de la paix) elle était aussi appelée la «Ville ronde» de par son plan circulaire mais celui et c'est l’appellation qui est la plus courante est Bagdad, du nom d'un ancien village autour duquel la nouvelle capitale va se construire, en occident on la connaîtra sous le nom de Baldach.

    Les débuts du nouveau califat Abbasside sont essentiellement dirigés vers la consolidation et la centralisation du nouvel état. Les premiers califes mènent la transition économique du modèle omeyyade reposant sur le tribut, le butin ou la vente d'esclaves vers une économie basée sur les impôts, le commerce et l'agriculture. De plus, en se reposant sur une armée originaire du Khorrassan extrêmement disciplinée et obéissante, mais aussi sur un système élaboré de diligences et de distribution de courrier, les chefs Abbassides parviennent à augmenter leur emprise sur les gouverneurs de province. Ces derniers, qui du temps des califes omeyyades ne payaient que peu d'impôts sous prétexte qu'ils devaient dépenser cet argent localement dans la défense des frontières du califat se devaient à présent de payer les taxes imposées par le souverain.

    La force Abbasside réside aussi dans son administration et en particulier grâce à la conversion massive des Perses qui apportent avec eux toute l'expérience acquise au sein de la cour Sassanides. L'arrivée de ces nouveaux convertis est le résultat de la promesse tenue par les nouveaux califes d'une société plus juste envers les peuples non-arabes qui dès lors s'arabisent à leur rythme en adoptant rapidement la langue arabe. De plus l'islamisation des perses augmente la pression envers les autres peuples de religion chrétienne ou juive qui adoptent aussi l'islam afin de ne pas être défavorisés dans leur accession aux postes importants.

    L'âge d'or du califat
    En 786, le calife Hârûn ar-Rachîd monte sur le trône. Sous son règne, on voit se développer les villes. On peut parler d'un empire urbain, alors que dans l'État omeyyade dominaient la caste militaire arabe et la propriété rurale. Les premiers califes doivent lutter contre de nombreuses oppositions au sein du vaste empire qu'ils héritent des Omeyyades. Ils perdent très vite l'Occident : dès 756 l'Espagne se donne pour prince un Omeyyade dénommé Abd Al Rahman Ier. Au Maghreb, des États kharidjites (et autres) se constituent. En 800, le califat doit passer un accord avec les Aghlabides, qui régnaient en Algérie, en Tunisie et à Tripoli : ces derniers reconnaissent l'autorité de Bagdad en échange de leur autonomie.

    Afin d'assurer les alliances qui leur permettent de conquérir le pouvoir, les Abbassides imposent le retour à l'islam originel. Ils disent vouloir appliquer un islam idéal, préconisant une société sans classes, sous l'autorité d'un chef politico-religieux issu de la famille du Prophète. Les juges ou cadis sont nommés par le calife ; ils devaient appliquer la charia, unique norme admise. Dans un cadre moins religieux, un vizir est chargé de réorganiser l'administration. Il y avait en effet de nombreux fonctionnaires, divisés grosso modo en deux clans de secrétaires (kuttâb) :

    1. les chrétiens nestoriens, liés au sunnisme et défenseurs de l'autorité du calife ;
    2. les musulmans chiites, souhaitant au contraire affaiblir le souverain.
    Sous cette dynastie, l'économie est prospère ; les villes se développent ; l’industrie, les arts et les lettres atteignent leur apogée. Les Arabes contrôlent le trafic international, par mer et par caravanes, de l’occident à l’Inde et la Chine, en passant par l’Égypte, l’Afrique et les pays slaves. Les changeurs et marchands juifs profitent de cet élan, et s’installent d’Irak vers l’Arménie, le Caucase, l’Iran et la Transoxiane, d’Égypte et de Syrie vers l’Arabie, le Yémen, l’Éthiopie et l’Afrique du nord. Puis enfin sur la mer Noire, en Russie, Italie, Espagne et dans les royaumes francs. Le développement des lettres, des sciences et des arts puise son inspiration dans la civilisation persane (Les Mille et Une Nuits) mais aussi dans les œuvres de l’antiquité classique traduites en arabe, aux modèles syriens et aux nouveautés introduites par les commerçants et les géographes.

    Mais les révoltes et les troubles ne cessent pas pour autant. Les premiers califes, Abû al-Abbâs (750-754), Abû Ja`far al-Mansûr (754-775), Al-Mahdî (775-785) et Harun ar-Rachid (786-809), doivent lutter contre les soulèvements extrémistes. Ils ne peuvent empêcher le détachement de l'Espagne (756) ni la persistance des troubles en Iran. En 803, Harun ar-Rachid élimine les vizirs de la famille des Barmécides qui avaient habilement résolu les problèmes soulevés par l'agitation chiite. Celle-ci s'accroit sous le règne d'Al-Mamun (813-833) qui, après avoir défait son frère Al-Amin (809-814), favorise les influences iraniennes, adopte le motazilisme et choisit temporairement un Alide comme héritier afin de se rallier le chiisme modéré.
    Mais cette alliance n'empêche pas la révolte des mercenaires turcs ni les effets d'une profonde crise financière, qui amènent les Abbassides à quitter Bagdad et à s'installer dans la ville nouvelle de Samarra (833-892).

    Jafar al-Mutawakkil (847-861) renonce au motazilisme et réagit contre les chiites, les chrétiens et les juifs. L'unité de l'Empire n'en est pas préservée pour autant : les Tahirides (820-872), les Saffarides (867-903), puis les Samanides (874-999) en Iran; les Toulounides (879-905), puis les Ikhchidides (935-969) en Égypte et en Syrie, deviennent indépendants de fait.

    - Les institutions

    Les Abbassides reprennent les traditions administratives des sassanides. L’administration centrale est formée de bureaux ou offices (diwan) tenus par un corps de secrétaires (kuttab) : le bureau de l’impôt foncier (diwan al kharâdj), le bureau des domaines (diwan al diya), le bureau du Trésor (bayt al Mal), le bureau de la chancellerie (diwan al rasail), le bureau de l’armée (diwan al djaish). La poste (barid) à un rôle très important de communication et de renseignement.
    Les provinces sont dirigées par des gouverneurs (Khatib, puis émir et wali). Au début de l’Empire, leur gouvernement est souvent de courte durée car ils sont tentés de s’enrichir très vite et sont dénoncés par les hommes de la poste. Les finances des provinces sont confiées à un directeur des impôts (amil), la justice dépend du cadi.

    L’administration régionale comprend en outre les chefs de l’armée, le chef de la police, les intendants des domaines califiens et le maître de la poste. Le sahib al nazar fil mazalim est chargé d’enquêter sur les doléances émises contre les fonctionnaires. Un magistrat (muhtasib) est chargé de la police des marchés.

    Après la fondation de Bagdad, nouvelle capitale, par al-Mansur en 762, les fonctionnaires syriens qui parlaient grec sont remplacés par des Iraniens arabophones et l’organisation de l’empire est calquée sur le modèle sassanide. L’empire devient de plus en plus administratif. De véritables dynasties iraniennes fournissent les grands commis de l’État, comme les Barmécides. En se rapprochant des provinces orientales, le pouvoir du calife s’appuie sur les populations de l’ex-empire sassanide mais renonce à la Méditerranée et à exercer un contrôle sur les provinces de l’Occident.

    - Une économie agraire
    Le régime des terres dans l’empire abbasside est déterminé par la conquête, qui a fait de la communauté musulmane la propriétaire des terres. Le calife, qui la représente, peut en disposer à son gré. Il existe en fait plusieurs catégories de propriété : les terres privées des populations non musulmanes au moment de la conquête, qui peuvent être conservées contre le paiement du kharâdj et être vendues et léguées ; les terres privées des musulmans, terres libres (mulk), acquises par achat auprès des propriétaires autochtones, sont soumises à la dîme ; les domaines publics, provenant des confiscations qui ont suivi la conquête, sont soit exploités directement par les intendants du calife, soit concédés à des particuliers ou à des groupes (qataï : retranchement) ; les biens wafq sont cédés par des fidèles à des fondations pieuses (mosquées, écoles, hôpitaux…) et sont inaliénables.

    Les paysans sont le plus souvent des métayers. L’irrigation, héritée du monde antique (crue du Nil en Égypte, canaux en Mésopotamie, puits à balancier (chadouf), roue mue par des animaux (noria), barrages en Transoxiane, au Khuzistan et au Yémen, galeries souterraines au pied des montagnes en Iran (qanat) ou au Maghreb (rhettaras), repose sur une solide organisation communautaire et l’intervention de l’État. On laboure toujours avec l’araire et la terre reçoit peu d’engrais par suite de la faiblesse de l’élevage.

    La production agricole est stimulée par la demande des grandes agglomérations et des milieux aristocratiques. Les produits végétaux dominent : céréales (blé, riz), fruits (abricots, agrumes), légumes, huile d’olive (Syrie et Palestine, réservée aux riches), de sésame (Irak), de rave, de colza, de lin ou de ricin (Égypte), viticulture (Syrie, Palestine, Égypte), dattes, bananes (Égypte), canne à sucre. L’élevage reste important pour la nourriture, pour la fourniture de matières premières (laine, cuir) et pour le transport (chameaux, dromadaires, chevaux turco-mongol ou pur-sang arabes). Le mouton est présent partout mais l’élevage du buffle se développe (marais du bas Irak ou de l’Oronte). Les petits élevages de volailles, de pigeons et d’abeilles correspondent à une demande importante dans les classes aisées. La nourriture du peuple, très frugale, est essentiellement végétarienne (galette de riz, bouillie de blé, légumes et fruits).

    - Le problème de l'armée
    Après la guerre civile entre Al-Amin et son frère Al-Ma’mūn (809-813), les troupes venues du Khorasan remplacent les troupes syriennes pour la défense du Califat. Le calife Al-Mu`tasim (833-842) décide de s’entourer d’une garde choisie parmi les ghulams, esclaves militaires le plus souvent d’origine turque. Ce système prend fin dans les années 860 après les assassinats successifs de quatre califes, et remplacé par une garde mamelouk constituée d'esclaves turcs razziés jeunes en Asie centrale et dans les steppes, élevés soigneusement dans une orthodoxie simple, pour assurer leur loyauté à leurs maitres.

    Parallèlement, après 840, se développe le système de l’iqtâ : le calife attribue à des officiers le kharâdj (impôt foncier) d’un district, à charge pour eux de payer les soldes de leurs troupes. Les militaires peuvent facilement accroître leurs biens au détriment des petits paysans libres. Avec l’emploi de troupes serviles recrutées hors de l’islam, faciles à acheter et à modeler, l’idéal politique islamique d’une oumma assurant elle même la défense et l’extension du dâr al-islâm échoue. Le recours au recrutement servile signifie à terme la rupture entre la société civile, les forces militaires et le pouvoir politique.
    Cette évolution explique l’effondrement du pouvoir califal et le rôle pris, à partir des années 936-945, par le commandant en chef de l’armée. À partir du règne al-Mu'tadid l’épuisement du trésor du calife s’accentue. Les révoltes Qarmates aggravent la situation. Les militaires prennent de plus en plus d’importance. Les répercussions sur le commerce et la vie rurale des révoltes des Zenj et des Qarmates affaiblissent le régime. L’arrière-pays de Bagdad voit son agriculture décliner par suites des difficultés d’entretien des canaux, lors des troubles qui précédent la prise de pouvoir par les Bouyides (945).


    Le déclin et la chute

    En Irak même, la révolte des esclaves noirs des plantations est réprimée par Al-Muwaffaq, frère du calife Al-Mutamid (870-892).
    Les califes al-Mu'tadid (892-902) et Al-Muqtafi (902-908) s'imposent en Irak. Mais la révolte ismaélienne remet l'autorité des Abbassides en cause. En 909, le onzième imam ismaélien Ubayd Allah al-Mahdi fonde la dynastie fatimide et prend le titre de calife en Ifriqiya.

    Les Bouyides, chiites iraniens, fondent une dynastie en Iran (932-1055). Le prince bouyide Muizz ad-Dawla Ahmad prend Bagdad (945) et, sans destituer le calife, il obtient les pleins pouvoirs avec le titre de «Prince des Princes» (Amir al-umara) en 936. Aussi, tout en conservant un pouvoir théorique sur l'Islam sunnite, les califes sont-ils démunis de tout pouvoir réel. Les Bouyides sont écartés par les Turcs seldjoukides (1055). Ces derniers combattent vigoureusement en faveur du sunnisme. L'immigration turque vers le Proche-Orient s'accentue.

    L'État peut aussi compter sur un autre pilier : l'armée, composée de Khorassaniens fidèles au souverain, mais aussi d'Arabes souvent moins fidèles, notamment ceux des régions proches des frontières.
    Au fil des siècles, le pouvoir des califes s'affaiblit peu à peu, victime notamment des affrontements constants entre sunnites et chiites, mais aussi de nombreuses révoltes. Excepté Al-Mustazhir (1094-1118) et An-Nasir (1180-1225), les derniers califes abbassides sont faibles, plus des suzerains que des souverains. Cependant, l'investiture du calife de Bagdad reste une source de légitimité importante pour les dynasties sunnites : Seldjoukides, Almoravides et Ayyoubides. Son prestige se trouve même renforcé avec la disparition des califats rivaux, Omeyyades de Cordoue et Fatimides du Caire.

    Le dernier calife, Al-Musta'sim, croit pouvoir intimider les conquérants mongols en se présentant comme le maître de «tout le peuple qui prie Dieu». Grave erreur d'estimation. En s'emparant de Bagdad le 10 février 1258, les Mongols commandés par Houlagou Khan mettent fin au califat abbasside de Bagdad et l'exécutent.

    Les Abbassides en Égypte

    Les survivants du massacre sont accueillis en Égypte par les sultans mamelouks, où ils perpétuent symboliquement la dynastie abbasside. Leur présence permet aux sultans mamelouks, gardiens des lieux saints de l'islam, de revendiquer une primauté honorifique dans le monde musulman. En 1517, la conquête ottomane transfère la puissance califale à l'Empire ottoman. Le dernier Abbasside lègue ses pouvoirs au sultan Selim I[SUP]er[/SUP].

    Califes abbassides d'Irak

    [TABLE="class: MsoNormalTable"]
    [TR]
    [TD] À Koufa[/TD]
    [TD] Abû al-`Abbâs As-Saffah (750-754)[/TD]
    [/TR]
    [TR]
    [TD] Installation à Bagdad[/TD]
    [TD] Al-Mansûr (754-775) · Al-Mahdî (775-785) · Al-Hâdî (785-786) · Hârûn ar-Rachîd (786-809) · Al-Amîn (809-813) · Al-Ma'mûn (813-833)[/TD]
    [/TR]
    [TR]
    [TD] Déplacement à Samarra[/TD]
    [TD] Al-Mu'tasim (833-842) · Al-Wathiq (842-847) · Ja`far al-Mutawakkil (847-861) · Al-Muntasir (861-862) · Al-Musta`in (862-866) · Al-Mu`tazz (866-869) · Al-Muhtadi (869-870)[/TD]
    [/TR]
    [TR]
    [TD] Retour à Bagdad[/TD]
    [TD] Al-Mu`tamid (870-892) · Al-Mu`tadid (892-902) · Al-Muktafi (902-908) · Al-Muqtadir (908-932) · Al-Qahir (932-934) · Ar-Râdî (934-940) · Al-Muttaqi (940-944) · Al-Mustakfi (944-946)[/TD]
    [/TR]
    [TR]
    [TD] Tutelle des Bouyides[/TD]
    [TD] Al-Muti (946-974) · At-Ta'i (974-991) · Al-Qadir (991-1031) · Al-Qâ'im (1031-1075)[/TD]
    [/TR]
    [TR]
    [TD] Tutelle des Seldjoukides[/TD]
    [TD] Al-Muqtadi (1075-1094) · Al-Mustazhir (1094-1118) · Al-Mustarchid (1118-1135) · Ar-Râchid (1135-1136) · Al-Muqtafi (1136-1160) · Al-Mustanjid (1160-1170) · Al-Mustadhi (1170-1180)[/TD]
    [/TR]
    [TR]
    [TD] Sultanat abbasside d’Irak[/TD]
    [TD] An-Nasir (1180-1225) · Az-Zâhir (1225-1226) · Al-Mustansir (1226-1242) · Al-Musta'sim (1242-1258)[/TD]
    [/TR]
    [/TABLE]

    Califes abbassides du Caire
    [TABLE="class: MsoNormalTable"]
    [TR]
    [TD] Période des mamelouks bahrites[/TD]
    [TD] Al-Mustansir (1261-1262) · Al-HâkimI[SUP]e[/SUP][SUP]r[/SUP] (1262-1302) · Al-MustakfiI[SUP]e[/SUP][SUP]r[/SUP] (1302-1340) · Al-WâthiqI[SUP]e[/SUP][SUP]r[/SUP] (1340-1341) · Al-HâkimII (1341-1352) · Al-Mu`tadidI[SUP]e[/SUP][SUP]r[/SUP] (1352-1362) · Al-MutawakkilI[SUP]e[/SUP][SUP]r[/SUP] (1362-1377, 1[SUP]re[/SUP] fois sur 3) · Al-Musta`sim (15 jours, en 1377, 1[SUP]re[/SUP] fois sur 2) · Al-MutawakkilI[SUP]e[/SUP][SUP]r[/SUP] (1377-1383, 2[SUP]e[/SUP] fois sur 3)[/TD]
    [/TR]
    [TR]
    [TD] Période des mamelouks burjites[/TD]
    [TD] Al-Wâthiq II (1383-1386) · Al-Musta`sim (1386-1389, 2[SUP]e[/SUP] fois sur 2) · Al-MutawakkilI[SUP]e[/SUP][SUP]r[/SUP] (1389-1406, 3[SUP]e[/SUP] fois sur 3) · Al-Musta`in (1406-1414) · Al-Mu'tadid II (1414-1441) · Al-Mustakfi II (1441-1451) · Al-Qâ'im (1451-1455) · Al-Mustanjid (1455-1479) · Al-Mutawakkil II (1479-1497) · Al-Mustamsik (1497-1508, 1[SUP]re[/SUP] fois sur 2) · Al-Mutawakkil III (1508-1516) · Al-Mustamsik (1516-1517, 2[SUP]e[/SUP] fois sur 2)[/TD]
    [/TR]
    [/TABLE]


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    Califes abbassides d'Irak
    Califes abbassides du Caire

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    Bataille de Bagdad (1258)


    La bataille de Bagdad en 1258 est une victoire de l'armée
    mongole du chef Houlagou Khan, petit-fils de Gengis Khan. Bagdad fut capturée, mise à sac et brûlée, les habitants furent massacrés.

    Contexte


    Bagdad était la capitale du califat qui recouvrait l'Irak et une partie de l'Iran d'aujourd'hui, dirigé par Al-Musta'sim alors calife abbasside.
    Le califat abbasside avait alors été en place pendant plus de 500 ans depuis l'accession du premier calife en 751. Les abbassides étaient alors la deuxième dynastie musulmane après avoir renversé les Omeyyades en place depuis la mort d'Ali en 661.

    Depuis, le califat abbasside avait perdu la plupart des possessions de l'ancien empire musulman et avait décliné en un État mineur. En 945, le calife était devenu une marionnette contrôlée par les chiitespersans de la dynastie bouyide. En 1055, les Bouyides sont renversés par les turcs sunnites de la dynastie seldjoukide. Les Seldjoukides ont été évincés à la fin du XII[SUP]e[/SUP] siècle tandis que la puissance musulmane montante était l'État ayyoubide en Égypte et en Syrie auquel les Mamelouks vont succéder en 1250. Cependant, le califat était toujours un symbole fort et Bagdad était toujours une grande ville riche et un centre culturel.

    La Bataille


    L'armée mongole, menée par Houlagou Khan et le commandant chinois Guo Kan, s'installa à Bagdad en novembre 1257. Houlagou a marché au pas avec ce qui était probablement la plus grande armée jamais réunie par les Mongols. Sur l'ordre de Möngke Khan, deux combattants sur dix dans l'empire entier devait rejoindre l'armée d'Houlagou. L'armée avait aussi un grand contingent de combattants chrétiens. Toutefois, elle semble avoir été composée majoritairement de Géorgiens qui eurent un rôle actif dans la destruction de la ville. Selon Alain Demurger des troupes franques venant de la principauté d'Antioche auraient également participé à la bataille. De plus Ata al-Mulk Juvayni écrit que plus de 1 000 artilleurs chinois, ainsi que des Arméniens, des Géorgiens, des Turcs et des Perses prirent part au siège.

    Le Siège


    Houlagou proposa d'abord la reddition ce que le calife refusa. Beaucoup de récits s'accordent à dire que le calife n'était pas du tout préparé à une telle bataille, son armée n'ayant pas été parfaitement réunie et les murs de Bagdad n'ayant pas été renforcés. Le pire est que, selon David Nicolle, le Calife a énormément offensé Houlagou Khan en lui faisant des menaces, ce qui pourrait expliquer le châtiment particulièrement terrible que subira sa ville par la suite.

    Avant d'assiéger Bagdad, Houlagou avait déjà frappé les esprits en détruisant les Lors qui s'étaient opposés à son autorité. De plus, la reddition sans combat de la secte des Assassins (Hashshashin) depuis leur forteresse d'Alamut (réputée imprenable) en 1256 le revêtait d'une réputation d'impitoyable guerrier invincible.

    Une fois arrivés près de la ville les mongols se divisèrent en deux groupes de telles sortes que les deux voies de sortie possibles soient condamnées. La première pince s'établit sur la rive droite du Tigre, l'autre sur la rive gauche. Une première sortie du Calife fut couronnée de succès, ses troupes ayant réussi à repousser en partie les troupes occupant la rive droite, mais la seconde attaque fut un échec, les Mongols avaient en effet détruit les canaux en amont du fleuve et avaient ainsi piégé le gros des forces de la ville. La cavalerie fondit alors sur le reste des troupes isolées avant d'encercler le gros des troupes plus à l'Ouest. Ainsi, en l'espace d'un jour, l'armée abbasside avait été en grande partie soit massacrée soit noyée. Au même moment, Guo Khan fit construire des fossés ainsi que des catapultes.

    Le siège proprement dit commença le 29 janvier 1258, la bataille fut assez rapide compte tenu de la durée moyenne des sièges de l'époque qui se comptaient en dizaines de mois, parfois même de plusieurs années. Dès le 5 février les mongols réussirent à ouvrir un brèche dans une partie du mur. Des pourparlers initiés par Al-Musta'sim furent rejetés par les Mongols. Le 10 février la ville capitule, les Mongols pénétrèrent alors partiellement dans la ville, puis, dès le 13 commença une semaine de massacres, de pillages, de viols et de destruction.

    La destruction de Bagdad


    De nombreux récits historiques détaillent l'ensemble des horreurs perpétrées par les troupes mongoles.

    La grande bibliothèque de Bagdad contenant d'innombrables ouvrages historiques traitant de médecine et d'astronomie fut entièrement détruite. Des survivants dirent même que les eaux du Tigre devinrent sombres en raison des quantités d'encres émanant des livres de la bibliothèque. Les Mongols détruisirent également les mosquées, les palais, les autres bibliothèques ainsi que des édifices d'une grande richesse culturelle.

    La population tenta d'échapper à l'armée mongole qui les intercepta et les massacra. Environ 90 000 civils auraient été tués. D'autres estimations fixent à des centaines de milliers les victimes civiles. Ian Frazier du New Yorker considère que près de 200 000 à un million de bagdadis n'auraient pas survécu au siège.

    Le calife fut capturé et forcé d'assister aux scènes de massacres et de tortures subies par son peuple. Le calife mourut piétiné par les chevaux de la cavalerie mongole après avoir été enroulé dans un tapis, cette thèse confirmant une croyance mongole ancestrale selon laquelle la terre maudirait quiconque ferait couler sur elle du sang royal. Ses fils ont été tués, un seul survécut pour être envoyé en Mongolie.

    Par ailleurs plusieurs récits démontrent qu'Houlagou déplaça le camp du côté où soufflait le vent car l'odeur des cadavres émanant de la ville devenait insupportable.

    Le comportement des troupes mongoles durant la destruction de la ville est souvent considéré à tort comme étant purement barbare. En réalité, la tactique d'Houlagou était directement héritée de son prédécesseur Gengis Khan qui voyait dans la violence des destructions un moyen efficace de dissuader tous les ennemis potentiels de résister aux troupes mongoles.


    Conséquences


    En Égypte, le sultan mamelouk bahrite Qutuz a pris le pouvoir pour assumer la guerre contre les Mongols (1259). Houlagou Khan lui demande de se rendre. Qutuz refuse et tue les ambassadeurs d’Houlagou pour rendre toute négociation impossible et engager tout le monde dans la guerre contre les Mongols.

    En août 1260, Qutuz quitte l’Égypte à la tête des armées égyptienne et syrienne réunies pour aller affronter les Mongols. Il envoie le général Baybars en mission de reconnaissance avec une partie de l’armée. Au cours de cette reconnaissance Baybars dut affronter un contingent mongol et emporta la victoire. Ce premier succès contre les Mongols haussa le moral des troupes musulmanes. L’armée mongole fut menée par Kîtbûqâ depuis le départ soudain d’Houlagou qui fut provoqué par la mort de Möngke et des désordres successoraux qui en découlaient. Kîtbûqâ entreprend de rassembler ses troupes qui s’étaient éparpillées en Syrie, en une seule et unique armée. Sa vanité lui fait refuser d’attendre des renforts de la part de Houlagou.

    Le 3 septembre 1260, Qutuz et Baybars viennent à bout de l’armée mongole conduite par Ketboğa à la bataille d’`Ayn Jâlût. La Syrie revint aux Mamelouks et les Mongols se retirèrent au-delà de l’Euphrate. Cette victoire marque l’arrêt de l’avancée des Mongols qui ne paraissent plus invincibles.


    À son retour au Caire, Baybars renverse le sultan Qutuz, qui lui refusait le poste de gouverneur de la Syrie. Il se proclame sultan. Quelques mois après son accession au pouvoir, Abû al-Qâsim Ahmad arrive au Caire. C'est le dernier Abbasside survivant du massacre de 1258. Il est l’oncle d’Al-Musta'sim, le 37[SUP]e[/SUP] et dernier calife de Bagdad, le fils d’Az-Zâhir (35[SUP]e[/SUP] calife) et le frère d’Abû Ja`far Al-Mustansîr (36[SUP]e[/SUP] calife). Baybars accepte la venue d’Abû al-Qâsim Ahmad et va lui-même à sa rencontre. Le nouveau calife prend alors le nom d’Al-Mustansîr comme son frère avant lui à Bagdad. Quelques jours plus tard, le calife intronise Baybars avec le titre de «sultan universel». Cela lui confère une légitimité supplémentaire et justifie son protectorat sur les villes saintes d’Arabie.
    Le calife proclame que le devoir des musulmans est de reconquérir Bagdad.



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    Irak sous l'Empire ottoman


    L’Irak ottoman désigne la période durant laquelle le territoire de l'actuel
    Irak est sous domination de l'Empire ottoman, soit entre 1534 et 1920. Le pays était divisé en 3 vilayets : Mossoul, Bagdad et Bassorah. Chaque vilayet était sous la juridiction d'un gouverneur (wāli), assisté par des Conseils.

    Histoire


    Au cours de la fin du XIV[SUP]e[/SUP] siècle et au début du XVI[SUP]e[/SUP] siècle, la tribu
    Kara Koyunlu règne sur la région actuellement connue comme étant l'Irak. En 1466, la tribu Ak Koyunlu défait la tribu Kara Koyunlu et prend le contrôle du pays. Au XVI[SUP]e[/SUP] siècle siècle la plus grande partie du territoire de l'Irak moderne est envahie par l'Empire ottoman. Pendant l'essentiel de la domination ottomane (1533-1918), le territoire de l'Irak moderne est une zone tampon entre les empires rivaux régionaux, la Perse et l'Empire ottoman, et les alliances tribales. La dynastie séfévide de Perse affirme brièvement son hégémonie sur l'Irak de 1508 à 1533 puis de 1622 à 1638.

    Au VII[SUP]e[/SUP] siècle, les conflits fréquents avec les
    Séfévides sapent l'Empire ottoman et affaiblissent son contrôle sur ses provinces. La population nomade s'agrandit avec l'arrivée des bédouins de Nejd dans la péninsule Arabique.

    Pendant les années
    1747 à 1831, l'Irak est gouverné par des officiers mamelouks d'origine géorgienne qui parviennent à obtenir l'autonomie vis-à-vis de la Grande Porte. Des révoltes tribales s'ensuivent et sont réprimées par les mamelouks. Le pouvoir des janissaires est limité lorsque l'ordre est rétabli et un programme de modernisation économique et militaire est mis en place. En 1831, les Ottomans parviennent à renverser le régime mamelouk et imposent leur souveraineté sur l'Irak. La population irakienne diminue d'au moins 5 millions d'habitants au début du XX[SUP]e[/SUP] siècle.

    La domination ottomane sur l'Irak dure jusqu'à la
    Première Guerre mondiale, lorsque les Ottomans combattent aux côtés de l'Allemagne et des puissances centrales. En 1916, les Britanniques et les Français établissent un plan pour la division d'après-guerre de l'Asie occidentale en vertu des accords Sykes-Picot.

    Après la guerre, la
    Société des Nations accorde un mandat français sur la Syrie et le Liban. Les Britanniques obtiennent un mandat sur la Mésopotamie (Irak) et la Palestine, laquelle fut plus tard divisée en deux régions autonomes : la Palestine et la Transjordanie.

    Le
    11novembre1920, l'Irak est sous le mandat britannique délivré par la Société des Nations et le pays est officiellement renommé «État d'Irak».


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    Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en portugais
    intitulé «Iraque otomano» (voir la liste des auteurs)

     
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    Mandat britannique de Mésopotamie


    Le Mandat britannique de Mésopotamie était un mandat de classe A de la Société des Nations, correspondant au territoire actuel de l'Irak, confié au Royaume-Uni. Il fut créé en 1920 par le traité de Sèvres, conclu entre les Alliés et l'Empire ottoman. Le Royaume d'Irak accéda à l'indépendance en octobre 1932 sous la forme d'une monarchie, avec pour roi Fayçal ibn Hussein, qui avait été proclamé roi en 1921.


    Historique


    Durant la Première Guerre mondiale, le Royaume-Uni, souhaitant prévenir une pénétration de l'Empire allemand et de l'Empire ottoman vers la Perse qui bénéficie d'une industrie pétrolière naissante) et l'Inde, occupe Bassora en 1914.

    En 1917-1918, Bagdad, puis Kirkouk, sont prises par le Royaume-Uni, qui a promis l'indépendance aux souverains arabes, afin de les amener à se soulever contre les Ottomans. Abd Al-Rahman Al-Gaylani assure un gouvernement provisoire, et crée un embryon d'armée nationale.


    Après le conflit mondial, la Mésopotamie n'obtient cependant pas l'indépendance, mais est placée sous un système de mandat de la SDN, assuré par le Royaume-Uni. Le pays est érigé en monarchie constitutionnelle, l'émir Fayçal ibn Hussein, tout juste chassé de Syrie mandataire par les Français, étant proclamé roi le 23 août 1921. Le souverain est néanmoins placé sous le contrôle d'un Haut-commissaire britannique. Le pays demeure tributaire du bon vouloir des Britanniques, qui s'engagent à fournir des conseillers politiques et de l'armement moderne.

    Le roi Fayçal Ier a pour tâche d'unifier d'un pays difficilement gouvernable, comptant sur l'éducation pour assurer une unité nationale à une contrée encore sous le poids des traditions féodales. L'armée royale irakienne est développée, et une manufacture est créée pour répondre aux besoins en armement et en munitions. Le nouvel État doit également régler la question de ses frontières, notamment avec le Koweït. L'ancienne Wilaya ottomane de Mossoul, réclamée par la Turquie, est finalement accordée à l'Irak en 1926. Le royaume doit par ailleurs affronter des révoltes de minorités Kurdes, qui réclament leur autonomie.


    Le roi Fayçal s'emploie à obtenir l'indépendance de l'Irak : le 10 octobre 1922, un traité annule en théorie le régime du mandat, sans pour autant reconnaître la pleine souveraineté du pays, et promet l'adhésion de l'Irak à la Société des Nations. Le système du Haut-commissariat britannique reste par ailleurs en place dans les faits, le roi obtenant cependant de ne devoir tenir compte de ses avis qu'en matière de politique étrangère, pour autant que les intérêts britanniques soient concernés.

    Le 12 juillet 1923, l'Irak élit son premier parlement, qui ratifie en 1924 le traité de 1922. Le 21 mars 1925, l'Irak adopte une loi organique, qui représente sa première Constitution, et institue officiellement une monarchie constitutionnelle, où le souverain, chef de l'État et commandant des armées, conserve de larges pouvoirs.

    Le roi signe en 1927 un traité fixant la date limite maximum de 1932 pour la pleine indépendance et l'adhésion à la SDN.

    Pays jusqu'alors surtout agricole, l'Irak prend un nouveau poids économique avec la découverte en 1927 de champs de pétrole dans le nord du pays. En 1928 est fondée l'Iraq Petroleum Company. Le pays se voit garantir une redevance par les Britanniques.

    Nouri Saïd, favorable aux Britanniques, est nommé en mars 1930 premier ministre par Fayçal Ier, qui souhaite rassurer ses interlocuteurs. Le roi prend soin, dans le traité du 30 juin 1930, de garantir les intérêts du Royaume-Uni dans le domaine pétrolier tout en les conciliant avec les aspirations nationales irakiennes. Les Britanniques obtiennent le maintien de leurs bases militaires en échange de la prochaine reconnaissance de l'indépendance.

    Le 13 janvier 1930, le conseil de la SDN invite la commission des mandats à étudier les conditions générales devant être remplies pour que le régime mandataire soit considéré comme achevé dans les pays concernés.

    La commission se saisit en 1931 du cas de l'Irak : le 13 octobre 1932, l'Irak est admis au sein de la SDN, le Royaume d'Irak étant désormais pleinement indépendant de droit.




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    Royaume d'Irak


    Le royaume d’Irak était le gouvernement de l’Irak jusqu’en 1958, le pays connaissant une dynastie de souverains hachémites. Le royaume est d’abord proclamé le 23 août 1921, durant la période du mandat britannique de Mésopotamie. Le mandat de la Société des Nations exercé par le Royaume-Uni est juridiquement annulé en 1922, mais la tutelle britannique reste partiellement en place dans les faits jusqu’en 1932, date à laquelle l’Irak voit sa pleine indépendance reconnue de droit par son adhésion à la Société des Nations (SDN).


    Historique

    Proclamation


    Fayçal I[SUP]er[/SUP]
    , après avoir utilisé les services du Premier ministre Nouri Saïd pour vaincre les réticences britanniques à l'indépendance, le remplace le 3 novembre 1932 par Naji Shawkat. Mais ce dernier se trouve bientôt contesté à la fois par les grands féodaux et par les nationalistes du parti ikha al watani; le courant nationaliste est encouragé par la nouvelle manne pétrolière dont bénéficie l'Irak, et dont l'exploitation reste soumise à l'Iraq Petroleum Company.

    En mars 1933, le roi remplace Shawkat par l'un des chefs de file nationalistes, Rachid Ali al-Gillani, ; ce dernier souhaite d'abord dénoncer le traité de 1930 avec le Royaume-Uni et fermer les bases militaires britanniques, avant d'être ramené par le roi à plus de modération. Le premier ministre, prisonnier de ses alliances, n'aborde pas la question des réformes sociales attendues par les milieux défavorisés et les minorités chiites. La question des minorités religieuses et ethniques demeure cruciale pour le nouvel État.


    Instabilité politique

    En juin 1933, pendant une visite du roi à Londres, le Premier ministre réprime l'agitation des tribus assyriennes au nord de l'Irak. Bien que malade, Fayçal I[SUP]er[/SUP] rentre en Irak pour calmer la situation, avant de retourner se soigner en Suisse où il meurt le 8 septembre. Son fils aîné Ghazi I[SUP]er[/SUP] lui succède et garantit le maintien de «l'amitié et de l'alliance avec Londres». Gillani, initialement reconduit dans ses fonctions, démissionne. Jamil al-Midfai, politicien expérimenté, lui succède. Le nouveau gouvernement réunit cependant des hommes n'ayant aucune idée en commun : Nouri Saïd (ministre des Affaires étrangères), pro-britannique, doit cohabiter avec d'autres ministres nationalistes.
    Le Premier ministre, incapable d'assurer la cohésion de son cabinet, finit par démissionner en 1934. Le chef de la maison royale, Ali Jaoudat, lui succède et réduit l'influence des nationalistes par un redécoupage électoral ; il doit néanmoins affronter le mécontentement combiné des cheiks écartés du pouvoir et des nationalistes, et doit démissionner quelques mois plus tard.
    L'Irak souffre d'une grande instabilité gouvernementale.
    Le poids du Royaume-Uni demeure présent, notamment dans les affaires pétrolières, suscitant des sentiments anti-britanniques chez les nationalistes, qui leur reprochent en outre la politique suivie en Palestine mandataire, où l'implantation juive progresse.


    Coup d'État de 1936

    Le 29 octobre 1936, le général Bakr Sidqi entre dans Bagdad à la tête de ses troupes et réalise un coup d'État contre le Premier ministre Yassin al-Hachimi, dont il impose le remplacement par Hikmat Suleyman. Les deux nouveaux hommes forts appartiennent tous deux à des minorités nationales : Suleyman est turcoman et Sidqi Kurde. Ne se souciant pas des idées panarabistes de roi, ils concluent le 8 juillet 1937 un pacte avec la Turquie, l'Afghanistan et l'État impérial d'Iran. Le 18 juillet, un accord avec l'Iran avantage ce dernier pays sur les questions de frontière. Le mécontentement suscité par ces deux traités amène à un nouveau coup de force, mené cette fois par le roi et des officiers : Sidqi est renversé et tué le 10 septembre, et Suleyman destitué le 17.

    Après un bref retour de Jamil al-Midfai, le pro-britannique Nouri Saïd revient au gouvernement et cohabite à nouveau avec ses adversaires nationalistes. L'Irak doit également gérer l'agitation au Koweït voisin, où l'agitation d'une minorité qui réclame son rattachement à l'Irak est réprimée par le gouvernement, aidé des Britanniques.
    Mais avant d'avoir pu prendre position, le roi Ghazi I[SUP]er[/SUP] est tué le 4 avril 1939 dans un accident d'automobile. Son fils Fayçal II, âgé de quatre ans, lui succède : Abdul Illah, oncle du nouveau roi, assure la régence et ne manifeste pas d'intention de s'opposer à la politique pro-britannique de Nouri Saïd.


    Seconde Guerre mondiale et coup d'État de 1941

    Avec le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale, l'Irak suit sa politique d'alliance avec le Royaume-Uni et rompt ses relations avec l'Allemagne nazie. Mais Nouri Said, soupçonné d'implication dans un scandale politique, doit démissionner le 31 mars 1940. Rachid Ali al-Gillani redevient premier ministre et, en désaccord avec le régent, oriente la politique du royaume vers la neutralité, puis vers un rapprochement avec l'Axe, qui se présente dans sa propagande comme le libérateur des peuples arabes.
    Une crise politique majeure éclate à la fin 1940, le régent se retirant dans une base britannique d'Habbaniyah pour protester contre la politique du gouvernement. Rachid Ali al-Gillani se retire alors du gouvernement, pour mieux préparer son retour en force, avec le soutien du groupe d'officiers connu sous le nom de Carré d'or : le 1[SUP]er[/SUP] avril 1941, le régent, qui avait regagné Bagdad, est déclaré démis de ses fonctions, et doit prendre la fuite. Le Chérif Charaf, parent du roi, est déclaré régent.


    La réaction des Alliés est rapide : le 2 mai, les hostilités sont déclenchées avec le Royaume-Uni : malgré l'appui aérien de la Luftwaffe qui utilise les bases aériennes vichystes en Syrie, la guerre anglo-irakienne tourne rapidement à la déroute pour le régime irakien. Rachid Ali al-Gillani, renversé, doit prendre la fuite. Dans le même temps, entre le 31 mai, date du cessez-le-feu, et le 2 juin, date de l'entrée des troupes Alliées, des violences ont lieu contre la communauté juive de Bagdad : un massacre, désigné sous le nom de Farhoud, fait environ 180 morts entre le 1er le 2 juin. Jamil al-Midfai revient au pouvoir, mais est vite évincé par Nouri Saïd, qui organise la répression avec l'aide des Britanniques.
    Le régent Abdul Illah est restauré dans ses fonctions; les troupes britanniques occupent l'Irak jusqu'en 1945.


    Après-guerre

    En 1944, le royaume d'Irak signe le protocole d'Alexandrie. L'année suivante, l'Irak fonde la Ligue arabe avec l'Égypte, le Liban, la Syrie, l'Arabie saoudite, le Yémen et la Transjordanie. Le pays est dans la lignée de l'opposition au nationalisme arabe et poursuit son alignement avec le Royaume-Uni.
    Le mécontentement des nationalistes va grandissant et, le 22 novembre 1952, des émeutes ont lieu à Bagdad pour réclamer l'abrogation du pacte anglo-irakien, dans le contexte qui a vu la révolution en Égypte et la prise de pouvoir de Mohammad Mossadegh en Iran.
    La situation politique dans le royaume est particulièrement tendue au début des années 1950, alors que le roi Fayçal II accède à la majorité.
    Moins de 15 % des inscrits participent aux élections législatives de 1953.
    La signature du pacte de Bagdad, en 1955, provoque le mécontentement de la population. Nouri Saïd ignore les revendications du Front national de l'opposition constitué par divers mouvements, qui réclame notamment la proclamation des libertés constitutionnelles et la lutte contre l'influence étrangère. L'Irak demeure un pilier du pacte de Bagdad : à l'union de l'Egypte et de la Syrie au sein de la République arabe unie, le pays réplique en février 1958 par une union avec la Jordanie au sein de la Fédération arabe d'Irak et de Jordanie.


    Coup d'État de 1958 et fin de la monarchie

    Le mécontentement conjoint des communistes et des baasistes aboutit à un coup de force de l'armée, menée notamment par les officiers Abdul Karim Qasim (communiste), Ahmad Hasan al-Bakr et Abdel Salam Aref (nationalistes). Le 14 juillet 1958, les troupes pénètrent dans Bagdad, et le palais royal est pris d'assaut. Le roi Fayçal II est mitraillé par les soldats ; une grande partie de la famille royale étant également massacrée. Nouri Saïd et Abdul Illah sont également tués, et leurs cadavres traînés dans les rues de Bagdad. La «République d'Irak», qui se retire de la Fédération arabe d'Irak et de Jordanie, est proclamée : Najib el-Rubai devient président et Abdul Karim Qasim premier ministre.



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    Guerre anglo-irakienne



    La guerre anglo-irakienne est le nom d'un bref conflit entre le Royaume-Uni et le gouvernement nationaliste du Royaume d'Irak pendant la Seconde Guerre mondiale. Elle se déroula du 18 avril au 30 mai 1941. Malgré sa courte durée, la guerre se termina avec un renforcement de la présence britannique dans le pays et un ressentiment accru des nationalistes envers la monarchie pro-britannique. On déplora 2 500 morts ou disparus ainsi que 6 000 prisonniers du côté des locaux, contre 1 200 morts ou disparus du côté britannique.


    Causes


    Le Royaume d'Irak était officiellement indépendant depuis le 3 octobre 1932 mais restait sous tutelle britannique. La préparation de l'indépendance avait fait l'objet de plusieurs conditions stipulées par le traité anglo-irakien de 1930. Celui-ci comprenait des termes concernant la présence de bases militaires britanniques et la liberté de mouvement sans restriction des troupes britanniques dans l'ensemble du pays. Beaucoup d'Irakiens étaient mécontents et ne considéraient pas leur pays comme indépendant puisqu'une monarchie gérée par les Britanniques était encore en place.
    Les Britanniques voulaient conserver la mainmise sur le pétrole irakien, une stratégie qui nécessitait un gouvernement favorable aux ambitions du Royaume-Uni.


    En 1939, le gouvernement britannique fit pression sur le régent Abdul Illah afin qu'il déclare la guerre à l'Allemagne nazie à la suite de l'invasion de la Pologne. Cependant, le premier ministre Rachid Ali al Gaylani, anti-britannique, déclara que celui-ci n'était qu'en mesure de couper les relations diplomatiques avec l'Allemagne.
    Après avoir été forcé à la démission, il lança un coup d'État en 1941 avec l'aide du Carré d'or mais ne remplaça pas la monarchie. Abdul Illah fut remplacé par un autre régent, moins partisan de l'alliance britannique. Ali, redevenu premier ministre, essaya de restreindre les droits des Britanniques tels qu'ils avaient été promulgués dans le traité de 1930. Il n'était toutefois pas ouvertement pro-nazi, mais avait déjà entamé un rapprochement avec le 3[SUP]e[/SUP] Reich. Peu de temps après sa prise de pouvoir, l'une de ses premières décisions est de refuser le débarquement à Bassorah de la seconde brigade de la 10[SUP]e[/SUP] division indienne.


    Il veut s'engager aux côtés de l'Axe et espère un soutien militaire des Allemands. Il signe un accord secret avec l'ambassadeur italien. Le texte prévoit notamment d'unir la Syrie et l'Irak, et de nationaliser le pétrole. La Compagnie Nationale ainsi créée doit être dirigée à 75 % par l'Allemagne et l'Italie. En échange, la Syrie-Irak concède trois zones portuaires fortifiées d'un rayon de 25 km chacune aux germano-italiens.
    L'Irak coupa le pipeline reliant les puits de l'Iraq Petroleum Company à Haïfa, en Palestine et envoya les hydrocarbures à destination de Tripoli au Liban, sous contrôle du Régime de Vichy.

    Le commandant de l'armée britannique au Moyen-Orient ordonna depuis le Caire l'envoi d'une formation comprenant la 10[SUP]e[/SUP] division d'infanterie de l'armée britannique des Indes, commandée par le général Edward Quinan. Les troupes débarquèrent à Bassorah le 18 avril 1941. L'opération visait en premier lieu à prendre et sécuriser le port de Bassorah que Churchill considérait comme vital pour la gestion du matériel en provenance des États-Unis. L'autre mission était de remplacer le gouvernement irakien et de protéger les intérêts britanniques dans le pays.

    Début des combats

    À l'époque, l’armée britannique possédait deux importantes bases en Irak, la première à Bassorah et une autre de la Royal Air Force à Habbaniya à l'ouest de Bagdad. Le 30 avril, soit 12 jours après l'arrivée du contingent, l'armée irakienne établit un camp sur les terrains au sud de la base d'Habbaniya. Un envoyé irakien demanda aux Britanniques de ne pas procéder à des manœuvres depuis la base, que ce soit sur terre ou dans les airs. Les Britanniques refusèrent et exigèrent que les Irakiens quittent les lieux. Après un dernier ultimatum fixé au matin du 2 mai à 5 h, l'armée britannique lança des frappes contre les positions irakiennes qui menaçaient la base.

    Les Britanniques disposaient à Habbaniya d'appareils la plupart obsolètes. La base servait de camp d'entraînement et de zone de ravitaillement pour les vols en partance pour l'Inde. La plupart des avions servaient à l'entraînement des pilotes et avaient été modifiés pour transporter des bombes et d'autres armes offensives. Le 3 mai, 4 chasseurs-bombardiers Bristol Blenheim arrivèrent pour renforcer la défense de la base. Habbaniyah fut défendue sur le terrain par 2 200 hommes et 18 véhicules blindés. Les forces terrestres sous commandement britannique étaient également composées d'Assyriens et de Kurdes. Ce contingent indigène eut un rôle significatif lors de la défense des positions, pendant les attaques sur Fallujah et la marche vers Badgad.

    Lors de la première attaque britannique, pas moins de 40 avions s'envolèrent pour pilonner l'armée irakienne. La garnison reçut des renforts de la colonne volante Kingcol du général James Joseph Kingstone, avant-garde de la Habforce, qui quitta Haïfa, en Palestine, le 11 mai 1941. Les appareils britanniques détruisirent rapidement la force adverse qui était pourtant en théorie supérieure. Après avoir pris le contrôle des airs, les Britanniques réduisirent à néant les groupes de l'armée irakienne qui avaient pris position près de Fallujah. La base aérienne d'Habbanya fut totalement délivrée le 18 mai 1941.

    La Luftwaffe s'impliqua dans le conflit en envoyant des escadrons de chasseurs et de bombardiers depuis Mossoul soit 70 appareils et utilisèrent des bases en Syrie, alors sous contrôle du gouvernement de Vichy, qui envoya pour sa part deux trains d'armes françaises. Un escadron de chasseurs biplans italiens participa également au conflit. Ils arrivèrent trop tard pour changer significativement la donne.


    Dénouement


    Les forces britanniques se lancèrent en direction de Badgad, où le gouvernement de Rachid Ali al Gaylani s'était retranché. Les forces britanniques s'arrêtent toutefois aux portes de Bagdad pour permettre au régent, l'émir Abdullah, de rentrer en premier dans la ville. Ali et une partie de ses partisans fuirent le 30 mai vers l'Iran puis vers l'Allemagne. Le 1[SUP]er[/SUP] juin, un armistice fut signé et le régent pro-britannique fut réinstallé dans ses fonctions. Cinq des instigateurs du coup d'État furent pendus et de nombreux autres emprisonnés dont Khairallah Talfah, un oncle de Saddam Hussein.

    Rachid Ali el Gailani s’enfuit en Iran le 30 mai avant de rejoindre Berlin. Le régent Abdul Illah fait son entrée à Bagdad le 1[SUP]er[/SUP] juin 1941. La campagne d’Irak a duré moins d’un mois. Les Britanniques ont perdu plus de 100 hommes, les Irakiens ont 500 tués et près de 700 blessés.

    Le 8 juin 1941, les troupes britanniques et les forces françaises libres pénètrent en Syrie et au Liban.

    Les forces britanniques restèrent en nombre en Irak jusqu'en 1947 et le pays resta sous contrôle afin de préserver les ressources pétrolières.

    L'Irak servit aussi de base arrière pour l'invasion britannique en Iran en 1941. Des défenses furent établies en 1942 pour limiter une éventuelle invasion allemande depuis le nord. Après 1942, l'Iran et l'Irak servirent de zone de transit pour le matériel militaire à destination de l'Union soviétique.

    L'occupation militaire de l'Irak cessa le 26 octobre 1947.




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    Relatifs :
    Farhoud

    Politique étrangère du Troisième Reich avec le Moyen-Orient

     
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    République d'Irak (1958-1968)


    La République d'Irak était une
    junte militaire qui gouverna l'Irak de 1958 à 1968 après la prise de pouvoir par les «Officiers libres» par un coup d'État contre la monarchie irakienne, mettant fin à la fédération entre l'Irak et la Jordanie. Cette période politique prendra fin lors de la prise de pouvoir par le Parti Baas en 1968.

    Genèse de la république


    Après la fin du Mandat britannique de Mésopotamie, le Royaume d'Irak et la Jordanie deviennent des entités indépendantes en 1932. Pendant et après la Seconde Guerre mondiale, l'Irak, allié au Troisième Reich, est occupé par les Britanniques après l'invasion du pays en 1941 qui voit le renversement de la monarchie de Rachid Ali al-Gillani.

    En 1947, les Irakiens commencent à négocier un retrait des troupes britanniques : le traité de Portsmouth le 15janvier1948 stipule la création d'une commission mixte de défense britannique et irakienne conjointe afin de superviser les affaires irakiennes. Le contexte international, correspondant à la décolonisation par les puissances occidentales, favorise l'émergence d'un mouvement nationaliste panarabiste.
    Le royaume irakien, dominé par la
    bourgeoisie, est vu par la majorité de la population à un État vassal servant les intérêts britanniques et occidentaux. La pauvreté et l'inflation augmentent considérablement. Le Premier ministre irakien Nouri Saïd et le régent Abd al-Ilah ne cessent de s'affronter sur la politique économique à entreprendre.


    La révolution du 14 juillet 1958


    Le 14 juillet1958, le mouvement des «Officiers libres», dirigé par Abdul Karim Qasim, Abdel Salam Aref et Najib el-Rubai, inspirés par le coup d'État en Égypte de Gamal Abdel Nasser, renversent la monarchie irakienne et établissent une junte militaire, mettant fin à la dynastie des Hachémites. La famille royale est assassinée dans le palais et le Premier ministre Nouri Saïd tente de s'échapper mais est abattu.

    La république est déclarée


    Le nouvel État ne tarde pas à être bousculé par un conflit entre les partisans de Nasser (dont le général Qasim) et le parti Baas. Dès 1959, ce dernier tente un coup d'État dans lequel participe Saddam Hussein. L'Union arabe de Jordanie et d’Irak est dénoncée et l'Irak se rapproche de la République arabe unie. En mars1959, l'Irak se retire du pacte de Bagdad.

    En septembre1961, Mustafa al Barzani lance une rébellion dans le nord de l’Irak avec pour slogan «autonomie pour le Kurdistan, démocratie pour l’Irak».Le 9février1963, Abdul Karim Qasim est assassiné lors d'un nouveau coup d'État. Le parti Baas prend le pouvoir. Le 18 novembre, Abdulasalam Arif prend le pouvoir en réprimant un nouveau soulèvement Baas. Saddam Hussein est emprisonné jusqu'à son évasion en 1966.


    Fin de la république et prise du pouvoir par le Parti Baas


    Le 17juillet1968, les baasistes du général Ahmad Hasan al-Bakr organisent un putsch, encerclant le palais présidentiel et prenant le pouvoir le 30 juillet. Abdul Rahman Aref, alors président de la république et Tahir Yahya, son premier ministre, sont renversés. Les Kurdes sont associés au pouvoir. Saddam Hussein est alors le numéro deux du régime et se charge d'organiser les milices baasistes qui vont réprimer les opposants nassériens et communistes.

    Économie


    L'économie de l'État reposait sur une économie planifiée, régi par un plan quinquennal.



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    République d'Irak (1968-2003)



    La République d'Irak a, de 1968 à 2003, été gouvernée selon un régime de parti unique, sous les présidences de Ahmad Hasan al-Bakr puis de Saddam Hussein, dirigeants du parti Baas. Cette période commença par une forte croissance économique, mais se termina par une baisse du pouvoir d'achat. Le revenu annuel moyen diminua, en raison de plusieurs facteurs externes et plusieurs facteurs internes au régime.


    Abdul Rahman Aref, alors président de la république et Tahir Yahya, son premier ministre, furent renversés par le coup d'état baasiste du 17 juillet 1968 dirigé par Ahmad Hasan al-Bakr, membre du parti Baas. Le parti Baas qui avait auparavant occupé le pouvoir en 1963, était dirigé principalement par al-Bakr et Saddam Hussein. Pendant la présidence d'al-Bakr, l'économie irakienne s'épanouit. Cependant, plusieurs facteurs internes menaçaient la stabilité du pays, parmi lesquels les conflits du pays avec l'Iran et la communauté chiite. Le conflit externe a été le conflit frontalier avec l'Iran, qui contribuerait à la guerre Iran-Irak.

    Saddam Hussein devint président le 16 juillet 1979, lors d'une vague de protestations contre le régime en Irak dirigée par la communauté chiite. Le parti Baas, qui était de nature laïque, a durement réprimé les manifestations. Un autre changement de politique a été la étrangère envers l'Iran, un pays musulman chiite. La détérioration des relations conduit finalement à la guerre Iran-Irak, qui a débuté lorsque l'Irak a lancé une invasion à grande échelle sur l'Iran en 1980. L'Iran, qui venait de vivre une révolution, et que le monde croyait faible, fut un choix facile pour la machine de guerre irakienne. Cela s'est révélé faux, et la guerre a duré huit ans. L'économie s'est détériorée pendant la guerre, et l'Irak est devenu dépendant des dons étrangers. L'Irak et l'Iran signèrent finalement un cessez-le-feu en 1988.

    En 1990, l'Irak accuse officiellement le Koweït d'avoir volé du pétrole irakien par forage oblique, bien que certaines sources irakiennes indiquent que la décision de Saddam Hussein d'attaquer le Koweït avait été mise au point de nombreux mois avant l'invasion. Plusieurs raisons officieuses ont été avancées afin de justifier l'invasion irakienne : l'incapacité de l'Irak à rembourser 80 milliards de dollars qui avaient été empruntés au Koweït pour financer la guerre Iran-Irak et la surproduction koweïtienne de pétrole qui a gardé des revenus en recul pour l'Irak. Le 2 août, l'Irak envahit le Koweït. L'Irak sera défait par les forces de la Coalition en janvier 1991. En 2003, les États-Unis envahissent le pays, accusant l'Irak de posséder des armes de destruction massives.


    Histoire

    Coup d'État du 17 juillet 1968

    Le coup d'État commença aux premières heures du 17 juillet 1968 quand les milices du Parti Baas prirent possessions du ministère de la défense, de l'électricité, de la radio, des ponts et des bases militaires. Toutes les lignes téléphoniques furent coupées à 3 heures du matin et des chars stationnèrent près du palais présidentiel. Abdul Rahman Aref, alors président de l'Irak entendit parler du putsch lorsque son régime commença à repusser les putschistes. Ahmad Hasan al-Bakr, un des chefs des putschistes, déclara à Abdul Rahman Aref au téléphone qu'il était en ce moment de prendre le contrôle du palais présidentiel. Abdul Rahman Aref déclara à al-Bakr qu'il était prêt à démissionner et ce dernier lui déclara qu'il ne l'emprisonnera pas. Aref s'éxila alors au Royaume-Uni. Le 17 juillet, al-Bakr devint président de la république. Ce coup d'État est caractérisé par le fait qu'il n'y a eu aucune effusion de sang.

    Présidence d'Ahmad Hasan al-Bakr
    Quand al-Bakr devint président en 1968, il réprima les non-baasistes comme les nasséristes et les communistes. Il arrêta également des personnes qu'il accusa de collaborer avec Israël. Le 11 mars 1970, des accords sont signés sur l'autonomie du Kurdistan. La période est caractérisée par une montée en puissance du vice-président Saddam Hussein. Le 1[SUP]er[/SUP] juin 1972, ce dernier commence une vaste nationalisation des compagnies pétrolières monopolistes qui se trouvaient jusque-là entre des mains étrangères. L'Irak connaît alors un développement industriel et social sans précédent. Saddam Hussein s'efforce de moderniser l'économie et l'industrie. En 1972, il devient général honoraire puis, l'année suivante, général.

    Accès de Saddam Hussein à la présidence
    Saddam Hussein devient président le 16 juillet 1979, lors d'une vague de protestations contre le régime en Irak dirigée par la communauté chiite. Le parti Baas, qui était de nature laïque, a durement réprimé les manifestations. A 42 ans, se sentant assez puissant, Saddam Hussein succède à Ahmad Hasan al-Bakr et devient président de la République d'Irak, suite au renoncement «précipité» de son prédécesseur, officiellement pour «raison de santé». Des milliers de cadres du parti Baas sont alors convoqués d'urgence et vingt-deux d'entre eux, accusés de trahison, sont arrêtés en pleine assemblée présidée par Saddam Hussein fumant le cigare et pleurant parfois, et sont emmenés à l'extérieur pour être exécutés sommairement. La scène est filmée et est suivie en direct dans tout le monde arabe ; elle servira à asseoir le pouvoir du nouveau dictateur en Irak et deviendra célèbre mondialement comme illustration de ses méthodes et de sa personnalité. Le nouveau président se nomme maréchal et commandant en chef des forces armées.

    La guerre Iran-Irak (1980-1988)

    En septembre 1980, Saddam Hussein lance son armée contre l'Iran des mollahs, pour la conquête de trois objectifs :

    • occuper la totalité du Chatt-el-Arab (delta du Tigre et de l'Euphrate), le «fleuve des Arabes», qu'il avait dû partager avec l'Iran, par le traité de 1975 ;
    • faire du Khalidj al-Farsi, le golfe Persique, le Khalidj al-Arabi, le «golfe Arabique», en chassant définitivement les Iraniens des îlots qui contrôlent l'accès au détroit d'Ormuz.
    • s'emparer de la province pétrolifère du Khouzistan, nommé par les nationalistes arabes, l'Arabistan.
    Jusqu'en 1988, les deux pays sont plongés dans une guerre longue et sanglante et finalement sans beaucoup de résultats. Car sur tous ses objectifs, Saddam Hussein connaît un échec relatif, malgré l'aide massive apportée par l'Union soviétique, la France, les États-Unis dans une moindre mesure et les Émirats arabes, qui redoutent avant toute chose la victoire iranienne et l'instauration en Irak d'un régime islamiste et chiite, alors que Saddam Hussein est laïc et sunnite.
    Au terme de huit années de guerre, l'Irak réussit à prendre pied sur la rive iranienne du Chatt-el-Arab, mais au prix d'un million de morts et de sa jeunesse sacrifiée. Durant ce conflit, l'Irak utilise massivement et systématiquement des gaz lacrymogènes (1982), puis des armes chimiques mortelles, interdites d'emploi par de nombreux traités internationaux, comme des vésicants et des neurotoxiques à partir de 1983.


    Système de pouvoir de Saddam Hussein


    Durant les trente-cinq années de son pouvoir, il va utiliser tous les moyens possibles pour contrôler la population et régner sans partage. Comme tous les régimes totalitaires, la propagande est omniprésente à travers les différents médias et les affiches représentant le portrait du raïs alimentent un culte de la personnalité. La presse est censurée, tandis que la peur d'être arrêté et exécuté paralyse les opposants (une simple offense faite au chef d'État étant même légalement passible de la peine capitale), puisque les agents des services de renseignements sont partout, et la délation étant également monnaie courante.

    Saddam Hussein use aussi de népotisme pour asseoir son pouvoir personnel. Ainsi plusieurs proches issus de son «clan» (fils, frères, demi-frères, oncles, cousins, etc.) nés souvent dans la même ville que lui à Tikrit, sont placés à des hauts postes de responsabilité, notamment au sein de l'armée et des services secrets (la Mukhabarat).
    Néanmoins, cela n'empêche pas le dictateur de faire régner un véritable climat de terreur au sein même de sa propre famille. Ainsi, il n'hésite pas à faire exécuter à leur retour d'exil de Jordanie, ses deux gendres qui étaient alors entrés en dissidence, les frères Hussein et Saddam Kamel, époux respectifs de Raghad et Rana. Il leur avait promis auparavant sa clémence si ceux-ci rentraient dans le rang (des menaces du Raïs sur la vie de leurs proches ayant probablement convaincu également les deux hommes de rentrer en Irak, ce qui n'empêchera pas que leurs père, mère et sœurs soient exécutés par la suite dans la maison familiale).
    Saddam commande un film au réalisateur égyptien Tawfiq Saleh intitulé Les Longs Jours : on y découvre un Saddam Hussein héroïque, qui tente d'assassiner le président Abdel Kerim Kassem, en 1959.


    La prison d'Abu Ghraib est symbolique de l'arbitraire du régime. Les témoins rapportent que les cellules étaient de dimensions réduites (4 × 6 mètres). Elles n'étaient dotées ni d'eau courante, ni de toilettes. Les prisonniers, des opposants au régime, majoritairement des islamistes chiites pro-iraniens, s'entassaient à plusieurs dans ces pièces sans confort. Certains furent exécutés pour «activités religieuses».
    Saddam Hussein a échappé à plusieurs attentats ou tentatives de renversement par la force.


    Économie


    L'Irak disposait d'une économie planifiée, adoptée en 1968 initialement par le plan en cinq ans (plan quinquennal) hérité du régime précédent.
    Le gouvernement baasiste nationalise la compagnie pétrolière Iraq Petroleum Company en 1971 et les revenus pétroliers augmentèrent de 219 millions de dinars en 1972 à 1,7 milliard en 1974, 3,7 milliards en 1978 et 8,9 milliards en 1980. Avec la révolution islamique en Iran, l'Irak devient le deuxième pays exportateur mondial de pétrole. De 1970 à 1980, l'économie irakienne enregistre une croissance de 11,7 %.


    Modernisation de l'Irak


    Dans le même temps, d'énormes progrès au niveau social auront été accomplis sous sa présidence. L'Irak s'industrialise rapidement et devient l'un des pays arabes où le niveau de vie est le plus élevé, avec comme résultat l'émergence d'une véritable classe moyenne.
    En 1973, Saddam lance la «Campagne nationale pour l'éradication de l'illettrisme» un plan ambitieux visant à lutter contre l'analphabétisme. L'école devient gratuite, obligatoire et séculière pour les garçons et les filles. En moins de dix-huit mois, le nombre d'enseignants atteint le nombre de soixante-deux mille personnes, par ailleurs le nombre de filles scolarisées est multiplié par trois. L'Unicef reconnaît que l'Irak a pratiquement éradiqué l'illettrisme et aura poussé la scolarisation des Irakiens à un niveau encore inédit au Moyen-Orient. En 1982, l'Unesco remet un trophée à l'Irak pour l'effort d'alphabétisation dont avait fait preuve le gouvernement à l'égard des filles. Près de 95 % des filles étaient scolarisées.

    En 1977, 70 % des pharmaciens et 46 % des dentistes étaient des femmes. Par ailleurs, une élite intellectuelle et scientifique voit rapidement le jour. L'Unesco explique que :
    « Le système éducatif en Irak avant 1991 était l’un des plus performants dans la région, avec un taux brut de scolarisation proche de 100 % dans l’enseignement primaire et un niveau élevé d’alphabétisation pour les deux sexes. L'enseignement supérieur était de qualité, particulièrement dans les établissements d’enseignement scientifique et technologique, et le corps enseignant compétent et motivé.»

    De par sa jeunesse difficile, il souhaitait que tout le pays sache lire et écrire, car pour lui l'éducation gratuite était un pas de plus vers l'égalité.
    Dans son esprit, l'éducation gratuite concerne aussi bien l'accès à l'école en elle-même, que l'obtention de livres scolaires et la gratuité des moyens de transport. C'est pour cette raison que dans les années 1970 et 1980, le ministère de l'éducation irakien distribue tous les outils nécessaires à une bonne éducation. Les élèves pouvaient se rendre à l'école grâce à des bus qui étaient gratuits, et à la fin de leur année scolaire, tous les élèves recevaient un cadeau, comme des montres pour les collégiens et les lycéens.
    Les frais d'hospitalisation sont dorénavant pris en charge par l'État et des subventions sont accordées aux fermiers. Le système de santé irakien devient l'un des plus modernes et efficaces de tout le monde arabe ; les services publics ne sont pas en reste, car le recrutement se fait dorénavant sur le mérite.


    L'Irak dépendant grandement du pétrole, Saddam tenta de diversifier l'économie en menant un plan d'industrialisation. L'Irak devient donc le premier État arabe à avoir utilisé sa rente pétrolière pour procéder à son industrialisation. Il entreprend la construction de routes, de grands axes autoroutiers et des bâtiments ainsi que le développement d'industries.
    Il lance une révolution énergétique, amenant l'électrification de presque toutes les villes d'Irak (même les villes se situant dans les campagnes ou difficile d'accès). Près de dix mille villages ont été électrifiés en même temps. Par ailleurs, il fait distribuer gratuitement aux Irakiens des réfrigérateurs et des téléviseurs.

    Avant les années 1970, l'Irak était un pays largement rural ; suite aux différentes réformes, l'urbanisation s'étend. Saddam redistribue les terres aux paysans, qui étaient auparavant dans les mains d'une minorité de personnes. Il lance une réforme agraire devant permettre aux fermiers de maximiser le profit de leur exploitation. L'agriculture est donc mécanisée, et les paysans ne sachant pas utiliser les nouvelles machines sont formés par le gouvernement. Cette réforme avait également comme but de mettre fin au féodalisme.

    Il lance également une véritable politique culturelle, il réhabilite et entretient les anciens palais datant de l'Empire Abbasside, l'ancienne cité de Babylone, les palais de Nabuchodonosor, la triple enceinte ainsi que la porte d'Ishtar à Babylone. Il fonde plusieurs musées à Bagdad en vue de rassembler et de conserver le patrimoine historique irakien.

    En 1980, l'Irak était le seul pays arabe en passe d'atteindre l'autosuffisance alimentaire. D'ailleurs sa politique de modernisation ne s'arrêtait pas à l'Irak, car voulant la modernisation du monde arabe, il lance le Fonds national pour le développement extérieur. Il propose que l'augmentation du prix du brut, soit, en partie, consacrée à aider les États arabes les plus pauvres par l'intermédiaire d'un fonds de répartition. Cette proposition est saluée par les citoyens des pays arabes, mais elle est immédiatement rejetée par les émirs du Golfe.

    Sous la direction de Saddam Hussein, l'Irak devient une puissance régionale, en partie grâce aux revenus du pétrole et au soutien à la fois des pays occidentaux et du Bloc de l'Est, mais bénéficiera également du support idéologique des partis socialistes affiliés à la II[SUP]e[/SUP] internationale, qui voient dans le parti Baas l'un des porte-parole d'une prise de conscience socialiste dans les pays du tiers monde, voulant se réapproprier leurs ressources énergétiques dans une démarche «progressiste» et « anti-colonialiste».

    Après la révolution islamique d'Iran qui isole diplomatiquement ce pays, l'Irak est perçu par l'Occident comme une force stabilisatrice pour la région, un barrage territorial et humain qui peut et sera utilisé pour barrer la route aux islamistes vers les richesses de la «corne arabique».

    L'Irak bénéficie alors d'un large soutien international et des pays comme la France et les États-Unis (qui espéraient affaiblir le régime islamiste iranien et ainsi favoriser sa chute) lui fournissent en grande quantité armes et technologies, l'URSS restant toutefois le premier fournisseur d'armement. Le Raïs, qui se prend pour le nouveau Saladin – étant également né à Tikrit – et rêve de prendre la tête du monde arabe par la conquête militaire, est sacré champion de l'Occident. Les Nations unies n'ont jamais enquêté sur les crimes de Saddam Hussein car il était impossible de violer les principes de souveraineté et de non-ingérence dans les affaires intérieures d'un État. Aucune aide internationale ne vint soutenir les victimes kurdes des gazages et de la politique d'extermination.


    Invasion du Koweït et guerre du Golfe (1990-1991)


    Depuis quelques années, plusieurs faits vont pousser Saddam Hussein à être tenté par l'invasion du Koweït.

    D'abord l'Irak, comme pays frontalier de l'Iran, a subi de grosses pertes dans la dernière guerre. Certaines personnes estiment que c'est parce que l'Irak a résisté qu'il a pu protéger les autres pays arabes dont l'Arabie saoudite. L'Irak perçoit mal que ses voisins et frères arabes ne l'aident pas plus dans son effort de reconstruction.

    Ensuite, il y a des divergences sur des champs pétrolifères au sud du pays, avec le Koweït. Ce dernier pays effectue en 1990 un forage à l'horizontale, qui serait supposé prendre le pétrole en territoire irakien. Enfin, on peut citer la colossale dette de l'État irakien, qui avait acheté durant huit ans quantité d'armes les plus sophistiquées possible, ainsi que de nombreux produits de haute technologie coûteux, à la grande satisfaction des puissances industrielles, ravies de trouver là un nouveau débouché commercial, si utile en période de crise économique. Bagdad avait acheté, des années durant, encouragé par les gouvernements occidentaux qui éliminaient les freins à la coopération économique; malheureusement, à la fin de la guerre, les hommes d'affaires furent au rendez-vous, accourant tous à Bagdad dans l'espoir d'être payés. S'ajoute à cela les créanciers du Golfe, demandant eux aussi remboursement.

    Comptant en partie sur la rente pétrolière pour réduire la dette, Saddam Hussein est confronté à la forte baisse des cours qui sévissait depuis 1986. En effet, plusieurs pays pétroliers ne respectent pas leurs quotas annuels, et finalement inondent le marché de surproductions permettant une brutale baisse du prix du baril. Parmi ces pays, on peut citer le petit émirat du Koweït, que l'Irak considérait depuis longtemps comme une de ses provinces, qui produit plus que nécessaire alors qu'il n'a pas d'apparent besoin de liquidités.

    En 1990, Saddam Hussein décide l'invasion du Koweït. Dans un premiers temps, l'ambassadeur des États-Unis transmet que «les États-Unis n'ont pas d'opinions sur la question [d'une invasion du Koweït]», ce qui équivaut à un agrément par tolérance en langage diplomatique. Saddam Hussein envahit donc le Koweït. Les États-Unis réévaluent la situation, puis affichent leur opposition à cette annexion.

    Lors d'une séance à l'ONU, les États-Unis plaident en faveur d'une intervention armée tandis qu'«une jeune femme koweïtienne en larmes raconte les cruautés des armées irakiennes : viols de femmes, exécutions sommaires, vol de couveuses dans les hôpitaux (ce qui condamne les enfants prématurés). L'ONU approuve la guerre du Golfe (1990-1991), qui se termine par une défaite de l'Irak. Cependant, les forces de la coalition préfèrent «contenir» le régime irakien, plutôt que de risquer de déstabiliser le golfe Persique. Ainsi, les armées coalisées prennent le contrôle du nord et du sud de l'Irak, mais ne poussent pas leur avantage militaire jusqu'à Bagdad. Saddam Hussein reste au pouvoir et mate une rébellion, les coalisés n'agissant pas. L'ordre est rétabli dans le centre de l'Irak sous le contrôle de Saddam.


    L'Irak sous embargo international (1991-2003)


    Un blocus économique est mis en place sur décision de l'ONU pendant douze ans (le programme "Pétrole contre Nourriture"), mais il échoua à renverser Saddam Hussein. Ce blocus, ou l'usage qu'en faisait Saddam Hussein, aurait provoqué en douze ans la mort de cinq cent mille à un million d’enfants, selon les Nations unies. L'Unicef annonçait un chiffre de 200 000 morts par an.

    Saddam Hussein mate les rébellions dans le sang (il aurait même, selon certaines sources, utilisé des gaz de combat), notamment l'insurrection d'islamistes chiites pro-iraniens dans le Sud, où il saccage, avant de les assécher plus tard, les marais de Mésopotamie où se dissimulaient les rebelles, sous les yeux des forces internationales qui refusent d'intervenir.
    Il conserve le pouvoir sur son peuple, mais le pays reste contrôlé par les forces de la coalition et l'ONU. Seul le Kurdistan irakien, dans la partie nord du pays, échappe à sa surveillance, devenant de facto indépendant dès cette époque, en raison de l'action militaire des États-Unis en faveur des rebelles.


    Cette période est celle d'une évolution d'un l'Irak laïc vers un Irak plus religieux : construction de plusieurs mosquées, dont l'une qui devait être la plus grande du monde (vers l'aéroport et quartier Al-Mansour), images de Saddam Hussein priant (bien que ça n'était pas nouveau), écriture du Coran avec son sang, prohibition plus sévère de l'alcool, suppression de la prostitution... Toutefois, même à cette époque (1998), on pouvait encore voir à Bagdad, dans la rue ou dans les bureaux, des jeunes femmes en minijupes converser avec des camarades presque entièrement voilées.
    Les biens de Saddam Hussein ont été gelés par une décision de l'ONU en 2002, notamment ses deux villas azuréennes de Mougins et de Cannes. Le gouvernement irakien a demandé à en devenir titulaire.

    Le massacre des Kurdes


    Le régime est l'auteur du massacre de plusieurs milliers de Kurdes (certaines estimations avancent le chiffre d'un million de morts), essentiellement dans les villages dirigés par l'Union patriotique du Kurdistan (UPK), alors soutenue par l'Iran.

    Dès 1963, la population kurde est persécutée et massacrée : 4 500 villages sont détruits, des mines antipersonnel sont dispersées dans la région et les terres agricoles sont dévastées.

    Le 11 mars 1974, Saddam Hussein signe avec les deux Partis «autonomistes / indépendantistes» PDK et UPK Kurdes un accord relatif à l'autonomie du Kurdistan irakien, avec la «Loi pour l'autonomie dans l'aire du Kurdistan», qui stipule notamment que «la langue kurde doit être la langue officielle pour l'éducation des Kurdes». Cette loi permet aussi l'élection d'un conseil législatif autonome, qui contrôle son propre budget. Cependant, 72 des 80 membres élus de ce conseil de la première session d'octobre 1974 ont été sélectionnés par Bagdad.
    En octobre 1977, la totalité du conseil est choisie par le régime.


    Pendant la guerre contre l'Iran, en raison du soutien alors accordé par cet État à l'Union patriotique du Kurdistan (UPK), les Kurdes sont dans leur ensemble accusés d'être des «traîtres à l'Irak» et des «saboteurs», ce qui aurait justifié le lancement de l'opération Al-Anfal qui a été mise en œuvre entre le 23 février 1988 et le 6 septembre 1988. L'opération Al-Anfal se déclina en une série de 6 opérations visant 6 régions différentes du Kurdistan.
    Ainsi, le "Premier Anfal" qui ciblait les régions de Sergalou et Bergalou a eu lieu entre le 23 février et le 19 mars 1988, tandis que le sixième Anfal, dit «Anfal final», qui ciblait la région du Badinan, se déroula du 25 août au 6 septembre 1988. Ali Hassan al-Majid, dit «Ali le Chimique», a reconnu, lors de son procès, avoir ordonné à l'armée d'exécuter tous les Kurdes qui ignoreraient l'ordre d'évacuation de leurs villages.


    L'opération Al-Anfal aurait abouti à la disparition d'environ 182 000 Kurdes(une des opérations d'Al-Anfal aurait «provoqué l’exode vers la Turquie de près de 100 000 civils», selon Kendal Nezan, qui écrit aussi qu'il y aurait eu 400 000 morts en quinze ans, sans que l'on sache ce que ces chiffres recouvrent). Le Tribunal spécial irakien a jugé Ali Hassan al-Majid coupable du massacre de 182 000 Kurdes. Le 24 juin 2007 Ali Hassan al-Majid, surnommé «Ali le Chimique», et deux autres anciens hauts dignitaires du régime de Saddam Hussein ont été condamnés à la peine de mort par pendaison pour le génocide commis contre les Kurdes au cours de cette opération Anfal.

    L'ONG américaine Human Rights Watch estime quant à elle qu'il aurait eu environ 100 000 "Kurdes non combattants" tués au cours de cette opération, selon une enquête effectuée et publiée dans les années 1990. En décembre 2005, une cour de La Haye a qualifié cette campagne de «génocide» lors du procès d'un industriel ayant exporté des produits chimiques vers l'Irak de Saddam Hussein.


    Le 16 mars 1988, cinq mille Kurdes meurent dans la ville de Halabja et les bombardements provoquent trente mille à quarante mille contaminations. À l'époque, Washington, et au moins aussi certains Kurdes du Parti démocratique du Kurdistan (PDK) soutenu à l'époque par l'Irak, avait soutenu la thèse que l'Iran et non l'Irak était à l'origine de ce massacre, les USA n'ayant accusé l'Irak de ce crime qu'à partir d'août 1990 ; Tarek Aziz l'a également déclaré, dans une interview qu'il avait accordé à un journaliste américain et qui a publié ses déclarations dans un livre paru aux USA au début des années 2000, indiquant notamment, pour appuyer ses dires, que les gaz de combat employés, gaz dont la nature peut être déterminée à partir des photographies des victimes prises, étaient d'un type de ceux qu'utilisaient l'armée iranienne, et que ne possédaient pas l'armée irakienne.
    La coalition américano-britannique aurait trouvé, entre 2003 et 2005, 288 charniers contenant quelque 300 000 corps de personnes exécutées par le régime baasiste. Le 13 décembre 2004 aurait été découverte une fosse contenant près de cinq cents cadavres, dont ceux de femmes et d'enfants, dans les environs de Souleimaniye.


    À la suite de l'utilisation d'armes chimiques, deux millions de civils terrorisés, majoritairement kurdes, mais aussi arabes chiites et assyro-chaldéens, s'enfuient à partir du printemps 1991 vers les pays voisins de l'Irak. Saddam Hussein réussit à vider ces régionset à les soumettre à sa dictature. Des milliers d'individus accusés de séparatisme (Kurdes) ou d'intelligence avec l'ennemi (islamistes pro-iraniens) sont déportés, torturés ou massacrés à la frontière avec la Turquie et dans tout le pays.


    La chute (2003)


    Le 20 mars 2003, les États-Unis et leurs alliés (principalement le Royaume-Uni) attaquent l'Irak et le régime de Saddam Hussein et le renversent lors d'une guerre éclair (mars-avril 2003).
    Le motif invoqué par le président américain George W. Bush pour l’attaque du pays est la détention par l'Irak d'armes de destruction massive. Cette guerre n’a pas reçu de mandat de l’ONU: la décision devait être prise à l'unanimité des membres du Conseil de Sécurité. Il manquait les voix de la France et de la Russie. Un rapport officiel publié en octobre 2004 par Washington conclura que le régime de Saddam Hussein ne possédait pas d'armes de destruction massive bien que plusieurs tonnes de produits toxiques et cinq cents obus à charge chimique aient été trouvés.
    L'autre motif invoqué est la reconstruction d'un Moyen-Orient cultivant la «démocratie» au lieu de la tyrannie. Toutefois, selon de nombreux analystes et intellectuels, les intérêts financiers de l'industrie pétrolière américaine en général et de la famille Bush en particulier ne seraient pas étrangers à cette invasion.


    La chute de Bagdad, le 9 avril 2003, marque la fin officielle du régime baasiste en Irak et l'entrée dans la clandestinité de Saddam Hussein et de nombreux responsables baasistes, bien que certain d'entre eux, tel Tarek Aziz, se soient volontairement livrés aux forces d’occupation. Après plusieurs mois passés dans la clandestinité, Saddam Hussein est arrêté dans une cave par l'armée américaine à Tikrit dans la nuit du 13 au 14 décembre 2003.
    Il est rapidement «exhibé» avec les cheveux et la barbe hirsutes aux médias par l'armée américaine, avec pour objectif de saper le moral des groupes armés proches du parti Baas.
    En réalité, ces photos furent peut-être bien accueillies par beaucoup de chiites et de sunnites salafistes, mais elles semblent avoir profondément choqué les sunnites baasistes, qui les auraient perçues comme une insulte à, ou comme une humiliation de, la Nation irakienne tout entière, ainsi que les résultats de toutes les élections dans les provinces à majorité sunnite l'ont ensuite montré, et n'auraient en conséquence fait que renforcer la grande majorité des sunnites dans leur détermination à lutter, d'une façon ou d'une autre, contre l'occupant




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    Nom de la page : République d'Irak (1968-2003)
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    Source : Article République d'Irak (1968-2003) de Wikipédia en français (auteurs)
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    [h=1]Guerre du Golfe (1990-1991)[/h] ​
     
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    titegazelle سُبحَانَ اللّهِ وَ بِحَمْدِهِ Membre du personnel

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    Guerre du Golfe (1990-1991)


    La guerre du Golfe de 1990-1991 ou guerre du
    Koweït, est un conflit qui opposa l'Irak de Saddam Hussein à une coalition de 34 États, soutenue par l'Organisation des Nations unies entre 1990 et 1991. La victoire prévisible de la coalition entraîna la libération du Koweït dont l'invasion en 1990 par l'armée irakienne avait provoqué le déclenchement du conflit. Cette guerre se place dans une série de conflits ayant touché la région du golfe Persique à partir des années 1980 : la «première guerre du Golfe» désigne généralement la guerre Iran-Irak de 1980-1988 et la «troisième guerre» référant à la guerre d'Irak menée à partir de 2003 par les États-Unis, le Royaume-Uni et d'autres pays coalisés contre l'Irak.

    Lors de la guerre du Golfe de 1990-1991, la coalition internationale utilisa sa suprématie aérienne pour détruire le complexe militaro-industriel de l'Irak. Ensuite une attaque terrestre limitée lancée à partir de l'Arabie saoudite pulvérisa les forces armées irakiennes ; les pertes, très réduites par rapport aux prévisions de la coalition, furent dues pour un quart au feu ami.

    Causes du conflit


    L'Irak de Saddam Hussein sort avec une industrie pétrolière exsangue et une dette pharaonique (150 % du Produit Intérieur Brut) de la longue et coûteuse guerre qui l'opposa à l'Iran.

    L'énorme diminution des exportations de pétrole de ces deux pays de l'OPEP est autant de bénéfices pour l'Arabie saoudite et le Koweït, auprès desquels l'Irak est respectivement endetté à hauteur de 45 milliards de dollars américains et de 15 milliards de dollars. Saddam Hussein exige des deux pays arabes non seulement l'annulation de ces dettes, mais aussi un don d'une valeur égale, et menace de représailles armées en cas de désaccord. La reconversion de l'économie de guerre en économie de marché s’opère lentement en Irak.

    Le Koweït dont
    Bagdad se voulait déjà souverain en 1958 et qui avait réchappé aux menaces du Général Kassem qui revendiquait "le territoire koweïtien comme partie intégrante de l'Irak" juste après la pleine indépendance déclarée le 19 juin 1961 grâce aux appuis britannique et arabe, suscite l'ire de Saddam Hussein. Une diminution du cours du baril de pétrole brut d'un seul dollar fait perdre 1 milliard de dollars par an à l'Irak. Or le Koweït, qui restreint l'accès irakien au Golfe Persique et à fortiori à la mer, produit de plus en plus de pétrole et ne respecte même pas ses quotas. L'ultime casus belli arrive lorsque le Koweït est accusé de forer du côté irakien de la frontière entre les deux pays.

    Le 25 juillet 1990, Saddam Hussein rencontre l'ambassadeur américain à Bagdad, April Glaspie. Celle-ci, bien au fait de ce qui se prépare ("nous constatons que vous avez amassé des troupes nombreuses à la frontière"), lui laisse entendre que "les États-Unis n'ont pas d'opinion sur les conflits opposants deux pays arabes". Le 30 juillet, une réunion de médiation est organisée à Djeddah ; elle échoue.


    Déroulement


    On peut distinguer quatre phases :

    Effectifs des belligérants
    Effectifs et équipements de l'armée irakienne au Koweït et dans la région :

    Effectifs de la coalition : 938 545 hommes

    • États-Unis : 535 000 hommes, 80 navires, 6 porte-avions, 2 navires-hôpitaux, des sous-marins, 1 350 avions, 1 500 hélicoptères, 1 000 chars d'assaut, 2 000 blindés, 1 800 pièces d'artillerie
    • Arabie saoudite : 118 000 hommes, 21 navires, 145 avions, 550 chars d'assaut, 1840 blindés, 500 pièces d'artillerie
    • Turquie : 95 000 hommes, 92 avions dont 42 envoyés en renfort par l'OTAN (surveillance de la frontière, n'a pas participé au combat)
    • Royaume-Uni : 36 000 hommes (terre : 29000, air : 4000, mer : 3000), aidés de 78 avions, 80 hélicoptères, 23 navires, 180 chars d'assaut, 300 blindés légers et 76 pièces d'artillerie (SAS dans la guerre du Golfe)
    • Égypte : 35 600 hommes (Corps expéditionnaire égyptien durant la deuxième guerre du Golfe), 300 chars d'assaut, 100 blindés légers, plusieurs pièces d'artillerie
    • Émirats arabes unis : 40 000 hommes, confortés de 15 navires, 80 avions et 200 blindés
    • Oman : 25 500 hommes, auxquels s'ajoutent 4 navires, 63 avions et 50 chars)
    • Syrie : 20 800 hommes, 300 blindés
    • France : 19 000 hommes (terre: 12 000, air: 1 160, mer: 2 400, réserves à Djibouti: 3400), 15 navires, 60 avions, 120 hélicoptères, 40 chars d'assaut, 100 chars légers, 600 blindés, 18 pièces d'artillerie (Opération Daguet)
    • Koweït : 22 000 hommes, 15 avions et 34 hélicoptères
    • Maroc : 17 000 hommes, quelques chars
    • Pakistan : 10 000 hommes
    • Allemagne : 5 navires, 18 avions, équipements radars déployés en Turquie dans le cadre de l'OTAN, divers équipements militaires envoyés en Israël pour sa protection (des blindés de détection de gaz toxiques, 10 hélicoptères, 2 sous-marins, des missiles, etc.) (n'a pas participé directement au conflit contre l'Irak)
    • Bahreïn : 7 400 hommes
    • Bangladesh : 6 000 hommes
    • Canada : 2 700 hommes (Opération Friction : 3 navires, 37 avions, un Hôpital de campagne)
    • Italie : 1 950 hommes, 5 navires, 22 avions
    • Nigeria : 500 hommes
    • Niger : 800 hommes
    • Argentine : 900 hommes, 2 navires
    • Australie : 600 hommes, 3 navires, 2 unités médicales
    • Nouvelle-Zélande : 2 avions de transport, 1 unité médicale de 40 personnes
    • Espagne : 500 hommes, 7 navires
    • Sénégal : 495 hommes (dont 92 tués dans un crash d'un C-130 de l'armée saoudienne)
    • Belgique : 400 hommes, 5 navires, 12 avions et des munitions pour les alliés (N'a pas participé aux opérations contre l'Irak, 12 F-16 en défense en Turquie.)
    • Corée du Sud : 1 avion de transport, 1 unité médicale,
    • Pays-Bas : 400 hommes, 3 navires, des équipements radars
    • Grèce : 200 hommes, 1 navire
    • Sierra Leone : 200 hommes
    • Honduras : 150 hommes
    • Hongrie : 1 unité médicale de 37 personnes
    • Danemark : 1 navire, 1 unité médicale, des missiles déployés en Turquie dans le cadre de l'OTAN
    • Norvège : 1 navire
    • Portugal : 1 navire
    • Pologne : 1 hôpital de campagne de 130 personnes, 2 navires-hôpitaux
    • Roumanie : 1 hôpital de campagne de 360 hommes, 1 unité de décontamination chimique de 160 hommes
    • Suède : 1 hôpital de campagne avec 525 personnes
    • Tchécoslovaquie : 1 unité de lutte anti chimique forte de 300 hommes, protégée par 37 soldats
    • Singapour : 35 médecins militaires
    Une des particularités de la guerre est le nombre important de pays (34) y ayant participé, qui plus est, tous à l'encontre du camp irakien. Les besoins en pétrole satisfaisant un nombre croissant de pays, le paroxysme de l'anti-impérialisme, des mouvements pour la paix et la démocratie expliquent une telle intervention. Cela faisait plus de 23 ans et la guerre des 6 jours qu'aucune annexion ne s'était produite.
    La
    guerre civile libanaise touche à sa fin et l'URSS s'est retirée d'Afghanistan. De plus l'Union soviétique, et par ricochet, les États-Unis, membres du conseil permanent de l'ONU, cessent d'user de leur veto. Cette première en a fini des antagonismes Est-Ouest et est démocratique dans le cadre de la perestroïka et de la glasnost.
    Les États-Unis tirent profit de sa
    décomposition pour montrer que le futur leader d'un monde unipolaire est proche de l'ONU et aspire à la paix et à la démocratie. La peur qu'un régime communiste profite de la guerre pour se mettre en place est inexistante chez les capitalistes, et réciproquement. Quant à l'arrivée d'un régime islamiste hostile aux occidentaux, la faible influence de l'Iran et les bonnes relations en façade entre la république islamique du Pakistan et les États-Unis la rendent peu redoutée. La volonté pour les États-satellites de l'URSS de démontrer leur aptitude à intervenir sans Moscou est également un facteur d'intervention.


    Conséquences

    Pertes

    Le «brouillard de guerre» rend les estimations des pertes humaines irakiennes très approximatives.
    Pertes militaires irakiennes

    • 100 000 morts selon la Coalition, 20 000 morts et 60 000 blessés selon l'Irak, entre 3 000 et 5 000 morts et entre 8 000 et 15 000 blessés selon plusieurs experts. 175 000 prisonniers de guerre annoncés à la fin du conflit, chiffre réévalué à 86 000 dont 2 500 blessés.

    • 139 avions (plus 114 réfugiés en Iran), 8 hélicoptères, 74 bateaux, 2 089 chars, 856 véhicules de transport, 2 140 pièces d'artillerie. Un total de 40 victoires aériennes alliés a eu lieu, 27 par des missiles AIM-7M, 10 par des missiles AIM-9M/P, 2 hélicoptères détruits au canon par des A-10, un autre détruit en vol par une bombe à guidage laser tirée depuis un F-15E Strike Eagle.
    Pertes militaires alliées
    Au total, dans toute l'opération "Desert Storm", les pertes alliées au combat comprenaient 240 morts et 776 blessés, qu'il convient d'additionner avec les 138 soldats tués et 2 978 blessés hors combat, dans divers accidents, depuis "Desert Shield" ; 41 militaires alliés étaient par ailleurs prisonniers des Irakiens. 81 aéronefs (dont 48 américains, 7 britanniques et 3 saoudiens) sont détruits

    • États-Unis : 148 morts, 458 blessés, 60 avions (34 abattus, 26 accidentés), 15 hélicoptères, 18 chars M1 Abrams, 20 VCI M2/M3 Bradley (dont 17 détruits par des tirs fratricides), une pièce d'artillerie, deux navires (USS Tripoli et USS Princeton) sont mis hors de combat par des mines.
    • Royaume-Uni : 6 morts, 6 blessés, 7 avions.
    • Arabie saoudite : 18 morts, 20 blessés, 2 avions.
    • Contingents Arabes : 13 morts, 43 blessés.
    • France : 3 morts, 27 blessés, 2 avions, 2 hélicoptères Gazelle (pertes des aéronefs accidentelles).
    • Italie : 1 avion.
    • Sénégal : 92 morts dans un crash d'un Lockheed C-130 Hercules de l'armée saoudienne le 21 mars 1991, 8 blessés.
    Pertes civiles en Irak et conséquences à long terme
    On n'a aucun chiffre officiel sur les pertes civiles irakiennes, mais il faut différencier les morts directement dues aux bombardements («dégâts collatéraux») des morts causées par la destruction d'infrastructures civiles (installations électriques, services de distribution d'eau potable, etc.). En tout, on estime en général le bilan à 50 000 à 130 000 morts chez les civils, dont plus de 30 000 dans l'insurrection en Irak de 1991 après le cessez-le-feu. Une source non confirmée, la Bibliothèque des Émeutes, annonce un bilan de 750 000 morts dans cette guerre civile.

    Selon le colonel Kenneth Rizel (2001), l'application de la théorie des cinq cercles du colonel John A. Warden III durant la guerre, en ciblant les infrastructures matérielles et en préconisant l'usage de bombardements stratégiques couplés à des bombes guidées, aurait fait preuve d'un succès indéniable, bien que moralement problématique. Ainsi, selon lui, cette campagne aérienne a permis d'éviter nombre de «dégâts collatéraux», ne faisant que 3 000 morts chez les civils de façon directe malgré le largage de 88 000 tonnes de bombes en 43 jours (ce qui est davantage que ce qui fut largué en 1943 par les Alliés).

    En revanche, la destruction des usines hydroélectriques et autres installations électriques, qui a permis d'anéantir les capacités de
    command and control de l'armée irakienne, a provoqué l'explosion d'épidémies de gastroentérites, de choléra et de typhoïde, en empêchant le fonctionnement des centres de traitement d'eau potable et d'eau usagée. Peut-être 100 000 civils sont ainsi morts indirectement, selon lui, tandis que le taux de mortalité infantile doublait. L'organisation mondiale de la santé (OMS) n'enregistrait aucun cas de choléra en 1990, plus de 1 200 en 1991 et plus de 1 300 en 1994. La prévalence de la typhoïde était passée d'environ 1 600 cas en 1990 à plus de 24 000 en 1994.

    Le rapport d'une mission de l'ONU, dirigée par le sous-secrétaire Martti Ahtisaari et envoyée en mars 1991 pour évaluer les besoins humanitaires de l'Irak, décrivait l'état du pays comme «quasi-apocalyptique».

    Un autre rapport de l'ONU, de 1999, soulignait les effets à plus long terme de cette campagne de bombardements ayant anéanti la plupart des infrastructures nécessaires à la survie de la société (eau, électricité, hôpitaux, etc.). Selon ce rapport, le taux de mortalité à l'accouchement était passé de 50 pour 100 000 en 1989 à 117 en 1997, tandis que le taux de mortalité infantile (compris pour inclure les enfants de moins de 5 ans), passait pendant la même période de 30 pour 1 000 à plus de 97 pour 1 000; entre 1990 et 1994, il avait été multiplié par 6. Avant la guerre, en 1990, l'Irak produisait environ 8 900 millions de watts ; en 1999, ce chiffre avait été réduit à 3 500. Cette réduction est due à la fois aux bombardements aériens et aux sanctions économiques appliquées ensuite par l'ONU (résolution du Conseil de sécurité de l'ONU n[SUP]o[/SUP] 661 ; la résolution 687 d'avril 1991 permettait l'envoi de denrées alimentaires et de fournitures médicales, mais pas des matériau nécessaires à la reconstruction du réseau électrique et d'eau potable).

    La difficulté essentielle tient à la distinction entre les morts indirectes causées par les bombardements et celles causées par les sanctions, qui ont empêché la reconstruction du pays.


    Pertes civiles dans les autres pays

    • Koweït : 1 082 morts durant le conflit, 625 disparus, 400 tués par engins explosifs en 1991 (durée estimée pour un déminage total : 20 ans), milliers de blessés.
    • Jordanie : 14 morts, 26 blessés (chauffeurs de poids-lourds pris dans les bombardements alliés sur la route Amman-Bagdad).
    • Israël : 2 morts et 304 blessés par tir de Scud Irakien sur le pays qui est resté neutre.
    • Arabie saoudite : 2 morts, 76 blessés.
    Autres préjudices humains

    La guerre du Golfe a généré une nouvelle entité pathologique : le syndrome de la guerre du Golfe.
    Par ailleurs, l'utilisation d'uranium appauvri par la Coalition porte à polémique sur la santé des militaires des deux camps et de la population locale.

    Coût du conflit
    Les pertes économiques, les dépenses militaires et les conséquences écologiques de ce conflit relativement court mais de haute intensité sont énormes.

    Coût financier
    Le Quid 2000 indique :
    - Irak : 500 milliards de dollars de destructions pour faits de guerre depuis 1980 en incluant la guerre Iran-Irak (300 milliards de destructions militaires et 200 de destructions civiles), plus 200 de réparations dues à l'Iran et au Koweït. La dette concernant les fournisseurs étrangers dépassant les 50 milliards a été effacée en grande partie après la chute du régime de Saddam Hussein en 2003.
    - Koweït : 20 milliards de dollars de destructions.
    - États-Unis : 61,1 milliards de dollars de dépenses militaires, dont 43,1 furent remboursés par des pays alliés (Arabie saoudite : 16,8 ; Koweït : 11,1 ; Japon : 9,4 ; Allemagne : 6,6 ; Émirats : 4 ; Corée du Sud : 0,17 ; autres états : 0,02).
    - Arabie saoudite : 60 milliards de dépenses militaires et d'aides économiques.
    - France : 1,2 milliard de $ de dépenses militaires, plus pertes des exportations en Irak estimé à 3 milliards.
    - Royaume-Uni : 1,23 milliard de $ de dépenses militaires, 1,7 milliard de pertes économiques.
    - Turquie : 7 milliards de $ pertes économiques, 2,4 milliards d'aide de la part de l'Arabie saoudite, du Koweït, de l'Allemagne et de la CEE.
    - Jordanie : 3 à 4 milliards de pertes économiques.
    L'ensemble des nations arabes a estimé au total les pertes financières à 800 milliards de $.

    1,88 milliard de gallons d'essence ont été consommés sous la juridiction du U.S. Central Command durant les opérations Desert Shield et Desert Storm entre le 10 août 1990 et le 31 mai 1991. Soit 44,8 millions de barils en 295 jours.

    Bilan écologique


    En plus des destructions dues à tout conflit militaire et de l'impact sanitaire de l'uranium appauvri, il y eut un désastre écologique régional dû à l'incendie de 732 puits de pétroles koweïtiens par les forces irakiennes qui voulaient ainsi obscurcir le ciel dans l'idée de gêner l'activité aérienne de la Coalition et de nuire à l'économie mondiale, environ 20 millions de tonnes de pétrole furent déversées dans le sol.

    Sur le quart sud du Koweït, une fumée noire s'éleva à 600 mètres du sol. La visibilité fut réduite de 25 à 4 km dans la région et il y eut une chute de la température jusqu'à -10 °C. Les conditions météorologiques furent modifiées jusqu'à 500 km à la ronde. Des traces de fumée furent retrouvées sur l'Himalaya. Le dernier puits fut éteint le 6 novembre 1991.
    Lors de la marée noire due à l'ouverture volontaire du terminal de Mina al Ahmadi par l'Irak le 20janvier1991, 800 000 tonnes de pétrole brut se répandirent dans le golfe Persique et polluèrent les côtes koweïtiennes, saoudiennes et iraniennes. Un bombardement mené par des F-111 de l'USAF pour limiter l'écoulement du brut et incendier le pétrole ainsi que les mesures prises telles que des barrages flottant ont limité les dégâts.


    Dans la culture populaire
    - Les jeux vidéo Conflict: Desert Storm etConflict: Desert Storm II s'inspirent de la guerre du Golfe.
    - Jarhead, film de guerre américain réalisé par Sam Mendes en 2005.


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    Nom de la page : Guerre du Golfe (1990-1991)
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    Source : Article Guerre du Golfe (1990-1991) de Wikipédia en français (auteurs)
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