Histoire d'un mythe

Discussion dans 'Info du bled' créé par freil, 12 Mars 2006.

  1. freil

    freil Libre Penseur

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    par Jean Daniel,cofondateuret directeur du Nouvel Observateur

    TANGER, étincelante et trouble sous le vent et dans le froid. Séminaire, en marge d’un salon du livre, sur le rôle des médias. Et la célébration du cinquantenaire de l’accession du Maroc à l’indépendance, date qui est d’ailleurs aussi celle de l’émancipation de la Tunisie. Moments importants sans lesquels on ne peut rien comprendre aux rapports d’aujourd’hui entre la France et le Maghreb.
    J’ai toujours souhaité que nos historiens ramassent en une synthèse qui deviendrait vite saisissante une période dont je dirais qu’elle commence avec la déposition du sultan du Maroc Mohammed V, en août 1953, et se termine avec le retour de ce même sultan en novembre 1955.

    Entre ces deux dates, surviennent en effet rien de moins que la défaite de Dien Bien Phu (15 avril 1954), les accords de Genève sur le Viêt-nam (7 mai 1954), la déclaration de Carthage sur l’autonomie interne de la Tunisie (31 juillet 1954) et le déclenchement de l’insurrection algérienne (1er novembre 1954) ! Ce sont des moments de vraie rupture de la nation française avec son empire. La conclusion n’aura lieu qu’après les sept années, longues et terribles, de la tragédie algérienne.

    C’est un fait que la déposition du sultan Mohammed V - que l’on expédie à Madagascar parce qu’il refuse de désavouer l’Istiklal, parti de l’indépendance - constitue une manifestation d’autorité incroyablement suicidaire. Autant, sinon plus, que l’assassinat du leader syndicaliste tunisien Ferhat Hached le 5 décembre 1952, le coup d’Etat des militaires français à Rabat fait exploser le Maghreb et secoue le monde arabe. En tout cas, en faisant du sultan un martyr, elle assure la pérennité de la dynastie alaouite au-delà de l’indépendance.

    Naturellement, on peut tout expliquer par la bêtise des hommes et l’aveuglement des intérêts. La bêtise, en l’occurrence celle des militaires, était d’autant plus choquante qu’ils avaient eu la chance, jadis, de compter parmi eux un homme d’exception, Hubert Lyautey, qui n’était pas encore maréchal mais qui avait compris qu’un protectorat avait une fin et que les protégés seraient tentés de se délivrer de leurs protecteurs. Je ne prétends pas à la compétence de l’historien du réel mais simplement à l’instinct du chroniqueur des mythes. Question posée au séminaire de Tanger à deux sociologues marocains : peut-on oser dire que la colonisation, en dépit des humiliations et des horreurs, a eu un aspect positif ? Réponse des sociologues : oui, Lyautey. Rien ne me paraît plus fascinant que le mythe qui a été créé aotour de cet officier aristocrate qui ne plaçait aucune valeur au-dessus de la monarchie, de la tradition et du nationalisme. Aussi exaltait-il le culte que les Marocains vouaient à ces valeurs.
    En langage d’aujourd’hui, on pourrait dire que c’était le contraire d’un universaliste ou d’un évangélisateur. Il ne voulait apporter ni la démocratie, ni le christianisme. Il ne s’accordait aucun « droit d’ingérence » dans la souveraineté intérieure du peuple marocain mais il s’imposait un « devoir d’assistance » pour favoriser, chez les Marocains, tout ce qu’il regrettait que la France de l’Ancien Régime ait perdu avec la Révolution.
    Ce rude colonisateur (il disait volontiers que l’on ne colonise pas avec des pucelles) n’était somme toute pas colonialiste. Il estimait que les Français devaient quitter le Maroc après avoir restitué son unité et consolidé ses traditions. Et il a fait régner cette mentalité jusqu’à son départ en (date).
    Tout devait se précipiter avec la capitulation de la France en 1940, puis le débarquement américain au Maroc en 1942 et le conseil pressant de Roosevelt à Mohammed V de réclamer désormais l’indépendance de son pays. On s’est alors arrimé à l’orgueil impérial parce que l’on avait le sentiment que c’était ce qui avait le mieux survécu de la France dans l’esprit des étrangers. Je défends depuis longtemps la thèse controversée selon laquelle lorsque l’on dépose le sultan Mohammed V en 1953, c’est en partie l’identité impériale de la nation que l’on a l’illusion de sauvegarder. C’est cette identité qui va être mortellement blessée à Dien Bien Phu puis metamorphosée à Carthage.
    Sans doute un redressement de l’orgueil national est-il un moment apparu avec le volontarisme de Mendès France. Au lieu de subir et de réprimer les révoltes coloniales, on prétendait préparer et maîtriser un avenir avec l’une des anciennes colonies. D’ailleurs, le vrai commencement de la décolonisation française a bien eu lieu à Carthage, en 1954, et les colonisés ne s’y sont pas trompés.
    A Genève, en 1954, grâce à la Chine et à la Russie, le partage du Viêt-nam avait paru un moment sauver la face. Personne n’en espérait autant après le désastre de Dien Bien Phu. Mais à Carthage, on lâchait prise. On faisait en Tunisie ce que Lyautey avait recommandé que l’on fît au Maroc. On donnait au concept de protectorat sa signification littérale. Le même processus aurait peut-être pu se dérouler en Algérie si l’on avait installé, comme le désirait Napoléon III, un « royaume d’Alger ».
    Les nationalistes maghrébins ont-ils tenu les promesses faites à leur peuple ? Ils n’ont pas su faire le Maghreb uni. Ils s’accommodent de conflits déshonorants comme celui du Sahara, qui a conduit à fermer les frontières entre l’Algérie et le Maroc, laissant à leurs historiens le soin de rappeler qu’il y avait eu jadis un « royaume de Tlemcen et de Fès ». Le despotisme de leurs dirigeants n’est pas toujours éclairé. Pour ne parler aujourd’hui que du Maroc d’où, une fois encore, je reviens, la lutte entamée contre l’analphabétisme et la pauvreté ne remporte pas encore de résultats visibles. Les ressources qui ont augmenté proviennent surtout du tourisme et des fonds envoyés par les immigrés à leur famille.
    On sait que ce merveilleux pays ne ressemble pas aux autres. La même dynastie y règne depuis treize siècles. Il n’a jamais été conquis par les Ottomans et il a occupé une partie de l’Espagne pendant plusieurs siècles. Les Berbères, arabisés ou pas, y sont majoritaires. Enfin, ce pays dit méditerranéen est surtout bordé par l’Atlantique. Tout cela donne une configuration que ni l’arabité ni l’islam n’ont réussi à uniformiser. Un Marocain n’est ni un musulman ni un arabe comme les autres. Reste que le pays n’a pas de pétrole comme l’Algérie, que sa position dans le détroit de Gibraltar a perdu son intérêt stratégique et qu’il est moins convoité par les Américains et les Chinois que le grand voisin algérien. Tout cela est vrai et il faut y ajouter tout ce que ce numéro apporte comme informations sur le Maroc moderne.
    Mais je voudrais dire qu’en 2007, il y aura des élections dont on dit déjà qu’une coalition plus ou moins islamiste les remportera. La lutte contre la corruption sera sans doute engagée par des hommes intègres et puritains. Alors, je me contente d’espérer une seule chose, c’est que le Maroc reste alors aussi envoûtant et prometteur qu’il l’est aujourd’hui en dépit de tous ses travers. J.D.

    Paru sur archquo.nouvelobs.com
    Article proposer par AGHILASSE

     
  2. Friend

    Friend Bannis

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    Re : Histoire d'un mythe

    Le chantage du Nouvel Obs
    L’hebdomadaire français de Jean Daniel a soumis avant publication à l’attention des autorités marocaines un ensemble d’articles qui tirent à boulets rouges sur le Royaume et ses institutions. Une démarche non dénuée d’arrière-pensées.


    Réputé journal sérieux, Le Nouvel Observateur s’est livré à un jeu pour le moins trouble et inédit. Jugez-en. Les responsables du magazine français ont faxé, lundi 6 mars, un ensemble d’articles consacrés au  Maroc au siège de Sochepress à Casablanca. L’expéditeur a ensuite demandé à son distributeur d’adresser le dossier au ministère de la Communication pour savoir si les articles en question après lecture ne seront pas censurés une fois publiés dans les prochaines éditions de la revue ! « Du jamais vu dans les annales de la presse du moins crédible», affirme un membre du cabinet du ministre de la Communication.  Le procédé est en effet  original, si l’on ose dire. Mais qu’est-ce qu’ils ont de si spécial les articles en question pour donner lieu à cette procédure de “censure préalable“ ?  Justement l’opération du Nouvel Obs dégage des relents de chantage car les articles envoyés représentent une attaque frontale contre le Royaume et ses institutions. Des “papiers“  pas du tout équilibrés, monosourcés, suintant un esprit revanchard, qui décrivent le pays sous un jour qui ne correspond pas à la réalité. La volonté de nuire est manifeste. Les titres le montrent clairement :  “ L’islam des taudis“, “ À qui appartient Marrakech ?“ et “Le monarque funambule“. Ce n’est ni du reportage, ni de l’enquête, ni de l’analyse. C’est quelque chose qui n’a rien à voir avec le professionnalisme habituel de l’hebdomadaire. Les articles sont de la même eau avec des raccourcis faciles, des jugements à l’emporte-pièce et des affirmations gratuites. Pas une ligne qui fait état des progrès accomplis par le Maroc dans nombre de domaines notamment celui  des droits de l’Homme. Tout est noir. Rien n’est positif. Or, un des reporters du journal, Serge Raffy, était récemment en déplacement professionnel au Maroc dans le cadre d’un travail journalistique sérieux. Mais ses articles ne figurent pas dans la livraison haineuse soumise aimablement  à l’appréciation préalable des autorités marocaines. En fait, la littérature du journal de Jean Daniel ressemble fortement à celle de la presse nihiliste locale que les auteurs du Nouvel Obs ont d’ailleurs abondamment citées pour valider leurs thèses anti-marocaines. À quoi rime tout cela ? Cette cabale médiatique est d’autant moins compréhensible qu’elle vient juste après le séjour à Tanger ( du  2 au 5 mars) du directeur du Nouvel Obs. Dans la ville du Détroit, Jean Daniel  a participé en sa qualité de doyen écouté et respecté de la profession à un colloque sur la presse “Entre liberté et responsabilité“ animée par un  aréopage de journalistes français et marocains. Une rencontre qui s’est déroulée sous la présidence du ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement, Nabyl Benabdallah, et l’ambassadeur de France à Rabat Philippe Faure.  Bizarrement, ce sont les dérives de certains journaux dénoncés à cette occasion  qui ont été reproduites par les articles du magazine français.  Et on ne peut pas dire que Jean Daniel est un homme allergique au Royaume où il est au contraire reçu royalement. Au cours de son voyage tangérois, il a pourtant rencontré un ensemble d’officiels dont le conseiller du Roi André Azoulay. Qu’est-ce qui lui est passé donc par la tête pour qu’il se retourne aussi brutalement contre ses hôtes ?
    Quel est donc le message subliminal que M. Daniel veut faire passer à travers ses articles injurieux ?
    Cette attitude serait-elle due à une réaction intempestive à cause d’une vanité contrariée ?
    Ou le directeur du Nouvel Obs serait-il, à son âge respectable, en train de s’aligner sur un genre de presse assez connu pour ses méthodes peu scrupuleuses ?
    Ce qui est sûr, c’est que le coup est tellement grossier qu’il frise le ridicule. Et, finalement, comme on dit chez nous, Dieu faîtes en sorte que notre fin soit aussi prometteuse que notre commencement !



    Le 10-3-2006
    Par : Abdellah CHANKOU

    ALM
     

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