Hollande : une offre française pour l'Europe, enfin !

Discussion dans 'Info du monde' créé par RedEye, 17 Mai 2013.

  1. RedEye

    RedEye - أبو عبدالرحمن - Membre du personnel

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    Ce fut une adresse. Aux Européens et à l'Allemagne. Lors de sa conférence de presse, François Hollande a enfin abandonné l'esquive et la politique de la chaise vide européenne qu'il pratiquait depuis son élection. "Mon devoir est de sortir l'Europe de sa langueur", a compris le chef de l'Etat.
    Ces dernières semaines, le chef de l'Etat se comportait encore comme l'ancien premier secrétaire du Parti socialiste, traumatisé par la fracture de la gauche lors du référendum européen de 2005. Sa volonté d'entretenir "une tension amicale" avec l'Allemagne, affirmée devant les Français à la télévision au mois de mars, traduisait cette hésitation à assumer pleinement ses choix économiques, pour ne désespérer ni Billancourt... ni Arnaud Montebourg.

    Finalement, François Hollande a sauté le pas. Et a affirmé son cap sans détours : "Je suis pour la compétitivité, je ne suis pas pour la dépense (...), je ne veux plus qu'on regarde la gauche comme augmentant les impôts." Cette ligne de crête passe par des réformes intérieures, encore trop floues et insuffisantes, et par un projet européen vigoureux, les deux allant de pair.

    Pour cela, quelques clarifications indispensables ont été apportées. En affirmant que la France devait être un "trait d'union" entre le nord et le sud de l'Europe, le chef de l'Etat renonce à fédérer les pays latins contre l'Europe germanique. C'est salutaire. Car cette stratégie n'était pas seulement préjudiciable pour la France, tant elle entérinait le décrochage – flagrant, mais non irrémédiable – de la France vis-à-vis de l'Allemagne. Elle était également inopérante, Madrid et Rome préférant négocier directement avec Angela Merkel plutôt que de constituer un front face à Berlin.

    Second préalable : pour se remettre au coeur de l'Europe, M. Hollande devait mettre fin à sa stratégie de harcèlement larvé avec Berlin. Il suit le chemin emprunté par ses prédécesseurs. Nicolas Sarkozy avait attendu mars 2008 pour se rapprocher d'Angela Merkel – à propos de la réforme d'Airbus. Il avait fallu quatre ans à Jacques Chirac pour enterrer, en 2002, la hache de guerre sur la politique agricole commune et s'entendre enfin avec Gerhard Schröder.

    Certes, il n'y a pour l'instant aucune initiative commune franco-allemande, mais une reconnaissance en creux des erreurs commises depuis un an. C'est indispensable et tactiquement habile : François Hollande, en se prononçant quatre mois avant les élections allemandes du 22 septembre, permet une réconciliation avec Angela Merkel si elle est réélue et s'évite des déconvenues avec le Parti social-démocrate allemand s'il arrive au pouvoir, celui-ci étant plus allemand que socialiste.

    Le chef de l'Etat a pu ainsi formuler des propositions : instauration d'un "président d'un gouvernement économique" de la zone euro, plan de lutte européen contre le chômage des jeunes, création d'une Europe de l'énergie, stratégie d'investissements commune...

    Ainsi, François Hollande prend au mot Angela Merkel, qui avait proposé, il y a un an, une union politique. A l'époque, il avait critiqué une proposition vide. Aujourd'hui, il lui donne un "contenu". Prendre les Allemands au mot, c'est la bonne stratégie. Il y a de nouveau une offre française sur la table européenne. Enfin ! Mais celle-ci ne sera crédible que si M. Hollande met en ordre la maison France.






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