Ibn Sina, un homme hors du commun

Discussion dans 'Bibliothèque Wladbladi' créé par titegazelle, 28 Juin 2008.

  1. titegazelle

    titegazelle سُبحَانَ اللّهِ وَ بِحَمْدِهِ Membre du personnel

    J'aime reçus:
    4181
    Points:
    113
    Avicenne - Ibn Sina


    IBN SINA

    AVICENNE



    Ibn Sina est Abou Ali al-Hussain Ibn Abdallah Ibn Sina
    , plus connu comme Avicenne en occident. Ce savant est né en 980 à Afchana, près de Boukhara (aujourd’hui en Ouzbékistan). C'était aussi un homme hors du commun puisqu'il était Philosophe, Métaphysicien, Astronome, Théologien, Médecin, Poète et Homme d'Etat.

    Il fut instruit par son père qui était lui-même le gouverneur d’un village sous le règne de Nouh ibn Mansour (règne:976-997). Ce dernier était le sultan de Boukhara sous la dynastie des Samanides qui contrôlait les actuels Iran et Ouzbékistan.
    La maison paternelle d’Ibn Sina, lieu de rencontre des hommes lettrés de la région, l’aida à s’initier à toutes les sciences de l’époque.
    Cet enfant très précoce était reconnu pour ses exceptionnelles aptitudes intellectuelles qui émerveillaient les amis de son père.
    À dix ans, il apprend la totalité du Coran et maîtrise tous les classiques de langue arabe.
    À 13 ans, il commence à étudier seul les sciences naturelles et la médecine qu’il trouvait très faciles.
    Lorsqu’ il étudie la métaphysique d’Aristote , il rencontre certaines difficultés. Mais, il arrive à la comprendre grâce à un traité d’Al-Farabi, un illustre savant dont il était le contemporain.
    À 16 ans, il a déjà acquis toutes les connaissances en médecine qui lui permet d ’avoir sous sa direction de célèbres médecins.

    Ibn Sina s’est illustré pour avoir soigné et guéri le sultan Nouh ibn Mansour à l’age de 17 ans. Ce dernier était atteint d’une grave maladie que ses médecins attitrés n’étaient pas arrivés à bout.
    Le sultan voulant le récompenser, Ibn Sina lui demanda l’autorisation d’utiliser la très riche bibliothèque du palais.
    À 18 ans, il possédait toutes les sciences connues de son époque.
    À 21 ans, il écrit son premier livre de philosophie.
    Presque en même temps, il perd son père. Il est alors obligé de gagner sa vie. Il habita plusieurs villes dont Khiva et Jurjan et fut, tour à tour, fonctionnaire et médecin renommé. C’était un médecin de terrain renommé: il soignait les plus grands hommes des son époque.

    Ibn Sina préférait une vie active à une vie ralentie. Il disait dans ses propres mots : « Je préfère une vie courte avec la largeur à étroite avec la longueur. »

    Il adorait écrire. Même si pendant la journée il travaillait pour gagner sa vie, il passait ses nuits à écrire des livres.

    Après plusieurs péripéties, il s’installa à Hamadan (Iran) où il soigna l’émir Shams ad-Dawlah d’une sévère colique. Ce dernier le récompensa en le nommant premier ministre.

    Parallèlement à sa vie scientifique, Ibn Sina était considéré comme un fin politicien. Il occupa le poste d’administrateur à Khorasan et à Rayy, de juriste à Gurganj et de premier ministre à Hamadan.
    À cause de cette vie politique active, qui n’était ni simple ni facile, Ibn Sina fut emprisonné, mais il parvint à s’enfuir grâce à l’aide et la protection du prince d’Ispahan.

    Son œuvre majeure est sans aucun doute « Kanoun fi-t-Tibb», le canon de la médecine. Il a été traduit en latin par
    Gérard de Crémone au 12éme siècle. Par la suite, il est devenu le manuel pour l’éducation
    médicale dans les écoles d’Europe jusqu’au 17éme siècle. On dit de cet ouvrage qu’il est celui qui a été le plus longtemps utilisé dans l’histoire de la médecine.

    La division principale Kanoun fi-t-Tibb "Canon de la médecine" est en cinq livres :
    - Le premier traite des principes généraux.
    - Le deuxième nous parle des drogues simples classées par ordre alphabétique.
    - Le troisième est écrit sur les maladies des organes et des membres particuliers du corps de la tête au pied.
    - Le quatrième nous parle des maladies qui bien que locales dans leur commencement se sont écartées à d ’autres parties du corps, telles que des fièvres.
    - Le cinquième nous parle des médecines composées.

    Cette encyclopédie médicale contenant plus d’un million de mots fit autorité pendant 6 siècles. Ibn Sina y synthétisa toutes les connaissances de son époque et y ajouta des connaissances originales. Cette œuvre magistrale traite de 760 plantes médicinales, de maladies affectant toutes les parties du corps de la tête aux pieds.
    Parmi ses contributions originales, on note ses travaux sur la tuberculose, les maladies transmises par le sol et l’eau, l’effet de la psychologie sur la santé, la méningite, la gynécologie et la pédiatrie.
    Il fit aussi une description minutieuse de l'oeil.

    La seconde œuvre la plus connue de Ibn Sina est « Kitab al-Shifa » , le livre de la guérison ou « Sanatio » dans sa traduction latine.
    Cette encyclopédie philosophique comporte 18 volumes qui couvrent un vaste domaine de la connaissance de la philosophie à la science.
    Cet ouvrage synthétise la tradition aristotélicienne, les influences platoniciennes et la théologie musulmane.

    « Quand j’ai entrepris ce livre, j’ai commencé par la Logique, et j’ai tenu à me conformer à l’ordre des livres des logiciens : j’y ai exposé des mystères et des subtilités qui ne se trouvent pas dans les livres dont nous disposons. J’ai poursuivi par la Physique [...] ; j’ai poursuivi ensuite par la Géométrie ; j’ai alors résumé, de manière subtile, le livre des Éléments d’Euclide [...]. J’ai fait suivre cela d’un résumé du livre de l’Almageste, en astronomie, et, outre le résumé, d’un éclaircissement et d’une explication. J’y ai joint, après avoir terminé cela, quelques compléments que l’élève doit connaître pour atteindre l’achèvement de l’art et pour faire coïncider les règles de l’observation et les lois naturelles [...]. »
    (Commentaires de Ibn Sina sur Kitab al-Shifa).

    Ibn Sina écrit 11 livres sur l’astronomie.
    Il fit plusieurs observations astronomiques pour augmenter la précision des lectures instrumentales.
    Il déduit par ses observations que Vénus était plus proche de la Terre que du soleil. D’autre part, il inventa un appareil pour déterminer les coordonnées des étoiles. Il a même prédit que la vitesse de la lumière était un nombre fini.

    L’héritage de Ibn Sina est monumental: il a écrit environ 450 ouvrages, dont juste 240 lui survécurent. De ces derniers, 150 traitent de la philosophie et 40 de la médecine. Les autres sont dédiés à des domaines aussi divers que la psychologie, la géologie, les mathématiques, l’astronomie ou la logique.

    Ibn Sina meurt en 1037 à Hamadan probablement d'une affection intestinale.

    Les citations de Ibn Sina :

    - Le temps fait oublier les douleurs, éteint les vengeances, apaise la colère et étouffe la haine ; alors le passé est comme s’il n’eût jamais existé.

    - Quand je grandis, cité ne fut à ma mesure ; quand mon prix s’éleva, je manquai d’acheteurs.

    - Se tourner vers ce dont on n’a pas à s’occuper et compter sur la partie obéissante de l’âme est une faiblesse. Se réjouir de la parure de sa propre essence en tant qu’elle appartient à celle-ci, bien que cette parure soit réelle, est une orgueilleuse erreur. Mais se diriger par l’universalité vers le vrai, c’est le salut.



    _______________________
    Source : Science animée


    IBN SINA


    Abū ‘Alī al-Ḥusayn ibn ‘Abd Allāh ibn Sīnā, connu sous le nom de Ibn Sīnā ou Avicenne (forme latinisée), était un philosophe, un écrivain, un médecin et un scientifique iranien. Il s'intéressa à de nombreuses sciences, notamment l'astronomie, l'alchimie, la chimie et la psychologie. Il naquit le 7 août 980 à Afshéna, près de Boukhara, faisant partie de la province de Khorassan, en Iran, actuellement en Ouzbékistan, et mourut à Hamadan, en Iran, en juin 1037.
    Ses disciples l'appelaient Cheikh el-Raïs, prince des savants, le plus grand des médecins, le Maître par excellence, le troisième Maître (après Aristote et Al-Farabi).


    Contexte historique

    Aux premiers siècles de l'hégire (VIIe et VIIIe siècle), les intellectuels orientaux traduisent, compilent et commentent les écrits des antiques, grecs surtout. Une compétition commence entre la culture arabe et la culture persane, l'Iran étant à cette époque sous la domination arabe. De 750 à 850, période des califes Abbassides, la science dite "arabo-musulmane" atteint son sommet. Les souverains payaient, parfois son poids en or, tout livre récemment traduit, et c'est ainsi que, dès le IXe siècle, une majeure partie des écrits de la Grèce était disponible en langue arabe. Le philosophe al-Farabi (mort en 950), le second maître (en référence au premier maître, Aristote), tient une place prépondérante dans cette dynamique.

    Les textes et traditions des dogmes islamiques se fixèrent à cette époque :

    - le sunnisme, avec al-Ash‘ari (935)
    - le chiisme duodécimain, avec Shaykh Saduq Ibn Babuyeh (991) et Shaykh Mufid (1022)
    - l'ismaélisme, ou chiisme ismaélien, branche du chiisme, en langue arabe et en langue persane.

    A cette époque, en Occident latin, c'est le Moyen Âge, entre l'effondrement de l'Empire romain (476, invasion des Hérules) et la Renaissance (1453, la chute de Constantinople).



    Biographie

    Avicenne, de son nom complet Abu 'Ali al-Husayn Ibn Abd Allah Ibn Sina, est né au mois d’août 980 à Khormeytan (ou Afshéna, le "pays du soleil"), près de Boukhara, à l'est de l'Iran (Transoxiane, l'actuel Ouzbékistan). Son père était musulman chiite ismaélien. Avicenne se serait plus tard converti au chiisme duodécimain2. Il semble qu'il fut précoce dans son intérêt pour les sciences naturelles et la médecine, qu'à 14 ans, il étudie seul. Avicenne fut envoyé durant sa petite enfance étudier le calcul chez un marchand, al-Natili. Ayant une bonne mémoire, le jeune garçon finit par surpasser son maître en calcul et en mathématiques. Il retient de mémoire l'intégralité du Coran. Il étudia à Boukhara, s'intéressant à toutes les sciences, et surtout à la médecine. Il est influencé par un traité d'al-Farabi, qui lui permet de surmonter les difficultés qu'il rencontre dans l'étude de la Métaphysique d’Aristote. Cette précocité dans les études se double d'une précocité dans la carrière : à 16 ans déjà, il dirigeait des médecins célèbres.

    Tout alors s'enchaîne : ayant guéri le prince samanide de Boukhara, Nuh ibn Mansûr, d’une grave maladie, il est autorisé à consulter la vaste bibliothèque du palais. Son appétit de connaissance aidant, il aurait possédé à 18 ans toutes les sciences connues. Après la mort du prince et celle de son père, qui le contraignent à gagner sa vie, commence sa vie itinérante. Il voyage d'abord dans le Khârezm, principauté qui fut indépendante (de 994 à 1231) au sud de la mer d'Aral, sur les deux rives du Djihoun (Amou-daria), entre Boukhara et la mer Caspienne. À Djouzdjan, un puissant protecteur, Abu Muhammed Chirâzi, lui permet de donner des cours publics. Il commence à composer son œuvre majeure, le Qanûn (ou Canon) de médecine.

    Il passe ensuite par le Khorassan, nord-est de l'Iran, puis Ray (Rhagès, proche de l’actuel Téhéran), enfin à Hamadan (à l'ouest de l'Iran) où l'émir bouyide Shams o-dowleh le choisit comme ministre (vizir). Il s'impose alors un programme de travail harassant: le jour, il se consacre à la chose publique, la nuit à la science. En plus de vivre deux carrières, il travaille doublement : il mène de front la composition du Shifa et celle du Canon médical ; la tâche est alors si écrasante qu'il doit se faire aider : deux disciples se partagent la relecture des feuillets des deux ouvrages, dont le fidèle Al-Juzjani, secrétaire et biographe En 1021, la mort du prince Shams o-dowleh, et le début du règne de son fils Sama o-dowleh, cristallisent les ambitions et les rancœurs : victime d'intrigues politiques, Avicenne connaît la prison. Déguisé en derviche, il réussit à s'évader, et s'enfuit à Ispahan, auprès de l'émir kakouyide `Ala o-dowleh. Ces bouleversements n'entament pas sa boulimie de travail.

    Il jouissait d'une telle réputation que plusieurs princes de l'Asie l'appelèrent à leur cour : le roi de Perse l'employa à la fois comme vizir et comme médecin. Il cultiva aussi avec succès la philosophie, et fut l'un des premiers à étudier et à faire connaître Aristote. Il composa d'après ce philosophe des traités de logique et de métaphysique, où il se montre souvent penseur original.

    Lors d'une expédition, dont il faisait partie, de l'émir `Ala o-dowleh contre Hamadan, Avicenne est frappé par une crise intestinale grave, dont il souffrait depuis longtemps, et contractée, dit-on, à la suite d'excès de travail et de plaisir. Avicenne tenta de se soigner de lui-même, mais son remède lui fut fatal. Il mourut à l’âge, toujours précoce, de cinquante-sept ans au mois d'août 1037 (428 de l’hégire) après avoir mené une vie fort agitée et pleine de vicissitudes, épuisé par l'excès de travail.


    Son œuvre

    D'une ampleur variable selon les sources (276 titres pour G. C. Anawati, 242 pour Yahya Mahdavi), l'œuvre d'Avicenne est nombreuse et variée. Avicenne a écrit principalement dans la langue savante de son temps, l'arabe classique, mais parfois aussi dans la langue vernaculaire, le persan.

    Il est l'auteur de monuments, d'ouvrages plus modestes, mais aussi de textes courts. Son œuvre couvre toute l'étendue du savoir de son époque :

    - logique, linguistique, poésie;
    - physique, psychologie, médecine, chimie;
    - mathématiques, musique, astronomie;
    - morale et économie;
    - métaphysique;
    - mystique et commentaires de sourates du Coran.

    Le dessein personnel du philosophe trouve son achèvement dans la philosophie orientale (hikmat mashriqiya), qui prit la forme de la compilation de vingt-huit mille questions. Cette œuvre disparut lors du sac d’Ispahan (1034), et il n'en subsiste que quelques fragments.

    Pendant plusieurs siècles, jusqu'au XVIIe siècle, son Qanûn constitue le fondement de l'enseignement en Europe où il détrône Galien, aussi bien qu'en Asie.
    On lui doit l'usage de la casse, de la rhubarbe, du tamarin, du myrobalan, etc.


    Influences


    Avicenne, fin lettré, fut le traducteur des œuvres d’Hippocrate et de Galien, et porta un soin particulier à l'étude d'Aristote. Il s'inscrit dans un mouvement général qui vit les philosophes de culture islamique découvrir la culture grecque auprès de l'Empire Byzantin, comme en partie l'Europe Occidentale où beaucoup de manuscrits grecs et romains étaient surtout connus par les copistes des monastères.

    Avicenne était proche du chiisme ismaélien, le courant auquel appartenaient son père et son frère ; ainsi son autobiographie rapporte-t-elle leurs efforts pour entraîner son adhésion à la dawat ismaélienne. Toutefois, Avicenne appartenait au chiisme duodécimain.

    Son appartenance ou non à l'ismaélisme est donc controversée, et reste un débat actuel, portant sur l'influence de cette branche de l'islam. L'ismaélisme comprend d'importantes personnalités, telles que Abu Yaqoub Sejestani (Xe siècle), Abu Hatim al Razi (mort en 933), Hamid Kermani (vers 1017), ou Nasir e Khosraw (entre 1072 et 1077) dont le travail a fortement influencé la pensée dans l'Islam. Ainsi, la théorie des Dix Intelligences (voir plus bas), amorcée chez al-Farabi apparaît chez Hamid Kermani avant qu'Avicenne ne se l'approprie.



    La médecine d'Avicenne

    Son Canon rencontra un grand succès, qui éclipsa les travaux antérieurs de :

    - Abu Bakr Mohammad Ibn Zakariya al-Razi|Rhazès 850-926,
    - d'Haly-Abbas 930-994et d'Abu Al-Qasim 936-1013
    et même ceux d'Ibn Nafis Ibn-Al-Nafis 1210-1288 qui lui sont postérieurs.
    Les croisades du XIIe siècle au XVIIe siècle ramenèrent en Europe "Le Canon de la Médecine," qui influença la pratique et l'enseignement de la médecine occidentale.


    L'ouvrage fut traduit en latin par Gérard de Crémone entre 1150 et 1187, et imprimé en hébreu à Milan en 1473, puis à Venise en 1527 et à Rome en 1593. Son influence dure jusqu'à sa contestation à la Renaissance : période de l'histoire|Renaissance : Léonard de Vinci en rejette l'anatomie et Paracelse le brûle. C'est le développement de la science européenne qui provoquera son obsolescence, par exemple la description de la circulation sanguine par William Harvey en 1628. Néanmoins cet ouvrage marqua longuement l'étude de la médecine, et même en 1909, un cours de la médecine d'Avicenne fut donné à Bruxelles.

    Avicenne se démarque dans les domaines de l'ophtalmologie, de la gynéco-obstétrique et de la psychologie. Il s'attache beaucoup à la description des symptômes, décrivant toutes les maladies répertoriées à l'époque, y compris celles relevant de la psychiatrie.

    - Il est le premier à distinguer la pleurésie, la médiastinite et l'abcès sous-phrénique.
    - Il décrit les deux formes de paralysies faciales (centrale et périphérique)
    - Il donne la symptomatologie du diabète sucré.
    - Il sait faire le diagnostic différentiel entre la sténose du pylore et l'ulcère de l'estomac.
    - Il décrit différentes variétés d'ictères.
    - Il donne une description de la Cataracte (maladie), de la méningite, etc.
    - Il pressent le rôle des rats dans la propagation de la peste.
    - Il indique que certaines infections sont transmises par voie placentaire.
    - Il est le premier à préconiser des traitements par vessies de glaces et lavements rectaux.
    - Il découvre que le sang part du cœur pour aller aux poumons, puis en revenir, et expose avec précision le système de ventricules et de valve cardiaque du cœur.
    - Il est le premier à décrire correctement l'anatomie]] de l'œil humain.
    - Il émet aussi l'hypothèse selon laquelle l'eau et l'atmosphère contiendraient de minuscules organismes vecteur (biologie) de certaines maladie infectieuse.

    Mais avant tout, Avicenne s'intéresse aux moyens de conserver la santé. Il recommande la pratique régulière du sport ou l'hydrothérapie en médecine préventive et curative. Il insiste sur l'importance des relations humaines dans la conservation d'une bonne santé mentale et somatique.

    La médecine d'Avicenne pourrait être résumée par la phrase d'introduction de "Urdjuza Fi-Tib" (Poème de Médecine) : «la médecine est l'art de conserver la santé et éventuellement, de guérir la maladie survenue dans le corps».


    Doctrine philosophique

    Sa doctrine philosophique, en particulier sa métaphysique, se base sur celle d'Aristote et sur les travaux d'Al-Farabi. Ses autres œuvres sont marquées par la recherche d'une philosophie orientale et d'une mystique personnelle.


    Métaphysique

    La philosophie islamique, imprégnée de théologie, concevait plus clairement qu'Aristote la distinction entre essence et existence : alors que l'existence est le domaine du contingent, de l'accidentel, l'essence est, par définition, ce qui perdure dans l'être au travers de ses accidents.

    Première Intelligence
    L'essence, pour Avicenne, est non-contingente. Pour qu'une essence soit actualisée dans une instance (une existence), il faut que cette existence soit rendue nécessaire par l'essence elle-même. Cette relation de cause à effet, toujours parce que l'essence n'est pas contingente, est inhérente à l'essence elle-même. Ainsi il doit exister une essence nécessaire en elle-même pour que l'existence puisse être possible: l'Être nécessaire, ou encore Dieu; Cet Être crée la Première Intelligence par émanation.
    Cette définition altère profondément la conception de création: il ne s'agit plus d'une divinité créant par caprice, mais d'une pensée divine qui se pense elle-même; le passage de ce premier être à l'existant est une nécessité et non plus une volonté. Le monde émane alors de Dieu par surabondance de Son Intelligence, suivant ce que les néoplatoniciens ont nommé émanation: une causalité immatérielle.
    Avicenne s'inspire des travaux d'Al-Farabi, mais à cette différence que c'est l'Être nécessaire qui est à l'origine de tout (voir plus bas les Dix intelligences). Cette perspective serait donc plus compatible avec le Coran.


    La création
    C'est de cette Première Intelligence que va procéder la création de la pluralité. En effet,
    *La Première Intelligence, en contemplant le principe qui la fait exister nécessairement (c'est-à-dire Dieu), donne lieu à la Deuxième Intelligence.
    *La Première Intelligence, en se contemplant comme émanation de ce principe, donne lieu à la Première Âme, qui anime la sphère des sphères (celle qui contient toutes les autres).
    *La Première Intelligence, en contemplant sa nature d'essence rendue possible par elle-même, c'est-à-dire la possibilité de son existence, crée la matière qui emplit la sphère des sphères, c'est la sphère des fixes.
    Cette triple contemplation instaure les premiers degrés de l'être. Elle se répète, donnant naissance à la double hiérarchie :
    * hiérarchie supérieure, Avicenne les désigne comme les Chérubins (Kerubim);
    * hiérarchie inférieure, Avicenne les désigne comme les Anges de la magnificence : ces âmes animent les cieux, mais sont dépourvues de sens (sens de perception du sensible); elles se situent entre pur intelligible et sensible, et se caractérisent par leur imagination, qui leur permet de désirer l'intelligence dont elles procèdent. Le mouvement éternel qu'elle impriment aux cieux résulte de leur recherche toujours inassouvie de cette intelligence qu'elles désirent atteindre. Elles sont à l'origine des visions des prophètes par exemple.
    Cette hiérarchie correspond aux Dix Sphères englobantes (Sphère des Sphères, Sphère des Fixes, sept Sphères planétaires, Sphère sublunaire).


    L’Ange
    La dixième intelligence revêt une importance singulière: aussi appelée intellect agent ou l'Ange, et associée à Gabriel dans le Coran, elle se situe si loin du Principe que son émanation éclate en une multitude de fragments. En effet, de la contemplation de l'Ange par lui-même, en tant qu'émanation de la neuvième intelligence, n'émane pas une âme céleste, mais les âmes humaines. Alors que les Anges de la Magnificence sont dépourvus de sens, les âmes humaines ont une imagination sensuelle, sensible, qui leur confère le pouvoir de mouvoir les corps matériels.
    Pour Avicenne, l'intellect humain n'est pas forgé pour l'abstraction des formes et des idées. L'homme est pourtant intelligent en puissance, mais seule l'illumination par l'Ange leur confère le pouvoir de passer de la connaissance en puissance à la connaissance en acte. Toutefois, la force avec laquelle l'Ange illumine l'intellect humain varie:

    * Les prophètes, inondés de l'influx au point qu'il irradie non plus seulement l'intellect rationnel mais aussi l'imagination, réémettent à destination des autres hommes cette surabondance;
    * D'autres reçoivent tant d'influx, quoique moins que les prophètes, qu'il écrivent, enseignent, légifèrent, participant aussi à la redistribution vers les autres;
    * D'autres encore en reçoivent assez pour leur perfection personnelle;
    * Et d'autres, enfin, si peu qu'ils ne passent jamais à l'acte.

    Selon cette conception, l'humanité partage un et un seul intellect agent, c'est-à-dire une conscience collective. Le stade ultime de la vie humaine, donc, est l'union avec l'émanation angélique. Ainsi, cette âme immortelle confère, à tous ceux qui ont fait de la perception de l'influx angélique une habitude, la capacité de sur-existence, c'est-à-dire l'immortalité.
    Pour les néo-platoniciens, dont Avicenne fait partie, l'immortalité de l'âme est une conséquence de sa nature, et pas une finalité.




    Philosophie orientale

    Cette deuxième partie de la philosophie avicennienne est peu connue ; l'ouvrage disparut au cours du sac d'Ispahan, en 1034, en même temps que le « Livre de l’arbitrage équitable » (Kitab al-Insaf), et Avicenne n'eut pas le temps ou la force de le réécrire. De cet ouvrage monumental (vingt-huit mille questions) ne subsistent que quelques fragments. Henry Corbin pense que ces œuvres sont le point de départ du projet de philosophie orientale que Sohrawardi mène plus tard à terme.



    L'Occident et l'Orient

    Les orientalistes occidentaux ont longtemps débattu de la signification même du terme mashriqiya :

    Un différend sur la vocalisation (mushriqiya au lieu de mashriqiya) amène certains orientalistes à parler d'une philosophie illuminative.
    La localisation des « orientaux » a donné lieu à d'intenses spéculations, mais aucune hypothèse n'a jamais vraiment convaincu.
    La tradition, en théosophie et mystique islamiques, considère mashriq (l'Orient) comme monde de la lumière, celui des Intelligences et donc des Anges, par opposition à maghrib (l’Occident) qui représente le monde sublunaire, monde de ténèbres où déclinent les âmes. Cette conception est déjà explicite chez Avicenne (voir le récit symbolique Hayy ibn Yaqzan), et le sera d'autant plus chez ses commentateurs et critiques, comme Sohrawardi.



    L’Orient mystique

    Avicenne est l'auteur de quatre textes sur la philosophie orientale : le « Récit de Hayy ibn Yaqzan », le « Récit de l’oiseau », le « Récit de Salâmân » et « Absâl »

    Récit de Hayy ibn Yaqzan : Hayy ibn Yaqzan est un enfant isolé sur une île. Il découvre de lui-même l'univers qui l'entoure. Ce récit forme une initiation à l'Orient, aux formes archangéliques de lumière, par opposition à l'occident et à l'extrême-occident (lieu de la Matière pure). Hayy ibn Yaqzan personnalise Avicenne dans sa relation avec l'Ange.

    Récit de l’oiseau : Ce récit répond au récit de Hayy ibn Yaqzan. Il entreprend ce voyage jusqu’à l'Extrême-Orient, cette quête de l'absolu pour parvenir à la « Cité du Roi ». L'âme s’est éveillée à elle-même. En l'extase d’une ascension mentale, elle franchit les vallées et les chaînes de la montagne cosmique en compagnie de l'Ange.

    Récit de Salâmân et Absâl : Ce récit décrit le drame des deux héros de la partie finale du Kitab al-Isharat wa-l-tanbihat (Livre des directives et des remarques). Ces deux personnages typisent les deux intellects — contemplatif (ou spéculatif) et pratique — dualité qui se retrouve dans les couples Phôs Lumière et Adam terrestre, Prométhée et Épiméthée, en un mot l’homme célestiel et l'homme de chair. Ainsi, la structure de l'âme se divise selon la même structure qui ordonne les couples d’Archanges-Kerubim et d’Anges-Âmes
    (cf. supra).


    Influence d'Avicenne

    L'influence d'Avicenne est double :
    1°) Le courant de l'Avicennisme latin qui s'oppose à d'autres courants de la scolastique médiévale (voir averroïsme);
    2°) Le courant de l'Avicennisme iranien, représenté notamment par Nasir Tusi.



    Avicenne et Averroès (Ibn Roushd)

    Pour Avicenne « l'intellect humain n'a ni le rôle ni le pouvoir d'abstraire l'intelligible du sensible. Toute connaissance et toute réminiscence sont une émanation et une illumination provenant de l'Ange » (Henry Corbin). L'humain est intelligent en puissance, mais sans l'intervention angélique, cette nature reste inexploitée.

    Pour sa part, Averroès va dégager l'aristotélisme des ajouts platoniciens qui s'étaient greffés sur lui : point d'émanatisme chez lui.



    Alchimie

    Les réflexions d'Avicenne sur l'alchimie (il ne croyait pas à la possibilité de la transmutation des métaux) eurent une influence considérable, tant sur les alchimistes que sur leurs opposants, grâce au De congelatione et conglutinatione lapidu (De la congélation et de la conglutination de la pierre, en arabe Kitâb al-ma'âdin wa-l-âtâr al-'uluwiyya).
    Il s'agit d'une traduction-résumé d'une partie du Kitâb al-Shifâ d'Avicenne, traitant "de la formation des pierres, de l'origine des montagnes, de la classification des minéraux (pierres, liquéfiables, soufres, sels) et de l'origine des métaux". Avicenne y explique que les métaux "résultent de l'union du mercure avec une terre sulfureuse". Ce traité a été ajouté vers 1200 par Alfred de Sareshel au livre IV des Météorologiques d'Aristote, de sorte qu'il a pu passer pour aristotélicien. Avicenne nie la possibilité d'une transmutation chimique des métaux : "Quant à ce que prétendent les alchimistes, il faut savoir qu’il n’est pas en leur pouvoir de transformer véritablement les espèces les unes en les autres (sciant artifices alchemiae species metallorum transmutari non posse) ; mais il est en leur pouvoir de faire de belles imitations, jusqu’à teindre le rouge en un blanc qui le rende tout à fait semblable à l’argent ou en un jaune qui le rende tout à fait semblable à l’or4". Autrement dit, les alchimistes ne peuvent convertir les complexions, changer les espèces : ils n'agissent que sur les qualités accidentelles et ne réalisent que des imitations. Pour Avicenne, les métaux "résultent de l'union du mercure avec une terre sulfureuse" : c'est la théorie du mercure/soufre. D'autre part, un Pseudo-Avicenne (XII° s.) a écrit le De anima in arte alchemiae.




    Bibliographie

    Publications anciennes des œuvres
    Les œuvres d'Avicenne ont été publiées en arabe, à Rome, en 1593, in-folio.
    On a traduit en latin et publié ses Canons ou Préceptes de médecine, Venise, 1483, 1564 et 1683 ses Œuvres philosophiques, Venise, 1495; sa Métaphysique ou philosophie première, Venise, 1495.
    Pierre Vattier avait traduit tous ses ouvrages en français; il n'en a paru que la Logique, Paris, 1658, in-8.



    Œuvres en français
    De l'âme (Kitâb al-nafs, 6° traité de la Physique du Livre de la guérison Kitâb al-Shifâ), trad. I. Bakôs, Psychologie d'Ibn Sînâ (Avicenne) d'après son oeuvre Ash-Shifâ, Prague, 1956, 2 t.
    Canon de la médecine. Al-Qânûn fi'l-Tibb :: pas de trad. Voir P. Mazliak, Avicenne et Averroès. Médecine et Biologie dans la civilisation de l'Islam, Vuibert/Adapt, 2004, 250 p. Qanûn (Avicenne)
    Livre de la délivrance. Kitâb al-Najâh (vers 1030), trad. partielle in J.-C. Bardout et O. Boulnois, Sur la science divine, PUF, 2002, p. 62-82. Trad. de la partie logique par P. Vattier : La logique du Fils de Sina, communément appelé Avicenne, 1658. Trad. en anglais de la partie psychologique par F. Rahman : Aicenna's Psychology, Oxford, 1952.
    Le Livre de la guérison. Kitâb al-Shifâ (1020-1027). Quatre parties : Logique (al-mantiq), physique (al-tabî iyyât), mathématiques (al-riyâdiyyât), métaphysique (al-ilâhiyyât). La physique du Shifâ, trad. partielle en anglais : N. Shehaby, The propositional logic of Avicenna, Boston, 1973. La métaphysique du Shifâ, trad. de l'arabe Georges C. Anawati, Vrin, 1978-1985, 2 t.
    Le Livre de la science. Dânesh-Nâmeh (1021-1037), trad. du persan M. Achena et H. Massé, t. I : Logique, métaphysique, t. II : Physique, Arithmétique, Géométrie, Astronomie, Musique, Les Belles Lettres, 1955-1958.
    Livre des directives et remarques. Kitâb al-Ishârât wa-l-tanbîhât, trad. Anne-Marie Goichon, Vrin, 1951.
    Livre des définitions, trad. Anne-Marie Goichon, Vrin, 1963.
    Notes d'Avicenne sur la Théologie d'Aristote, G. Vajda, Revue Thomiste, 51, 1951, p. 346-406.
    Poème de la médecine (condensé en vers du Canon de la médecine)
    Le récit de Hayy ibn Yaqzân (1021), texte arabe, version persane, trad. fr. Henry Corbin, in Avicenne et le récit visionnaire, t. I : Le Récit de Hayy ibn Yaqzân, Adrien Maisonneuve, 1952. Ou trad. A.-M. Goichon, Le Récit de Hayy ibn Yaqzân, Desclée de Brouwer, 1959.
    traités mystiques : M. A. F. Mehren, Traités mystiques d'Avicenne, Leyde, éd. Brill, 1889-1899.

    Source : Wikipedia



     

Partager cette page