Immortal Technique, le rap comme une guérilla anti-Bush (Respect)

Discussion dans 'Info du bled' créé par Le_Dictateur, 28 Mai 2006.

  1. Le_Dictateur

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    Dans les sous-sols de l'East Village, la résistance du hip hop s'organise autour de Immortal Technique, un jeune rapper à l'érudition étonnante. Rencontre.

    «...l'anniversaire de l'indépendance de l'Amérique est un jour de gratitude et de célébration... comme aucun autre pays avant elle, l'Amérique est venue au monde avec un message pour l'humanité: tous les êtres sont égaux et faits pour être libres...»


    C'était la pompeuse affirmation prononcée par George W. Bush lors son discours de la fête nationale américaine jeudi, sous une salve d'applaudissements dans le parterre choisi de la petite ville de Ripley, en Virginie de l'Ouest. Le président affichait ses usuels rictus de satisfaction. Voilà pour l'Amérique officielle.

    Deux jours plus tôt, la fête de l'Indépendance n'avait pas exactement la même connotation au Nightingale, un lounge enfumé de l'East Village, à New York. La soirée était organisée par «Guerrilla: words», un collectif underground regroupant rappers et poètes à la pensée moins officielle et unique que celle du gouvernement.

    La star du jour, même si la scène est ouverte à qui veut bien l'investir, c'est sans conteste Immortal Technique, un jeune rapper, master of ceremony, poète et graffiteur de Harlem dont la réputation est déjà solide dans les milieux underground du hip hop new yorkais. «Que savez-vous vraiment de la liberté, quand elle vous a été accordée par ceux-là mêmes qui vous tenaient en esclave?», lance-t-il en guise d'introduction. La foule, jeune, mixte, hurle.

    Immortal Technique se lance ensuite dans un slam très engagé, il dénonce tour à tour l'impérialisme de son pays, l'hypocrisie de sa politique en Afghanistan et au Moyen-Orient, la léthargie de ses frères dans le ghetto qui refusent de voir le monde tel qu'il est, les grandes compagnies américaines. Rageur, poétique souvent, le jeune rapper révèle un art consommé de la scène, du rythme et de la déclamation.

    «Ce n'est pas seulement ce que tu dis qui compte, mais comment tu le dis», m'explique-t-il après le concert. Le public assurément est réceptif. «Les gens adorent entendre la vérité, je finis toujours par captiver mon audience, et ceux qui sont sceptiques se disent: mais que veut ce môme, jusqu'où sera-t-il capable de défendre les faits qu'il avance?».

    Les faits. Ce sont les faits exclusivement qui intéressent ce dévoreur d'info, insatiable lecteur à l'érudition étonnante pour un si jeune âge. «On peut argumenter sur des opinions pendant des heures, mais les faits eux ne se discutent pas» assène-t-il, sûr de lui.

    Immortal Technique, 24 ans, né à l'Hopital militaire de Lima, insiste-t-il, avant d'arriver aux Etats-Unis à l'âge de cinq ans, fait partie de cette nouvelle génération de rappers new yorkais qui se distinguent par le contenu éminemment politique de leur message. «Tu dois dire la vérité, tu dois dire ce que tu as dans la tête, à chaque fois que je dis ce que je pense, je suis librement critique», scande-t-il sur son premier album, «Revolutionary Vol. 1».

    «C'est tout ce que je dis, ouvre ton esprit, dis la vérité, dis ce que tu vois, ce que tu vis, c'est ça aussi être politique», explique Brian Buno, 25 ans, l'instigateur de «Guerrilla: Words». Pourquoi ce nom? «Guerrilla parce que nous ne sommes vraiment pas mainstream, nous ne correspondons pas à ce que l'industrie musicale veut, mais aussi par notre structure, nous fonctionnons en réseau et de façon indépendante, chacun aidant les autres à produire leurs disques, à se faire connaître.»

    Guerrilla, officiellement, ce ne sont que cinq personnes. Mais le groupe est entouré d'une nébuleuse d'amis, d'artistes partageant les mêmes idées. «Immortal Technique nous aide par sa présence, car il a déjà son public à New York», poursuit Brian Buno, poète, chanteur et cinéaste. Mardi soir, il y avait aussi VIP, Mirak Karim dont c'était la première apparition sur scène et la déjà célèbre DJ Kuttinkandi qui questionne ouvertement sa citoyenneté américaine.

    «Il y a une vraie mouvance hip hop underground très engagée politiquement», affirme encore Immortal. L'industrie du disque est du reste aux aguets. Immortal est en pourparlers avec plusieurs grands labels. «Ils ont un peu peur, ils voudraient que je dise les mêmes choses, la rage en moins, car il ne savent pas comment produire notre musique et notre message.»

    Il a sans doute raison, surtout après la chape de conformisme qui est tombée sur l'Amérique après le 11 septembre, même dans le milieu artisque. Mais les réseaux parallèle existent. Pour preuve les foules enthousiastes de «Guerrilla: words», parmi d'autres. Prévues initialement tous les trois mois, leur soirées sont devenues mensuelles dès juin dernier, en raison du succès rencontré. «Auprès du public, mais aussi auprès des artistes, chanteurs, comédiens, rappers qui demandent à participer à nos soirées», explique encore Brian Buno.

    Source:
    http://www.largeur.com/expArt.asp?artID=1109
     

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