Ineffable Lever

Discussion dans 'toutes les poésies...' créé par titegazelle, 23 Avril 2008.

  1. titegazelle

    titegazelle سُبحَانَ اللّهِ وَ بِحَمْدِهِ Membre du personnel

    J'aime reçus:
    4181
    Points:
    113
    Ineffable lever du premier rayon d'or,
    Du jour éclairant tout sans rien savoir encor!
    O matin des matins ! amour ! joie effrénée
    De commencer le temps, l'heure, le mois, l'année !
    Ouverture du monde ! instant prodigieux !
    La nuit se dissolvait dans les énormes cieux
    Où rien ne tremble, où rien ne pleure, où rien ne souffre ;
    Autant que le chaos la lumière était gouffre ;
    Dieu se manifestait dans sa calme grandeur,
    Certitude pour l'âme et pour les yeux splendeur ;
    De faîte en faîte, au ciel et sur terre, et dans toutes
    Les épaisseurs de l'être aux innombrables voûtes,
    On voyait l'évidence adorable éclater.

    Jours inouïs ! le bien, le beau, le vrai, le juste
    Coulaient dans le torrent, frissonnaient dans l'arbuste ;
    L'aquilon louait Dieu de sagesse vêtu ;
    L'arbre était bon ; la fleur était une vertu ;
    C'est trop peu d'être blanc, le lys était candide ;
    Rien n'avait de souillure et rien n'avait de ride ;
    Jours purs ! rien ne saignait sous l'ongle et sous la dent ;
    La bête heureuse était l'innocence rôdant ;
    Le mal n'avait encor rien mis de son mystère
    Dans le serpent, dans l'aigle altier, dans la panthère ;
    Le précipice ouvert dans l'animal sacré
    N'avait pas d'ombre, étant jusqu'au fond éclairé ;
    La montagne était jeune et la vague était vierge ;
    Le globe, hors des mers dont le flot le submerge,
    Sortait beau, magnifique, aimant, fier, triomphant,
    Et rien n'était petit quoique tout fût enfant ;
    La terre avait, parmi ses hymnes d'innocence,
    Un étourdissement de sève et de croissance ;
    L'instinct fécond faisait rêver l'instinct vivant ;
    Et, répandu partout, sur les eaux, dans le vent,
    L'amour épars flottait comme un parfum s'exhale ;
    La nature riait, naïve et colossale ;
    L'espace vagissait ainsi qu'un nouveau-né.
    L'aube était le regard du soleil étonné.

    Victor HUGO (1802-1885)
    (Recueil : La légende des siècles)


     

Partager cette page