INVESTISSEMENT: LE MAROC RÉORIENTE SA STRATÉGIE

Discussion dans 'Scooooop' créé par Med Omar, 28 Avril 2011.

  1. Med Omar

    Med Omar MoUl DéTaILS-GaRoU PiPaS Membre du personnel

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    ENTRETIEN AVEC FATHALLAH SIJILMASSI, DIRECTEUR GÉNÉRAL DE L’AMDI
    • LES IDE NE DEVRAIENT PLUS ÊTRE PERÇUS UNIQUEMENT COMME DES APPORTS DE CAPITAUX
    • LES INVESTISSEMENTS À PARTICIPATION ÉTRANGÈRE, LA NOUVELLE TENDANCE
    Fathallah Sijilmassi, directeur général de l’AMDI: «Nous représentons moins de 1% des investissements à l’étranger de la France et de l’Espagne. C’est la raison pour laquelle l’approfondissement des relations avec ces pays reste important»

    Développer le marché intérieur, se positionner en hub d’exportation, privilégier les concessions et les partenariats public/privé ainsi que les investissements à participation étrangère (IPE)… ce sont les principaux résultats de l’étude sur l’attractivité réalisée par l’AMDI et le cabinet Monitor. Fathallah Sijilmassi, directeur général de l’Agence pour le développement des investissements (AMDI) explique cette réorientation.

    - L’Economiste: Vous avez bouclé l’étude sur l’attractivité du Maroc. A quelles conclusions êtes-vous arrivé?

    - Fathallah Sijilmassi: L’AMDI suit et déchiffre de façon continue les évolutions structurelles des investissements au Maroc. Cela fait partie de ses attributions naturelles. Nous avons voulu compléter notre analyse en interne par la réalisation de cette étude que nous avons présentée à notre conseil d’administration le 8 avril dernier. Celle-ci nous a permis d’analyser les tendances des IDE sur les vingt dernières années et d’examiner les conditions de leur accroissement sur les deux prochaines décennies. Nous avons également effectué un benchmark avec des pays qui ont un développement économique similaire à celui du Maroc, tels que la Tunisie, l’Egypte, la Turquie et certains pays de l’Europe de l’Est. Aussi avons-nous étudié certains «best practices», tels que l’Irlande ou Singapour. Cela nous a permis de tirer des enseignements très intéressants de leurs expériences.
    Nous avons constaté que la performance du Maroc en termes d’attraction des IDE a été plutôt favorable par rapport au benchmark. En termes de croissance des IDE, nous avons un bon positionnement. Notre performance est due à des opérations remarquables telles que les privatisations dans les télécoms par exemple ou à des opérations d’envergure dans le tourisme/immobilier. Sur les 20 dernières années, nous constatons une prédominance des investissements en provenance de la France et de l’Espagne avec, toutefois, une grande tendance à la diversification dernièrement.

    - La comparaison Maroc/Tunisie est récurrente. Qu’est-ce qui ressort de votre benchmark?
    - Le Maroc affiche de meilleurs résultats que la Tunisie, mais ce n’est pas une fin en soi. Les IDE dans les pays de l’Est, en Asie (Malaisie, Indonésie) et en Amérique latine ont connu une croissance plus forte que celle du Maroc. S’il est vrai que nous disposons d’un positionnement confortable dans la région Mena, il n’en reste pas moins qu’à l’échelle internationale, nous avons besoin d’accélérer notre capacité à attirer les IDE. C’est d’ailleurs l’une des principales recommandations de l’étude.

    - Quels maillons faibles faut-il corriger pour améliorer l’attractivité du Maroc?

    - En règle générale, les investisseurs étrangers sont attirés par trois motivations principales dont celles liées aux ressources naturelles. C’est le cas par exemple des investissements à destination des pays du Golfe qui visent avant tout l’exploitation des ressources pétrolières ou encore de certains pays africains pour les productions minières. Le Maroc n’est pas dans cette configuration.
    Une des motivations a trait au marché domestique. Ce sont des investissements qui nécessitent un marché local en forte croissance, c’est pour cela qu’on les dénomme Market seekers. A titre d’exemple, on peut citer les investissements réalisés dans le secteur des télécoms au Maroc il y a une dizaine d’années. Partout dans le monde, le développement du marché local intéresse l’investisseur étranger. L’étude montre qu’il existe un potentiel très intéressant pour les IDE Market seekers au Maroc. D’où l’importance d’améliorer certains points, notamment le pouvoir d’achat. Les projets lancés au niveau de l’INDH, les politiques de lutte contre la pauvreté, les différentes mesures fiscales visant l’impôt sur le revenu, sont de nature à améliorer l’attractivité du marché marocain comme source d’opportunités pour les investissements étrangers. Ensuite, l’amélioration de l’environnement des affaires car celle-ci participe à la transparence du marché intérieur. Là aussi, plusieurs initiatives peuvent être renforcées telles que la lutte contre l’informel, les programmes d’appui aux entreprises, etc.


    - Qu’en est-il de l’export?

    - Sur ce registre, la motivation des investisseurs est intimement liée aux investissements Export driven. C'est-à-dire ceux dont les produits sont orientés principalement à l’export, et qui sont à la recherche de gain de compétitivité. Sur ce segment, le Maroc dispose d’atouts majeurs, dont le plus important est son positionnement comme hub régional. L’investisseur étranger, s’il n’est pas dans une logique de marché local, peut utiliser le Maroc comme plateforme de production pour réexporter sur l’Europe, le monde arabo-méditerranéen, l’Afrique et les Etats-Unis. Quatre destinations avec lesquelles le Maroc dispose d’accords de libre-échange dont il faut renforcer la vitalité. Le meilleur exemple des IDE Export driven est le projet de Renault, qui a choisi de s’implanter à Tanger avec une production de 400.000 véhicules orientés à 90% à l’export.
    La compétitivité du Maroc est avant tout déterminée par sa capacité à être un hub régional, lequel est favorisé par les connexions d’infrastructures telles que TangerMed, l’aéroport de Casablanca en sa qualité de hub régional pour l’accès au continent africain, et le schéma autoroutier. Toutes ces infrastructures connectent le Maroc aux grands flux économiques internationaux.

    - Les IDE peuvent-ils se passer de privatisations?

    - Il faut sortir des schémas simplificateurs qui pourraient nous mener à opposer IDE et investissements nationaux. En réalité, les projets impliquant des investisseurs étrangers se font très souvent en collaboration avec des opérateurs locaux (industriels ou financiers). Dans certains cas, la part de l’investissement local est même prépondérante. Les opérateurs étrangers ont besoin de partenaires locaux car ils ne connaissent pas le marché local et leurs projets représentent donc des opportunités de création de valeur pour les opérateurs marocains. C'est pour cela qu'il nous semble important de ne pas réfléchir uniquement en termes d'IDE mais plutôt en termes d'IPE (Investissement à participation étrangère). Les IPE comprennent tous les investissements effectués dans le cadre d'un projet impliquant un opérateur étranger (equity et dette étrangers, equity et dette locaux).
    Les IDE sont un levier de développement qui va au-delà du simple apport en capitaux étrangers. Ils peuvent apporter trois choses dont l'économie marocaine a grandement besoin. D’abord, les capitaux particulièrement en ce moment au vu des difficultés que nous avons à mobiliser l'épargne nationale par rapport à nos besoins d'investissement. Ensuite, l’accès à des marchés à l'export, qu'il nous serait difficile d'ouvrir seuls. Enfin, des compétences nouvelles, apportées par des opérateurs étrangers ayant une longue expérience dans certains secteurs encore naissants au Maroc.

    - Dans ces conditions, quel sera le nouveau schéma?

    - Nous observons deux tendances principales pour les deux prochaines décennies et celles-ci sont parfois à cheval entre opérations orientées marché local et opérations orientées export.
    La première porte sur les partenariats public/privé et les concessions. C’est une nouvelle façon d’ouvrir l’économie. Le processus est déjà entamé dans certains domaines comme la gestion de l’eau, l’assainissement et le transport. Nous pouvons l’étendre à d’autres secteurs.
    La deuxième tendance est en faveur des investissements à participation étrangère (IPE). Comme nous l’avons vu, les investissements n’étant plus à 100% étrangers, l’idée est de déployer de nouveaux outils pour accompagner le développement des partenariats. Des solutions de financement commencent d’ailleurs à se mettre en place via des fonds d’investissement ou encore par la création des foncières. Ce sont les nouvelles tendances qu’il faut promouvoir. Ce qui permettra de capitaliser sur l’épargne existante au Maroc. Et même si les entreprises marocaines en partenariat avec des investisseurs étrangers se développent sur d’autres plateformes, in fine, ce sont des dividendes qui vont revenir au Maroc et bénéficier à l’accroissement de notre économie. L’approche novatrice est la plus appropriée pour un réel décollage des investissements étrangers au Maroc.

    Propos recueillis par
    Khadija MASMOUDI


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