Invitation à lire : "Voyages d’Ibn Battuta"

Discussion dans 'Nouvelles (9issass 9assira) & Chroniques' créé par kochlok03, 5 Octobre 2007.

  1. kochlok03

    kochlok03 Visiteur

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    Ibn Battuta est le voyageur le plus justement célèbre du monde arabe : né à Tanger en 1304, il entreprend un pèlerinage à la Mecque à l’âge de vingt et un ans ; arrivé là, il décide de visiter tout le monde musulman, y compris l’Inde et la Chine, un demi-siècle environ après Marco Polo.

    Bien qu’il craigne la mer par-dessus tout, il parcourt ainsi cent vingt mille kilomètres en vingt-huit ans (1325-1353), s’arrê­tant trois ans à la Mecque, dix-huit mois aux îles Maldives, et huit ans à Delhi où le sultan Mohammed Shah l’a nommé juge de l’école malékite. Il rentre au Maroc, fait encore un voyage au Mali, puis dicte ses mémoires au secrétaire du sultan mérinide de Fès.

    Ses voyages ne seront connus en Europe que vers le milieu du xixe siècle, grâce à l’édition bilingue de Defremery et Sanguinetti, que les éditions Anthropos réimpriment aujourd’hui. Une introduction et des notes de Vincent Monteil mettent à la portée du lecteur moderne les progrès des connaissances relatives à ces Voyages, et en montrent l’intérêt.

    Les voyageurs orientaux de son temps y voyaient d’abord un « routier », qui indique avec précision la distance qui sépare deux étapes, la liste des croyants éminents par leur savoir ou leur piété qu’Ibn Battuta a pu rencontrer, ou dont il a entendu parler ; ils y trouvaient aussi nombre d’indications précieuses sur l’accueil fait aux étrangers, la nourriture, la vertu et la beauté des femmes, le cli­mat, etc. A ses lecteurs maghrébins du xive siècle, il faisait prendre conscience de la relativité de l’espace méditerranéen : Delhi était alors « la plus grande ville musulmane de l’Orient » (III : 146) ; d’Hang-Tchéou, il déclare : « cette cité est la plus grande que j’aie pu voir sur la surface de la terre ; sa longueur est de trois jours de chemin, de sorte que le voyageur marche et fait halte dans cette ville » (IV : 284).

    Le lecteur moderne y trouvera un document historique d’une valeur inestimable, bien qu’il soit souvent dénué de précision chronologique. La description des îles Maldives est une des premières que nous possédions. Ibn Battuta n’y réside pas comme un touriste, mais comme un juge malékite chargé de faire respec­ter les principes de la vraie religion - qu’il confond parfois avec les coutumes de son pays natal. Ceci nous vaut des notations intéressantes sur son incapacité à convaincre les femmes Maldives de se vêtir au-dessus du nombril, sur la « fai­blesse » des hommes qui s’évanouissent lorsqu’il fait couper les mains des voleurs pour la première fois - mais aussi sur la monnaie de cauris, les échanges matri­moniaux, etc. (IV : 110-163).

    Les chapitres consacrés à la chronique du sultanat de Delhi et à Mohammed Shah sont extrêmement savoureux : « Mohammed est de tous les hommes celui qui aime davantage à faire des cadeaux et aussi à répandre le sang. Sa porte voit toujours près d’elle quelque fakir [pauvre] qui devient riche, ou quelque être vivant qui est mis à mort [...] Malgré cela, il est le plus humble des hommes et celui qui montre le plus d’équité [...] il est très sévère en tout ce qui regarde la prière et le châtiment qui suit son inexécution » (III : 216). Son tableau de la Chine gagne à être confronté à celui de Marco Polo comme le fait très opportunément Vincent Monteil dans des notes savantes et souvent malicieuses. Partout où il passe, Ibn Battuta s’intéresse aux techniques, à la monnaie et à l’économie, au développement de la bureaucratie, aux mœurs sexuelles et aux formes de la pratique islamique (Les idolâtres intéressent peu).


    Les anthropologues retiendront particulièrement ses remarques sur la succession au trône en lignée maternelle à Malabar (IV : 76) qu’il compare aux coutumes des Touareg, dont il dit : "quant aux hommes, ils ne sont nullement jaloux de leurs épouses ; aucun d’eux ne se nomme d’après son père ; mais chacun rattache sa généalogie à son oncle maternel. L’héritage est recueilli par les fils de la sœur du décédé, à l’exclusion de ses propres enfants. Je n’ai jamais vu pratiquer cette dernière chose dans aucun pays du monde, si ce n’est chez les Indiens infidèles de la contrée du Molaïbar ou Malabar" (IV : 388) Les femmes y épousent des étrangers et des voyageurs mais à la condition de rester toujours dans leur matrilignage (IV : 437 cf aussi IV : 443) ; au Yémen (patrilinéaire) les femmes de Zebid contractent des mariages temporaires avec les étrangers de passage, ne les suivent jamais dans leurs déplacements et conservent les enfants nés de ces alliances (II : 169). On sait que Robertson-Smith se réfère à ce fait et à la licence institutionnalisée des femmes d’Oman (II : 230) pour démontrer l’antériorité des formes matrilinéaires chez les Arabes in Kingship and Marriage in Early Arabia Boston Beacon Press 2e éd. (s.d.) 79 et 165.



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    Texte arabe accompagné d’une traduction par C. Defremery et B. R. Sanguinetti. ire éd., 1854-1868 ; réimpr. augmentée d’une préface et de notes par V. Monteil. Paris, Anthropos, 1968, 4 t. : I, xlvi + 463 p. ; II, xiv + 463 p. ; III, xvi -f 498 p. ; IV, 501 + 91 p., index (Textes et Documents retrouvés).


    dubaifrance
     
  2. Pe|i

    Pe|i Green heart ^.^

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    allah y3azek baba Boubker :)

    ou merci pour cette histoire qui nous fait plonger au coeur de la ère d'or de l'islam :)
     
  3. kochlok03

    kochlok03 Visiteur

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    j'avais en tete de faire anonymos l'integralité de l'histoire d'ibn Battuta Or la documentation manquer gravement chez moi :-S mais bon une petit revu sera la bien venu entre temps ;)

    o baraka allaho fik aussi pour ce commentaire qui réchauffe tjrs le cœur :)
     
  4. Fanida

    Fanida OUM LYNA

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    d'abord je te dis merci khouya boubaker.
    mais honnetement j pas pu tt lire le3winat 3la9ed l7al ou la police chwia deratni f3inia :( ila te9dar tbadelha sinon c pas grave.
    merci encore pour l'effort
     
  5. kochlok03

    kochlok03 Visiteur

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    de rien hana n3awad li khti la police lahla ima7na 3winatak :)
    allah ya wadi sahla ;)


    PS : chofi daba ????
     
  6. Fanida

    Fanida OUM LYNA

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    allah yester 3lik a khouya, daba c bon
    wakha ndidrat le3winat makay9edrouch 3la ketba r9i9a [22h]
     
  7. kochlok03

    kochlok03 Visiteur

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    diri bhali 3awni bi la loupe <D
     

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