J. Coulon (Cedexis) : “Nous sommes les aiguilleurs du Net”

Discussion dans 'High tec' créé par mejihad, 29 Avril 2010.

  1. mejihad

    mejihad ... بوكرش و ودادي على

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    La jeune pousse franco-américaine Cedexis veut accélérer le Web et permettre dans le même temps aux éditeurs d’optimiser leurs coûts de diffusion de contenus. Rencontre avec son co-fondateur, Julien Coulon.




    Les internautes ne le savent pas, mais lorsqu’ils naviguent sur un site à fort trafic, il se cache bien souvent des problématiques complexes à gérer pour les responsables techniques.
    A commencer par l’amélioration de l’expérience de navigation des utilisateurs qui doit être en permanence remise en question sans toutefois faire exploser les coûts d’hébergement, de bande passante (transit IP) et de diffusion de contenus [CDN - Content Delivery Network, Réseaux de diffusion de contenus,NDLR].
    Une équation que beaucoup d’éditeurs Web aimeraient voir se résoudre. C’est précisément le segment sur lequel intervient Cedexis, une jeune société franco-américaine créée mi-2009 par des spécialistes de l’hébergement, des réseaux IP et de la diffusion de contenus.
    Pour en savoir plus sur la technologie développée par l’entreprise et son utilisation par des éditeurs Web, ITespresso.fr a rencontré Julien Coulon, co-fondateur de Cedexis.
    (Interview réalisée par téléphone le 12 avril 2010)

    ITespresso.fr : Pourriez-vous nous présenter Cedexis ?

    J. Coulon : J’ai co-fondé Cedexis avec Marty Kagan. Nous avions travaillé ensemble pendant 3 ans chez Akamai. Marty est en quelque sorte le génie des réseaux, de l’accélération de particules IP et des routages DNS. Pour ma part, je suis chargé de la partie business. D’un point de vue global, l’équipe (six personnes) est répartie entre les États-Unis, la Thaïlande et la France. Elle est composée de gourous du DNS et des montages d’infrastructures complexes venant de chez Akamai, Cisco, Value Click et Dailymotion.
    Le cœur de métier de Cedexis est de faire économiser des milliards d’heures de temps perdu aux internautes du monde entier.


    ITespresso.fr : A qui s’adressent vos services ?

    J. Coulon : Notre cible comprend toutes les entreprises qui considèrent leur site Internet comme un outil stratégique. Un site lent ou en panne est néfaste pour le business. Et c’est la que Cedexis intervient : nous souhaitons diviser par deux le temps d’affichage tout en optimisant les coûts de diffusion des contenus.
    Pour être concret, je dirais que les événements malheureux du 11 septembre 2001 ont sans doute été le premier révélateur visible de l’usage déjà important d’Internet dans le monde. Le réflexe de millions de personnes de se tourner vers les sites d’informations en ligne a eu pour effet de paralyser la quasi-totalité d’entre eux. Cette grande déconvenue a poussé les équipes techniques à investir dans leur capacité à absorber des variations importantes de trafic. Avoir un site indisponible aujourd’hui n’est plus envisageable.


    ITespresso.fr : Avez-vous un exemple précis ?

    J. Coulon : La priorité est désormais tournée vers les performances d’affichage. En termes de chiffres, différentes études montrent que 81% de l’audience interrompt une visualisation de vidéo si sa lecture se suspend pour une phase de “bufferisation”. 60% de l’audience quitte un site si les pages mettent plus de 6 secondes à s’afficher. D’autres chiffres parlent d’eux-mêmes : 500 millisecondes de latence supplémentaire des serveurs Google entraîne 20% de recherche en moins et 10 millisecondes de latence supplémentaire des serveurs Amazon entraîne 1% de perte de chiffre d’affaires. C’est dire les enjeux considérables pour les acteurs de l’économie numérique que représente la gestion de ces performances tout en s’assurant que l’utilisateur final aura toujours un accès optimal aux contenus.
    La performance permet de calculer mathématiquement les gains financiers. Un exemple : pour France Télévisions, une amélioration de 20% de ses performances augmente ses revenus de 10%.


    ITespresso.fr : Techniquement, comment fonctionne votre solution ?


    J. Coulon : Il y a tout d’abord une phase de monitoring pour avoir une vraie “vue” c’est-à-dire celle d’un internaute. En pratique, les éditeurs intègrent dans leurs pages un code JavaScript qui s’exécutera une fois la page chargée pour ne pas ralentir la navigation. Ces données vont nous remonter différents indicateurs.
    Ainsi, à titre d’exemple, à 12h18, si l’internaute de Free veut afficher un contenu sur un site client, nous sommes capables de l’orienter vers le meilleur prestataire à l’instant “T” pour livrer le contenu demandé dans des conditions optimales. Nous nous positionnons en quelque sorte comme les “aiguilleurs du Net” ou le “GPS info trafic du Net”.
    Notre savoir-faire nous permet d’avoir en temps réel une cartographie de l’état de santé de l’Internet. Notre plateforme gère déjà jusqu’à 500 000 mesures par minute, soit près d’un milliard à la journée. Nous avons, certes, des données plus fines et plus nombreuses que certaines solutions de monitoring mais les objectifs d’utilisation sont différents.

    ITespresso.fr : A quoi servent ces mesures ?

    J. Coulon : La consolidation et l’analyse de l’ensemble de ces milliards de mesures (temps de latence, de chargement, etc.) émanant de chaque internaute du monde entier permettent le classement des meilleurs prestataires en fonction du comportement des internautes, pays par pays, FAI par FAI et AS par AS (réseau par réseau).
    En clair, nous avons constitué une gare de triage sans cesse en mouvement : l’idée finale étant de connaître l’état de santé de l’Internet (prestataires, peering ou CDN saturés, cloud com*****g, etc.) avant que l’internaute ne se connecte au site du client pour router (aiguiller) l’internaute vers le plus performant. L’Internet est un être vivant et ce sont les données en temps réel qui permettent un routage optimisé.


    ITespresso.fr : Avez-vous développé une technologie spécifique ou est-elle fondée sur des briques existantes ?

    J. Coulon : Pour des raisons de contrôle et d’indépendance technique, nous avons développé nos plates-formes selon nos propres spécificités. Trois brevets sont d’ailleurs en cours de dépôt.


    ITespresso.fr : Tout le monde peut donc intégrer votre service dans son site Web ?

    J. Coulon : Oui. Pour le monitoring, il suffit d’ajouter un bout de code dans les pages de son site et pour le routage, un simple alias au niveau du nom de domaine permet une mise en production immédiate.
    En ce qui concerne les règles de routage en temps réel, l’éditeur peut utiliser des configuration fournies ou créer ses propres règles (performances, coûts, géolocalisation, engagement contractuels, disponibilités des prestataires, horaires, etc.)
    La limite des configurations devenant ainsi illimitée…


    ITespresso.fr : Quels sont vos clients ?

    J. Coulon : Le potentiel est mondial mais, à ce jour, nos principaux clients sont français et américains. On peut notamment citer Le Monde (incluant Lepost.fr), France Télévisions, Arte, Allociné… Nous avons aussi le site de la fondation de Carla Bruni-Sarkozy qui a été victime de son succès et a rencontré quelques saturations lors de son lancement. Suite à cela, l’équipe a souhaité se doter de garanties pour absorber les pics de trafic. La première dame de France qui fait confiance à une jeune start-up, ça fait toujours plaisir.


    ITespresso.fr : Cedexis est donc, en fait, un service automatisé d’aide à la décision ?

    J. Coulon : Dans un premier temps, c’est ce qui est apprécié par nos clients. Nous levons le voile sur la réelle qualité de service proposée à leurs internautes.
    Immanquablement, nous nous positionnons comme une aide à la décision pour trouver les meilleurs prestataires en fonction du comportement de leurs internautes. A ce jour, je ne connais pas d’opérateur, CDN ou autres prestataires disposant d’outils apportant cette transparence sur la qualité de service perçue au travers des différents réseaux et fournisseurs d’accès.
    Les éditeurs de contenus ont désormais la capacité de contrôler leur stratégie de diffusion en mettant en concurrence de nombreux prestataires qui devront se dépasser pour offrir la meilleure qualité… C’est gagnant-gagnant pour tout le monde. Les CDN, hébergeurs et clouds peuvent tirer la qualité de service vers le haut pour répondre parfaitement aux attentes de leurs clients.

    ITespresso.fr : Vous contribuez aussi à réduire l’engorgement du réseau mondial ?

    J. Coulon : Il faut être ambitieux, mais dans une certaine mesure ce pourrait être le cas si nous devenions incontournables.
    Prenons l’exemple de France Télévisions qui a diffusé le tournoi de Roland Garros en HD : l’audience était au rendez-vous mais le réseaux de certains ISP ont saturé. Si l’on ne fait pas plus de diffusion de contenus en HD, c’est avant tout parce que cela coûte cher à l’éditeur mais aussi aux fournisseurs de services internet (ISP). Cedexis offre la possibilité d’éviter de saturer les ISP, les peerings, les hébergeurs, les CDN et les transitaires. Notre service va naturellement équilibrer le trafic s’il détecte une dégradation de la qualité de service souvent liée à un pic d’audience. De cette façon, on ne parlera plus de pics mais de vagues sur le réseau ce qui arrange l’ensemble des acteurs. C’est le côté social de la solution.


    ITespresso.fr : Pour vous développer, comptez-vous lever des fonds ?

    J. Coulon : Nous venons de finaliser une première levée de fonds pour accélérer le déploiement commercial.
    Je le disais plus haut, même si nous sommes franco-américains, la majorité de nos clients sont Français et il est temps de faire gagner du temps d’affichage aux sites américains. Le load-balancing (répartition de charge) entre réseaux de diffusion de contenus et hébergeurs devient déjà une commodité, les sites américains s’orientent de plus en plus vers le load-balancing entre plate-forme de cloud com*****g.


    ITespresso.fr : Pour conclure, selon vous, le développement du cloud ne sera pas freiné par la qualité des réseaux ?

    J. Coulon : Dans les années 90, j’ai contribué au montage d’une plate-forme d’hébergement mutualisé chez France Telecom qui ressemble étrangement à ce que l’on peut faire avec du cloud ou du virtualisé aujourd’hui (sur une seule machine, nous avions plusieurs clients). Mais bien entendu, dès qu’un client venait à accuser un pic de trafic, cela impactait tous les autres clients et cela devenait vite ingérable.
    Ensuite, ces contraintes ont poussé la une migration vers des serveurs dédiés mais au fil des ans. Nous nous sommes rendus compte que cette tendance soulevait plusieurs questions car il faut toujours plus de centres de données pour héberger et d’énergie pour faire fonctionner ces machines qui, pour la plupart, ne fonctionnent pas à plein régime. Le cloud permet donc d’éviter ce gaspillage d’énergie, c’est le côté “green” de la solution.
    Au niveau du budget, la grosse tendance est d’assurer une montée en charge progressive et simplifiée puisqu’il s’agit d’un paiement à l’usage. En ce qui concerne la qualité de service, là encore, c’est la somme de plusieurs prestataires de “cloud” qui assurera la meilleure performance. De mon côté, j’imagine déjà une possibilité qui consiste à avoir une partie centralisée chez un hébergeur, une partie de l’applicatif et la diffusion distribués sur quelques clouds, et CDN pour diffuser des contenus de façon rapide avec une souplesse financière liée à une facturation à l’usage. Pas de doute, le cloud et le multi-sourcing sont promis à un bel avenir.

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