J'ai compris comment fonctionne l'économie (enfin, je crois)

Discussion dans 'Economie' créé par Mysa, 4 Juin 2012.

  1. Mysa

    Mysa Accro

    J'aime reçus:
    2310
    Points:
    113
    J'ai compris comment fonctionne l'économie (enfin, je crois)

    Les lois de l'économie, même si quelque peu challengées ces dernières années, semblent immuables et sont basées sur la sacrosainte règle de l'offre et de la demande. Oui, mais est-ce bien suffisant pour comprendre comment fonctionne l'économie mondiale ? Je vous propose quelques analogies scientifiques pour mieux en cerner les enjeux.

    Certaines voix s'élèvent bien de-ci de-là pour proclamer que certains fabricants arrivent à imposer des produits sans qu'une demande ne semble avoir été explicitement formulée, mais cela n'est finalement qu'une question de lecture des besoins et de la transcription en une offre précise qui en est faite.


    Ces fameuses lois de l'économie n'ont en fait rien qui leur soit propre, puisqu'elles remontent au XVIIIe siècle, lorsque certains théoriciens et intellectuels ont voulu expliquer, voire scientifiser, les mécanismes qui régissaient la production, la commercialisation et l'impact sur la société des biens industriels de l'époque, et que ces pionniers de l'économie "moderne" n'ont rien trouvé de mieux que d'y appliquer les toutes jeunes lois de la physique, à peine découvertes par Sir Isaac Newton.

    Économie et physique

    En résumé, ce que nous a appris Newton, c'est que l'action est toujours égale et opposée à la réaction : "(...) les actions de deux corps l'un sur l'autre sont toujours égales, et dans des directions contraires."

    Et bien, nos économistes de la première heure ont vu dans cette loi les mécanismes exacts qui leur ont permis d'expliquer le fonctionnement des marchés qui s'autorégulent : l'offre et la demande se réajustent automatiquement l'une à l'autre. Si la demande augmente, les prix s'ajusteront automatiquement à la hausse, mais si ces derniers deviennent trop excessifs, la demande s'écroulera et les vendeurs seront ainsi contraints à baisser leurs prix pour réactiver la demande.

    C'est ce modèle économique qui fait foi depuis cette époque. Il convient parfaitement à un monde dans lequel les échanges de biens et de propriétés sont les fondements de l'économie, et tant que ces échanges ne sont considérés que comme des actes ponctuels dont on ne se soucie pas de l'aspect irréversible.

    Oui, mais voilà, depuis quelques années, certains s'inquiètent aussi de l'impact temporel de nos actes et de l'empreinte de leur irréversibilité sur leur environnement. Et le modèle physique figé, emprunté à Newton, ne permet pas à lui seul de décrire cette composante dynamique de l'économie. C'est ainsi que d'autres théoriciens, plus récents puisqu'ayant oeuvré au XXe siècle, ont puisé dans une autre science leurs sources d'explications de l'économie afin de mieux prendre en compte le fait elle a des impacts bien au-delà du simple cercle vendeur-acheteur.

    Économie et thermodynamique

    Frederick Soddy (prix Nobel de chimie en 1921) et Nicholas Georgescu-Roegen (professeur d'économie dans les années 1970) sont les principaux pourvoyeurs d'explications qui nous permettent d'aborder l'économie sous un nouvel angle et de tenter de la désenclaver de son modèle par trop figés. Ils n'ont ni plus ni moins appliqué les lois de la thermodynamique, qui nous enseignent : (1) que le contenu total en énergie de l'univers est constant (le fameux "rien ne se crée, rien ne se perd, tout se transforme" de Lavoisier), et (2) que l'énergie va toujours du chaud au froid, du concentré au dispersé, de l'ordonné au désordonné.

    La notion d'entropie (qui désigne le fait qu'une forme d'énergie après s'être transformée n'est plus utilisable) a également apporté un soutien précieux à nos économistes d'un genre nouveau.

    Transposées à l'économie, ces lois veulent dire que toute activité économique consiste à emprunter à l'environnement des composantes énergétiques et à les transformer en biens et services valorisés, mais temporaires. Le bilan énergétique de ces transformations est souvent défavorable, dans le sens où l'on consomme globalement plus d'énergie que l'on ne permet d'en créer et que l'entropie n'est elle pas temporaire, mais change de manière durable l'équilibre global de notre environnement.

    Cette vision de l'économie nous alerte bien évidemment sur sa pérennité et nous permet de lire un certain nombre d'indicateurs de façon différente. C'est ainsi que nous pouvons voir dans les PIB (Produit intérieur brut) de chaque pays, non plus une mesure de la richesse produite chaque année, mais bel et bien, et conformément à la vision thermodynamique de la chose, la valeur de l'énergie intégrée à des biens et services produits, au détriment de la diminution des réserves d'énergie disponible et au profit de l'augmentation des déchets entropiques.

    Économie et colorimétrie...

    Puisqu'au bout du compte, les lois de la thermodynamique nous rappellent que notre économie ne fait absolument pas exception à tout autre phénomène universel, et qu'en particulier elle ne fait rien d'autre que de consommer de l'énergie, à perte, en tous les cas dans le sens où nous ne pouvons pas réutiliser l'énergie consommée sous sa forme entropique, fort est de constater que nous allons dans le mur.

    Autrement dit, au bout du bout, le soleil disparaitra, mais notre modèle économique et sans doute la civilisation qui va avec, aussi, car après avoir pris à l'environnement tout ce que nous aurons pu prendre sans pouvoir le restituer sous une forme 100 % réutilisable, le bilan économique de tout cela n'aura bel et bien qu'une seule couleur : rouge.

    L'économie s'est basée pendant des siècles sur des lois qui, en faisant la part belle à l'équilibre des forces en présence, nous ont laissé penser que tout ceci pourrait durer ad vitam aeternam et s'autorégulait naturellement, alors qu'une vision beaucoup plus exogène, telle que suggérée par l'analogie avec la thermodynamique, nous montre au contraire qu'elle est en total déséquilibre et qu'elle ne pourra pas servir de modèle à notre société jusqu'à la nuit des temps.

    Alors, qui suivons-nous, Newton ou Lavoisier ?

    Thierry Guichard
     

Partager cette page