Jour «J» pour les ports

Discussion dans 'Info du bled' créé par Casawia, 5 Décembre 2006.

  1. Casawia

    Casawia A & S Forever

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    Réforme portuaire

    Pourquoi il fallait changer

    · Les défauts de la réforme de 1984 sont devenus trop pesants

    · Le port de Casablanca coûte 30% trop cher

    · La concurrence va devenir de plus en plus forte


    Ce soir, le 4 décembre à minuit, les ports marocains vont changer de peau. Mais on ne sait pas si la mue institutionnelle va se terminer dans le calme ou se passer dans les cris et les anathèmes. Depuis trois mois en effet, menaces de réunions et négociations se déroulent entre l’Etat d’un côté, trois des stevedores et une partie des dockers de l’autre, lesquels, il est vrai, ont le pouvoir de bloquer les ports. Plus exactement l’Etat ne veut pas prendre le risque d’en faire l’expérience sur le terrain: le Maroc dépend trop de son commerce extérieur pour jouer aux apprentis sorciers. Et, le syndicat des dockers dose avec habileté ses actions de manière à ne jamais se trouver dans le cas de mettre en danger la sécurité. C’était et c’est encore la barrière à ne pas franchir, qui aurait justifié une intervention des pouvoirs publics, par exemple, en faisant remplacer les dockers grévistes par l’armée, comme cela s’était passé dans les grèves des cheminots, qui s’opposaient aux mesures de redressement de l’ONCF. Ce fut la seule fois où des militaires ont pris la place de travailleurs-grévistes au Maroc.

    Ce n’est pas la première fois que ce vieux point douloureux se réveille. Sans remonter plus loin dans l’histoire portuaire du Royaume, rappelons que l’application de la réforme de 1984, celle qui avait créé l’Odep, ne s’est pas faite sans larmes. Avant, chaque port (Jorf Lasfar et les petits ports de cabotage et pêche n’existaient pas) avait son autorité, jouissant d’une grande autonomie, mais incapable de faire les investissements qui s’imposaient pour suivre le démarrage économique. Et aussi, il faut bien le dire, plutôt inefficace car rongée par la corruption. La résistance à la remise sur les rails a donc été puissante. Un nom est attaché à cette réforme, Mohamed Hassad (l’actuel wali de Tanger et sa région, wali de Marrakech, ancien ministre...).

    · «Vitesse politique»

    Il a eu à faire face comme Karim Ghellab aujourd’hui à toutes sortes de résistances, y compris des premiers bénéficiaires, c’est-à-dire des exportateurs et importateurs, qui avaient peur qu’en touchant un élément tout allait s’écrouler. Ils n’avaient pas totalement tort: mécontenter les dockers, qui à l’époque avaient la sympathie de l’opinion publique, pouvait par «réseautage», entraîner une grève dans une usine, qui n’avait rien de commun avec le port,... sauf le syndicat.
    Dans ce contexte, Hassad avait développé le concept de «vitesse politique»: aller plus vite que le temps de réaction des partenaires-adversaires. Il n’empêche que l’application de la réforme a été particulièrement coûteuse: emplois à vie, salaires élevés, financement du chômage, monopole de décisions...

    Vingt ans plus tard, les défauts du système sont devenus plus puissants que ses avantages. Il faut refaire une réforme, car le port de Casablanca coûte en moyenne 30% plus cher qu’il ne devrait. Par exemple, 1.090 dockers sont salariés en dehors de ceux de l’Odep, mais seulement 200 d’entre eux travaillent. Le principal port, Casablanca, est étranglé au milieu de la première ville du pays, les procédures ne sont plus adaptées aux techniques de transports telles qu’elles s’imposent aujourd’hui... Entre Jorf Lasfar et TangerMed, Casablanca était condamné à changer... Mais comme en 1984, cela ne fait pas le bonheur de tous les intervenants, les dockers de bord, qui souhaitent rééditer le coup de 1984 et ramasser la mise du chantage, comme une partie des stevedores, lesquels redoutent de perdre ce qu’ils pensent être leur rente de situation.


    L'Economiste

     

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