Kasbah de Boulaâouane : un patrimoine menacé de disparition

Discussion dans 'Info du bled' créé par freil, 1 Septembre 2005.

  1. freil

    freil Libre Penseur

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    Dans l'arrière – pays des Doukkala, la Kasbah de Boulaâouane dispose de tous les atouts qui peuvent enchanter et intéresser le touriste national et étranger.

    Outre ses anciennes fortifications qui témoignent de l'art architectural maroco-musulman, des marques urbanistiques évidentes révèlent l'importance culturelle et les potentialités touristiques de cette Kasbah qu'il faut impérativement préserver.

    Située sur la rive gauche de l'Oued Oum Rbia, à 80 km à l'Est d'El Jadida, elle fait partie de la circonscription de Khemis M'touh. Elle est accessible par la RN n°1 et par la RR 316.

    La Kasbah de Boulaâouane daterait, selon des historiens, de l'époque du Sultan Almohade Abdelmoumen Ben Ali.

    Elle fut dominée pour une certaine période par les portugais avant qu'elle ne soit reconstruite en 1704 par le Sultan Alaouite Moulay Ismaïl. Et selon M. Michaux – Bellaire, dans son ½uvre “ les Doukkala ”, “ cette forteresse a été édifiée en l'année 1704 de l'ère chrétienne par le Sultan Moulay Ismaïl.

    Elle avait autrefois une importance stratégique incontestable… et était un poste d'observation remarquable ”.
    Quant à M. Goulven dans son ½uvre “ le cercle des Doukkala ” éditée en 1917, il a mentionné ce qui suit : “ Sur la façade principale, orienté vers le Sud-Sud – Ouest, une porte monumentale, en superbe pierre de taille, porte au ronton une inscription très lisible et fort bien conservée, dont voici la traductin : “ Kasbah édifiée sous le règne du victorieux, puissant, conquérant avéré, notre seigneur Ismaïl, le champion de la guerre sainte pour la cause du Maitre du monde, que Dieu lui donne son aide et la victoire, et sous la surveillance de son esclave, assisté de Dieu, Rachid Ben Othmane et du Pacha Said Ben Reyathe, que Dieu l'assiste, à la date de l'hégire 1122 correspondant à l'année 1704 du calendrier Grégorien ”. Sur une superficie de 13000 m2, la Kasbah de Boulaâouane comprenait 500 demeures appartenant à des riches et notables qui pratiquaient l'agriculture et l'élevage.


    Elle fut réputée par ses vignobles dont le raisin noir, introduit dans la région par les portugais, est appelé “ le doukkali ”.
    Dans “ le cercle des Doukkala ” de Goulven (1917), on relève le descriptif suivant : “ Bâtisse de forme trapézoïdale ; flanqée de sept tours formant bastion. Elle est orientée du Nord – Nord – Est au Sud – Sud – Ouest. Un escalier couvert, avec poivrière hexagonale percée de meurtrières, permet l'accès de l'intérieur de la Kasbah au bord de l'oued, où il reste les vestiges d'une piscine.
    Sur la façade principale, orientée vers le Sud Sud-Ouest, une porte monumentale, en superbe pierre de taille, porte au fronton une inscription très lisible et fort bien conservée.

    Après avoir franchi cette porte et le porche inférieur, on aperçoit à droite les ruines, encore assez bien conservées, de la demeure du Sultan Moulay Ismaïl, vaste maison carrée, à grandes et élégantes colonnades et une cour intérieure desservant quatre pièces, dont l'une complètement éboulée ; dans les trois autres pièces, dont deux sont encore ouvertes, on voit des vestiges de mosaïques multicolores et de belles arabesques sur plâtre. Accolée et communiquant par une seule porte avec la cour intérieur de cette maison, une grande tour carrée d'environ 10 à 12 m de hauteur, domine toute la Kasbah.

    L'escalier intérieur, délaboré et effondré en partie, ne permet plus malheureusement d'atteindre le sommet de cette tour, d'où l'on devait jouir d'une vue splendide.
    Dans l'angle opposé de l'enceinte, s'élève une mosquée dont les voûtes sont supportées par 18 colonnes.

    Dans l'une des cours de cette mosquée, on voit la petite Koubba et le tombeau de Sidi El Mansar.
    L'éperon Rocheux sur lequel a été construite la Kasbah forme saillie à l'intérieur des remparts et en affleure presque le sommet dans la partie Nord-Nord Est de l'enceinte.

    De part et d'autre de cette arrête, dans deux profondes dépressions, d'énormes souterrains voûtés étaient utilisés autrefois comme silos… de nos jours, la Koubba et le tombeau de Sidi El Mansar, situés dans une des cours intérieures de la Kasbah, est le lieu très fréquenté des épouses stériles qui viennent en pèlerinage demander au santon les joies de la maternité ”. Et selon M. Michaux – Bellaire, “ la Kasbah de Boulaâouane se distingue des autres monuments de ce genre par son dispositif de défense : l'emplacement choisi pour son édification, la présence d'un donjon, d'une poterne, d'une barbacane, d'une rampe couverte accédant au fleuve et de tours de flanquement judicieusement disposées, parraît indiquer que le plan de cette forteresse a été dressé par une personne possédant quelques notions d'architecture militaire.

    L'état actuel de la Kasbah
    A 300 m au Sud-Ouest, se trouve le gué de Boulaâouane plus connu sous le nom de Mechraâ El Karma. Ce gué, d'une largeur de 50 m, est praticable en période d'étiage. Pour le traverser aux hautes eaux, les indigènes utilisaient une m'aâddia, radeau soutenu par des outres gonflées d'air. Aujourd'hui, l'importance de ce gué a disparu car le fleuve est traversé par un pont qui relie la route des Ouleds Saïd à celle qui conduit à Sidi Bennour. Un peu en amont de la Kasbah, passe la ligne de chemin de fer, à voie étroite, qui relie Casablanca à Marrakech.

    La somptueuse et vieille Kasbah de boulaâouane est en train d'agoniser même si, de l'avis de tous, le dépaysement est quasiment garanti dans cette paisible région des Doukkala.

    La menace est davantage persistante en raison de la négligence et de l'intervention arbitraire de l'homme, outre les facteurs naturels qui dégradent de jour en jour l'état de cette bâtisse.
    Le constat est affligeant. Le site continue d'être saccagé. De la mosaïque et des gravures ont été détruites ou pillées. Cette hémorragie a débuté depuis fort longtemps.

    Le saccage affecte les silos, les tours et même les murs. Le motif est la recherche d'une éventuelle fortune enfouie sous terre.
    On a à maintes reprises tiré la sonnette d'alarme, mais en vain. La seule fois qu'on a pris les choses au sérieux, c'était en 1994.


    A cette époque, un haut responsable avait annoncé qu'on était prêt à restaurer la Kasbah de boulaâouane à condition qu'elle fasse partie d'une autre province. Mais, comme les Doukkalis ne voulaient guère qu'on les prive de ce legs précieux, le projet de restauration est tombé à l'eau.
    Ces dernières années, un plan d'action pour la sauvegarde de la Kasbah a été établi par les services provinciaux.

    Il est donc temps que les responsables pensent sérieusement à préserver ce site et à prendre garde dans les meilleurs délais avant que les dégâts ne puissent en devenir irréparables.
    L'investissement dans la restauration de cette kasbah peut s'avérer une affaire lucrative étant donné qu'on a prouvé dans le sud du Maroc que le placement dans une kasbah est en effet plus rentable que le placement dans un hôtel classé.

    Dans ce contexte, M. Michel Amengual, ancien journaliste de France 2 et France 3 et un fervent idolatré du Maroc et des Doukkala, a mentionné dans son discours qu'il a prononcé lors de l'excursion au pays des fauconniers, organisé le 16 juin 2004, ce qui suit : “ … Nous avons admiré la splendeur et la Kasbah de Boulaâouane, et depuis l'année de sa construction, ceux qui y viennent peuvent y admirer non seulement les remparts grandioses qui cernent la citadelle, mais aussi les méandres majestueux de la rivière Oum-Rbia.

    Il y règne une paix solennelle et magique… On n'en parle pratiquement pas dans les guides touristiques, on ne trouve aucune carte postale de ce joyau… et pourtant n'avez vous pas imaginé les ballades et randonnées que l'on peut faire dans cette région… avec quelques gîtes ruraux dans les villages alentour ? Un rêve à portée de main, à une heure de Casa ou d'El Jadida ?… Pourquoi ne pas imaginer aussi des promenades en rivière ou le long de cette rivière ? Il y a tant à innover, à explorer !… Pourquoi la région ne pourrait – elle pas être aussi une région de pêche récréative ?… Cela ne peut pas être seulement un rêve !
    Certes, en pénétrant dans l'enceintre de la Kasbah, on voit que le temps continue à faire son ½uvre, toujours destructrice. Je sais que des études ont été menées pour restaurer ou pour éviter que cela ne s'aggrave.

    Nous savons tous combien coûte une restauration dans les règles de l'art, et qu'il y a tellement de priorités dans tous les secteurs ! Par quel bout prendre de tels chantiers ?
    On ne peut donc que formuler le souhait que les dossiers soient réouverts… et qui sait, un jour, Dieu aidant, la Kasbah s'arrêtera de s'écrouler !…. Une bonne promotion touristique pourrait aider à trouver des mécènes…


    Source: LE MATIN
     

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