L’heure tourne Par Ahmed R. Benchemsi

Discussion dans 'Nouvelles (9issass 9assira) & Chroniques' créé par @@@, 28 Décembre 2008.

  1. @@@

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    Etre à ce point déphasés par rapport à la marche du monde ne peut pas, ne doit pas être pour nous un motif de satisfaction.


    En 2008, Barack Obama est devenu le premier président noir des Etats-Unis. La mondialisation a désormais un visage, porteur de tous les espoirs. De Nairobi à Jakarta, de Berlin à Buenos Aires, les marginalisés, les exclus, les minoritaires se sentent pousser des ailes. Le “rêve américain” est devenu celui de toute la planète : quelle que
    soit son origine, chacun a désormais sa chance dans le village global, pourvu qu'il sache la saisir et la transformer par son travail et son intelligence.


    Et chez nous ? Un frémissement des valeurs, l'émergence d'un nouveau héros ? Bof… De héros, nous n'en avons qu'un, et sommes apparemment condamnés à ne jamais en avoir d'autre. Au Maroc, l'héroïsme est exclusif et c'est parti pour durer. Le seul personnage public qui ait fait parler de lui, parce qu'il est en train de chambouler le champ politique (et encore, maladroitement), est un ami d'enfance de qui vous savez. Toujours les mêmes recettes…

    En 2008, la Chine a organisé les Jeux Olympiques. Le nombre de records battus a été lui-même un record. La petite Jamaïque a transcendé le sprint. Un nageur américain a décroché 8 médailles d’or à lui seul. La Chine a fasciné la planète, autant par son organisation millimétrée que par ses centaines d’athlètes, fabriqués à la chaîne pour décrocher l’or, encore et encore.

    Et nous ? Le naufrage de nos athlètes à Pékin nous a rappelé, encore une fois, qu'en dehors des exploits individuels passés de quelques prodiges, nous n'avons jamais travaillé avec suffisamment de souffle et d'intelligence pour asseoir une politique sportive capable de nous maintenir dans le concert des nations qui gagnent.

    En 2008, une crise financière sans précédent depuis 1929 a frappé le monde de plein fouet. Les Bourses ont tremblé, les trillions de dollars ont valsé, les Etats se sont mobilisés et l'économie mondiale est en train de se reconfigurer, globalement et irrésistiblement. Ajoutons que le prix du baril de pétrole a flambé jusqu'à atteindre 150 dollars puis, dans la même année, a plongé jusqu'à passer sous la barre des 40. Les prévisions budgétaires de tous les Etats du monde ont été radicalement bouleversées, et leurs priorités avec. Au nombre desquelles, les changements climatiques, devenus sujet de préoccupation mondiale.

    Et chez nous ? L'environnement est toujours un débat inexistant, voire incongru. Quant à la crise économique, notre gouvernement affirme qu’elle ne nous concerne pas. Nos banquiers se sont même fendus d'un communiqué surréaliste, déclarant en substance : “Nous ne sommes pas touchés par la crise mondiale, parce que notre économie est encore largement déconnectée de l'économie globale”. Contrairement à ces gens, je pense qu'il n'y a pas de quoi être fiers. Que la crise ne nous touche pas (ce qui reste à prouver), ce serait en effet une bonne nouvelle, mais à court terme. Ceux qui voient plus loin que le bout de leur nez penseront plutôt qu'il y a de quoi se désoler, voire s'inquiéter. Etre à ce point déphasés par rapport à la planète ne peut pas, ne doit pas être pour nous un motif de satisfaction.

    Le Maroc est un petit pays, on le savait déjà. Mais le monde se transforme, se reconfigure, devient multipolaire. Les vainqueurs, petits comme grands, seront ceux qui prendront le train en marche, et sauront y arrimer leur wagon. Notre drame, ce n'est pas que nous n'y arrivons pas, mais que nous n'essayons pas d’y arriver. Pire : nous ne sommes même pas conscients de la nécessité d'essayer. Oh, la situation du Maroc n'est pas immuable, il y a bien des choses qui évoluent dans le bon sens. Mais lentement, au rythme que la monarchie, notre unique guide et référent, juge bon. “Par rapport aux présidents élus, le privilège des rois, disait Hassan II, c'est qu'ils ont le temps pour eux”. L'ont-ils vraiment ? Mohammed VI, ainsi que nous tous, devrions nous poser la question sérieusement…

    http://www.telquel-online.com/353/edito_353.shtml
     

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