Laïcité vur par Tahar Ben Jelloun

Discussion dans 'Nouvelles (9issass 9assira) & Chroniques' créé par tarix64, 10 Avril 2007.

  1. tarix64

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    Laïcité



    Posté le 28-11-2004
    Par Tahar Ben Jelloun


    Si le mot « laïc » signifie d’abord « ce qui est commun, ce qui est du peuple », avec le temps et les guerres, son sens a été plus affiné, plus précis : Est laïc tout ce qui est indépendant de toutes croyances religieuses. Croyances, convictions, pratiques, appartenances à un monde relèvent de la foi plus que de la raison.

    En décembre 1905, une loi est votée par le parlement français qui consiste à séparer l’Eglise de l’Etat. C’est une révolution, une date historique. Cela n’a pas été facile. Il a fallu plusieurs débats, plusieurs affrontements dans la rue pour en arriver là. Cette victoire de la liberté de l’individu n’a été possible que parce qu’il y a eu un siècle des lumières. Sans le XVIII ème siècle, sans ses audaces, ses grands penseurs et philosophes, jamais la France n’aurait pu imposer la séparation du religieux du politique. Depuis, la laïcité se confond avec la république. Elle n’est surtout pas le refus des religions, mais la garantie de l’exercice de toutes les religions dans le respect mutuel et surtout dans le respect de la vie civile et politique. Au début, cela n’a pas été facile. Il a fallu que l’armée pénètre dans les écoles et lycées pour arracher des murs les crucifix. L’Eglise considérait qu’elle venait de perdre un grand pan de son influence ; elle a vite construit des écoles privées où on enseigne aussi bien le catéchisme que les sciences.

    L’Espagne est devenue laïque en même temps qu’elle devenait démocratique. Du temps du franquisme, l’Eglise catholique constituait un pilier important de l’idéologie et de la politique de cette dictature. La religion se mêlait de tout, intervenait pour censurer les œuvres d’art, les écrits et même les mentalités. Cette emprise de la religion sur le pays a contribué à son isolement en Europe et à son sous-développement économique et culturel.

    L’école est le lieu primordial d’où part la laïcité. On l’appelle l’école publique en opposition à l’école privée. Car la laïcité n’interdit pas les écoles confessionnelles. Les deux écoles coexistent dans l’indépendance et la liberté.

    On reparle aujourd’hui de laïcité, aussi bien en France qu’en Espagne ou en Italie, à cause d’un morceau de tissu que des filles musulmanes mettent sur la tête pour couvrir leurs cheveux. On l’appelle le foulard, d’autres parlent de voile, ce qui n’est pas la même chose.

    Le problème a surgi un matin de l’hiver 1989. Des jeunes filles arrivent dans collège de province française la tête couverte par un foulard. On l’a appelé « le foulard islamique ». Lorsqu’on leur a demandé de le retirer, elles ont résisté au nom de la liberté. L’affaire prit des proportions nationales au point qu’il a fallu que le roi du Maroc, Hassan II intervienne personnellement auprès des parents de ces filles pour qu’elles renoncent à aller à l’école dans cet accoutrement. Mais le débat a continué. De plus en plus de filles mettaient le foulard pour affirmer leur identité. Le problème s’est posé dans d’autres pays européens. L’islam est mis en cause. En même temps l’Europe découvre que l’islam fait partie de son destin. Cette révélation est vécue par certains comme une violence, une menace contre la laïcité.

    Deuxième religion de France, l’islam est en train de s’installer dans les structures d’une société qui a lutté pour la séparation de la religion et de l’Etat.

    Lors d’un débat organisé le 14 juin au Sénat, l’écrivain Philippe Sollers a posé la question de savoir si « la laïcité est désirable, si le voile ne cache pas la forêt ». Apparemment les jeunes musulmanes qui se voilent ou portent le foulard semblent ne désirer qu’une chose, pratiquer leurs croyances religieuses dans une France ouverte et tolérante. Mais cette même France craint pour l’avenir de la laïcité. L’islam tel qu’il se manifeste sur la scène politique lui fait peur. En fait, le foulard est un symbole, un signe d’identification qui veut dire que l’intégration des enfants d’immigrés a échoué. La laïcité ne fonctionne que si elle a des repères de justice et d’égalité. La France a des territoires d’exclusion qui favorisent le repli et l’islamisme. Mais si on décide de faire sa vie en France, quelles que soient ses convictions religieuses, on doit respecter les lois de ce pays. On n’impose pas le port du foulard à ses filles qui fréquentent l’école publique et républicaine. Si on refuse ces lois, si on veut forcer la législation, c’est qu’on refuse de s’intégrer. Alors il faut inscrire ses filles dans une école privée, une école musulmane ou bien avoir le courage de repartir dans son pays d’origine et vivre selon ses croyances. Derrière ce symbole du foulard, se cache en vérité une autre conception de la vie et des relations entre hommes et femmes. Le père ou le frère commence par voiler la fille, il lui demande ensuite de ne pas participer au cours de gymnastique parce que son corps sera visible, ensuite on lui demandera de ne pas aller au cours de sciences naturelles, de musique, de dessin etc. C’est une intrusion impossible à faire admettre dans un pays qui tant lutté pour l’émergence de l’individu et de sa liberté.

    L’islam comme toute religion monothéiste refuse la laïcité. Et pourtant, il faut bien que les musulmans vivant en Europe l’acceptent, sachant pertinemment que leurs enfants avec une carte d’identité européenne, feront leur vie dans cette partie du monde. Le choix est là : ou bien on accepte l’Europe ou on la refuse. Ce qui n’empêchera pas l’islam de trouver sa place dans ces pays. L’Europe est même une chance pour lui, car en réussissant à s’y implanter et surtout en respectant les lois, l’islam peut démontrer qu’il est possible, qu’il est même épanoui dans une société démocratique. On ne pourra plus reprocher à cette religion d’être incompatible avec la démocratie comme cela se vérifie, hélas, chaque jour dans les pays du Golfe et certains autres pays arabes.

    Le combat pour la laïcité est le premier pas vers une intégration sans ambiguïté. Mais comme écrit Maurice Blanchot : « la réponse n’épuise pas la question ».

    Tahar Ben Jelloun.
     
  2. roubi2006

    roubi2006 Visiteur

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    Re : Laïcité vur par Tahar Ben Jelloun

    merci kouya pour l'article
    en fait j'adore bien cet écrivain et si jamé t'as d'autre truc de cet écrivain n'hésite pa à les poster et merci infiniment
     
  3. raja_casa

    raja_casa دمعة و ابتسامة

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    Re : Laïcité vur par Tahar Ben Jelloun

    la réponse n’épuise pas la question

    merci pour l'article tarik [06c]
     
  4. tarix64

    tarix64 Visiteur

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    Re : Laïcité vur par Tahar Ben Jelloun

    je vous empris les amies [06c]
     

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