La «alaouisation» de l’économie

Discussion dans 'Info du bled' créé par morphin, 16 Octobre 2006.

  1. morphin

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    L’appétit des hommes d’affaires du roi confine à la gloutonnerie. Ils ne voient aucun obstacle à leurs ambitions. Résultat : jamais la Monarchie n’a été aussi présente dans le secteur privé. La «alaouisation» succède à la privatisation.

    Au saut du lit, vous êtes comme bien des Marocains à vous envoyer derrière la cravate un bon bol de lait Salim saupoudré de sucre Cosumar et une barre de biscuit chocolatée Bimo dont vous vous approvisionnez chaque week-end chez Marjane ou chez Acima, la supérette du coin avec un pack d’eau minérale Aïn Saïss, un jerrican d’huile Lesieur, des Danone à la douzaine et des conserves Marona, etc…


    Votre petit-déjeuner englouti, vous sautez dans votre nouvelle Peugeot 307 achetée à crédit auprès de votre banque Attijariwafa pour filer au boulot. Votre appartement, vous avez pu l’acquérir grâce à Wafa Immobilier et vous avez pu faire cet été une escapade en Turquie grâce à un prêt à la consommation contracté chez Cetelem. Banal, direz-vous, mais savez-vous cependant que toutes ces marques qui jalonnent votre quotidien appartiennent en partie au roi ?

    On se souvient encore des rumeurs qui circulaient au début du règne de Mohammed VI sur l’éventualité d’un retrait de la famille royale du monde des affaires. En trame de fond, c'est un roi libéral, ouvert, désintéressé par les affaires qui compte se retirer de l'ONA. A l’époque, le marché spéculait déjà sur un repreneur et le nom du magnat saoudien Walid Ibn Talal circulait même dans les salons. De l’eau a coulé sous les ponts depuis et de rumeur de retrait, il n’en est plus question. Bien au contraire, aujourd’hui le roi est plus que jamais présent dans le paysage économique du pays.

    Plus imposante fortune du pays, le roi est à la fois premier entrepreneur, premier banquier, premier exploitant agricole, etc…, «Monarque exécutif», comme il insiste à le rappeler dans certains de ses discours, ses pouvoirs constitutionnels lui confèrent le statut hégémonique de juge et partie. Une situation qui suscite de plus en plus de commentaires appuyés d’investisseurs nationaux mais aussi étrangers.

    La prévalence de la monarchie dans le monde des affaires n’a jamais été aussi forte. Elle s’est accentuée depuis la mort de Hassan II. La nouvelle caste des «managers du roi», ceux-là même qui ont orchestré sa toute-puissance économique, s’en défendent. «Il n’est là que pour insuffler du dynamisme à l’économie nationale, les seuls problèmes concernent le déploiement d’une stratégie engluée par les erreurs du passé», rétorquent-ils à leurs détracteurs.

    L’argument qui veut que le chef de l’Etat soit aussi aux commandes de l’économie pour jouer la locomotive d’un royaume à la croissance poussive est bien court. La manière peu orthodoxe avec laquelle sont menées ses affaires et la prédation de ses holdings emboîtés en poupées russes depuis son accession au trône contredisent cette argumentation. En réalité, le business du monarque va mal, très mal , «c’est un Titanic dans le brouillard de la Mer du Nord» pour reprendre l’expression d’un diplomate qui n’hésite pas à parler de «magma proteiforme et balourd» quand les porte-voix du roi parlent de stratégie, de recentrage et de relais de croissance.


    Un business laminé
    Le fer de lance de la fortune royale reste sans conteste le groupe ONA-SNI et son chapelet de filiales, une sorte de «Maroc SA» ainsi qu’on le surnomme dans le microcosme des affaires. Une fusée à multiples étages dont le spoutnik SIGER (dirigé par Hassan Bouhemou, transfuge de la BMCE et tête pensante de Mohamed Mounir Majidi, M. Business du souverain) est le point culminant, une sorte de portefeuille nimbé de mystères qui contrôle, par le jeu complexe des participations, un large pan de l’économie de base. Et pour cause, ses sociétés interviennent dans tous les secteurs vitaux de l’économie nationale (agroalimentaire, finance, mines, distribution, télécoms…). A sa mort, Hassan II lègue à son fils un Omnium affaibli par une opération désastreuse qui laissera le groupe endetté jusqu’au cou.

    1999, Hassan II affaibli par la maladie suit ses affaires de loin. Une bataille acharnée embrasera la place de Casablanca. Elle opposera le tout-puissant Othman Benjelloun, le seul vrai raider qu’a connu le pays, à l’ONA. Le magnat de la finance, grisé par les succès de son groupe BMCE, commet aux yeux du Makhzen un crime de lèse-majesté. Il cherchera à faire main basse sur la SNI via le marché boursier. Coup de bluff ou tentative réelle de se mesurer à la Couronne ? Les avis divergent, toujours est-il que la bataille sera remportée par l'ONA qui n'a pas hésité à abattre la carte politique pour briser l’élan du banquier pour lequel penchait la balance du marché. Freiné dans son ambition par les principaux investisseurs institutionnels dont les patrons étaient nommés par dahir. A l’époque, on arguera que Benjelloun n’était pas un modèle de bonne gouvernance. Il était inadmissible, après ses turpitudes dans le dossier Saïda Star Auto de le voir s’emparer de l’empire du Roi.

    Non seulement Benjelloun a dû renoncer à son OPA déguisée sur la SNI et décroiser ses participations avec l’ONA, mais il a également failli y perdre sa banque…Il tiendra sa revanche plus tard lorsqu’il ira jusqu’à s’offrir pour administrateur de sa filiale londonienne un certain M. Cooke, l’inventeur des règles prudentielles bancaires, histoire de rire sous cape des mésaventures de ses ennemis jurés.


    Des industries vétustes
    Le rachat de la SNI, l’ONA devra le payer cash pour faire barrage à l’impétrant. Ce qui laissera le premier groupe marocain sur les rotules. Le groupe déboursera près de 500 millions de dhs, financés par l’endettement à court terme pour éviter de voir filer la SNI, ce qui pèsera lourdement sur ses comptes déjà fortement grevés par des industries en désuétude et des investissements hasardeux. C’est à partir de cette frénésie défensive très coûteuse que l’idée d’une nouvelle «stratégie vorace» sortira des cartons de l’ONA. En réalité, le holding royal, devenu «vétuste» en matière de positionnement industriel, cale sur son orientation stratégique. Ses anciens fleurons à grandes enseignes (notamment dans l’agro-industrie) ont vu au contact de la mondialisation leur rentabilité s’évaporer comme neige au soleil.

    Depuis le départ de Mourad Chérif de l’ONA, la décision salvatrice de délester le groupe de ses actifs lourds n’est pas intervenue. «Personne ne peut dire ouvertement au roi que sa boîte péréclite car trop dépendante de secteurs trop concurrentiels», commente, désabusé, un habitué du sérail. Les managers de l’ONA sont tétanisés à l’idée de dégraisser le mammouth Lesieur, par exemple, qui a été mis à genoux par Savola, son concurrent saoudien, plus véloce.

    «Il faudrait licencier en masse pour se battre à armes égales avec Savola», commente un connaisseur du dossier, et d’ajouter «comment jeter sur le carreau tant de monde alors que leur employeur est le roi ? Vous imaginez le scandale ?». Pis, parce que les filiales doivent cracher du cash à leur maison-mère sans discontinuer, Lesieur, contre tout bon sens managérial, distribue des dividendes à ses actionnaires et fait fi de la loi anti-trust qui interdit à toute entreprise de s’arroger plus de 40% de parts de marché. Le cas de Lesieur n’est pas isolé, la Centrale laitière dont l’activité fait vivre des milliers de gens dans le monde rural est chahutée par la Copag qui produit la marque Jaouda. Acculé, l’ONA fait feu de tout bois. Contre Savola, c’est la justice aux ordres qu’on mobilise pour des broutilles, contre la coopérative Copag, c’est le lobbying pour fiscaliser un secteur «qui gagne trop d’argent», et la liste est longue.

    Pour se dépêtrer de cet engrenage sans fin, la «nouvelle équipe M6» de l’ONA, arrivée après le débarquement de Mourad Chérif, va imaginer un gymkhana financier qui fera date dans les annales de la restructuration de l’économie marocaine. Le but de l’opération est de donner à la famille régnante toute la latitude financière dont elle a besoin. Pour l’opinion publique, on vendra l’idée de doter le Maroc d’un champion de classe internationale générateur de croissance pour tous. Une théorie que peu d’économistes conscients des dangers des gigapoles à la coréenne valident.

    Ce sera la fameuse «rotation de participations», une pirouette engagée en août 2003 qui saignera à blanc des caisses de retraites comme la MAMDA, le RCAR et la CIMR à qui on ordonnera de se dessaisir de 5% de l’ONA à un prix au rabais pour permettre au roi de s’arroger le contrôle financier du groupe. «Jamais Hassan II n’aurait autorisé un tel dépeçage, sa part dans l’ONA est toujours demeurée stable», martèlera un initié des arcanes du Pouvoir. Il faut tout de même y répliquer qu’il ne se formalisait pas de sa quote-part…L’opération officialisera la subordination d’entités quasi-publiques supposées indépendantes qui, de surcroît, gèrent les retraites de millions de Marocains.

    «Une vraie OPA royale antisociale», commentera un gestionnaire de fonds de pension qui rappellera au passage que les patrons des caisses de retraites au Maroc sont nommés par Dahir ou affiliés à la CDG, «une Bank Al-Maghrib bis qui aura pour mission officieuse de servir la nouvelle doctrine du champion national et, par transitivité, les intérêts du Palais», dira en substance un commis de l’Etat. Une «hérésie» à opposer au cas saoudien par exemple, où les «utilities» sont toujours cédées en partie à des fonds de retraite pour huiler la redistribution des richesses au plus grand nombre… Un «exemple» qui trouvera toute sa signification dans cette opération et celles qui suivront…


    Visées gargantuesques
    La montée en puissance du roi à travers SIGER dans le groupe ONA-SNI représentant à l’époque déjà plus de 30% de la capitalisation boursière avec l’entregent de la CDG sera en effet le prélude à des visées plus gargantuesques. Jeter son dévolu sur des industries en mal de compétitivité n’est pas une fin en soi, car la «rotation», présentée par un Bassim Jaï Hokaïmi, gêné aux entournures face au feu roulant de la presse, comme un antidote à la malédiction de l’endettement, fera vite long feu. Le toilettage des comptes de l’ONA en septembre 2003 visant à passer l’éponge sur la moins-value de 1 milliard de Dhs occasionnée par l’acquisition de la SNI, laissera le milieu financier sceptique.

    Un scepticisme confirmé plus tard quand l’ONA revalorisera de façon régalienne ses actifs pour embellir ses ratios ! Le remplaçant techniciste d’un Mourad Chérif accusé d’avoir laissé entrer les «loups étrangers dans la bergerie ONA» tentera de justifier le contrôle royal par une embardée sibylline. A la pique lancée par un journaliste sur la nécessité d’une prééminence du roi dans l’ONA pour sortir le groupe du bourbier financier dans lequel il patine, Hokaïmi grommellera : «De toute façon, c’est fait et personne n’y a trouvé quoi que ce soit à redire !». La logique de prédation y trouvera sa devise. L’étape suivante consacrera cette doctrine avec la fusion inattendue de la Banque Commerciale du Maroc et du groupe Wafabank, joyau de la famille Kettani dont Abdelhak Bennani rêvait de faire le «premier hypermarché de la finance au Maghreb».

    Désormais doté d’un mastodonte sans équivalent, les nouveaux gourous de la fortune royale afficheront la volonté de placer la nouvelle Attijariwafa au c½ur du système avec pour avantage de profiter davantage de la souplesse des disponibilités financières, ce qui était jusque-là impossible à partir des activités industrielles à la rentabilité décroissante. «Une obligation qui a pour finalité de démythifier l’ONA», tentera d’expliquer un ponte du holding. Elle provoquera un charivari sans précédent dans le groupe d’où sortira vainqueur un Khalid Oudghiri, auréolé de la réussite du mariage BCM-Wafa, mais aussi grâce à ses nouveaux soutiens à l’International et dans les hautes sphères de l’Etat. Un prologue à des luttes intestines dont les entités du roi se seraient bien passées…


    Sus aux étrangers !
    Désormais dotés d’une banque à l’envergure régionale, les holdings royaux devraient donc retrouver le chemin de l’opulence. L’assertion n’est pourtant pas évidente tant les liens incestueux entre Attijariwafa et l’ONA-SNI sont source de risque systémique. «Le problème, explique cet analyste, c’est que la banque, quoique solide, ne refuse rien à l’ONA !». Si la pompe à fric peut paraître inépuisable, «elle fonctionne à l’abri des regards indiscrets, contrairement aux flux qui existent entre la BMCE et les entités du groupe Benjelloun», explique cet expert de la bancassurance. Après avoir était pris la main dans le sac dans l’opération de cession par Finance.com d’une partie de la RMA à BMCE Bank.

    Benjelloun aura, là encore, tiré les leçons de ses faux pas. Du coup, l’ONA recherche désespérement d’autres filons de rentabilité. Le virage loupé des télécoms donne encore des cauchemars à SIGER qui aurait bien voulu prendre pied à Maroc Telecom et profiter d’une corne d’abondance abandonnée à Vivendi au grand dam des argentiers du pays. L’ONA s’essaiera tardivement au secteur avec la prise de contrôle de Maroc Connect en pure perte. Le petit poucet de la téléphonie ne sortira du rouge que dans une quinzaine d’années, «un business plan d’autoroute pour une start-up», ricanera un concurrent, à moins que l’on daigne enfin inviter l’Egyptien Orascom dans son tour de table comme il se chuchote déjà .

    Reste alors des proies de choix, mais difficile à contrôler avec aisance : les partenaires étrangers. Hérités de l’ère Mourad Chérif accusé aujourd’hui de les avoir favorisés par des pactes d’actionnaires que l’on dit mal fagotés, les AXA et Auchan sont plus que jamais dans le scope d’un ONA avide d’argent frais. «Un simple coup d’½il sur ce que dégage AXA attise bien des convoitises», explique un banquier mais Claude Bébéar, le puissant maître de l’assureur mondial, ne l’entend pas de cette oreille, lui qui aurait «convaincu» Mourad Chérif de lui concéder la majorité dans AXA-Maroc alors que Fouad Filali aurait laissé sur son bureau une dot plus favorable à l’ONA.

    Les mauvaises langues soutiennent que Chérif doit son parachute doré à la BMCI pour service rendu à AXA… Toujours est-il que l’ONA est loin de faire plier un Bébéar qui a l’oreille des puissants de ce monde. D’ailleurs, pour l’anecdote, le Maroc n’a pas hésité à faire appel au tombeur de Messier à Vivendi pour convaincre la famille Mulliez (Auchan) de créer une plate-forme d’exportation du textile marocain à Tanger sous l’enseigne Décathlon… Une requête insolite quand on sait que le torchon brûle entre Auchan et l’ONA qui s’évertue à reprendre le pouvoir (au risque d’aller à l’arbitrage judiciaire) dans une autre machine à cash : les hypermarchés Marjane et leur réseau Acima…

    La grande distribution et la finance ne sont pas les seuls métiers sur lesquels lorgne l’ONA. Ses nouveaux objectifs de «relais de croissance» se trouvent aussi dans les services aux collectivités locales (eau potable, assainissement). Là, c’est Véolia qui tient le haut du pavé avec Amendis à Tanger et Redal à Rabat où l’ONA se contente d’un strapontin qu’elle verrait bien se transformer en manne financière par «contrôle de souveraineté», surtout que ce secteur est fortement dépendant de la régulation de l’Etat et non de la concurrence.

    L’ONA serait aussi en embuscade sur Marrakech et Fès… Tout un programme qui donne des oreillons à l’ambassade de France tant les diplomates français en poste à Rabat ne cachent plus leur colère envers l’attitude offensive de l’ONA sur leurs vaches à lait marocaines… La volonté du Pouvoir à vouloir se retourner vers d’autres investisseurs internationaux qui se suffisent de la «caution royale» et de pactes avec la CDG pour leurs projets au Maroc, en l’occurrence les Emiratis, ne serait pas étrangère à cette problématique. D’ailleurs, pour la petite histoire, c’est Primarios, entreprise 100% royale spécialisée dans l’ébénisterie, est annoncée pour être maître d’ouvrage de la plupart des projets dubaïotes. Des projets de plusieurs milliards de dollars...

    Enfin, l’énergie et ses services intéressent aussi et au plus haut point le holding royal qui, pour la circonstance, n’a pas hésité à débaucher Ahmed Nakkouch de l’ONE pour piloter Nareva, sa botte secrète pour mettre le grappin sur les retombées immenses du Plan gazier national. «Une révolution industrielle à elle seule quand on sait que le potentiel de la reconversion énergétique de toute l’industrie nationale qui passerait du charbon, fioul et autre crémation de pneus au gaz naturel, plus propre et plus rentable !», explique un spécialiste. Le recrutement de Younès Maâmar à l’ONE , un ancien de la SFI à l’épais carnet d’adresses et son adoubement par les sécuritaires ferait partie de cet agenda.

    La mise au pas des oligarques
    Cette donne énergétique a déjà refaçonné le cosy capitalisme marocain. D’abord pour Mustapha Amhal (Somepi), endetté jusqu’au cou à qui (ce ne serait pas une coïncidence) ses banques, Attijariwafa et BCP ont refusé toute restructuration financière. «Il faut dire que Somepi était au bout du rouleau et son plan d’assainissement fantaisiste», explique ce banquier d’affaires. Son mariage forcé avec Afriquia (Akwa) d’Akhennouch avait un double objectif : Primo, cantonner la Samir, contrôlée par des intérêts saoudiens, au seul métier de raffinage en l’empêchant de sceller une alliance avec Amhal, et secundo permettre au groupe Akwa, que l’on sait proche des cercles de pouvoir, d’asseoir sa suprématie dans la distribution de gaz. Le soutien de la CDG à Akhennouch, pourtant lui aussi surendetté ne serait pas fortuit.

    «Les largesses de la CDG envers Akhennouch dans Méditel et dans le tour de table d’Afriquia-SMDC ne sont pas vaines. Pour le pouvoir», argumente ce connaisseur du dossier. Akhennouch, que l’on préparerait à une seconde carrière en politique (il serait ministrable en 2007, si un gouvernement de type Jettou III «sortait» des urnes), ne serait que le poisson-pilote que la CDG et… l’ONA cueilleraient in fine… Le même scénario serait envisagé à terme pour des «rentiers» comme Sefrioui d’Addoha à qui l’on aurait forcé la main pour s’introduire en bourse et ouvrir son capital à des… institutionnels, voire pour des oligarques bien nés comme Bensalah… Des conjectures que d’aucuns prédisent avec certitude pour ces anti-Google locaux.

    A l’abordage du patronat ?
    Le nouveau visage de la CGEM serait enfin la touche finale d’un édifice destiné à promouvoir cette «alaouisation» de l’économie où le Pouvoir, via l’ONA, utilise Attijariwafa comme tiroir-caisse, la CDG comme «support politico-économique» jusqu’à plonger sans explication véritable dans le tour de table du Club Med et les oligarques-héritiers pour le contrôle temporaire de secteurs en vue.

    Echaudé par un Hassan Chami retors qui a osé parler ouvertement de crise de «gouvernance économique», le Palais aurait décidé de «mettre au pas le clan des républicains» subsistant à la CGEM. Le retour en force (et en grâce) de Moulay Hafid Elalamy après son «exploit» avec le rachat de la CNIA (aidé en cela par une Attijariwafa bien généreuse contre une BCP désabusée) l’aurait placé en pôle position d’une short-list de prétendants moins flamboyants.

    Oublié l’épisode Agma dans lequel il a joué aux corsaires avec Fouad Filali. Désormais, le fringant Elalamy, porté aux nues par son bagou remarqué au Palais a pu tenir sa revanche, lui qui rêvait de revenir sous les feux de la rampe après sa traversée du désert hors des frontières. «C’était le candidat idéal, une sorte de jeune Benjelloun, sans dossiers sensibles et jusqu’à maintenant si loyal», s’extasie un homme d’affaires de Casa.

    Rapidement, le patronat aurait été mis en coupe réglée à coup de cooptation d’oligarques et de nominations de managers ambitieux. Preuve en serait le recrutement du lobbyiste-vedette du Palais à l’ONA, l’incontournable Mehdi Qotbi avec bureau et limousine et dont la première mission sera d’introduire Elalamy dans les cercles influents de Paris. Mais la situation n’est pas aussi simpliste. Si Fouad Ali El Himma n’a pas caché sa volonté d’éradiquer les refuzniks nostalgiques des joutes contre Basri lors du «Gentlemen’s agreement» de 1996 en brandissant un vague décret de 1958 régissant les associations pour justifier son immixtion dans les affaires du Patronat, la première sortie de la CGEM dédiée à Driss Jettou qui ne lâche pas son dossier «Emergence» a été, dit-on à Rabat, très mal vécue par le sécuritaire en chef.

    Le mix des cooptés et de quelques chefs de commissions à l’aura loin d’être écornée (Mostafa Terrab pour l’économie et Abdesselam Aboudrar pour la lutte contre la corruption) aurait donc pris. Bien sûr les critiques sont légion : on cède à Elalamy ce que l’on a refusé à ses prédécesseurs comme le cachet d’utilité publique à la Fondation CGEM, les abattements fiscaux, le textile si puissant économiquement dévalué en termes de représentation, un label CGEM aux allures de «club privilèges» etc… «Le réseau d’Elalamy à l’international, sa double nationalité, ses avoirs à l’étranger lui donnent une marge de man½uvre insoupçonnée», insiste un proche du Patronat. Comme pour Oudghiri à la banque qui se permet de financer Maroc Telecom, la perle perdue, et enrager ses actionnaires taxés de «schizophrènes de la gouvernance» alors qu’il ne fait qu’augmenter les résultats d’Attijariwafa, Elalamy au patronat est un électron mi-libre, mi-ferré. La «alaouisation» de l’économie n’aurait pas encore le pouvoir de Big Brother… Jusqu’à quand ?


    Lire aussi

    * ONA/Etrangers: Le torchon brûle
    * Prédation: De 1999 à 2006, les jalons d’un «e mpire royal» en extension


     

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