La caravane humaine

Discussion dans 'toutes les poésies...' créé par titegazelle, 10 Avril 2008.

  1. titegazelle

    titegazelle سُبحَانَ اللّهِ وَ بِحَمْدِهِ Membre du personnel

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    J'ai connu,
    dans ma vie,
    qui s'étire déjà pas mal,
    quelques grands vivants.
    Ils n'étaient pas tous célèbres,
    loin de là.
    Mais ils avaient tous
    assez d'amour dans le coeur
    pour en donner à beaucoup.

    Ils n'avaient pas tous un épais portefeuille, tant s'en faut.
    Mais ils avaient tous une grande passion dans l'âme
    qui donnait du sens à tout ce qu'ils faisaient.

    Ils n'étaient pas tous très instruits,
    oh non !
    Mais ils avaient tous développé
    une sagesse en leur esprit
    qui en faisait de merveilleux conseillers.


    Ils avaient souffert,
    souvent même beaucoup :
    maladies, échecs, abandons, trahisons.
    Mais jamais,
    ils ne s'étaient laissés abattre.
    Toujours, ils avaient rebondi devant l'épreuve.

    Ils avaient compris depuis longtemps
    que donner est plus agréable que recevoir,
    qu'écouter est plus intéressant que parler,
    qu'admirer est plus utile que condamner.

    Ils avaient découvert que l'intelligence sans le coeur
    est bien malcommode et que le coeur sans les mains
    ne vaut guère mieux.

    Ils avaient trouvé aussi, souvent péniblement,
    que la vraie vie ne se vit pas tout seul.
    Il y a les autres sur qui on peut s'appuyer.

    Ils avaient tous gardé un sens de l'émerveillement peu commun.
    Capables de se pâmer devant une rose fraîchement éclose
    autant que devant le sourire d'un enfant
    ou les mains ridées d'un vieillard.

    Ils étaient ardent à l'ouvrage
    et fervents pour l'amour.
    Ils avaient la force des départs
    et le courage des recommencements.
    Ils avaient du coeur au ventre
    et aussi plein les mains.

    Il émanait de leur personne
    une sorte de magnétisme qui donnait le goût
    de faire un bout de chemin avec eux.
    Leur seule présence inspirait confiance.
    Ils dégageaient beaucoup d'amour.
    On était bien avec eux.

    A les voir,
    on avait le sentiment d'être meilleur.
    A côté d'eux,
    on avait envie de grandir.
    Ils avaient du feu
    dans les yeux et dans le coeur.

    Et certains,
    au cours du voyage,
    avaient rencontré Dieu
    qui avait éclairé leurs pas,
    guéri leurs blessures
    et réchauffé leurs froidures.

    Bref,
    ils avaient le goût de vivre
    et ils donnaient le goût de vivre.

    * * *

    Mais j'en ai connu d'autres
    qui avaient perdu
    ce goût de vivre
    et qui traînaient à pas lents
    une vie lourde de misères.
    Grands blessés,
    oubliés, déprimés,
    angoissés, perdus.

    Ce n'était pas toujours
    de leur faute.
    Ils ont excité en moi
    la pitié,
    puis la compassion,
    et enfin l'amour.
    Je leur ai voué
    une bonne partie de ma vie.
    Ils sont devenus
    des maîtres pour moi
    et je compte parmi eux
    quelques-uns de mes meilleurs amis.

    Et, il faut le dire,
    j'en ai connu enfin
    qui enlevaient aux autres
    le goût de vivre,
    qui utilisaient les gens
    plutôt que de les aimer.
    Mesquins, égoïstes,
    ambitieux, hypocrites,
    veules, jaloux,
    jugeurs, exploiteurs.

    Eux aussi
    n'étaient pas toujours coupables.
    Ils m'ont souvent donné
    l'envie de vomir
    quand ils croisaient ma route.
    Peu à peu, cependant,
    ils m'ont appris
    la compréhension, la bonté
    et surtout le pardon.

    * * *

    Dans la caravane humaine,
    il y a toutes sortes de marcheurs.
    Des leaders et des suiveurs,
    des infatigables et des fatigués,
    des joyeux et des tristes,
    des bons vivants et des agressifs,
    des grands, des moyens, des petits,
    des fins et des pas-fins,
    des forts et des faibles...

    Les uns courent,
    d'autres s'essoufflent à rien,
    d'autres s'assoient sur le bord de route,
    d'autres enfin rebroussent chemin.

    Mais tous sont portés ou emportés
    par cette marée humaine.
    Tous, même sans le savoir,
    sont avides d'amour,
    sont assoiffés de vie.
    Ils veulent VIVRE.
    Ils portent en eux,
    comme le trésor le plus précieux,
    cet acharnement à vouloir vivre.

    Qui leur a rivé au coeur
    ce goût de vivre,
    dites-le moi ?
    Je ne serais pas surpris que ce soit
    Celui qui est la Vie,
    Celui qui a brisé
    les chaînes de toutes nos morts
    afin que nous puissions
    VIVRE TOUJOURS !

    Jules Beaulac, "Que c'est bon la vie"
     

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