La chronique de Tanger: Du cinéma au Maroc

Discussion dans 'Info du bled' créé par freil, 7 Décembre 2005.

  1. freil

    freil Libre Penseur

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    Tanger retrouve le cinéma dans sa dimension festive avec le Festival national du film qui en est à sa huitième édition. De nouvelles retrouvailles qui interviennent dans un contexte marqué par une véritable dynamique dont les festivals ne sont que la simple traduction spectaculaire…une forme de présence au sein de l’espace public qui permet d’interroger le rapport de notre société au cinéma et peut-être aussi de s’arrêter sur comment le cinéma filme la société marocaine. Mais d’abord un rappel.

    Le Maroc a connu le cinéma très tôt : juste après la grande première parisienne qui donna naissance à ce qui allait devenir le septième art, des opérateurs Lumière étaient venus sillonner le pays à la quête d’images du pays du couchant (Almaghrib signifie étymologiquement en arabe le coucher du soleil) pour nourrir la soif d’exotisme d’un public encore sous la fascination de l’écran vecteur de rêve et d’évasion. A chacun son exotisme : les Marocains aussi étaient curieux de découvrir cette machine qui «vole»les êtres et les objets pour les restituer sur un mur : dès le début du 20ème siècle (1907) une première projection eut lieu au Palais royal de la capitale de l’époque, la ville de Fès, ville qui verra l’ouverture de la première salle de cinéma en 1912. Depuis, le cinéma s’installa dans le pays mais d’abord en termes de tournage et de consommation. Le Maroc était un véritable studio à ciel ouvert, offrant ses merveilleux sites, naturels et vierges, à une activité de tournages florissante au point que cela va générer un genre cinématographique en soi, le cinéma colonial. Il s’impose d’abord par la quantité, c’est un corpus relativement étoffé ; les observateurs ont répertorié pour la période allant de 1911 à 1963 plus de 200 films produits et ayant pour espace de référence le Maghreb d’une manière générale et surtout le Maroc. C’est un cinéma qui s’inscrit dans le prolongement de l’imagerie héritée de la tradition littéraire et picturale orientaliste du 19ème siècle. Un cinéma porté par un regard et une esthétique de l’altérité où l’autre et son espace sont perçus à travers les codes perceptifs de l’Occident.
    Ce cinéma restera cependant cantonné dans un circuit limité, récupérant les clichés pour les investir dans une approche ethnocentriste ; il n’aura pas d’effet d‘entraînement sur le reste de la société marocaine : les élites locales ne feront pas le pas vers la production de films marocains, faits par des Marocains pour un public marocain. À l’instar de l’Egypte par exemple où, à la même période, une bourgeoisie citadine a choisi d’investir dans le cinéma dotant le pays du Nil d’une infrastructure qui assurera le démarrage d’une véritable industrie.
    Le Maroc héritera bien de cette période d’un embryon d’infrastructure avec les premiers Studios de Souissi à Rabat et surtout avec la création dés jamvier 1944 un office public du cinéma, le Centre cinématographique marocain (CCM) qui jouera plus tard, une fois l’Indépendance retrouvée, un rôle moteur dans le développement du cinéma au Maroc. Cet aspect mis à part, le Maroc se retrouvera en 1956 en situation de strict consommateur des images des autres, du cinéma émanant du triangle : Hollywood, le Caire, Bombay (avec des ouvertures sporadiques sur d’autres cinématographies : France, Italie…). La question de l’émergence d’un cinéma national se posera en même temps que le vaste programme de recouvrement de la souveraineté nationale que l’on retrouve dans les autres domaines politique, économique, culturel....
    Les conséquences seront très coûteuses dans la mesure où entre en vigueur l’ordre des priorités dans les choix officiels. Le cinéma se retrouvera handicapé et il faudra attendre longtemps pour pouvoir parler de l’existence d’un cinéma marocain, d’une politique publique de soutien au cinéma.


    LIBERATION

     

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