La conquête Musulmane

Discussion dans 'Bibliothèque Wladbladi' créé par titegazelle, 2 Novembre 2008.

  1. titegazelle

    titegazelle سُبحَانَ اللّهِ وَ بِحَمْدِهِ Membre du personnel

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    LA CONQUÊTE MUSULMANE

    - Les forces en présence


    Au moment où apparaissent les premiers cavaliers arabes en Tripolitaine, quelles sont les forces en présence ?
    L’Afrique du Nord a gardé de sa force et de sa splendeur du IIIe siècle une réputation de richesse et de prospérité. Qu’en est-il exactement ?

    Politiquement, la domination byzantine s’étend sur l’ancienne province romaine d’Afrique, la future Ifriqiya, et sur une étroite bande côtière qui s’amincit vers l’Ouest : de l’ancienne Tingitane il ne reste plus que Tanger et Ceuta. L’autorité Constantinople est mal acceptée et fragile : les révoltes sont chroniques, à cause de la lourdeur des impôts, de l’exploitation des populations par les gouverneurs et des interventions répétées du pouvoir dans les affaires religieuses.
    Le reste de la Berbérie est divisé en de multiples dominations : tribus, fédérations de tribus, voire royaumes, comme celui qui avait existé vers Tiaret aux Vie et VIIe siècles. Du Maghreb extrême, on ne sait pour ainsi dire rien.
    Religieusement, dans les territoires byzantins, le christianisme est plus solide dans les villes que dans les campagnes. Il est déchiré par d’incessantes querelles doctrinales ou de personnes, et des schismes. L’agitation est à peine calmée. Il en résulte une atmosphère troublée. Les esprits hésitent. En dehors des limites de la domination byzantine on trouve encore des chrétiens dans certaines cités, comme Volubilis par exemple, ou dans quelques tribus. Mais il y a encore beaucoup de païens. L’importance du judaïsme est considérable. Il n’y avait là rien qui pût renforcer la cohésion en face de l’Islam.
    Socialement et économiquement, les grands domaines ont souffert de la domination vandale et des guerres. Un prolétariat rural toujours agité cultive pour ses maîtres des céréales, des oliviers et de la vigne. L’Afrique reste un grenier à blé et une grande production d’huile. Mais des terres ont été abandonnées et la vie pastorale progresse en bordure des steppes autrefois savamment irriguées, le long du times abandonné. Les tribus qui étaient refoulées au désert ou dans les montagnes cherchent à s’emparer des terres lorsque l’occasion s’en présente.

    Il y a bien des faiblesses dans l’Afrique byzantine où l’armée de mercenaires barbares appuyée sur des fortifications solides représente cependant une force toujours susceptible d’être secourue par une flotte qui a la maîtrise de la Méditerranée et la disposition du port de Carthage.
    Mais les Arabes ne vont pas seulement rencontrer cet adversaire bien connu déjà, mais aussi des tribus à la vie rude, peu différente de la leur, attachées à leurs usages, rebelles à toute autorité imposée. C’est surtout cette multiplicité d’adversaires, cette absence d’un Empire bien établi qui va gêner les conquêtes.

    Les conquérants semblent être attirés par le désir d’agrandir le domaine de l’Islam, par l’appât des richesses, et en même temps peu enclins à s’aventurer dans ce « perfide Maghreb ». En plus de ces causes, on veut attaquer Byzance qui résiste avec succès en Asie Mineure, sur un terrain favorable.
    Leurs hésitations traduites par une tradition prêtée au Calife Omar sont bien compréhensibles. S’engager dans des provinces si lointaines, séparées par un large désert, de l’Egypte où se trouvent leurs bases, en courant toujours le risque d’une interception de leurs communications par un raid de la flotte byzantine a de quoi faire réfléchir. La turbulence des tribus berbères doit être bien connue et pas considérée seulement comme un atout contre les Byzantins. Il est clair que pour se rendre maître du pays, abattre la domination de Byzance ne suffira pas.
    Enfin et surtout de la crise du Califat et les troubles d’Orient ont arrêté l’exploitation du succès initial remporté à Sbeïtla sur l’armée byzantine complètement vaincue. Par la suite, toutes les crises orientales se sont traduites au Maghreb par un ralentissement ou un arrêt de la conquête.
    Dans l’histoire légendaire de la conquête, la tradition a retenu, en simplifiant de façon dramatique, deux moments : le premier oppose Sidi Oqba à Koseïla et le second Hassan Ibn No’man à la Kahina. Nous pouvons garder cette vision qui n’est pas fausse.


    - Oqba – Le soulèvement des Berbères – Koseïla

    L’impulsion décisive est venue de Oqba. La fonction de Kairouan montre sa volonté ferme de s’installer en Afrique. Sa figure est obscurcie par les légendes : Sidi Oqba poussant par exemple son cheval dans les flots de l’Atlantique pour montrer qu’il ne peut aller plus loin… On aimerait connaître mieux ce personnage, afin de savoir s’il a une part de responsabilité dans la révolte des Berbères.
    Après avoir détruit la lourde oppression byzantine en Afrique, Les Arabes auraient pu faire figure de libérateurs et être accueillis comme en Syrie et en Egypte. Après la création de la base militaire de Kairouan, contre laquelle les Byzantins, retenus en Sicile par une révolte, n’ont pas réagi, il semble logique de gagner l’appui des Berbères, de progresser à l’intérieur, à l’écart des côtes où la flotte byzantine peut intervenir. Le choix même de l’emplacement de la base de Kairouan semble y inviter.
    Oqba rappelé en Egypte, son successeur, gagne dit-on, Koseïla chef chrétien de la puissante tribu Aouraba, à l’Islam et progresse jusqu’à Tlemcen.
    Oqba revenu entreprend vers 681, par l’intérieur, une chevauchée jusqu’au Maghreb extrême, dont la réalité a parfois été mise en doute, mais à laquelle un texte récemment retrouvé et publié permet de croire.
    Cette expédition, facile, rapporte un butin important. Fait habituel, mais les victimes en sont les Berbères. Par surcroît on nous montre Oqba se plaisant à humilier Koseïla. Dès les plaines atlantiques du Maroc une résistance se dessine et sur le chemin de retour les accrochages se multiplient. Oqba trouve la mort au cours de l’un d’eux près de l’Aurès. La révolte des tribus berbères sans doute aidée par Byzance se déchaîne alors et Koseïla entre en vainqueur à Kairouan à la tête d’une armée de Berbères et de Byzantins. L’épopée d’Oqba Ibn Nafii se solde par un échec militaire et diplomatique, que l’audace de la chevauchée ne doit pas dissimuler ; les Arabes se trouvent en face d’une coalition berbère et byzantine et ont perdu jusqu’à leur base de départ. Koseïla est tué au cours d’un raid suivant, mais les troubles qui se produisent alors en Orient empêchent d’exploiter ce succès. Lorsque le calme est revenu, une nouvelle expédition est lancée sous les ordres de Hassan Ibn No’man vers l’Ifriqia, avec 40 000 hommes de troupe.

    - Hassan Ibn No’man – La Kahina – Victoire des Arabes.

    Hassan ibn No’man évite d’attaquer ses adversaires réunis. Il veut d’abord empêcher l’arrivée de renforts byzantins en s’emparant de Carthage en 76 (695) mais au prix d’un gros effort la ville lui est reprise par une flotte chrétienne.
    Après la mort de Koseïla, la direction des Berbères est passée à une femme, la Kahina (la prophétesse), reine des Jeroua. On a dit qu’elle était de religion juive mais cette affirmation n’est étayée sur rien. Ce personnage est complètement insaisissable dans sa réalité historique tant les légendes l’ont transformé.
    On a voulu faire d’elle la tête d’une coalition de nomades : les « Botr » qui auraient pris le relais de la résistance menée par les Aouraba, les « Branès », sédentaires. Mais cette hypothèse ne tient pas : les Botr ne sont pas tous nomades. L’Aurès, bastion de la Kahina, est peuplé de petits nomades mais aussi de paysans sédentaires villageois. Les dévastations qu’elle pratique ne prouvent pas qu’elle soit normale : cette tactique de la terre brûlée est habituelle dans l’Antiquité et jusqu’à une date récente.
    Rejetés en Tripolitaine, les Arabes reviennent à la charge. Hassan ibn No’man s’accroche à son plan initial, isoler les Berbères des Byzantins. En 78 (698) il s’empare de Carthage cette fois définitivement. Et il fonde un peu en retrait du grand port et de la capitale de la province d’Afrique, une nouvelle ville, Tunis.

    Est-ce la flotte arabe d’Egypte qui vint s’y installer, ou bien est-ce une flotte construite dans les chantiers de Carthage qui repousse une escadre byzantine ? On ne sait exactement mais le fait est d’une importance très grande. Dès lors la maîtrise de la mer n’est plus le fait incontesté de Byzance, qui garde encore les îles et Ceuta. La possession de Carthage prépare un changement de suprématie maritime.

    Désormais les Arabes peuvent s’attacher à réduire les Berbères. Leur tâche est facilitée par la désunion de leurs adversaires. Il semble bien que les villes en majorité chrétiennes se rallient rapidement. La condition de « dhimmis » (protégés) peut paraître aux chrétiens préférable à l’autoritarisme de l’Empereur de Constantinople, puisque les Arabes n’interviennent pas dans leurs affaires religieuses. Les impôts restant sensiblement les mêmes, le nom et le destinataire seuls changent. Les gens des villes, marchands et artisans, ont besoin d’ordre et de paix, et ne doivent être effrayés par les dévastations des bandes de la Kahina.

    Il est probable que ces destructions systématiques prennent l’allure de règlement de comptes : l’antagonisme chronique des campagnes et des villes, la haine des paysans sans terre ou refoulés dans les montagnes, celle des nomades dépouillés de leurs terrains de parcours, contre la civilisation romaine ou byzantine qui les ont piétinés, explosent à nouveau comme au temps du Donatisme où les circoncellions avaient donné la main aux nomades sahariens, autres victimes de la civilisation urbaine romaine. Contre eux, citadins et chrétiens cherchent l’appui des Arabes, dont les chefs sont des bourgeois de la Mecque, de vieux citadins.
    Avec des renforts venus de l’Orient, où le calme est revenu, Hassan ibn No’man vient à bout de la Kahina traquée dans l’Aurès. Celle-ci se tue après avoir donné l’ordre à ses fils de se rallier, geste répété depuis par d’autres chefs berbères afin de garder dans la famille le pouvoir sur la tribu.
    Lorsque arrive Moussa Ibn Noçaïr, nouveau gouverneur d’Ifriqiya, le premier à être indépendant de l’Egypte, preuve de l’importance de cette nouvelle province, il n’a plus qu’à parachever la conquête : il fait jusqu’au Maghreb Extrême une promenade militaire qui rapporte un butin énorme.

    Avec lui commence l’organisation de la conquête et son nom reste lié à l’Islamisation.


    --- F I N ---


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    Voilà, ici s'arrête l'Histoire du Maroc préIslamique. Il y a encore beaucoup de choses à lire...J'ai tapé la majorité des textes, question d'esthétique en respectant à la lettre, ce qui est dans le livre de l'Histoire du Maroc, sauf pour les graphiques qu'il fallait scannés. J'espère que cela a permis d'en savoir plus sur la Préhistoire du Maroc pour ceux et celles qui, peut-être, l'ignoraient.
    Merci, Wladbladi, pour l'intêret que vous y aviez porté ainsi que pour le partage[06c]
     

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