La face cachée de Rachida Dati

Discussion dans 'Scooooop' créé par HANDALA, 7 Novembre 2007.

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    La face cachée de Rachida Dati​

    par Eric Pelletier et Jean-Marie Pontaut ​


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    La ministre de la Justice est aujourd'hui une star de la galaxie Sarkozy. Mais cette ascension est le fruit d'un parcours aussi atypique que méconnu. Famille, réseaux, études, politique: contre-enquête sur une réussite balzacienne, avec ses ombres et ses lumières.

    Une brindille sur un volcan: à 41 ans, Rachida Dati porte les dossiers brûlants du gouvernement, de la loi sur la récidive à la réforme de la carte judiciaire. En propulsant Place Vendôme cette jeune femme frêle et séduisante, ni élue ni énarque, Sarkozy joue le velours de l'opinion contre la bure des préjugés. Rachida: le prénom claque comme une promesse d'avenir pour les enfants d'immigrés. Dati: le nom symbolise une France enfin égalitaire. Du jour au lendemain, la ministre, forte d'une belle cote de popularité, est devenue une héroïne républicaine et glamour.
    Pourtant, son ascension sociale et politique ne se réduit pas à cette geste sarkozyenne. Le personnage cadre mal avec cette image trop lisse. «Je n'avais pas un destin tracé», résume l'intéressée, qui n'aime pas qu'on gratte le vernis de l'icône. Sa réussite révèle en effet de formidables ressources intérieures, mais aussi une stratégie éprouvée de conquête du pouvoir. Elle recèle des blessures intimes et des zones d'ombre alimentant les rumeurs. Raconter la vie de Rachida Dati? «Vous n'y arriverez jamais, prévient cette dernière. Je suis la seule à en posséder toutes les clefs.» Nous en avons retrouvé quelques-unes. Certaines étaient, il est vrai, bien cachées. Elles se nomment famille, réseaux, études et politique.


    1. Sa famille

    Les Dati débarquent d'Algérie au début des années 1960, à Gergy, un bourg de Saône- et-Loire. Le père, Mbarek, paterfamilias sévère et conservateur, offre à ses enfants des études dans un collège catholique privé, le bien nommé Le Devoir. En retour, il exige discipline et excellence. S'ils ne regagnent pas l'appartement HLM de la cité du Stade, à Chalon-sur-Saône, avant 20 heures, les garçons doivent se débrouiller pour trouver de quoi passer la nuit, un banc ou une banquette de voiture. Ce carcan devient vite insupportable à l'un des jeunes frères, Jamal, qui dévisse et tombe dans le ravin de la dope. Au contraire, Rachida, comme la plupart des 12 enfants, puise dans cette sévérité paternelle les racines de sa réussite. Durant l'émission Vivement dimanche consacrée à la garde des Sceaux, le 7 octobre, Michel Drucker note l'attention soutenue du patriarche dans le public: «On avait l'impression qu'elle passait un véritable examen, a expliqué l'animateur sur RTL. On sent le poids de cet homme qui a dirigé sa famille d'une main de fer avec succès [...]. ça m'a rappelé la présence physique et silencieuse de M. Zidane face à son fils.»

    Au collège, la petite Rachida ne passe pas inaperçue. Du roseau elle n'a que l'allure. Déjà, elle préfère rompre plutôt que plier: née le 27 novembre 1965, à 15 h 30 précises, elle affiche le caractère entier d'un Sagittaire. Christian Morin, le directeur du Devoir, se souvient d'une écolière attachante, «curieuse de tout, bosseuse, un peu meneuse, qui avait soif de connaissances et de reconnaissance». La mère, Fatim-Zohra, qui élève sans faillir les enfants, reste un modèle absolu d'amour et d'abnégation aux yeux de Rachida, qui souffre encore du vide laissé par son décès, voilà six ans.

    «La famille? Rachida y fait sans arrêt référence. C'est même un trait structurant de sa personnalité, souligne une amie de longue date. Elle a toujours mis un point d'honneur à ce que chacun réussisse.» Rachida Dati s'est beaucoup impliquée, hébergeant une sœur et une nièce dans le petit appartement qu'elle occupe rue du Faubourg-Poissonnière, dans le Xe arrondissement de Paris, au milieu des années 1990. Elle reverse alors une grande partie de ses revenus pour aider la fratrie. Ce qui lui vaut d'ailleurs un sérieux problème avec le fisc en 1997. Alors qu'elle vient tout juste d'intégrer l'Ecole nationale de la magistrature (ENM), elle fait l'objet d'un redressement pour avoir, de 1992 à 1994, déduit ces aides de son revenu au titre de «pensions alimentaires». L'administration exige donc un remboursement sur trois ans, d'un montant considérable par rapport à son salaire (20 000 francs par mois chez Matra, mais 9 000 depuis son entrée à l'ENM). Conseillée par ces relations qu'elle sait si bien tisser, elle obtient un étalement sur trente mois et rembourse l'intégralité de la somme.

    A peine a-t-elle entamé ses études supérieures que Rachida est rattrapée par un diktat familial: elle est mariée sans qu'elle le veuille à un proche de la famille. «Je ne pouvais pas refuser, confiera-t-elle à des amis. A partir de 22 ou 23 ans, les filles devaient être mariées.» Cet épisode se conclut finalement par une annulation pure et simple, pour défaut de consentement mutuel. Une procédure exceptionnelle, suivie en son temps par Me Coralie Blum et justifiée par le fait qu'elle a été longtemps harcelée par son ex-mari. Pour échapper à la pression, Rachida Dati s'installera même un temps à Londres, où elle travaille pour la Banque européenne pour la reconstruction et le développement. Le passage dans cette banque, de l'autre côté de la Manche, à la fin de 1992, auprès de Jacques Attali, l'ancien conseiller de François Mitterrand, tient autant de la fuite que de l'avancée d'une carrière. «Quelque chose de très personnel me lie à lui», a-t-elle révélé sur France 2. «Cette femme est faite de fidélités, résume Attali. Elle se ferait tuer pour ceux qui l'ont aidée.» Rachida Dati sort en effet de cette épreuve grâce à son entregent. Un impressionnant réseau qui, depuis des années, veille sur elle.


    Ils allaient chercher l'eau au puits
    Une habitante de Gergy (Saône-et-Loire) se souvient de l'arrivée des Dati, avant la naissance de Rachida.
    «Ses parents ont débarqué dans le village avec leur fille aînée et deux valises, pendant l'hiver 1962 ou 1963. J'en garde un excellent souvenir. Je crois qu'ils venaient de quitter leur pays. Mais ils n'aimaient pas en parler. Les Dati logeaient avec trois familles maghrébines dans une ancienne grange refaite sommairement. Il fallait aller chercher l'eau au puits, les toilettes se trouvaient à l'extérieur. La mère, une femme très douce, était enceinte. Lui était un homme très travailleur. Je le voyais partir tous les matins vers 6 heures, par tous les temps, pour se rendre à son travail à Chalon-sur-Saône. Je lui ai d'ailleurs prêté une bicyclette pour qu'il puisse faire ces 30 kilomètres quotidiens, avant qu'il achète une Mobylette. La maman venait souvent dans notre ferme acheter du lait et des oeufs. Au début, elle parlait à peine français. Je me souviens d'avoir écrit deux lettres pour elle. Les Dati? C'étaient des gens très honnêtes. Quand ils nous commandaient 3 kilos de pommes de terre la semaine, nous étions sûrs d'être payés dès le samedi.»
    Propos recueillis par Eric Pelletier


    2. Ses réseaux

    En quelques années, la jeune Chalonnaise de la cité du Stade se construit un carnet d'adresses parisien digne d'un énarque bien né. «Elle m'a ouvert les yeux sur une réalité, souligne un ami. La France, c'est Liberté, Egalité, Réseaux.» Rachida Dati, la jeune et pétillante étudiante, ne sait pas se servir des couverts à poisson lors de ses premiers déjeuners dans le monde. Qu'importe! Elle s'adapte vite. Dans ces cercles compassés, son extraordinaire vitalité, son incroyable débit verbal - «Rachida, apprenez à faire des silences», lui conseille l'un de ses mentors - séduisent. Ces énarques, ces puissants, sont heureux de donner un coup de pouce à une jeune femme douée issue de l'immigration. «En l'aidant à ce moment-là, certains d'entre nous se sont peut-être donné bonne conscience», reconnaît l'un d'eux. Elle sait que le destin se tricote grâce aux rencontres, une maille à l'envers, une maille à l'endroit. Jamais plus elle ne laissera la tradition ou le hasard abîmer la tapisserie que, patiemment, elle tisse grâce à une stratégie balzacienne. Dès 1986, lors d'une réception à l'ambassade d'Algérie, elle accoste le garde des Sceaux, dont elle a repéré la présence en lisant un article dans un journal. Albin Chalandon revoit encore cette «boule noire aux yeux vifs» fondre sur lui: «"Mon père m'a beaucoup parlé de vous", m'a-t-elle dit. Elle a été tellement convaincante que je l'ai invitée à déjeuner à la chancellerie.» Ce sera son premier mentor. Il recommande cette femme, «mélange de culot et d'habileté», aux dirigeants d'Elf. Et lorsque, quittant la Place Vendôme, Chalandon rachète l'entreprise Texmaille, près de Saint-Quentin (Aisne), il l'embauche pour superviser la gestion. «Elle a même découvert que mon comptable piquait dans la caisse», s'amuse aujourd'hui l'ancien garde des Sceaux, qui reste l'un de ses indéfectibles amis. «Cette jeune fille était un vrai diamant», souligne Pierre de Bousquet de Florian, ex-collaborateur de Chalandon, aujourd'hui préfet des Hauts-de-Seine.

    A l'époque, Rachida Dati écrit à tous les décideurs: capitaines d'industrie, ministres, hauts fonctionnaires ou même chanteurs et journalistes... Les secrétaires des grands patrons apprennent à reconnaître au milieu de mille écritures masculines ses mots de remerciement «personnel et confidentiel», d'une graphie dynamique et rapide. «Elle m'a envoyé un jour un mot évoquant des "moments inoubliables passés ensemble", se souvient un ancien dirigeant. Ce qui m'a valu des ennuis avec ma femme.» Qui lui a répondu directement... «J'ai passé vingt-cinq ans dans les milieux d'affaires. J'y ai vu de tout, remarque cette assistante de direction qui la connaît depuis dix ans. Pour ma part, je suis une inconditionnelle.» D'autres qui l'ont croisée, comme cet ancien d'un cabinet ministériel, ont une vision plus sombre du personnage: «L'effusion dont elle fait preuve relève en réalité d'une froide manipulation, digne des plus grands escrocs.» Lorsqu'elle n'écrit pas, Mlle Dati téléphone. «Je ne veux pas que vous m'oubliiez», se défend-elle auprès de l'un de ses parrains qui, un jour, s'agace de ces coups de fil.
    A l'occasion de la remise d'un prix à l'une de ses sœurs, elle se rue sur le patron de Matra pour lui dire toute son admiration. «Jean-Luc Lagardère était à la fois amusé et flatté, se souvient, attendri, Patrick Déchin, directeur de cabinet à l'époque. Il me l'avait décrite comme étonnante. Je l'ai trouvée impressionnante.» Rachida Dati est embauchée au contrôle de gestion, en 1990. «J'ai même obtenu que Jean-Luc lui fasse un chèque pour payer ses études», se souvient le directeur de cabinet, qui a toujours gardé le contact. Quant à Marceau Long, vice-président du Conseil d'Etat, il la voit débarquer alors qu'il réfléchit au nouveau Code de la nationalité. Il se souvient d'une jeune femme «directe, dotée d'une extraordinaire audace, symbole d'une intégration réussie».

    3. Ses études

    La rumeur a enflé pendant l'été. Elle court désormais tout Paris: la garde des Sceaux aurait usurpé ses diplômes. L'affaire est devenue tellement sensible que même le ministère de l'Intérieur a fini par s'en émouvoir. Jusqu'à présent, Rachida Dati n'a pas voulu se justifier face à ces «ragots». L'Express a enquêté sur la véracité de ses diplômes. Un seul de ses titres reste sujet à caution.

    En 1985, la jeune femme s'inscrit à l'université Dijon-Bourgogne, en Deug de sciences économiques. Trois ans plus tard, en juin 1988, elle est diplômée. L'un de ses profs de l'époque, Jean-Jacques Friboulet, devenu économiste de renom, enseigne à l'université suisse de Fribourg. «Je ne l'ai jamais revue, mais je l'ai immédiatement reconnue lors de sa nomination, confie-t-il à L'Express. C'était un cas d'école. A cette époque, dans mon cours sur la répartition des revenus, les enfants de la deuxième génération étaient très rares, surtout les filles. J'avais remarqué sur sa fiche qu'elle travaillait de nuit dans une clinique, mais elle ne se plaignait jamais. Elle était animée d'un vrai fighting spirit.» L'esprit de combat...

    A l'automne de 1988, l'étudiante s'inscrit à l'université Paris II-Panthéon-Assas, à deux pas du Luxembourg. La faculté confirme qu'elle en est sortie, en 1991, avec en poche une maîtrise de sciences économiques, option «gestion des entreprises». Peu après, Rachida Dati bénéficie, on l'a vu, d'une aide de Matra pour s'inscrire au prestigieux Institut supérieur des affaires (ISA), qui dépend du groupe HEC. Elle se présentera dans toutes ses biographies comme une «ancienne élève» de l'ISA. Ce qui est exact. Elle n'a, en revanche, jamais obtenu le diplôme final. Selon l'école, il lui manquait deux «électifs», des matières à option indispensables pour obtenir le titre. La ministre reconnaît aujourd'hui que son diplôme n'a pas été validé, mais affirme avoir obtenu tous ses modules. Elle évoque un «différend» avec HEC. Toujours est-il qu'en 1995 Simone Veil et Marceau Long l'incitent à opter pour la magistrature. Rachida Dati doit donc se remettre aux études et obtenir au minimum une maîtrise de droit, indispensable pour devenir juge. Elle opte pour le droit public général et s'inscrit à Paris I-Panthéon-Sorbonne. Elle bénéficie alors d'un dispositif en vigueur à l'époque, la validation des acquis professionnels (VAP) - l'administration retient ses douze années d'expérience dans le monde du travail - ce qui lui épargne de passer au préalable sa licence de droit. Selon Paris I, elle obtient sa maîtrise en 1996.

    Du fait de son âge, 30 ans, elle ne peut prétendre emprunter la voie royale: le concours d'entrée à l'Ecole nationale de la magistrature. Il lui faut par conséquent miser sur une «procédure d'intégration sur titres». Son dossier est instruit par la hiérarchie judiciaire. Il fait état de deux maîtrises, de cours suivis à l'ISA. Et - curieusement - de l'obtention d'un «MBA européen du groupe HEC-ISA». Or, rappelons-le, selon la grande école, elle n'a jamais obtenu le diplôme... Erreur, maladresse ou, comme souvent, volonté d'aller vite, trop vite?

    En tout cas, le 18 novembre 1996, le parquet général de Versailles (Yvelines), sous la signature de Vincent Lamanda et de Jean-Pierre Plantard, émet un «avis favorable» à l'intégration à la magistrature de «Mlle Dati». Le rapport de quatre pages évoque une «jeune femme déterminée, à la personnalité affirmée et brillante», disposant d'une «expérience professionnelle variée, à dominante économique et politique». Le dossier relève ses «excellentes attestations», dont celles de Simone Veil et de Marceau Long. Deux magistrats reçoivent la candidate, à l'époque. Jean-Pierre Bonthoux est toujours sous le charme: «Son dossier, marqué par le caractère éblouissant des avis émis par les personnalités sollicitées, sortait du lot. Mais j'ai surtout été frappé par sa personnalité pétillante. On ne pouvait qu'accrocher.» Maryvonne Caillebotte est également séduite: «J'ai passé deux heures avec elle. En conclusion, je lui ai dit: "Vous allez intégrer notre corps, mais je pense que vous ne resterez pas longtemps parmi nous, car vous vous y sentirez à l'étroit."»

    4. La politique

    Longtemps Rachida Dati a manqué son rendez-vous avec la politique. Elle l'approche pour la première fois en 1989, lorsqu'elle présente sa candidature aux Groupes européens de mobilisation, un cercle de réflexion lancé par la ministre socialiste des Affaires européennes, Edith Cresson. «Nous avons été séduits par son côté volontaire, témoigne l'un de ses "parrains", Bernard Esambert, aujourd'hui président de la Fédération pour la recherche sur le cerveau. Nous l'avons un peu couvée.» Au cours des années 1990, le chemin de Dati croise ceux de la gauche et du centre, mais, curieusement, aucun de leurs dirigeants n'exploite cette pépite politique. En 1995, François Bayrou, alors ministre de l'Education, lui confie une médiation sur l'affaire du voile. Mais le courant ne passe pas. En 1997, elle écrit, à son domicile, à Pierre Moscovici, qui se souvient de cette lettre qu'il a longtemps conservée et qui s'en veut de n'avoir pas répondu: «J'ai "procrastiné"...»

    Le tournant se produit en 2002. Les cinq envois adressés à Nicolas Sarkozy finissent par payer: le nouveau ministre de l'Intérieur accepte de la prendre au sein de son cabinet. Les premiers temps sont durs. Rachida Dati n'est encore qu'un obscur conseiller, peu considéré. Cécilia Sarkozy, pourtant, remarque cette jeune femme, spontanée et drôle, qui partage la vie d'un grand patron. A dire vrai, l'épouse du ministre se méfie de cet inclassable ovni. Mais, durant l'escapade amoureuse de Cécilia à New York, en 2005, les deux femmes restent en contact régulier. Au retour, lors d'un dîner entre collaborateurs, en janvier 2006, tous remarquent cette complicité nouvelle. Rachida s'en émerveille: les Sarkozy l'ont «à la bonne». Son étoile brille comme jamais.

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    Chouchoute du président
    Eric Mandonnet​
    Comment Rachida Dati, qui ne fait pas partie des amis historiques de Nicolas Sarkozy, est entrée dans le premier cercle.


    Tout sauf une évidence. En 2004, Nicolas Sarkozy est nommé ministre de l'Economie. Il ne compte pas emmener avec lui Rachida Dati, qui vient de passer deux ans à son cabinet, place Beauvau. Il faudra qu'elle se batte et qu'elle demande à l'accompagner pour que l'aventure se poursuive.

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    Pour le président, sa nomination est «symbolique».


    Tout sauf une évidence. Dans la foulée de son élection, le 6 mai 2007, le président travaille à la composition du gouvernement. Un homme apparaît comme le favori pour la chancellerie: Patrick Devedjian, qui a rencontré une à une toutes les professions du milieu judiciaire. «Cela faisait des années que Sarkozy répétait à son ami que ce poste lui était destiné», se souvient un responsable de l'UMP. Or, le 11 mai, le chef de l'Etat, qui attend la passation des pouvoirs avec Jacques Chirac, reçoit, dans ses bureaux de la rue Saint-Dominique, Hubert Védrine. C'est à lui qu'il veut attribuer le ministère de la Justice. Ce dernier refuse, n'envisageant qu'une activité liée à la politique internationale. «Ça se passe mal avec lui, mais j'ai d'autres solutions», confie Sarkozy le lendemain.

    La solution s'appelle Rachida Dati. Pendant la campagne, après que Cécilia Sarkozy eut poussé à sa promotion comme porte-parole, elle a réalisé un sans-faute. «Elle a été beaucoup aidée, mais n'a jamais dit merci, tempère un pilier de l'équipe. Humainement, elle en a déçu plus d'un.» La voici dans la liste des ministrables. Quand certains évoquent le portefeuille de l'Immigration, elle répond: «Ils n'ont rien compris au fonctionnement de Sarkozy, ceux-là!» Elle a raison: ce sera la Justice. A un Devedjian marri le chef de l'Etat vante la portée «symbolique» de son choix: par sa personnalité et son parcours, Rachida Dati serait incontestable. Le souci de casser les codes est une clef des choix présidentiels. Le 20 septembre, à la télévision, il livre sa typologie gouvernementale: il y a les ministres dont il salue la compétence, ceux qui symbolisent l'ouverture et «des Rachida Dati, des Rama Yade», qui incarnent la «diversité de la France».

    Sarkozy lui conseille d'être candidate aux municipales
    En quelques mois, elle acquiert le statut de chouchoute du couple Sarkozy - le divorce de celui-ci ne devrait pas la fragiliser. En revanche, cet été, les photos de la garde des Sceaux sur le bateau du président, «garant de l'indépendance de l'autorité judiciaire», selon l'article 64 de la Constitution, ne furent pas du meilleur effet. Il en faudrait davantage pour refréner Nicolas Sarkozy. Celui-ci conseille maintenant à Rachida Dati de s'implanter localement et durablement et lui suggère un parachutage doré, une candidature aux municipales dans le VIIe arrondissement de Paris. A la mi-octobre, l'UMP a néanmoins effectué un sondage testant sa candidature dans le XIIe arrondissement, ainsi que celles de Françoise de Panafieu, de l'ex-judoka David Douillet et du centriste Jean-Marie Cavada. Mais Rachida Dati a prévenu: elle n'envisage d'être candidate que dans le VIIe arrondissement. Là où son élection serait une évidence.



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    Le bilan de compétences de Rachida Dati
    Gilles Gaetner​
    Rachida Dati applique fidèlement les promesses du président, jouant l'opinion pour bousculer les magistrats. N'empêche, sur la réforme de la carte judiciaire, elle a dû reculer.


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    Manifestation d'avocats, à Dijon, le 15octobre. En omettant de les consulter sur sa réforme, la garde des Sceaux a heurté la profession.

    Cette femme est déroutante. Sourire enjôleur, apparence fragile, incroyablement déterminée, présente sept jours sur sept au ministère. Et plus politique qu'elle n'en a l'air. Installée depuis cinq mois en l'hôtel Bourvallais, place Vendôme, siège de la chancellerie, elle a mis au point une stratégie simple et efficace: jouer à fond de sa popularité auprès de l'opinion publique. Comme le lui a appris son mentor, Nicolas Sarkozy. Tant pis si elle heurte les 7 000 magistrats, avec lesquels elle entretient des relations souvent conflictuelles! Tant pis si elle bouscule une profession parfois rétive au changement!


    Parce que les Français, eux, en veulent. La preuve, c'est qu'ils applaudissent Rachida Dati. Lorsqu'elle se rend au greffe d'un tribunal, c'est à qui se fera photographier à ses côtés. Des admirateurs anonymes lui réclament sa photo dédicacée. Certains magistrats s'esclaffent, surpris de voir un garde des Sceaux transformé en star. Et se demandent si l'icône de la diversité, la beurette battante et méritante, est bien à sa place dans un ministère un peu trop large pour elle. Réaction frileuse ou procès en incompétence?

    A l'actif de Rachida Dati, il faut inscrire une réussite: la mise en application des promesses de Nicolas Sarkozy. Principalement le durcissement des sanctions en cas de récidive et l'instauration des fameuses peines planchers. Malgré quelques grincements à gauche et chez les magistrats, la loi a été votée dès le mois de juillet par le Parlement; elle est entrée en vigueur le 13 août. Le Conseil constitutionnel n'a rien trouvé à redire et l'opinion approuve. Comme elle apprécie la création d'un juge délégué aux victimes, chargé de prendre en compte leurs souffrances et de veiller à ce que de justes réparations leur soient accordées. Et peu importe que les magistrats contestent cette atteinte au «principe sacro-saint de l'impartialité du juge» (Bruno Thouzellier, président de l'Union syndicale des magistrats) ou dénoncent une «dérive vers la démocratie compassionnelle» (Emmanuelle Perreux, présidente du Syndicat de la magistrature)!

    Si la nouvelle garde des Sceaux privilégie clairement une justice sécuritaire, certaines de ses mesures empruntent au fonds de commerce de la gauche. Par exemple, la création du poste de contrôleur général des lieux privatifs de liberté: les locaux de garde à vue, les centres de rétention administrative ou les prisons. Il en existe 5 000 en France. Des bavures s'y produisent. L'état de ces locaux est parfois à la limite de l'admissible. Un haut fonctionnaire, aidé par une vingtaine de collaborateurs, pourra avoir accès à ces endroits et y enquêter.

    De même, pendant des lustres, gauche et droite ont laissé en jachère la question de la sécurité des tribunaux. Se contentant de proposer des remèdes au coup par coup, comme un renforcement - toujours provisoire - des forces de police à l'entrée des palais de justice. Rachida Dati, elle, a fait installer une soixantaine de portiques de sécurité dans les tribunaux, immédiatement après l'agression d'un juge aux affaires familiales à Metz.

    La ministre a les défauts de ses qualités. Son volontarisme tourne à l'activisme: pas un jour, Place Vendôme, où l'on ne débatte d'un projet, où l'on n'envisage une nouvelle loi. Pas un jour où l'on ne communique sur l'action de la chancellerie, grâce à une attachée de presse toujours disponible et à un porte-parole qui indique aux journalistes ce qu'il faut dire... et ne pas dire.

    Sept démissions au sein du cabinet
    La garde des Sceaux a cent idées par jour. Ou presque. Telle une étudiante appliquée, elle les note toutes sur un Post-it... Erigé en dogme, le bouillonnement devient parfois brouillon. Ainsi lorsqu'elle souhaite accentuer la lutte contre les discriminations, en confiant cette mission à un délégué du procureur. Une initiative louable. Sauf que l'on imagine mal ce magistrat se balader toute la journée dans une entreprise ou une cité pour constater une infraction! C'est au contraire aux éventuelles victimes de se déplacer et de porter plainte devant les tribunaux.

    Pour faire passer ses idées et sa conception de la justice, la garde des Sceaux n'hésite pas à bousculer les habitudes des magistrats, qu'elle estime trop corporatistes. Quitte à faire preuve d'un autoritarisme brutal, y compris avec ses propres collaborateurs. Son premier directeur de cabinet, Michel Dobkine, en sait quelque chose, lui qui a jeté l'éponge, pour incompatibilité d'humeur avec la ministre, un mois et demi après son entrée en fonction. Une démission suivie de six autres au sein du cabinet.

    Fin août, le vice-procureur de Nancy, Philippe Nativel, est convoqué à Paris pour avoir dit au cours d'un procès qu'il n'appliquerait pas la loi sur la récidive. C'était faux. La ministre, mal renseignée, a réagi trop vite. Fin septembre, nouvel incident: Rachida Dati souhaite que le procureur général d'Agen, Bernard Blais, rejoigne la Cour de cassation comme avocat général. L'intéressé fait de la résistance, estimant que rien ne presse, puisqu'il est à huit mois de la retraite. La ministre ne veut rien savoir. Elle a prévu de nommer, au nom de la parité, une femme procureur général à sa place. Pas question d'y renoncer. En dépit des protestations de la magistrature.

    Passer en force. Vaincre plutôt que convaincre. C'est ce qu'elle tente de faire à propos de la refonte de la carte judiciaire, vieille de cinquante ans. Bien sûr, il faut la réformer pour tenir compte de l'évolution démographique. Pourquoi conserver, comme dans le Nord, des tribunaux d'instance distants de 50 kilomètres seulement? Dati veut réussir là où ses prédécesseurs ont reculé. Mais elle agit sans consulter les avocats et les élus. D'où leur très mauvaise humeur. Ainsi, à la mi-octobre, lorsqu'elle rend visite aux cours d'appel de Bourges et de Dijon, la ministre est copieusement huée par les avocats. Les députés de la majorité sont tout aussi furieux, peu convaincus du bien-fondé de cette réforme. Bon nombre d'entre eux redoutent la sanction de leurs électeurs lors des municipales de mars 2008 si le tribunal de leur circonscription est supprimé.

    Posture de combat, mais simili-réforme
    Du coup, Rachida Dati fait machine arrière. Exit la promesse du candidat Sarkozy: une cour d'appel par région, un tribunal de grande instance par département. A moins d'un coup de théâtre, aucune cour d'appel ne devrait disparaître. Seulement quelques dizaines de tribunaux de grande instance et une centaine de tribunaux d'instance seraient sacrifiés. Autant dire un succédané de réforme. La guerre n'aura donc pas lieu, et pourtant la garde des Sceaux continue d'adopter une posture de combat. Sur les conseils du président de la République, elle va poursuivre son tour de France des cours d'appel: «Je passerai des nuits, s'il le faut, pour expliquer ma réforme.» Avant d'ajouter, sûre d'elle: «Je connais la justice mieux que personne. Tout ce que j'entreprends est calculé. Mûrement réfléchi.» Par Nicolas Sarkozy, certainement! La preuve est que, jusqu'à présent, sa ministre chouchoute a appliqué ses promesses au plus près, et épousé ses... reculs!

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    Rachida Dati
    Une ministre très tendance​


    Le président l'a déjà incitée à plus de discrétion, mais, sur ce terrain-là, elle ne l'écoute pas - Rachida Dati s'aime en Dior. Elle aime aussi ceux qui font Dior: le 17 septembre, à l'occasion du dîner offert pour les 60 ans de la maison de couture, la garde des Sceaux est photographiée, hilare, à côté du créateur John Galliano. Introduite avenue Montaigne par son amie Cécilia Sarkozy, la ministre a noué une «relation particulière», dit-on joliment chez Dior, avec ce symbole du luxe. Régulièrement, Rachida Dati est invitée en boutique pour choisir à titre gracieux une tenue et ses accessoires, tandis qu'un communiqué de presse est diffusé, qui illustrera les photos publiées: «Rachida Dati en Dior», est-il précisé sous les clichés de la ministre qui abondent désormais dans les rubriques mondaines des magazines people. La garde des Sceaux paie les vêtements «empruntés» lorsqu'elle décide de les garder, tient à souligner son entourage, alors que Dior, sur ce sujet, s'en tient à la discrétion qui sied aux bonnes maisons. Une proche insiste: Rachida Dati, qui collectionne les chaussures, apprécie aussi les marques plus accessibles. Sans doute, mais c'est moins visible sur les photos.

    l'express.fr
     
  2. mouiny

    mouiny hhhh

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    a khouya 3yiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiit chi résumé llah ya3fou 3likom a lakhout!! ZzZ
     
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  3. atlasabdel

    atlasabdel Visiteur

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    howa gwar ma7amlinch 3arbi f la tete.
     
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  4. mouiny

    mouiny hhhh

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    ewa daba 3ada rta7iiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiit awww bghit na3raf achno kayan fhad l article, merci atlasabdel!
     

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