La grande colère des sinistrés d'Al Hoceima

Discussion dans 'Info du bled' créé par Casawia, 5 Juin 2005.

  1. Casawia

    Casawia A & S Forever

    J'aime reçus:
    145
    Points:
    0
    Un an après le tremblement de terre, l'indemnisation traîne

    Après l'AMDH (Association marocaine des droits humains), c'est au tour de l'OMDH (Organisation marocaine des droits de l'Homme) de se rendre à Tamassint. A 30 km d'Al Hoceima, les 15000 habitants de Tamassint et des douars dispersés dans les montagnes (Zaouiat Sidi Issa, Aghlide, Idadouchen, Aït Aziz, Aït El Cadi,...) vivent encore sous le choc du tremblement de terre qui a secoué la région du Rif le 24 février 2004. Le manque d'infrastructures, route, eau, électricité fait de cette région une enclave difficile d'accès. Les populations n'ont pas bénéficié de l'aide d'urgence car elle est difficile à acheminer.


    Pour se défendre, les habitants de la région, dont la plupart des jeunes, se sont organisés en association pour demander de l'aide et la reconstruction par l'Etat de logements décents. Dans une pétition signée par 2000 personnes, toutes victimes du séisme, l'accent a été mis sur le refus de l'aide de 30.000 dirhams accordée aux sinistrés considérée insuffisante pour la reconstruction. Elles ont également demandé le recensement de l'ensemble des maisons sinistrées.
    En dépit des sit-in et mouvements de protestation, le dialogue avec les autorités locales fait encore défaut. L'association Tamassint, créée à cet effet, est interdite et ses sit-in constamment sous haute surveillance.


    Le 14 avril 2005, a été organisée une marche de protestation en direction d'Ajdir. Le 11 mai, Moatassim Ghalbzouri, coordinateur de l'Association Tamassint, est arrêté avec deux autres de ses amis pour atteinte à la dignité d'un fonctionnaire en exercice de ses fonctions, incitation à la transgression de la loi et de l'ordre public. Le 19 du même mois, la population organise une marche de protestation vers Al Hoceima, qui n'a pu se poursuivre suite à une intervention des forces de l'ordre.

    Le bras de fer annoncé, tard dans la nuit, il a été procédé aux tirs des balles à blanc. A cela, les manifestants ripostaient par des jets de pierre. De nombreux blessés sont dénombrés, des voitures et camionnettes des corps mobiles, endommagées. La gendarmerie, rapportent des témoins avait lancé des bombes lacrymogènes par hélicoptère.

    Deux membres de la section de l'AMDH (Association marocaine des droits humains) à Al Hoceima (Omar Lamalem et Saïd Aachir) sont maltraités avant d'être relâchés. Jusqu'à une heure tardive, la population était pratiquement assiégée. Le lendemain, la région était coupée du monde : pas de transport, pas d'école, cafés et commerces fermés. En vue de débloquer la situation, l'AMDH appelle, le 21 à un nouveau sit-in à Al Hoceima. Entre temps, plusieurs manifestants, de peur d'être arrêtés, prennent le maquis dans les montagnes avoisinantes.

    Le bilan de ces journées reste incertain : parmi les 35 arrestations, 9 personnes sont toujours détenues.
    Un communiqué résume les doléances des contestataires dans quatre points :
    - le droit à la reconstruction par l'Etat de logements décents
    - le recensement de tous les logements sinistrés n'ayant pas bénéficié de l'aide de l'Etat
    - la libération de tous les détenus
    - l'arrêt des poursuites judiciaires contre les manifestants du 19 mai 2005.
    Le jeudi 26 mai, 300 personnes se sont rassemblées devant le tribunal de Nador à l'occasion du procès des membres de l'association.

    Deux jours plus tard, une manifestation est interdite et un rassemblement devant le siège de l'AMDH est quadrillé par les autorités.

    Le dimanche 29 mai, dès 9h du matin, une caravane de soutien est arrivée à El Hoceima pour se diriger ensuite vers Tamassint, jour de souk dans cette commune.
    A 12 km d'Imzouren, en arrivant à 10h 45 à Tamassint, un groupe de manifestants était déjà sur les lieux.

    Quelques milliers de personnes ont manifesté durant 3 heures en scandant des slogans qui réclamaient le droit à l'habitat, la libération des détenus, le désenclavement de la commune, et la satisfaction des revendications des sinistrés.

    Dans une région quasi désertique, les maisons sont encore en chantier. Un an et demi après le tremblement de terre, les tentes distribuées sont encore dressées et les gendarmes continuent de pointer devant l'unique épicerie, là où les affrontements du 19 mai ont éclaté.

    En dépit de la tension qui prévaut dans la région, les membres de la caravane ont été accueillis par des activistes qui scandaient des slogans, dont notamment :
    " Tamassint résiste, vive la solidarité ".
    Les cadres de l'association toujours recherchés et réfugiés dans les montagnes arrivent encadrés d'enfants. " Si le tremblement de terre est une catastrophe naturelle, notre marginalisation est un choix politique ", disent-ils.
    La marche fait le tour du village jusqu'au souk. Elle rassemble, selon l'AMDH, environ 3000 personnes puis rejoint le centre du village.

    Lors d'un rassemblement, les manifestants ont violemment critiqué l'irresponsabilité de l'équipe civile de reconstruction de la commune et du conseil communal en leur attribuant la responsabilité de la dégradation de la situation.
    A l'issue de cet événement, les représentants des délégations de Nador, Tanger, Tétouan, Casablanca, Agadir, Tata, Targuist et la délégation de AFFA ont exprimé leur solidarité avec le mouvement de contestation.

    L'association de Tamassint a, de son côté, réitéré ses doléances et annoncé sa volonté de faire du 12 juin 2005 une journée de solidarité nationale avec les sinistrés.


    Par Aziz Khamliche
    Source: LeMatin












    [Fichier joint supprimé par admin]
     

Partager cette page