La Marche Verte, expression de la légalité et pilier de la paix

Discussion dans 'Info du bled' créé par freil, 6 Novembre 2005.

  1. freil

    freil Libre Penseur

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    Il y a trente ans jour pour jour, la communauté internationale ébaudie assistait au déclenchement de la Marche Verte sur le Sahara.

    Il y avait à la fois une dimension spectaculaire et un mouvement populaire sans précédent qui secouait d'un coup l'histoire.350.000 marcheurs, autrement dit trois fois la population d'un pays comme la Mauritanie ou le Gabon, s'étaient portés volontaires après l'appel lancé trois semaines plus tôt par feu S.M.
    Hassan II pour libérer le Sahara. Cette marche populaire constituait en effet l'aboutissement d'un processus laborieux, long et complexe pour récupérer un territoire mis sous le joug colonial des décennies durant et que le Maroc n'avait cessé de revendiquer.

    C'est le 16 octobre 1975, le jour même où la Cour internationale de justice (CIJ) de La Haye prononçait son verdict en faveur du Maroc, que S.M. Hassan II révéla dans la soirée au peuple marocain le plan d'organisation d'une marche pacifique sur le Sahara, il en détailla quelque peu l'organisation, donna ses instructions pour un meilleur encadrement des volontaires limités à 350.000 – mais qui auraient, selon lui, pu être plus d'un million , insista aussi qu'ils porteraient dans leur main un Coran et rien d'autre.

    Le Souverain leur assigna une mission précise : franchir le sol spolié et s'en tenir à la consigne ; en d'autres termes, il ne fallait nullement se heurter aux forces espagnoles, ni céder à une quelconque provocation possible. Ces recommandations, empreintes d'une grande sagesse, accompagnaient le viatique de chaque marcheur. Les écrits et les témoignages nombreux consacrés à cette épopée décrivent un mouvement interminable, véritable colonne humaine, disciplinée et fervente, joyeuse et lancée dans une aventure exaltante comme l'Histoire en a connu très peu…

    Une décolonisation indivisible

    Aujourd'hui encore, trente ans après, nos c½urs demeurent saisis d'émotion par cette extraordinaire épopée qui a précipité l'histoire et démontré au monde entier l'irréductible attachement du peuple marocain à sa terre et à son Roi. Car, et ce n'est pas le moindre argument, le Sahara ou ce qu'on appellera par euphémisme plus tard " l'affaire du Sahara ", n'a jamais été d'abord et ne sera toujours qu'une affaire du peuple marocain. Dans ce mouvement de libération inédit, S.M. Hassan II aura incarné à la fois la conscience et l'éclaireur d'un peuple, conduit par ses soins et porté par la volonté de parachever son intégrité territoriale au même titre que tous les autres.

    La marche verte procédait de ce qu'on appelle une " décolonisation indivisible ", mal achevée en 1956 et justifiant de jure et de facto la revendication des terres encore sous tutelle espagnole. Coup de génie s'il en est, la Marche verte constituait une parade au redoutable entêtement du régime franquiste, à un imprévisible scénario qui aurait pu surgir à un moment où, la mémorable agonie du général Franco aidant, la droite espagnole – connue pour son hostilité à notre pays – aurait tenté une aventure désespérée.

    Sans remonter à très loin, c'est-à-dire à cette sinistre parodie qu'était la Conférence d'Algésiras de 1905 où les grandes puissances, France, Angleterre, Espagne, Allemagne voire Russie avaient dépecé le Royaume du Maroc en zones d'influences, notre pays a posé dès 1956 le problème dans sa globalité. Il s'est constamment refusé à dissocier entre son indépendance et son intégrité territoriale.

    La déclaration commune, signée d'abord le 6 novembre 1955 , ensuite le 2 mars 1956 entre le Maroc et la France évoque clairement
    " l'intégrité territoriale du Maroc ", celle ensuite signée le 7 avril suivant avec l'Espagne souligne " l'unité territoriale du Royaume".

    Ces documents existent, ils sont consignés dans les archives officielles des trois Etats. Ils sont en quelque sorte sans appel et le Maroc, dans sa revendication, s'y est appuyé pour poser aux Nations unies le problème de la restitution de ses territoires du sud. Mais il y a mieux : le 25 février 1958, S.M. Mohammed V, lors d'une visite dans la vallée du Drâa, aux portes du Sahara occupé prononça devant les tribus un discours demeuré célèbre où il " affirma sa volonté de poursuivre l'action de libération du Sahara ". Rétrospectivement, on ne saurait mieux illustrer revendication historique et juridique, posée à l'aube de l'histoire contemporaine alors même que les empires coloniaux entamaient leur désintégration.

    Nous sommes en 1958, l'Algérie n'existait pas encore, du moins en tant qu'Etat sinon un territoire d'Outre-mer, et encore moins son rejeton de polisario. Cependant, l'histoire de la fin du XIXème et du XXème siècle a fonctionné comme un rouleau compresseur contre notre pays, mélangeant une volonté de morcellement et d'envie de puissance.

    Le morcellement par les grandes puissances
    Les historiens lucides devraient insister sur cette dimension particulière à la colonisation du Maroc par les grandes puissances, mettre en évidence qu'il a eu affaire non pas à une seule mais à plusieurs impérialismes, dire aussi qu'il a depuis quelques siècles fait l'objet de convoitises coloniales plus ou moins avouées. Dans le Nord et l'extrême sud l'Espagne, au milieu la France, sans oublier une Allemagne qui, si la conférence impérialiste d'Algésiras ne lui avait pas fait don de territoires en Afrique noire, se serait à coup sûr arc-boutée elle aussi au Maroc.

    Jamais, en effet, Etat n'avait été aussi dépecé, morcelé et réduit à une caricaturale image de peau de léopard…Jamais il n'avait subi les Fourches caudines d'une colonisation croisée, d'appétits contradictoires. Tant et si bien que lorsque le mouvement de décolonisation s'était amorcé, il lui fallut procéder par étapes, selon les caprices des puissances, négocier âprement avec l'une et l'autre, s'efforcer de démêler l'écheveau d'intérêts et d'entraves que la France et l'Espagne avaient mis en place, convaincre contre vents et marées enfin l'opinion internationale du bien-fondé de sa revendication territoriale.

    Il lui fallut se soumettre à un calendrier arbitraire de décolonisation étalé sur plusieurs années, disons plusieurs décennies : après la proclamation de l'indépendance en mars 1956, il n'avait récupéré que la partie anciennement française, en avril seulement la zone nord occupée par l'Espagne, quelques mois plus tard ce qu'on appelait la " zone internationale de Tanger ", en 1958 seulement la ville de Tarfaya, en juin 1969 Sidi Ifni, en novembre 1975 la zone nord du Sahara, appelée Sakia al-Hamra, en août 1979 enfin la zone sud du Sahara, appelée par les Espagnols Rio de Oro ( Oued Eddahab).


    Pour ne s'en tenir qu'au schéma de décolonisation du Sahara, il a fallu au Maroc quatre grandes étapes et pas moins, chacune imposant son rythme, son propre modus operandi, ses vicissitudes et ses inconnues. Il reste, néanmoins, que la caractéristique essentielle, disons l'objectif de cette longue procédure confirmait le postulat du départ, à savoir qu'il n'est pas de décolonisation, pas de libération et pas d'indépendance sans son corollaire, l'intégrité territoriale.


    LE MATIN
     

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