La problématique africaine

Discussion dans 'Info du bled' créé par freil, 7 Août 2005.

  1. freil

    freil Libre Penseur

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    Le Maroc est en train de perdre petit à petit du terrain en Afrique. Les échecs cuisants de sa diplomatie « commerçante » sur le continent noir se suivent et se ressemblent. Le dernier camouflet remonte à un mois à peine. Ainsi, le 25 juin dernier, le Kenya a reconnu officiellement la République arabe sahraouie démocratique (RASD). Un accord établissant des relations diplomatiques a été signé entre les deux parties, a déclaré alors une source diplomatique à Nairobi. « Nous avons signé l'accord établissant les relations diplomatiques avec eux au niveau des ambassadeurs. C'est la première fois », annonce Alfred Mutua, le porte-parole du gouvernement kenyan. « En reconnaissant la RASD, le Kenya s'aligne sur la position de l'Union africaine », ajoute-t-il avant de préciser que cette « décision est conforme avec le fait que la RASD est reconnue par l'Union africaine (UA) comme Etat membre », estimant que « cela va dans le sens de ce que d'autres pays membres de l'UA ont fait ».


    quand boumediene fulmine

    Le pays de Jomo Kenyata devient ainsi le 23ème pays africain sur 53 à reconnaître officiellement la RASD, après le pays de Nelson Mandela, qui l'avait fait le 15 septembre 2004. La position de l'Afrique du Sud, la première puissance économique et militaire du continent africain, l'un des interlocuteurs privilégiés du G8 et probable futur membre au Conseil de sécurité, risque de coûter cher au Maroc. Mais comment en est-on arrivé là ?
    Au tout début des années soixante, le royaume chérifien abrite la conférence des chefs d'État et de gouvernement africains qui allait donner naissance, en 1963, à l'OUA, organisme panafricain. En 1976, au lendemain de la Marche verte, le conseil des ministres de l'OUA déboute le Polisario à qui on a alors refusé l'étiquette de « mouvement de libération du Sahara occidental ». Hassan II jubile, Houari Boumedienne, le président algérien, fulmine. Mais ce n'est que partie remise. Puisque Hassan II est loin de soupçonner que cette même organisation qui le soutient jusque-là, va spectaculairement le lâcher, 6 ans plus tard. En 1982, une majorité simple de 26 pays sur 50, informe le secrétaire général de l'OUA, Edem Kodjo, de son soutien à l'admission de la RASD comme État membre de l'Organisation. Profitant des statuts flous de l'OUA, qui ne définissent pas les éléments constitutifs d'un État - souveraineté ?
    territoire ? Edem Kodjo annonce, le 22 février 1982, que la RASD devient le 51ème Etat membre de l'OUA. C'est la première fois dans les annales des organisations internationales qu'un mouvement de libération est admis au même titre qu'un État indépendant. 19 pays quittent l'hémicycle de l'OUA en guise de protestation et de solidarité avec le Maroc. Chacun s'attendait à ce qu'un pays comme l'Égypte, alors représenté par Boutros Ghali, en fasse autant. Ce ne fut pas le cas. Et d'autres pays modérés, tels le Kenya, alors président de l'OUA, ont suivi l'exemple de l'Égypte. Boutros Ghali a préféré négocier son maintien contre le retrait d'une résolution anti-égyptienne présentée par des pays radicaux, eux-mêmes parrains de la RASD. Hassan II avait du mal à accepter cet échec. Son propre échec ! Il faut rappeler que plusieurs dirigeants africains avaient reconnu la RASD bien avant que l'OUA l'ait admise. Ce fut le cas notamment de Didier Ratsiraka, Président du Cap vert, qui a soutenu le Front Polisario, le 28 février 1976, soit un jour après son auto-proclamation par ses dirigeants. D'autres présidents africains ont aussitôt emboîté le pas à Ratsiraka, comme ceux du Burundi, le 1er mars 1976, de l'Algérie, le 6 mars, de l'Angola et du Bénin, le 11 mars, du Mozambique, le 13 mars, de la Guinée-Bissau, le 15 mars, du Togo, le 17 mars, et du Rwanda, le 1er avril, pour ne citer que ceux- là.
    Il est vrai qu'à l'époque, la diplomatie « militante » algérienne, forte de sa manne pétrolière et de sa « camaraderie » avec les gouvernements africains satellites de la défunte URSS, a réussi à convaincre une simple majorité des membres de l'OUA à ouvrir les portes de l'organisation panafricaine à leurs protégés de Tindouf. Mais cela n'aurait jamais été possible sans le « brigandage juridique » - pour reprendre les termes de Hassan II- de Kodjo. Rabat a ainsi été acculée à claquer la porte de l'OUA. Et de l'Afrique également. C'était le 12 novembre 1984. La machine diplomatique algérienne a crié haut et fort sa victoire. Mais pas pour longtemps.



    nouvelle politique africaine

    En effet, à partir de la fin des années quatre-vingt, qui ont vu la chute du mur de Berlin et la fin du bipolarisme, le soutien des pays africains au Front Polisario a, peu à peu, faibli au point qu'une majorité de membres de l'OUA -31 sur 53- on cessé de reconnaître la RASD. Cela dit, il faut mettre à l'actif du Maroc, qui a privilégié la coopération bilatérale à cette époque, une reconquête du continent dont les résultats étaient, plus ou moins, probants. C'est dans cet élan qu'il a scellé, avec la Libye, l'Union arabo-africaine et multiplié les conventions de coopération avec les pays de l'Afrique sub-saharienne.
    Après l'avènement de Mohammed VI, le royaume a essayé d'adopter une nouvelle politique africaine. Le Maroc s'étant trop longtemps absenté du Continent. Mais même cette vision a vite montré ses limites. Les bévues, dit-on, ont la peau dure. Lors de sa tournée africaine en 2002, Mohammed VI a tout simplement annulé sa visite programmée, plusieurs mois avant, au Ghana. A Accra, on n'a rien compris à la décision royale. Une autre gaffe. Le Maroc s'est permis, pendant plus d'un, le luxe de ne pas avoir une représentation diplomatique digne de ce nom dans un pays de l'Afrique anglophone aussi important que le Nigeria.
    Est-ce que cela n'est pas suffisant pour remettre en cause notre diplomatie africaine, notre diplomatie tout court ?



    Source: le journal hebdo.
     
  2. casawi68

    casawi68 Visiteur

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    Re : La problématique africaine

    un tres bon article !!
    merci
     

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