La répudiation - Rachid Boudjedra (extrait)

Discussion dans 'Nouvelles (9issass 9assira) & Chroniques' créé par raja_casa, 5 Octobre 2006.

  1. raja_casa

    raja_casa دمعة و ابتسامة

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    Hôpital. Bégonias dans le jardin. Fenêtres ouvertes. Les infirmières à varices déambulent, se méfient des malades qui gloussent et des scorpions qui grouillent sous les lits. Elles ont peur, mais elles auraient mieux fait d'être apodes plutôt que d'énerver les patients avec le glissement furtif de leurs pas. A quoi rime ce va-et-vient doucereux ? L'agitation est d'autant plus vaine qu'elles ne craignent rien : au moindre incident, des hommes dissimulés derrière les portes interviendront et juguleront toute tentative de sédition. Titubation : un malade entre, il a l'air d'un anachorète qui a perdu sa transe; une fois couché, le nouveau venu perd de son intérêt et il ne nous reste plus qu'à chercher un nouveau pôle d'attraction. Les bégonias ? Ils ont l'air passif. Les scorpions ? Ils ne cessent de tourner en rond et le bruit qu'ils font en s'entrechoquant ne peut parvenir qu'à une oreille initée. Un plateau plein de fruits trône sur la petite table vissée à mon lit; elle est donc venue. Préciser l'heure de son arrivée ou de son départ est au-dessus de mes forces ; me souvenir de ce qu'elle m'a dit exige un effort qui me laissera fourbu toute la semaine, la peau moite ; impression d'avoir mué en utilisant un émollient que le médecin m'aurait donné en cachette car le règlement interdit de telles pratiques : changer de peau. Inutile de me rappeler l'heure de son arrivée, ni la couleur de sa robe ; je connais seulement son prénom : Céline, et le numéro très spécial de sa voiture. Elle vient me voir souvent et le médecin m'autorise à partir avec elle pendant le week-end ; nous retrouvons alors la chambre hideuse et la couverture effilochée et j'ai hâte de revenir à l'asile, bien que j'aie passé toute la nuit à répéter que je ne voulais pas y retourner. Dans le service où je suis, il n'y a pas de camisole de force et personne ne hurle ; seules les infirmières nous gâchent notre plaisir et notre bien-être ; elles sont laides et ont la manie de faire sécher leurs mouchoirs sur les rebords des fenêtres de la grande salle commune ; elles arborent aussi une nodosité qui donne à leurs viages un caractère inexpugnable et définitif. Effrayantes, bigles, simiesques haridelles ; elles se prennent pour des martyres parce qu'elles soignent des fous. L'une d'entre elles ressemble étrangement à Lella Aïcha, la belle-mère de ma défunte soeur ; elle évite de me regarder et j'en fais autant ; son fils s'est remarié depuis quelques temps (comment l'ai-je appris ? Je n'en sais rien ! ). Tremblements. Vibrations... Sueur, ma mère ! La ville nous parvenait comme une rumeur impalpable et démesurée ; l'été s'éternisait et venait de la mer ; nous ne savions plus que faire. Dis-moi, Céline, lentement, le nom de la ville où je suis et le nom de la mer qui la baigne... Les médecins refusent de me le dire, sous prétexte que je simule.

    Rachid Boudjedra (-), roman publié en 1969

     
  2. minoucha

    minoucha Visiteur

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    Re : La répudiation - Rachid Boudjedra (extrait)

    c'est une tré belle histoire jé lu ce roman il y a 3ans é je vs conseille de le lire vs aussi
     
  3. raja_casa

    raja_casa دمعة و ابتسامة

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    Re : La répudiation - Rachid Boudjedra (extrait)

    oui minoucha, moi aussi j'ai bcp aimé le roman :)
     

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