La voie royale

Discussion dans 'Info du bled' créé par Casawia, 28 Janvier 2006.

  1. Casawia

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    Ceux, qui exigent que l'on s'interdise tout regard projeté sur l'avenir en demeurant prisonniers du passé et de ses seuls aspects négatifs - parce que celui-ci compte tout de même des côtés positifs -, sont souvent peu concernés, ou pas du tout, par les vicissitudes de l'époque.

    Dans son discours du vendredi 6 janvier, le Souverain a tiré les leçons de la publication des deux rapports respectivement pilotés par Driss Benzekri et Meziane Belfkih. Le Roi a émis le voeu, devant un panel assez représentatif - et fort symbolique - de la société marocaine, pour que notre pays se tourne enfin vers l'avenir. Au demeurant, depuis plus d'un demisiècle, le royaume n'accumule des désagréments qu'à partir de l'incurie qui accable ses propres enfants. Il n'est point de drame dont les Marocains n'aient cultivé eux-mêmes les causes.

    C'est pourquoi on ne fait que déplorer les ravages de notre propre impénitence. Le monarque a utilisé les mots justes pour mettre en garde contre tout retard pris par rapport au monde qui change à toute vitesse. Rien ne justifie plus, en effet, que l'on continue à démoraliser toute une génération. La sinistrose ambiante est en partie alimentée par tous ces esprits « forts » qui refusent d'intégrer le bon sens en suggérant dans leurs prêches le pardon et l'ouverture. Or ceux, qui exigent que l'on s'interdise tout regard projeté sur l'avenir en demeurant prisonniers du passé et de ses seuls aspects négatifs - parce que celui-ci compte tout de même des côtés positifs -, sont souvent peu concernés, ou pas du tout, par les vicissitudes de l'époque. Et bien qu'ils n'en furent ni les victimes de crimes inexpiables ni les témoins privilégiés de l'une de ces phases mouvementées de l'histoire, ils s'érigent en héritiers prétendus légitimes de contentieux historiques qu'ils n'hésitent pas à s'approprier pour en exploiter les moindres retombées, en termes de gains et de notoriété.

    Exactement comme un fonds de commerce. Aussi faut-il, au préalable de tout projet d'avenir, s'émanciper de la tyrannie de ces gardiens autoproclamés de la mémoire collective et qui ne rêvent que du passé. Professeur Ahmed Herzeni a fait samedi 7 janvier sur TVM un commentaire fort lucide du discours de Sa Majesté. Il l'a salué en même temps que la période dans laquelle il intervient. A bien des égards, a-t-il dit, celle-ci lui rappelle les deux premières années de l'indépendance qui furent pour lui «l'Andalousie rêvée». Autrement dit, un condensé de notre « siècle de lumière ». C'est extraordinaire ! Voilà un homme que tout prédestinait à faire partie du dernier carré des irréductibles et le voilà qui tient un discours appellant, en haute et intelligible voix, au réveil du bon sens. Voilà quelqu'un qui, au lieu de diaboliser les méchants succès d'un régime qu'il a combattu, recommande leur capitalisation et leur mise en valeur en les empêchant de côtoyer les perversions engendrées par le même système. Faut-il juger et sanctionner les auteurs des abus ? Le modèle irakien, de mise actuellement, a opté pour cette voie qui conduit , hélas, à l'impasse, fait remarquer Herzeni.

    Après la rétiospective, la prospective

    Regardons plutôt, conclut-il, le précédent de l'Allemagne de l'Est après la réunification, il correspond mieux à nos ambitions. Le premier devoir des démocrates est de prêter une ouie zélée à une voix aussi autorisée pour s'inspirer des bons exemples. C'est-à-dire les pays où la page a été tournée au profit d'une croissance qui s'épanouit et un chômage en constante régression. Le voisin espagnol est à ce titre un modèle digne de respect. C'est donc dans la saine émulation et l'effort que nous pouvons dissoudre la mélancolie qui guette notre pays. Notre peuple qui fut égaré par ses guides, humilié par les violences de ses contradicteurs et enfin apaisé et réconcilié avec son histoire a besoin d'abord que soit restauré cette confiance qui dispense de regarder constamment en arrière.

    C'est la seule voie qui permet de remettre en fonction cet ascenseur social qu'est l'effort sans lequel les passagers de la locomotive Maroc ne peuvent lever leur regard pour se projeter dans le futur. Car à présent il faut, après la rétrospective de 50 ans, engager la prospective de la moitié prochaine du siècle. En ceci, il ne faut pas croire que nos amis de l'Hexagone donnent le meilleur exemple. Ainsi, lorsque le pouvoir en France renonce, sans débat et de manière unilatérale, au Commissariat général du plan, c'est qu'il tient pour anecdotique le principe selon lequel «gouverner c'est prévoir». Denis Jeambar de l'Express commentant cette décision estime (L'Express du 05/01/06) que «la politique devient commentaire en direct et simple navigation à vue…». Une commission similaire à celle qui a oeuvré autour de Meziane Belefkih pour l'évaluation des 50 années d'indépendance, pourrait être chargée par le Souverain pour réfléchir sur les 50 années à venir afin de s'en assurer, faute de les maîtriser totalement, l'amortissement des chocs et l'évitement des pièges.


    Abdallah El Amrani
    L'observateur.ma

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    propose par aghilasse
     

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