la vrai politique marocaine

Discussion dans 'Scooooop' créé par topsecretmaroc, 20 Juillet 2007.

  1. topsecretmaroc

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    Les tribus
    La sociologie de la communauté électorale au Maroc intrigue par son incohérence et sa complexité. Elle est à l’image de la carte politique du royaume : une mosaïque éclatée et surtout très hétéroclite. On y trouve des royalistes, des radicaux, des marxistes-léninistes, des islamophiles BCBG, des islamophobes anxieux, des je-m’en-foutistes fiers de l’être, des indécis éternellement paumés, des berbéro-maniaques ultra-chauvins et des tradi-istiqlaliens de père en fils. Liste, non exhaustive, des tribus d’électeurs marocains.

    Les absolutistes
    Leur devise : «Tout se passe ailleurs.»
    Cette catégorie ne croit pas au jeu démocratique des élections. Pour ces citoyens, voter ne sert à rien. Pire encore, les élections ne servent à rien du moment que tout se décide ailleurs, c’est-à-dire à un niveau supérieur. Les élections ne sont pour eux qu’une farce des plus ridicules. Une sorte de trompe-l’œil pour sauver les apparences au niveau international. On peut scinder cette catégorie en deux sous-catégories : ceux qui sont favorables à ce que les affaires politiques se décident ailleurs, et ceux qui y sont opposés. «Heureusement que les grands projets et les chantiers de la Nation sont le fait du roi et non du gouvernement. Cette bande d’incapables n’est pas en mesure de faire quoi que ce soit», explique Adam, la trentaine, directeur d’une agence de communication. Ils appartiennent pour la plupart à une élite économique et sociale où la politique n’a pas droit de cité. "Comment expliquer alors que les plus grands chantiers du Maroc, que ce soit Tanger Med, les autoroutes, le tourisme…soient le fait d’une bande de ministres technocrates proches du sérail ", opine du chef Hind, jeune cadre BCBG, victime de la mode et qui pense plus au dernier sac Gucci qu’aux prochaines élections.
    Les autres sont pour la majorité résignés. Ils ne souhaitent pas que la politique se décide ailleurs. «Depuis l’indépendance, les élections ont été truquées. En l’espace de quarante ans, il n’y a eu que le gouvernement Abdellah Ibrahim qui a tenté d’agir pour le bien du Maroc et où les ministres n’étaient pas tous des “béni-oui-oui” à la solde du Makhzen. Depuis et même sous Abderrahmane Youssoufi, c’est le Palais qui décide tout et le gouvernement n’est là que pour exécuter ses directives», déplore Hamid, la cinquantaine, professeur de droit publique à l’Université.

    Les indécis
    Leur devise : «On verra plus tard.»
    Ira, n’ira pas ? Telle est la question. Ils aimeraient bien aller voter mais s’y prendront à la dernière minute. Il s’agit des indécis. Dans le sondage réalisé en mars 2006 par l’IRI, ils seraient 55% à appartenir à cette catégorie qui donne des sueurs froides aux partis traditionnels tels que l’USFP et l’Istiqlal mais fait le bonheur des autres partis. Et pour cause, ils peuvent basculer d’un côté comme de l’autre. A j-57, Amal ne s’est pas encore décidée. «Je ne sais pas pour qui je vais voter». Elle ne vote pas pour un parti mais pour des personnes. «Je me fie à mon instinct par rapport aux personnes. Peu importe le programme ou l’idéologie. J’élimine trois ou quatre partis dont le PJD, le PND, le MNP…mais sinon je suis ouverte à toutes les propositions», précise-t-elle. Il lui reste à choisir entre une vingtaine de partis. Cette jeune femme fait partie de la catégorie des indécis chroniques. A chaque échéance électorale, ils se posent la question existentielle : voter ou ne pas voter. «En 2002, j’ai pris conscience de la nécessité d’aller voter ? J’avais même choisi mon parti. Sauf qu’à la dernière minute, je me suis rendue compte que je n’avais pas ma carte d’électrice», explique Siham, 34 ans, chef de projet dans un cabinet d’audit. Pour la petite anecdote, elle n’a toujours pas sa carte d’électrice. «J’ai raté de peu la période d’inscription», se justifie-t-elle. Mais elle compte se rattraper si on lui en donne l’occasion…

    Les islamophiles
    Leur devise : «Aidez-vous pour la réussite de vos affaires par la discrétion.»
    Ils sont patrons de grandes entreprises, riches héritiers, managers ou hauts cadres dans des multinationales. Ils ne sont pas forcément barbus, ils n’accomplissent pas régulièrement leur prière à la mosquée, ils mettent leurs enfants dans les meilleures écoles étrangères ou parfois dans des écoles privées où l’enseignement islamique est de “meilleure” qualité. Ils fréquentent les restaurants et les hôtels qui ne servent pas d’alcool et leurs femmes s’habillent en style BCBG, portent un voile plutôt “in” et sont des fans des télé-prêches d’Amr Khalid. Ils se font un plaisir d’aller accomplir en famille le rituel d’El Omra à la Mecque, chaque mois du ramadan. Ce sont tous ces Marocains bourgeois ou aisés qui partagent confidentiellement le projet de société du PJD. Pour différentes raisons, ils évitent de crier haut et fort leur préférence et leur soutien à ce parti. Visiblement, ils optent pour “attakiyya” (art de la dissimulation) et appliquent le hadith du prophète Mohammed qui recommande à la Umma : «Aidez-vous pour la réussite de vos affaires par la discrétion». Les plus friqués d’entre eux participent au financement des campagnes électorales des candidats du PJD à la députation. Cette communauté d’électeurs ne se contente pas d’offrir sans hésiter sa voix à ce parti mais fait tout pour convaincre également toutes les personnes de son environnement de le faire. «Le PJD est un parti dirigé par des hommes honnêtes et pieux. Son projet est clair et authentique. Il puise ses origines dans notre culture islamique. D’ailleurs, toute notre famille vote pour ce parti qui, si on le laisse travailler, va certainement réussir», explique Kamil Laraki, 34 ans, directeur financier d’une entreprise familiale à Casablanca.

    Les achetables
    Leur devise : «Qui mise plus ?»
    On peut les considérer comme le noyau dur des électeurs au Maroc. Historiquement, ils ont contribué à façonner toutes les cartes des élections qu’a connues le royaume. Ils sont généralement analphabètes ou avec un niveau d’instruction bas, ruraux ou citadins, pauvres ou avec un pouvoir d’achat très faible et vivant tout à fait en marge de la société. Ce sont tous ces exclus produits par le système politique et socio-économique et qui sont prêts à vendre leur voix, voire leur âme, pour quelques dirhams de plus. «Je ne vais pas te mentir. J’offre ma voix au candidat qui me donne le plus d’argent. D’ailleurs, la plupart de mes voisins dans cette rue et même au niveau de notre quartier font pareil», reconnaît sans gêne Saïd El Hrizi, 45 ans, vendeur ambulant et père de 5 enfants. Said vit, depuis bientôt 15 ans, avec sa famille dans une petite chambre sur une terrasse d’une maison détériorée du quartier populaire casablancais de Derb Soltane. Pour lui et sa femme Khadija, 39 ans, ces élections sont une occasion pour gagner un peu plus d’argent. «Lorsque je m’engage avec un candidat à lui assurer cinquante voix de mes voisines par exemple, je tiens souvent ma promesse, surtout si le candidat se montre bienveillant», confie Khadija. En tout cas, la réputation de ce couple semble bien établie dans le quartier. Appelés par les enfants des voisins «Al mraikia» ou encore «Al Blaighia», Said et Khadija ont été approchés, depuis quelques semaines, par des représentants de certains candidats dans la circonscription de Derb Soltane El Fida afin de s’assurer leurs «services».


    Les islamophobes
    Leur devise : «Tout sauf les islamistes.»
    Ils ne veulent rien savoir. Ils se disent prêts à sacrifier les “règles” démocratiques les plus élémentaires afin de barrer la route aux barbus. Ils disent préférer un régime despotique plutôt que de voir les islamistes gouverner et appliquer la chariâa. «Je n’ose même pas imaginer que ces gens puissent nous gouverner un jour. Je ne veux pas un modèle de société calqué sur celui des talibans. Malgré leurs déclarations modérées, les islamistes sont capables du pire. C’est pour cela que je tolère que l’Etat puisse arranger les résultats des élections pour stopper leur ascension», martèle hors de lui Mohamed H., médecin quadragénaire. Les propos de ce toubib sont partagés par tous ces Marocains qui considèrent que la religion relève de la vie privée des individus et que de ce fait aucun parti n’a le droit de donner aux citoyens des leçons sur l’Islam. En fait, toute cette phobie développée par cette catégorie d’électeurs à l’endroit des islamistes vient de certaines craintes : «Je n’ai pas envie que quelqu’un m’interdise demain de prendre tranquillement ma bière ou fermer le bar en face de chez moi. Je n’ai pas envie qu’on impose à ma femme ou à ma fille le port du voile. Je n’ai pas envie qu’on m’empoisonne la vie au nom de l’Islam. Je veux plutôt vivre en paix et c’est pour cela que je voterai, même sans conviction, pour l’USFP», explique notre docteur.

    Les gauchos-pastilla
    Leur devise : «Tous contre le PJD.»
    Contrairement aux déçus de l’USFP, cette frange de la population s’agrippe au rêve socialiste. Sur les échecs de l’actuel gouvernement, ils trouveront toujours des justifications pour les expliquer. Cette catégorie a compris que l’intérêt du Maroc se trouve dans cette alchimie que seul l’USFP a su créer. Une idéologie socialiste à la solde du Makhzen. «Cela ne sert à rien de rester dans l’opposition et de dire non à tout et à tous», explique Hassan, fonctionnaire rbati. La capitale, fief de l’USFP, regorge de gauchos “pastillas” qui se sont fondus dans le moule de cette nouvelle idéologie gauchiste. «Il faut faire des concessions pour faire évoluer le Maroc. Les priorités changent. Le libéralisme s’est imposé à la terre entière, alors pourquoi ne pas l’adapter à la réalité marocaine tout en gardant en tête nos idéaux sociaux», tente de convaincre Hassan. Les Ekyazghi, Oualalou, El Malki, Lachgar, ils les soutiendra coûte que coûte, quitte même à fermer les yeux sur les nombreux faux pas des ministres usfpéistes et à leur tête Mohamed Bouzoubaâ, ministre de la Justice. «Il n’a pas le choix. Le Maroc vit une période difficile avec notamment les attaques terroristes. Le côté sécuritaire devient primordial et la justice ne peut que sévir. Nous ne pouvons pas nous permettre le luxe de l’indépendance de la justice», réplique Rachid, chef de département au ministère de l’Education nationale.

    Les déçus de l’USFP
    Leur devise : «Tout sauf l’USFP.»
    Leurs idoles sont Mehdi Ben Barka, Omar Bendjelloun, et Abderrahim Bouabid. Ils font partie de cette catégorie de personnes qui ont toujours soutenu la gauche marocaine. Le retour de Youssoufi au Maroc en août 1995, après un exil volontaire de deux ans à Cannes, la constitution du gouvernement d’alternance, de grands moments de l’histoire marocaine. «Une époque où j’avais la ferme conviction que les choses allaient s’améliorer au Maroc. Mais dix ans après, que reste-t-il de cette euphorie ? Rien ou sinon une immense déception que je n’arrive pas encore à dépasser», explique Sid Ahmed, la soixantaine, retraité d’une banque de la place. Ce sexagénaire fait partie de la tribu des déçus de l’USFP. Pour lui, les prémices de la déception remontent à la constitution du gouvernement de l’alternance, quand Youssoufi a accepté Driss Basri au sein de son gouvernement. Mais qu’à cela ne tienne, il arrive à se convaincre que cette concession était indispensable pour aller de l’avant. Mais, le temps passant, il va s’apercevoir que les Uséfpeistes l’ont trahi. Youssoufi interdira deux journaux alors que c’était l’un des fervents défenseurs de la liberté d’expression. D’autres membres du parti de la gauche le décevront également. «Fathallah Oualalou dont les envolées lyriques au Parlement du temps de l’opposition ravissaient le peuple marocain. Après 10 ans à la tête du ministère des Finances, Oualalou défend plutôt le libéralisme à outrance. Ou encore l’honorable Mohamed Elyazghi qui s’accroche à son poste de secrétaire général du parti et qui sera dans les starting blocs pour un portefeuille ministériel», s’indigne pour sa part Halima, professeur universitaire. Une bande de déçus qui ne sait plus à quel saint se vouer.

    Les gauchos nostalgiques
    Leur devise : «La Constitution doit changer.»
    On peut les appeler les soixante-huitards marocains. Ils sont gauchistes et le resteront jusqu’à la mort. Leur idole, un personnage qui a toujours dit non et qui ne s’est jamais fourvoyé : Mohamed Bensaïd Ait idder. «Un des rares hommes politiques marocains à avoir su garder sa crédibilité», explique Brahim avec admiration. A 47 ans, ce marxiste-léniniste pur et dur ne compte faire aucune concession, il votera PSU. Pour lui, aucun changement n’est possible au Maroc sans une modification de la Constitution et principalement l’article 19 qui donne tous les pouvoirs au roi. «On ne peut pas parler de démocratie avec une monarchie omnipotente. La seule manière d’y remédier, c’est de donner plus de prérogatives au Premier ministre et au Parlement», ajoute-t-il. Cette catégorie d’électeurs est toute acquise au Parti socialiste unifié, tout en sachant que ce parti n’aura pas, sauf alliance avec un autre, un grand nombre de représentants au Parlement. Mais, en dépit de cela, ils y croient dur comme fer. Ils sont de tous les combats, de toutes les manifestations, de tous les sit-in. Leurs signatures sont sur toutes les pétitions, leurs emails regorgent d’appels au boycott et de pétitions à signer, d’injustices à condamner. Les années de plomb, ils les ont vécues et les revivent encore et encore à chacun de leurs rassemblements. On a beau les qualifier de nihilistes, ils n’en démordent pas. Selon eux, le pouvoir doit revenir au peuple et pas question de faire des concessions. Tous les qualificatifs se terminant avec “iste” leur conviennent, anti-monarchistes, marxistes, trotskistes…on peut compter parmi eux d’anciens membres d’”Ila Al Amam” comme Abdellah Harif ou encore Abdelhamid Amine mais également des jeunes qui ont vécu et été éduqués avec la fibre gauchiste.

    Les tradi-istiqlaliens
    Leur devise : «Moderniser, mais sans renier les racines ancestrales et les valeurs culturelles.»
    Si la base de l’Etat major de l’Istiqlal a été sérieusement amputée, les fans de ce parti existent toujours et sont fiers de leur appartenance à la famille istiqlalienne. Généralement, c’est de père en fils qu’on vote pour ce parti réputé inaccessible et dont l’organisation est calquée sur l'administration territoriale marocaine. C’est donc une histoire de famille politique qui n’a pas cessé d’évoluer de génération en génération depuis l’indépendance. Contrairement aux idées reçues, le fief électoral de ce parti n’est plus la ville de Fès, d’où sont historiquement originaires la plupart des dirigeants de l’Istiqlal. C’est désormais le monde rural qui compte le plus de votants tradi-istiqlalis. Cependant, certains fassis votent, pour des raisons socioculturelles, en faveur de l’Istiqlal. «Même si je ne partage pas toutes les idées de l’Istiqlal, je continue à lui donner ma voix. Je suis fassi et je me souviens que mon grand-père maternel cultivait une grande estime pour Allal El Fassi. C’est peut-être pour cela que je soutiens encore aujourd’hui ce parti», affirme Nabil Bennani, 38 ans, haut cadre à la banque. Sa femme Sanae, 34 ans, ingénieur en informatique, met en avant d’autres arguments : «il est vrai que l’Istiqlal a connu certains problèmes mais il reste de loin le parti le plus proche des marocains et de leurs aspirations. Il y a une chose qu’on ne dit pas assez : L’istiqlal est le parti marocain le plus attaché à nos valeurs religieuses et culturelles et il n’a jamais instrumentalisé cela dans son discours politique comme le fait outrageusement le PJD. C’est pourquoi mon mari et moi allons voter le 7 septembre pour Yasmina Baddou, la candidate istiqlalienne à la circonscription Casablanca-Anfa».

    Les berbéro-maniaques
    Devise : «Les Arabes dehors.»
    Fervents défenseurs de l’amazighité, ils représentent le quart des habitants du Maroc. Fidèles au Mouvement Populaire et à son «leader» historique Mahjoubi Aherdane. Leur credo : défendre corps et âme l’amazighité du Maroc et dénoncer sa totale arabisation par «les colonisateurs»… arabes. Mais peut-on vraiment parler de vote berbère ? Non, c’est plutôt une frange de cette population qui vote d’une manière ethnique. «Nous avons toujours été marginalisés et exploités par les autorités. Sous le Protectorat, nous avons combattu pour l’indépendance. Nous en avons marre que les fassis et les rbatis fassent la loi au Maroc», s’indigne Moha, ingénieur. Ils vouent une haine féroce à l’Istiqlal. D’ailleurs, leur bête noire n’est autre qu’un leader du mouvement national, Allal el Fassi. «Ils incitaient les berbères à envoyer leurs enfants au combat et les fassis à aller à l’école».
    N’est-ce pas lui qui a dit «si tout le monde va à l’école, qui va labourer la terre», insiste Moha. En 1985, Mahjoubi Aherdane, alors dans une traversée du désert, ira même jusqu’à déclarer au quotidien espagnol «El Pais» qu'au Maroc, «les hommes berbères sont utilisés comme de la chair à canon au Sahara, et les femmes comme des cheikhates lors des manifestations officielles».

    Les radicaux ou les fanatiques
    Leur devise : «Participer aux élections est un péché.»
    Pour cette communauté, il n’y pas de débat. La seule voie du salut est le retour aux sources. Celles du texte coranique, de la Sira du prophète Mohammed et du legs de ses compagnons. Ce sont les salafistes, les takfiristes et tous ces fanatiques qui estiment que ces élections ne sont qu’une mise en scène risible de cette “satanique machine” appelée démocratie. «Je ne sais pas pourquoi nous imitons l’Occident dans ses moindres gestes. C’est une hérésie. Notre modèle est clair : la khilafat comme prototype d’état et la choura (concertation) comme mode de gouvernance. Il est temps d’appliquer la chariaâ», propose Abou Asâad, 43 ans, électronicien. Ce dernier dit ne pas être concerné par ces élections du moment qu’elles ne vont pas participer à installer un mode de vie islamique. «Pourquoi voulez-vous que j’aille voter ? Et pour qui ? Le message de tous mes frères, ceux arrêtés, torturés et jetés en prisons ou ceux encore en liberté “provisoire” est clair : changer le monkar (mal, répréhensible) est une obligation (fard) incombant aux musulmans», croit savoir Abou Asâad. Pour lui et ses amis, il n’est pas seulement question de boycotter ces élections, mais il est nécessaire d’expliquer aux “âmes perdues” que ce genre de scrutin sert à propager des vices comme la corruption, l’hypocrisie et le mensonge dans notre société.


    Les confréristes
    Leur devise : «Dieu bénit le candidat du pouvoir.»
    La société civile «anonyme» qui a mené toute une campagne pour, dit-on, inciter les Marocains à voter le 7 septembre prochain, n’a jamais soulevé dans ces débats le rôle que jouent encore les confréries religieuses dans le champ politique. Les zaouias El Ouezzania, Ketannia, Qadiriyya, Tijaniya, Boutchichia, etc, ne se contentent pas seulement de mettre leur «pouvoir» religieux au profit de la monarchie mais participent directement ou indirectement dans l’opération de la «bénédiction» des «heureux» candidats lors des différents scrutins. Et ce n’est pas seulement dans le monde rural que ces confréries mènent campagne. «A l’approche de chaque rendez-vous électoral, nous sommes de plus en plus courtisés par des aspirants à la députation au niveau de notre circonscription. Ils cherchent tous notre appui auprès des électeurs», affirme Moulay Omar El Harraki, 34 ans, responsable de la zaouia Harrakia de l’ancienne médina à Casablanca. Un de ses collaborateurs lâchera : «Généralement, nous soutenons les candidats du pouvoir et ceux qui se montrent très généreux». Conscient de leur inestimable concours, Abdelbari Zemzami, l’ancien prédicateur de la mosquée de Ould Al Hamra, candidat du parti de la vertu et la vigilance à Casablanca-Anfa a installé tout un réseau de rabatteurs au niveau de toutes les confréries que comptent cette circonscription. «Nous ne faisons pas de la politique mais nous sommes au service de notre pays. C’est son intérêt suprême qui prime», explique Moulay Omar.

    Les apôtres du cheikh
    Leur devise : «Le fruit pourri va finir par tomber de lui-même…»
    La question du vote pour les adeptes du cheikh Abdeslam Yassine a été visiblement tranchée. C’est en tout cas ce que laisse entendre le porte-parole d’Al Adl Wal Ihssane, Fathallah Arsalane, qui a déclaré il y a quelques semaines que “les jeux sont faits” et qu'il n'y a pas besoin d'appeler au boycott du scrutin de septembre 2007. Pourtant, l’Etat soupçonne que les voix des adlistes risquent de bénéficier au PJD. «Sincèrement, personne ne nous a donné de consignes de vote. En tout cas, on estime que ces élections ne vont rien changer tant que le makhzen continue à remettre les véritables réformes à une date sine die», soutient Hamid Z., 29 ans, informaticien et militant d’Al Adl Wal Ihssane depuis plus de 10 ans. Ce jeune apôtre du cheikh fait allusion aux réformes constitutionnelles et prône le modèle d’un Etat islamique. «Tous les écrits de si Abdeslam développent les fondements de cet Etat que méritent les Marocains. L’Etat n’a jamais pu débattre avec lui ses brillantes idées. Il a au contraire adopté une politique répressive et propagandiste. C’est cela l’Etat démocratique que nous offre la nouvelle ère ?», se demande Hamid. Les rencontres de ce dernier avec ses “frères” de la Jamaâ ne portent que rarement sur le sujet des prochaines législatives. «Ces élections sont un non événement pour nous. Notre projet de société ne s’inscrit pas dans cette mise en scène», estime Hamid.

    Les paumés versatiles
    Leur devise : «Je me fie à mon instinct.»
    80%des électeurs votent pour des personnes et non pour des partis ou des programmes. Ces électeurs sont les paumés qui sont perdus entre les différentes formations politiques et qui ne savent pas à qui offrir leur voix. La question alors n’est pas vais-je voter ou non, mais pour qui ? Entre le PJD qui leur fait de multiples clins d’œil, l’USFP ou encore l’Istiqlal, les seuls partis qu’ils connaissent vraiment, ou encore les nouvelles formations qui fleurissent à tout bout de champ, leur cœur balance. «Je n’ai aucune idée pour qui je vais voter le 7 septembre. J’ai encore presque deux mois pour me décider. En attendant, je scrute les émissions télé pour voir s’il n’y en pas un qui va sortir du lot», explique Majid, étudiant en art moderne. Même son de cloche pour Sarah qui en est à sa deuxième expérience électorale. «En 2002, j’ai voté pour Yasmina Baddou. D’abord parce que c’est une femme et je la sentais plus proche de moi que ces grabataires qui ont un pied dans la tombe», susurre-t-elle. Des points de vue appuyés par les chiffres. Ainsi, selon la dernière enquête du Haut Commissariat au plan (HCP), pour les électeurs potentiels, l'appartenance politique des candidats est reléguée à la sixième position pour ce qui est des critères déterminant le choix des personnes sondées. En premier lieu arrivent la réputation du candidat (64%), son programme (54%), sa personnalité (41%), mais aussi ses origines tribales avec 29%.

    Les je-m’en-foutistes
    Leur devise : Après moi le déluge.
    Ils représentent une grande partie de la population (presque la moitié). Ils proviennent d’horizons différents. Cela peut aller de la ménagère classique à la femme au foyer friquée complètement déconnectée de la réalité aussi bien sociale que politique. On peut également trouver dans cette catégorie des «business men» ou encore des cadres sup obnubilés par leurs affaires. Il se mosquent de la politique et le proclament avec une fierté non feinte. «L’essentiel pour moi, c’est la rentabilité de mon entreprise et le chiffre d’affaires à la clôture de l’exercice», assène Hicham, patron d’une PME/PMI. Les élections, il n’est même pas sûr de la date de leur tenue… Salwa et Mouna travaillent dans la même boîte et ont le même point de vue sur les élections. «Les élections, on s’y intéresse mais pas assez. En dehors du PJD qui fait la une de tous les journaux, nous ne connaissons pas vraiment les autres partis et c’est pour cela que nous n’irons pas voter», se justifient-elles. Pour Mehdi, un étudiant Baba cool de 21 ans, la politique “c’est de la science-fiction”. Le matraquage médiatique de Daba 2007 n’a eu, semble-t-il, aucun effet sur cette catégorie.


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