L'ahidous Bahbi

Discussion dans 'Amazigh' créé par izeli, 8 Décembre 2007.

  1. izeli

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    L'Ahidous Bahbi est une manie musicale qui se prend à l'occasion des célébrations des mariages au sud-est marocain, par le groupe Amazigh Iqebliyen ou ceux du levé du soleil. Comme pour toutes les autres composantes, elle se pratique selon des rites ancestraux régis et transmis de génération à une autre des siècles durant par voie orale seulement.

    Avant l’indépendance du Maroc, c'est-à-dire antérieure aux années soixante, l’Ahidous n Iqebliyn se jouait en deux rangées mises face-à-face ; des hommes étant intercalés par des femmes. Ils chantaient des vers des Izlan – pluriel de l’Izli, rythmés par des sons graves et aigus du tambourin ou Igdem. Plusieurs tambourins sont ici permis pour assurer la cadence d’une danse vive, verticale et en deux ou trois temps selon le rythme du chant choisi. A l’image de celle des autres groupes Amazighs mitoyens, elle aussi semble désignée le sol par les gestes de ses pratiquants. En l’absence d’arguments convaincants ou d’un témoignage digne, je me réserve d’avancer ici l’origine de cette danse séculaire. Peut être que le travail d’un marteau plus pointu nous en dira plus !
    Vers l’année 1961, Ahidous n Iqebliyn a dû subir des changements dans sa pratique à cause de l’influence et des pressions du parti dogmatique : le parti de l’Istiqlal qui asservissait la vie politique marocaine. Ce dernier étant connu par sa conception de pensée unique, d’une religion unique, d’une langue unique, d’une culture unique et aussi d’une vision unique ! Il avait en effet interdit à ce groupement Amazigh de mélanger des hommes avec des femmes pendant les séances de cette belle danse qui est l’Ahidous. Ce parti sectaire et destructeur des identités ne pouvant pas faire mieux! C’est pourquoi l’Ahidous n Iqebliyn est devenu ce qu’il est aujourd’hui ; c'est-à-dire une rangée des hommes face à celle des femmes. Chaque côté, à tour de rôle, chante le rythme d’une partie des vers de l’Izli. La force du verbe et donc du sens, riment dans des échanges mutuels. Chacun s’exprimant selon ses convictions et selon ses positions. La place de choix revient, bien évidement, aux poètes les plus éprouvés. L’histoire de cet Ahidous retient copieusement des figures qui ont beaucoup donné par leur créativité à cette variante Amazighe. Je citerai ici quelques noms qui sont connus dans ce bassin du sud-est marocain :

    - Hmad Oudawd à Asir Tinejdad
    - Brouk Ouâzza, Asrir Tinejdad
    - Ouâziz, Ssat Tinejdad
    - Lhou Oubassou, Goulmima
    - Kki Hessou à Goulmima
    - Baheddou, Mou n Ihya (2) Goulmima

    - Diyyan Heddou, Mou Tadighoust
    - Mouha Ouhmad (Hemmach), Mou Tadighoust
    - Kherttibbi, Tadighoust
    - Hsassa, Ayt Ihya Goulmima
    - Oukheddi Ayt Gettou Goulmima
    - Hro Ouâli à Ayt Mouch, Goulmima
    - La poétesse : Itto Usidi, Hart Goulmima.

    Il y’en a d’autres noms encore à Tadighoust comme ailleurs ; mais qui ne sont pas connus du publique à cause de la triple marginalisation de cette danse authentique. D’abord la locale due surtout à la spéculation, puis la nationale comme pour toute la culture Amazighe en général ; et ensuite vient le tour de la plus grave, car elle découle de ses propres dépositaires. Un héritage culturel de cette trempe ne doit en aucun être destiné aux couffins des oubliettes. Comment peut-on agréer à l’ostracisme d’une aussi riche tradition, variée et génitrice des répertoires de poésie et de littérature marocaine ? Le savoir humain dans sa globalité, n’a-t-il pas besoin de l’apport de chaque composante ? Si ce n’est pas le cas, quel serait donc la seule source et mère qui a donné naissance à notre instruction ? Je le répété encore une fois ici : il faudrait être câbler différemment des autres pour pouvoir se fier à la thèse de l’épuration linguistique ou culturelle.

    Voici par ailleurs quelques vers des Izlan du poète Kki Hessou dans des différents rythmes.

    Il disait dans le rythme le plus long :

    A tazra n lluban mi âeddan ihurriyn
    A ta kemmin ayd i-yezlan rray-inew
    Argaz ttinniyd is iga amm ighanimn
    Is righ ad tawim lâezz nawy waytt
    Irgeln n zzin, mayd tagh ur tar ijjiy
    Ard alin isaffen afella n ighulidn

    Traduction:

    Collier madré et coloré par le corail
    Toi qui m’a fait perdre mes labeurs
    L’homme que tu voix comme un rosier
    Mon veux de béatitude, une autre pour nous
    Au bourg des splendeurs, l’atteint ne se remettra plus
    Jusqu’à ce que les rivières remontent l’amont

    Dans le deuxième rythme, appelé : Ahaywa, Kkki Hessou en avait fait de ses Izlan une suite harmonieuse qui traite d’un seul sujet. Ce qui a donné une sorte de Tamdyazt ; mais faite par des vers des Izlan de l’Ahidous. Il disait :


    Han ayt nniyt da ttecharen
    Meqqar da ttasin izazaten
    Meqqar righ ad shudregh ighef
    Hezzan-d imurig ul-inew
    Mer da ttebeddalmt a lemhayn
    Leghyar allig d-icayd iqqim
    Ur iwhin uyenna i-yaghen
    Ul-inew iâmmer s ixemmimn
    Idda lhemm ur iri buttaât
    Yiri ttâam inejdi g ittamn
    Tizizwa tuwgh g iledjign
    Tamamt tâayd s ighwulidn
    A ayt lhilat igheddarn
    Ur da ttehkkam s isennann’
    Ssagmat lehzen a yul-inew
    Amuttel ad ihkem igheddarn
    Da ttxemmamgh i yat tenbatt
    Ddunit amm inejda g lmitl
    A lixra tujtt i ku yuwen
    Tuwy lmeskin, tawy ttajr
    Aezrayn isul ad i-yessikl
    Ad i-yekkes rruh i-ygi g lghumt
    A lahbab agh-isaggan ighef
    Ad ur tallam ghef igayuten
    Tuwimd aman a aytma-new
    Issard-i wenzar lehnuyt
    Igna lekfen iligh agensu-nnes
    Han nnâac ngherd afella-nnes
    Usin-i rebâa allig nn-nuwd
    Qqamn kem a tazallit n lajr
    Meqqar teghrim, wjed ad ten-tabâ
    Isul wakal ad i-yessikl
    Ilint lmalayka d nniyt
    Ar i-ssektayent ineghmisen
    Asag d-ibadd lmizan-nnegh
    Han anrar n lehsab iâemmer.

    Traduction:

    Les dignes de foi se reconnaissent
    Même si les chagrins les accompagnes
    Même si je voudrai baisser ma tête
    La lamentation élève ma résipiscence
    Si on pouvait échanger les amertumes
    La peine s’isolerait toute seule
    Ce que j’en dure n’est pas commode
    Mon cœur est dans la tourmente
    La besogne conteste ainsi le docile
    L’errant voudra la touffe de l’hospice
    L’abeille s’ savoure les fleurs
    Le miel reste dans les cimes
    Le mauvais sort se réserve aux traîtres
    Je pense aux gens du pouvoir
    La vie est comme cet errant
    La mort est commanditée pour un chacun
    Elle entraîne le pauvre comme le riche
    L’ange de la mort nous tiendra
    Il emporta l’âme dans les ténèbres
    Les voisins regarderont d’en haut
    Ne pleurez plus sur des squelettes
    Vous proclamerez l’eau mes frères…


    Tous ces vers de l’Izli, oeuvre de Kki hessou, se chantent également par le rythme de l’Ahidous des autres groupes amazighs limitrophes. La résonance est on en peut plus parfaite. Dans le fond, les similitudes sont quasi crédibles.

    Le rythme dit « Dani » :
    - A Dani i wenna, a dani ya rrebi fek-as i bab n lferh lxir ya Dani a wa
    - A Dani i wenna, ula unna d-igran adar-nnes s ujemmuâ a Dani yawa.

    Traduction :

    Dani pour celui, oh ! Dani, dieu accorde les possessions pour le maître des noces
    Dani pour celui-ci, pour celui qui est venu assisté à la masse oh ! Dani.

    - Sell âla nnebi Muhemmadin ayd igan amezwaru n wawal
    - Netta ayd igan Ssabun da yessirid bla tighbula
    - A bab n lferh agh-d-ywyen s ahidous ad nzel amarg i wull
    - Ad ak-ig’ rebbi tisura g leqful ayeffas, irzem-ak lbiba
    - Negh ayenna g tegrit aduku, iger-t-id lxir zarrun
    - Lfall-nnek ad ak-d-yawey tiserdan ibubban lehri
    - Megh ak-ihda tifunasin ad d-taseyem tihellabin n ughwu
    - Llah âawen nsellem ghif-un a yicirran ula tirbatin
    - Ula winn lâammet kullu, ula wenna mi nella ddaw lehka
    - Tella yat rrutt g luda,nedda-d a nzur ur tezrim
    - Ma lhila-nnew mek naghul, asekkin-inew ur t-qdigh
    - Ullah a mer id i ttumubil i-yettawyen ar i-di-ttrara
    - Tenagha-yi tghufi n iwudir daccen a wayenhubba igellen-in

    Traduction :

    Prie sur le prophète Muhemmadin, lui le premier à toute intromission
    C’est lui la purgation qui lave sans fontaine d’eau
    A l’initiateur de cette liesse, pour laquelle nous sommes venus receler les peines
    Que dieu te mette les clés dans les serrures et t’ouvre les portes
    Là vous mettriez la semelle, la richesse vous suivra
    Le vœu émis, pour toi, sera des mulets chargé d’étoffe
    Qu’il t’offre des vaches, pour que tu puisse boire des bols de laitsBonjour, je vous salut les garçons comme les filles
    T out un chacun, celui pour qui nous sommes sous ses ordres
    Il y’a un monastère dans la steppe, je suis venu pour un pèlerinage
    Comment ferai-je pour retourner, si mon objectif n’étant pas atteint
    Si ce n’est l’auto qui me porte et me ramène
    J’aurai le mal des murs, reste donc le tien cher bien aimé

     

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