L'aide controversée des neurosciences à la justice

Discussion dans 'High tec' créé par Med Omar, 12 Décembre 2009.

  1. Med Omar

    Med Omar MoUl DéTaILS-GaRoU PiPaS Membre du personnel

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    Des scientifiques et des magistrats se sont réunis pour débattre de l'utilisation des images cérébrales dans les procédures.


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    Les techniques modernes d'imagerie cérébrale et, plus généralement, les neurosciences ont-elles une place dans les procédures judiciaires ? Plusieurs pays ont déjà répondu positivement à la question en recourant à ces méthodes pour vérifier la véracité des propos tenus par un accusé ou évaluer son degré de responsabilité. En France, où les neurosciences n'ont pas encore franchi les portes des tribunaux, le sujet reste sensible, tant pour des raisons de fiabilité scientifique que pour des questions d'ordre éthique. Chercheurs, magistrats, médecins et autres spécialistes ont fait le point jeudi lors d'un séminaire organisé par le Centre d'analyse stratégique, organisme rattaché au Premier ministre.

    Le débat ne date pas d'hier. Les premiers polygraphes, ou détecteurs de mensonges, ont été développés aux États-Unis au début des années 1920. Rapidement, leur fiabilité a été contestée, les scientifiques soulignant que les mesures chimiques, physiologiques ou électriques réalisées par ces appareils pouvaient traduire des émotions liées à d'autres comportements que le mensonge (à commencer par le stress de l'examen). La Cour suprême américaine a finalement interdit les polygraphes en 1988, mais des pays comme le Canada les utilisent toujours. Surtout, des détecteurs de mensonge de nouvelle génération apparaissent, qui font appel aux techniques modernes d'imagerie comme les IRM fonctionnelles.

    Le principe est de détecter des modifications de l'activité cérébrale dues à l'effort cognitif que requiert le mensonge. Il ne s'agit pas seulement de recherche fondamentale. En 2008, en Inde, ce procédé a servi pour la première fois à condamner une jeune femme accusée d'avoir empoisonné son fiancé. N'ayant pas davantage réagi à la phrase «j'ai acheté de l'arsenic» que «le ciel est bleu», il a été estimé, de manière abusive, que l'accusée -qui niait les faits- considérait l'achat du poison comme un fait aussi établi que la couleur du ciel. Pour certains scientifiques français, c'est le principe même de l'examen qui pose problème. «Le détecteur peut signifier que la personne dit sa vérité, même si ce n'est pas la vérité, relève le neurobiologiste Hervé Schneiweiss (CNRS). Quelle que soit la méthode, elle ne change pas la capacité d'adhésion d'un sujet à ce qu'il croit avoir vu. Il n'y a pas de vérité neurale».


    Grande prudence

    Autre débat : les neurosciences peuvent-elles renseigner sur la responsabilité d'un délinquant ? «Aux États-Unis, des tribunaux ont déjà autorisé des examens par IRM ou PET scan pour montrer des lésions susceptibles de perturber le comportement», indique Christian Byk, juge à la cour d'appel de Paris. «Des atteintes au niveau orbitofrontal (à l'avant du cerveau NDLR) peuvent se révéler par des comportements asociaux qui finissent au tribunal», confirme la neurobiologiste, Angela Sirigu (CNRS). Son équipe a démontré que cette zone joue un rôle fondamental dans les regrets, ce sentiment pouvant disparaître en cas de lésions. «Certaines anomalies cérébrales augmentent le risque de comportement antisocial, ce qui ne veut pas dire qu'elles y conduisent systématiquement, tempère le Dr Sébastien Tassy (Université Aix-Marseille 2). Surtout, la plupart des comportements antisociaux sont le fait de sujets au cerveau normal».


    Plus généralement, la neurobiologiste Catherine Vidal (Institut Pasteur) recommande la plus grande prudence dans l'interprétation des IRM cérébrales. «Des lésions anatomiques n'ont pas nécessairement un retentissement fonctionnel, relève-t-elle en insistant sur les propriétés de plasticité du cerveau. De plus, il est souvent impossible de savoir si des anomalies sont la cause ou la conséquence d'un comportement déviant.»



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