L'Algerie: Son masque est tombé plusieurs fois

Discussion dans 'Info du bled' créé par Casawia, 7 Juin 2005.

  1. Casawia

    Casawia A & S Forever

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    Jusqu’à quand l’Algérie continuera-t-elle son hostilité à l’intégrité territoriale du Maroc ?


    « Il y a des occasions historiques que des dirigeants d’Etats doivent saisir quand elles se présentent, pour résoudre des problèmes cruciaux concernant leurs pays. Car ces occasions ne reviennent pas lorsqu’on les rate » déclarait tout récemment le Président pakistanais le général Mucharraf en parlant du problème du Cachemire qui oppose son pays à l’Inde.
    Mais une telle approche ne tombe pas du ciel comme une inspiration divine. Elle procède d’une certitude jaillissant de l’intérieur. C’est une conviction forgée par l’éducation, la culture, l’expérience, l’observation, le bon sens et l’intelligence.

    Autant d’attributs dans l’art de gouverner qui engendrent pragmatisme salvateur et réalisme salutaire. Deux concepts essentiels dont ont gravement besoin de nos jours les chefs d’Etats du monde pour fonder la concorde chez eux et développer la paix autour d’eux.

    Les dirigeants algériens manquent-ils de ces attributs fondamentaux jusqu’à s’enchevêtrer, avec improvisation et trouble, dans un dédale de voies opposées à ne plus savoir s’en sortir ?

    Manquent-ils de vrais politiciens, de bons diplomates et de juristes internationaux compétents pour se plaire si longtemps dans leur « constant et variable yo-yo diplomatique » comme disait récemment un journaliste ? Un yo-yo onéreux et préjudiciable, plus envers son émetteur que son destinataire.

    Manquent-ils vraiment d’esprit et de clairvoyance jusqu’à confondre les notions et les fonctions les plus élémentaires en relations internationales pour ne plus distinguer les règles et les conceptions de base en matière de décolonisation et de réunification des territoires ?

    Devrait-on leur crier à tue-tête que le concept « d’autodétermination » (qui leur est si cher) ne se définit pas de façon étroite et ne se réduit point à la seule notion de « référendum » ?

    Devrait-on leur crier à tue-tête pour qu’ils comprennent que le terme « autodétermination » porte intrinsèquement divers sens, selon qu’on l’utilise sous l’optique du droit constitutionnel (approbation ou désapprobation populaire d’une Constitution ou d’un projet de réforme constitutionnelle) ou du droit international (droit des peuples à disposer d’eux-mêmes) ?

    Devrait-on leur crier à tue-tête que la notion d’« autodétermination » comporte, historiquement et scientifiquement, plusieurs modalités d’application qui la concrétisent, dont l’opération référendaire n’en est qu’une ?

    Devrait-on leur crier à tue-tête que « la négociation directe avec la puissance coloniale » constitue également, en droit international, une « méthode de décolonisation » aussi valable que le « référendum » ?

    Devrait-on leur rappeler à tue-tête que, pour le cas du Maroc, le délégué espagnol à l’ONU avait déclaré en 1964 (onze ans avant la Marche Verte) que « son pays voulait régler le problème d’Ifni et du Sahara par des négociations directes (...) ». Devant cette initiative légale, Rabat s’interdisait naturellement d’imposer la méthode référendaire et ne pouvait pas non plus rejeter la modalité de « négociation directe », qui paraissait la plus simple et la plus logique. Tant l’exercice du droit des peuples par la négociation était déjà admis dans les esprits et mis en pratique dans la plupart des cas d’autodétermination.

    Est-il nécessaire de rappeler à ce propos, que la quasi-totalité des Etats fondés depuis 1960 (qui étaient au nombre de 26 pays en juin 1976) ont accédé à l’indépendance et à la réunification de leurs territoires par des « négociations directes » entre des représentants locaux, des gouvernements en place ou des Mouvements de Libération Nationale et la Puissance administrante. Mais des Mouvements de Libération véritables et authentiques reconnus par l’Etat colonisateur et non pas des organisations fantoches de dernière heure. Ce qui ne fut nullement le cas pour le « Polisario », puisque l’Espagne ne composa point avec lui comme interlocuteur et partenaire. Tout cela on le sait, mais l’Algérie s’entête à l’ignorer. Pourtant - ironie de l’Histoire ou leçon du destin - l’Algérie elle-même, qui continue de contester la marocanité du Sahara, fait manifestement partie de ces 26 pays.

    Le président Bouteflika et son gouvernement sont-ils amnésiques ou feignent-ils ignorer que leurs aînés et prédécesseurs ont libéré l’Algérie et son Sahara de l’occupation étrangère par voie de « négociation directe avec la puissance coloniale » et non pas par « référendum d’autodétermination ». N’est-ce pas par des négociations qui aboutirent à la conclusion des accords d’Evian en 1962 que la France a transféré au « gouvernement algérien provisoire » les pouvoirs de souveraineté, et que l’Algérie en devint indépendante ?

    Le référendum relatif à l’événement n’était en fait qu’un référendum confirmatif, de pure forme, puisqu’il intervint après l’opération de transfert des pouvoirs et non pas avant. Quelle preuve concrète vérifiable peut-on apporter pour ceux qui l’ignorent ? C’est simple. Les accords d’Evian furent signés en mars 1962 entre la France et le FLN algérien alors que le « référendum » fut organisé le 16 mai 1962, exactement.

    D’ailleurs, tout le monde savait que la majorité écrasante des Algériens voulaient être libres et voteraient pour leur souveraineté nationale. C’était une évidence qui ne se discutait même pas. Quel nationaliste algérien pouvait préférer l’intégration à la France au lieu de l’indépendance ? Le référendum répondait à une exigence juridique française interne, celle de la Constitution. N’eût été celle-là, on n’aurait pas demandé aux Algériens d’enfoncer une porte ouverte.

    Il s’agissait bien d’un « référendum confirmatif » qui, dans le fond, n’aura rien à envier au « référendum confirmatif » que le regretté Roi Hassan II proposera à Nairobi dix neuf ans plus tard, en juin 1981. L’on ne peut donc qualifier cette consultation populaire de « référendum d’autodétermination », puisque l’Algérie et son Sahara s’étaient autodéterminés en même temps, deux mois auparavant, à « Evian ». A l’instar du Maroc qui s’autodéterminera pour son Sahara à « Madrid ».

    Par conséquent, les négociations engagées en 1962 entre le gouvernement algérien et la France et les accords d’Evian qui en découlèrent étaient bien comparables aux négociations engagées en 1975 entre le gouvernement marocain et l’Espagne. Pourquoi donc l’Etat algérien s’obstine-t-il aujourd’hui à contester au Maroc le résultat d’un processus de décolonisation qu’il avait lui-même adopté 13 ans plus tôt avec la France, en plus de la célébrité et de la généralité historiques d’une telle modalité d’autodétermination. Pourquoi ce « deux poids deux mesures » ? Incroyable !

    Nous pensons que l’Algérie devrait se libérer d’un complexe morbide à long terme. Une « technique néocolonialiste » démodée n’ayant plus cours après la chute du mur de Berlin et qui, de surcroît, n’est plus excusable au troisième millénaire : celle de vouloir diviser une nation et un territoire voisin par hégémonisme, en usant d’une organisation interposée, puisée artificiellement de l’intérieur même de ce pays limitrophe.

    Difficile de croire que le pouvoir algérien manque d’inspiration de s’entendre avec le Maroc sur le Sahara en servant l’union maghrébine, quand il se montre en revanche trop imaginatif pour le contrer dans ses droits les plus évidents et les plus sacrés. Trêve de plaisanterie et de mascarade. Alger pourrait bien se tirer de son labyrinthe sans délai pour rompre définitivement avec un tohu-bohu politique bafouant la morale, la déontologie et l’éthique.

    Le président Bouteflika entendrait-il rester fidèle jusqu’au tombeau à une promesse de soutien destructeur donnée au « Polisario » dont la survivance ne dépend que de son gouvernement, en oubliant des promesses de dette à rendre à un véritable Etat voisin qui n’avait rien épargné pour le soutenir dans les moments les plus pénibles de son combat d’indépendance ?

    N’est-il pas grand temps pour le gouvernement algérien de s’isoler dans une séance gouvernementale de concentration, d’autocritique et de mea-culpa, réunissant ses esprits pensants les plus honnêtes, pour une révision collective sincère des faits, une méditation profonde sur les réalités du Sahara marocain accomplies depuis trente ans et une nouvelle lecture des textes ? Des textes, oui.

    En effet, n’est-ce pas regrettable de parler encore du plan Baker et de la résolution 1495 (dont la démission de M. Baker annonçait déjà le décalage et l’inconvenance juridico-politique) en négligeant les résolutions suivantes, censées compléter et actualiser celles qui les ont précédées ? En fait, ceux qui continuent de vouloir semer le doute sur la validité juridique de la consignation et de l’approbation onusiennes de l’accord tripartite de Madrid (14 novembre 1975) en évoquant le caractère contradictoire des deux résolutions votées le 10 décembre 1975 par l’Assemblée générale de l’ONU sur le Sahara (dit « occidental »), se trompent grandement à nos yeux et gaspillent le temps. Car il est primaire de savoir qu’en droit, « les textes juridiques et administratifs promulgués ou adoptés par des instances autorisées dominent ceux qui les précèdent, soit en les abrogeant, soit en les modifiant, même s’ils paraissent incohérents sur certains points ».

    Autant dire, dans le même raisonnement, que la résolution du Conseil de Sécurité 1429 (2002) du 30 juillet 2002 dans laquelle le Conseil a souligné qu’il était « indispensable de rechercher une solution politique au différend » rendait caduque la résolution 690 (1991) du 29 avril 1991 par laquelle le même Conseil de Sécurité avait approuvé, onze ans auparavant, le plan de règlement pour le Sahara dit « occidental ».

    D’ailleurs, il est injuste, voire malhonnête, de vouloir donner une interprétation unique à la résolution du Conseil de sécurité 1495 (2003) du 31 juillet 2003 en la traduisant exclusivement par le plan Baker II (comportant l’idée d’un référendum sanctionnant une période d’autonomie au Sahara oscillant entre de 4 et 5 ans), puisque cette même résolution à laquelle font encore allusion Alger et le « Polisario » considère le plan Baker comme « solution politique optimale » certes, mais devant reposer « sur un accord entre les deux parties ». Et cette deuxième condition n’est pas toujours citée par Alger et son affidé. Et l’on oublie aussi que, l’Assemblée générale, à partir de sa résolution 58/109 du 9 décembre 2003 (adoptée sur la recommandation de la 4ème Commission) souligne déjà la recherche d’un « règlement politique mutuellement acceptable du différend concernant le Sahara (...) ». Et l’on oublie aussi que les rapports du Secrétaire général de l’ONU évoquent le Maroc et l’Algérie pour une négociation directe visant ce règlement politique qui, sans le respect formel de l’intégrité territoriale et de la souveraineté marocaine ne sera jamais admis par Rabat.

    N’est-il pas temps pour l’Algérie de réfléchir sur les bases dialectiques juridiques de la réintégration du Sahara au Maroc et sur l’inévitabilité d’une solution pacifique concertée ?

    Force est d’admettre qu’il y a une dynamique onusienne sur la question du Sahara, mise en branle depuis notamment 2001 vers un redressement progressif et subtil, mais certain. Cette évolution vers une solution politique, abandonnant l’idée impossible d’un « référendum d’autodétermination », est irréversible.

    Le gouvernement algérien ne peut se bander les yeux indéfiniment devant un soleil de vérités juridico-politiques onusiennes levant, en criant ce qu’il voit dans le noir. Car il y a plus de voyants que d’aveugles dans le monde et les rayons du jour transpercent aussi des poings fermés.


    Jusqu’à quand, au détriment du peuple algérien en particulier et des peuples maghrébin en général, continuera-t-il d’engager tout son crédit diplomatique, d’hypothéquer une partie de son pétrole et de ses ressources économiques (même avec un baril à plus de 60 dollars éventuellement) dans son affrontement politique avec Rabat. Alors que des jeunes algériens chôment encore en nombre effrayant, alors que les Algériens ont encore besoin d’hôpitaux, de sécurité sociale, de logements salubres et d’établissements scolaires. Comme ailleurs dans des pays maghrébins certes, mais qui n’ont pas encore de pétrole et de gaz.

    On a appris ces derniers mois que l’Algérie s’armait sérieusement. On a dit que ce n’était pas contre l’Espagne, l’Italie et encore moins la France qu’elle se cuirasse.

    Pour quelle raison donc l’Algérie s’arme-t-elle et contre qui ? Pour se défendre envers le Maroc.

    Celui-ci la menace-t-elle vraiment ? Pour l’attaquer par « Polisario » interposé ? Quelle grave erreur commettrait-elle alors. Ses dirigeants actuels s’aventuraient-ils à ce point pour prêter le flanc à des condamnations internationales dont elle n’aurait vraiment pas besoin ? Voudraient-ils mettre leur pays dans une situation d’agression comparable à l’Irak quand il envahit le Koweït en août 1990, même si le Maroc n’est pas semblable au Koweït ?

    Le président Bouteflika accepterait-il d’imiter un Saddam Hussein dont on connaît aujourd’hui le triste sort. Non point. Tout cela n’est qu’une hypothèse lointaine qui, en la formulant ici à la suite de tant d’articles alarmistes publiés à ce sujet, nous voudrions en dissuader davantage les militaires algériens si jamais ils avaient la velléité d’un tel projet.

    Les peuples algériens sont suffisamment préoccupés par leurs propres soucis quotidiens comme par les pénibles événements qui affligent leurs frères en Irak et en Palestine, pour se voir gratifier davantage par les conséquences affreuses d’une stupide guerre que déclencherait - n’en plaise à Dieu - un gouvernement inconscient avec des séparatistes sahraouis en première ligne de feu. Des Séparatistes qui seraient les premières victimes certes, mais qui en entraîneraient des innocents sans payer les vrais frais. Car seul M. Bouteflika et son gouvernement seraient les responsables d’une telle tragédie devant leurs ressortissants, les peuples du Maghreb et la communauté internationale. Et l’on dira en définitive que la junte militaire à Alger était tentée de légitimer son pouvoir en faisant la guerre, pour mieux asseoir son autorité chancelante.

    De toutes ces détestables probabilités l’Algérie pourrait s’éloigner en les évitant par la sagesse et la pondération. Parce qu’un gouvernement trouve bien sa légitimité dans la stabilité interne et le consensus national, et un régime politique s’assoie mieux sur la paix régionale et le bon voisinage. N’est-il pas temps pour le pouvoir algérien de comprendre que le différend juridique hispano-marocain sur le Sahara a été résolu et que l’affrontement politique algéro-marocain sur ce même territoire qui s’en est suivi concrètement dès janvier 1976 ne pourra jamais renvoyer les aiguilles de la pendule de l’Histoire à l’avant Marche Verte ?

    Jusqu’à quand alors l’Algérie continuera-t-elle son hostilité à l’intégrité territoriale du Maroc alors que, on l’a bien vu, son masque est tombé plusieurs fois ?

    Par Dr Issa Babana El ALAOUI, Politologue
    L'opinion
     

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