Larache : les terres de la colère

Discussion dans 'Info du bled' créé par Casawia, 24 Août 2005.

  1. Casawia

    Casawia A & S Forever

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    Hier s’ouvrait le procès de 23 personnes habitant douar Beggara à Larache. Elles sont poursuivies pour violence à l’encontre des forces de l’ordre. Au centre des tensions, un litige autour de 4 hectares dédiés à l’habitat social. Récit.


    C’est hier lundi 22 août que s’est ouvert le procès de 23 personnes habitant douar Beggara à Larache. Ces dernières, dont trois poursuivies en liberté provisoire, sont accusées de violence à l’encontre des forces de l’ordre, d’attroupement non autorisé sur la voie publique et de détérioration de biens publics.
    Le procès, qui a démarré hier, devait être reporté à la demande de la défense des accusés. Des requêtes ont été introduites dans ce sens par des avocats nouvellement désignés et qui voulaient disposer de plus de temps pour étudier les dossiers de leurs clients. Parmi les personnes poursuivies figurent deux femmes enceintes et un mineur de 15 ans.
    Tout avait commencé lundi 15 août quand une commission provinciale s’est déplacée dans ce douar faisant partie du périmètre urbain de Larache pour une visite préparant le démarrage de travaux de construction de logements sociaux devant être érigés sur une superficie de quatre hectares. Ce projet a été confié à un promoteur immobilier de la ville qui avait déjà mené à bien une première phase de travaux.
    Selon le récit des familles des personnes poursuivies, des femmes pour la majorité des cas, les habitants de douar Beggara ont essayé de s’interposer pour faire barrage aux travaux de ladite commission et empêcher la mainmise sur ces terres par un promoteur immobilier de la région avec la «bénédiction des autorités». Surtout, affirment ces derniers, que douar Beggara avait été dessaisi de plusieurs lots de terrain au profit de la Météorologie nationale et des Autoroutes du Maroc sans rien en contrepartie. Les choses ont dégénéré et les jets de pierre seront de la partie. L’après-midi du même lundi 15 août, les mécontents organisent une marche vers la résidence du gouverneur de Larache. Les forces de l’ordre sont de nouveau intervenues pour arrêter, enfin, plus de vingt personnes. Trois femmes, dont deux enceintes, seront relâchées pour être poursuivies en liberté provisoire alors que les autres ont été écrouées en attendant leur procès.
    La ville et sa région connaîtront de ce fait une vive tension et l’arrivée en masse de grands renforts des forces de sécurité qui encerclaient toujours, hier lundi, ledit douar. Comme l’étaient d’ailleurs les alentours du tribunal de première instance où était organisé un sit-in de solidarité avec les personnes arrêtées. Les autorités locales ont du faire appel à des renforts de sécurité de la ville de Tétouan.
    Interrogée par ALM, une source à la province de Larache dément les « prétentions » des habitants du douar Beggara sur les terres objet du litige. Pour notre interlocuteur, il s’agit en fait de terres relevant du domaine public dénommées terres de «Aïn Elmirad». Ces dernières, d’une superficie globale de 536 hectares et font, bel et bien, partie du domaine public. Quatre hectares avaient déjà été utilisés pour la construction de logements dans le cadre du programme « 200.000 logements ». Restait que les travaux devaient démarrer lundi dernier pour la deuxième phase comprenant 280 autres logements. Le projet a été autorisé, nous apprend-on, par le conseil communal le 3 avril 2003 (autorisation n° 213) et par le CRI de Tanger pendant le même mois. Les seuls recours, partiels, enregistrés à ce propos, ajoute la même source, ont été ceux de personnes résidant à Ouezzane et Larache alors que les habitants de douar Beggara ne se seraient nullement manifestés lors des opérations de bornage.
    Une source sécuritaire de Larache ajoute que les habitants du douar Beggara avaient prémédité des actes de violence contre les forces de l’ordre qui avaient été dépêchées spécialement pour dégager l’axe routier –vital-reliant Larache à Tanger. Les jets de pierre, ajoute notre source, n’ont pas épargné la demeure du gouverneur de la province et cela avait poussé les autorités locales à mettre à contribution des forces de police anti-émeutes basées à Ksar El Kébir.
    Selon les habitants du douar Beggara, situé à 3,5 kms de la ville de Larache, ce dernier ne dispose presque pas d’infrastructures sociales.
    A peine si l’on y compte deux salles de classes, aucune structure sanitaire et absence d’eau potable. Les habitants de ce douar se disent, pour résumer, victimes de la spéculation foncière excessive qui s’est emparée de la région.



    Par : Mohamed Boudarham
    Aujourd'hui Le Maroc
     

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