L'art des villes...

Discussion dans 'Bibliothèque Wladbladi' créé par titegazelle, 28 Octobre 2008.

  1. titegazelle

    titegazelle سُبحَانَ اللّهِ وَ بِحَمْدِهِ Membre du personnel

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    L’art des villes

    Dans toutes les cités les architectes romains doivent composer avec les constructions préexistantes. La partie dégagée de Volubilis montre clairement une opposition entre deux quartiers situés de part et d’autre du centre monumental. L’un sur la colline, site classique d’éperon, aux rues étroites et de plan irrégulier représente la ville préromaine. Dans l’autre au Nord-Est, en terrain plat, les architectes romains ont donné libre cours à leur goût des plans géométriques ; de larges voies se coupent à angle droit et limitent de somptueuses demeures, le « decumanus maximus » est bordé de portiques. Socialement les deux quartiers sont différents. Le premier a été repris par de petites gens, des artisans, après avoir été abandonné par ceux qui sont allés s’installer dans le quartier neuf autour de la résidence du procurateur, qui serait selon certains le « Palais de Gordien ». Entre les deux, au centre, le forum, la basilique judiciaire et même l’arc de triomphe sont construits sur des bâtiments antérieurs. On peut faire des constatations analogues à Sala. La ville, construite en terrasse comme les villes hellénistiques a gardé des bâtiments néo-puniques en bordure du forum, qui est l’ancienne agora agrandie à l’époque romaine. Nous avons vu à Lixus l’importance des bâtiments qui datent de Juba.
    Il faut noter aussi la permanence de traditions locales dans la construction : par exemple les chaînages verticaux de gros blocs, destinés à renforcer les murs faits de petits moellons, et l’utilisation des briques crues et du pisé.

    Les monuments publics construits du Ier au IIIe siècle, ne présentent guère d’originalité par rapport à ceux du reste de l’Afrique romaine. A Volubilis, l’arc de triomphe construit en 217, sous Caracalla, la basilique judiciaire sont de bons exemples du style monumental grandiose affectionné dans l’empire romain, et que le patriotisme municipal veut aussi majestueux que possible. A Sala existe aussi un arc de triomphe à trois baies. Les monuments sont mieux conservés à Volubilis, en partie à cause de la qualité du matériau utilisé, et aussi parce que le site abandonné n’a pas été ensuite repris comme carrière, ainsi que les bâtisseurs du Chella l’ont fait avec la ville antique de Sala. Dans cette dernière le grès dunaire, grossier et friable, d’aspect spongieux, a dû être le plus souvent habillé de marbre importé, ou stuqué à la mode punique. Lixus possédait un théâtre-amphithéâtre, le seul du Maroc.

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    Les maisons privées présentent le plan habituel des maisons romaines. Un vestibule conduit à une série de pièces, les unes de réception, les autres d’habitation, qui s’ouvrent sur un patio entouré de colonnes et au centre duquel on trouve fréquemment un bassin ; dans les belles demeures du quartier Nord-Est de Volubilis, souvent un second patio s’ouvre en arrière du premier avec des pièces d’habitation et de service, et parfois en arrière encore, avec sortie sur une voie parallèle, une huilerie, ou des thermes privés. Mais ces riches demeures sont exceptionnelles. En général le plan est plus simple et la décoration n’y est pas aussi somptueuse
    Le décor sculpté ne présente pas une grande originalité. Il est très abondant : moulures, motifs géométriques et floraux, chapiteaux sont d’une grande variété, mais ont en commun avec le reste de l’Afrique un caractère de raideur et de sécheresse, dû probablement à l’influence de l’art décoratif local, berbère. On est sûr en effet qu’il est exécuté par des tailleurs de pierres locaux, car on connaît des débauches et des chapiteaux inachevés. Le décor des chapiteaux de Volubilis – ils sont extrêmement nombreux – laisse voir une évolution qui l’apparente à celui qu’on trouvera, mais plus tard, en Espagne wisigothique.

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    Les mosaïques constituent l’ornement le plus séduisant des belles maisons de Volubilis. Mais on en a trouvé dans les autres cités : à Sala, à Lixus, à Banasa et même dans l’îlot d’Essaouira. Elles sont encore trop peu étudiées pour pouvoir les dater avec précision et en suivre l’évolution. Les unes sont faites sur place, les plus simples, celles qui offrent des motifs géométriques ou floraux, faits d’éléments assez gros et de deux ou trois couleurs. Certaines évoquent irrésistiblement les motifs de tapis berbères. D’autres représentant des scènes mythologiques qu’on affectionne alors, sont, sans doute, importées toutes prêtes sur toile, d’Italie. Il n’y a qu’à les poser. Elles sont identiques à celles trouvées ailleurs dans le monde romain, faites d’éléments très fins de pierres différentes ou de pâte de verre, et très riches de couleurs.

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    Les peintures, fragiles, ne nous sont conservées que sous forme de lambeaux de fresques. Mais il est certain qu’elles ornent fréquemment les murs des maisons ou des thermes.

    Dans le domaine de la statuaire et de l’art mobilier on note l’influence de courants multiples. La production de diverses provinces se retrouve et se même. Les statues de marbre par exemple sont importées de Grèce : la plus remarquable est celle dite du « Jeune Berbère », trouvée à Volubilis.

    Mais ce sont surtout les bronzes qui présentent un intérêt exceptionnel par leur qualité. Le chien, le portrait de Caton d’Utique, l’éphèbe couronné de lierre, la tête du vieil artisan, l’éphèbe verseur, qui proviennent de Volubilis, le groupe d’Hercule et Antée de Lixus sont les plus célèbres, mais il est beaucoup d’autres statuettes de grande valeur artistique. On peut déceler une production de tradition hellénistique, alexandrine, et un style réaliste romain dans certains portraits. Le nombre des pièces d’ameublement est considérable : appliques, pièces de lit, de tables, lampes, souvent d’une très grande qualité. Dans certains cas, il est possible que des pièces soient fondues et moulées sur place : on a retrouvé des traces d’ateliers de fondeurs. Il existe une grande quantité de pièces d’équipement militaire ou de harnachement. Certaines utilisent des émaux et sont de provenance britannique et germanique, apportées par des troupes aux IIe, Ive et Ve siècles.


    On a trouvé à Volubilis un morceau de pan de vêtement de statue, sans doute celle d’un empereur. Il est décoré d’une manière très particulière par un travail de damasquinure imitant avec de l’argent, du laiton, du cuivre rouge les motifs des étoffes d’Orient.
    Proportionnellement, on a trouvé en Tingitane beaucoup d’œuvres d’art et de meilleure qualité que dans bien des provinces romaines. L’exemple de Juba, collectionneur passionné, a dû être suivi par l’aristocratie urbaine, qui continue à l’époque romaine à s’entourer de beaux objets dont beaucoup représentent la tradition hellénique. Une tête magnifique couronnée d’un diadème, en bronze, est considérée comme un portrait de ce roi, donc antérieure à l’occupation romaine, et de facture grecque. Elle a été longtemps tenue comme une œuvre illustrant l’éclat de la civilisation romaine en Tingitane. Mais il convient de ne pas se laisser abuser par le nombre et la qualité des bronzes pour juger de la profondeur et de la solidité de l’empreinte de Rome.
    Aucun auteur de langue latine n’est originaire de cette province. Ce qu’on peut dire de la vie intellectuelle se résume à peu près à ce constat : le latin des inscriptions est correct. Mais la langue des maîtres romaines n’éclipse pas l’usage du punique ou du lybique (ou berbère), et elle ne survit pas longtemps à la domination politique de Rome.




    A SUIVRE : Crise du IIIe siècle et la fin du Maroc romain
     

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