Le « prince rouge » voit désormais jaune

Discussion dans 'Info du bled' créé par omarigno, 12 Juin 2006.

  1. omarigno

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    100 millions de dollars d’investissement du prince Moulay Hicham en Thaïlande par le truchement de sa société Al Tayyar Energy Limited basée à Abou Dhabi. Un méga projet de production d’énergie propre, nous dira « Le Journal Hebdomadaire » qui, dans la foulée, suggère à ses lecteurs de lire dans les louanges adressées à l’occasion par le prince à la monarchie thaïlandaise « une critique en creux de la monarchie marocaine ». Gratuit ou tiré par les cheveux, peu importe, on est dans la droite ligne du porte-parole officieux du prince.
    Le piètre message accompagne une information qui a tout de même le mérite de dévoiler une face jusque-là non révélée publiquement du « prince-citoyen », du « militant » doublé d’homme d’affaires de stature internationale.

    L’« interprète des aspirations de réformes de l’ensemble de la société » pour trouver des solutions à l’exclusion économique et sociale et à la problématique de l’emploi et de l’investissement, n’hésite pas devant le grand écart entre le discours et les actes. Déception garantie pour ses admirateurs et adeptes. 100 millions de dollars injectés dans l’économie d’une contrée loin de milliers de kilomètres du royaume natal - entre autres investissements de centaines de millions de dollars en Inde, au Sri Lanka et au Brésil, toujours selon le Journal-, s’apparenterait à tourner le dos à son propre pays, aux principes de l’engagement citoyen et à l’idéal de l’économie patriotique.

    Tout citoyen a le droit d’investir où il veut, arguera-t-on au nom des libertés individuelles. Vrai pour le commun des mortels, mais déconcertant de la part d’un personnage du rang de Moulay Hicham censé être plus sensible que quiconque à l’appel du devoir patriotique. La crédibilité de tout discours a pour exigence première la cohésion entre la parole et le geste, autrement on est en plein dans la démagogie.

    A l’ère de l’INDH et au moment où le Maroc s’ouvre en vaste chantier pour lutter contre les démons de la pauvreté et du sous-développement résultant de longues décennies de mauvaise gestion, de privilèges non mérités, de mainmise affairiste où les « messieurs pourcentage » étaient légion, le choix ne peut avoir qu’une seule signification : la défection. C’est le verdict qu’impose la raison tant qu’il s’agit du petit-fils de l’auteur, au moment de l’indépendance du pays, du célèbre et historique « nous sortons du petit Jihad pour le Grand Jihad ». A traduire par « contribuer à la construction du pays et à la création des richesses intra-muros pour un développement durable ».

    L’appel solennel du Roi Mohammed V, valable aujourd’hui plus que jamais, ne semble ainsi trouver dans les oreilles du prince dit « rouge » qu’un lointain et inaudible écho. Sans crier gare, le devoir est sacrifié sur l’autel de considérations personnelles stériles et les intérêts de la grande famille qu’est le pays et le peuple sont délaissés pour les besoins d’un bras de fer tout aussi inutile que désespéré.

    « Je veux aider mon pays, aider à le sauver. Je ne suis pas dans une logique de rivalité », lançait le prince au moment de son départ en « exil » volontaire aux USA pour se « ressourcer » et méditer sur les choix à arrêter.

    Au bout de cinq années de retraite américaine, on est aujourd’hui fixé.

    Politiquement, les sorties médiatiques et les interventions « savantes » en disent long sur des choix qui s’apparentent curieusement à un alignement sur des thèses faisant peu de cas des exigences de l’Etat de droit et du respect dû à la Constitution. Le soutien politique apporté à l’islamo-républicaine Nadia Yassine est encore frais dans les mémoires. Economiquement, c’est le lâchage pur et simple de la grande cause qu’est le Grand Jihad et c’est désolant. Le prince aurait pu faire mieux et éviter aux Marocains amoureux de leur pays cette amertume qu’ils ne manqueront pas de ressentir.


    L’homme volontairement humaniste qui s’est investi au Kosovo sous la bannière des Nations Unies et en Palestine sous celle de la Fondation Carter, qui n’a pas hésité à voler au secours du « Journal-Hebdomadaire » sommé par la justice de verser 3 millions de dirhams à la partie s’estimant diffamée (charité bien ordonnée commence par soi-même ?), risque ainsi de voir son image ternie. Les opérations de marketing menées auprès de médias tombés sous le charme et les largesses du « prince rouge » n’auront ainsi pas servi à grand-chose.

    L’explication est à rechercher dans cette pensée judicieuse de Voltaire : « C’est n’être bon à rien de n’être bon qu’à soi ». Dommage.

    Par Jamal HAJJAM
    lopinion.ma
     
    ahmed annabi aime ça.

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