Le Festival des Lacs

Discussion dans 'toutes les poésies...' créé par titegazelle, 10 Avril 2008.

  1. titegazelle

    titegazelle سُبحَانَ اللّهِ وَ بِحَمْدِهِ Membre du personnel

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    Le lac magique, Dayat Aoua (1), la magnifique
    Traverse la chênaie comme une felouque
    L'oeil de l'Atlas enfoncé dans ses cils verts
    se régale du coucher du soleil qui imprime ses couleurs,
    dans ses paupières trempées dans le rimmel,
    les platanes et les saules pleureurs,
    ses sourcils l'enserrent comme les pétales de la fleur.
    Les scintillements du crépuscule se fraient les sentes
    à travers les fentes des arbres pour fleurir le lac.
    Les colvers s'emballent sur la soierie de l'aurore, l'habit de la mare.
    Quand le jour s'endort le lac retrouve sa douceur
    Les coassements qui jaillissent des nénuphars
    vibrent le silence qui règne dans l'enfonçure.
    Les chênes verts applaudissent des gradins la liesse des eaux douces.
    La lune couvre le val de son cristallin
    pour préparer Dayat Aoua à la fête des noces.
    Au lever du soleil les cops annoncent le festival des lacs (2)
    Les voiles disparaissent pour laisser la place à l'extase du site
    qui s'offre aux fêtards.
    Nu comme le lever du soleil, le buste du lac s'ouvre
    pour étreindre l'été des amours, le printemps de l'Atlas.
    Dayat Aoua, le ver bleu strié des mèches de l'aurore,
    se réveille le jour de l'anniversaire des lacs,
    les ailes pliées et repliées sous le Haïk vert (3)
    Les plumes effilées par les brises matinales se déballent.
    Le papillon de l'Atlas renait.
    Le jour du festival survole le mont et le Saïs
    pour répandre l'honneur dans les foyers altiers
    des Seghrouchnis (4) et remplir d'allégresse
    les coeurs des côtiers qui viennent par milliers
    se soigner du stress de la vie sous le béton.
    Le bandir (5) et le violon crient l'histoire du verbe
    errant sur les sentiers du terroir.
    Les chants berbères fusent du lac,
    enivrent les bois pour ranimer les poèmes
    qui hibernent dans les tatouages des vieilles dames.
    Les burnous s'emballent sous les Khaïmas (6)
    à l'écoute des chants du verbe retrouvé
    qui étrenne ses rimes pour tisser l'épithalame.
    La forêt serre le lac entre ses bras
    pour l'embrassade de la nuit des noces.
    La lune pare de ses bougies le lac
    qui étale ses draperies pour accueillir Ahidous (7)
    la toile aède de l'Atlas.
    Les flots des arbres mènent le festival
    à travers les opes des vieux chênes à Dayat Aoua, le port de bois.
    Le jour du festival, le lac sort de son sommeil
    qui dure depuis le dernier rugissement.
    Il pleure le gardien des eaux, le roi des broussailles (8)
    Les larmes de joie tarissent la dernière salve de la fantasia.
    Le chant de la gloire projette dans le ciel
    une main ivre de ses rides comme le chêne séculaire.
    Elle peint de ses tatouages l'appel du festival
    pour que le lion retourne au terroir et le lac retrouve son sourire.

    Ce magnifique texte a paru sur le journal "L'Opinion", il y a trois ans.
    Malheureusement, ils n'ont pas mis le nom de l'auteur. Dommage.


    __________________________

    (1) Dayat Aoua est l'un des lacs les plus connus du Maroc ; il est situé à une quarantaine de Km de Fès.
    (2) La commune de Dayat Aoua, relevant de la Province d'Ifrane, organise depuis l'année 2004, le Festival des Lacs.
    (3) Le Haïk est l'habit traditionnel des femmes berbères?
    (4) Les Seghrouchnis sont les membres de la tribue des Aït Seghrouchènes qui habitent la région d'Immouzzer Kandar et les environs de Dayat Aoua.
    (5) Le bandir est un tambour plat composé d'un cylindre en bois et d'une membrane tendue de la peau animale.
    (6) La Khaïma est la grande tente traditionnelle des tribus nomades marocaines.
    (7) Ahidous est une danse berbère très célèbre.
    (8) La région de Dayat Aoua est connue pour l'abondance des félins par le passé.
     

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