le journaliste Allouni condamné pour proximité excessive avec ses sources

Discussion dans 'Scooooop' créé par A_mir, 26 Septembre 2005.

  1. A_mir

    A_mir les causes perdues...

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    MADRID (AFP) - La justice espagnole a jugé lundi que Tayssir Allouni, le journaliste de la chaîne satellitaire qatariote Al-Jazira, s'était rendu complice d'Al-Qaïda en obtenant des informations en échange de services rendus à des interloctueurs dont il savait qu'ils étaient des terroristes.

    Les juges de l'Audience nationale n'ont pas suivi l'accusation, qui demandait une peine de neuf ans de prison contre le journaliste espagnol d'origine syrienne pour "appartenance" à Al-Qaïda, et n'ont retenu que la "collaboration" qu'ils ont sanctionnée d'une peine de sept ans.

    Pour eux, l'auteur de la plus célèbre interview d'Oussama ben Laden n'est donc pas un terroriste actif mais un journaliste qui a aidé des terroristes en échange d'informations privilégiées, se faisant ainsi leur complice.

    "La vérité informative, pas plus que les autres vérités, ne peut être obtenue à n'importe quel prix", estiment les juges dans la sentence rendue lundi, "Tayssir Allouni, en voulant l'obtenir via l'assistance à des individus du calibre de Moustapha Setmarian et Mohamed Bahaiah, s'est rendu coupable du délit de collaboration avec une organisation terroriste".

    Le Syrien Moustapha Setmarian est considéré par la justice espagnole comme le fondateur de la première cellule d'Al-Qaïda en Espagne.

    Inculpé et recherché à ce titre, il est parti fonder des camps d'entraînement jihadistes en Afghanistan en 1997 et été remplacé en Espagne par Imad Eddin Barakat Yarkas, alias Abou Dahdah, condamné lundi comme complice des attentats du 11 septembre 2001.

    Selon le tribunal, le journaliste a aidé ces responsables d'Al-Qaïda, "non pas gratuitement, en vertu de ce que tout bon musulman doit à ses semblables, mais pour obtenir d'eux des informations exclusives et précieuses sur Al-Qaïda et le régime taliban".

    Entre autres gestes concrets dans le cadre de ses "intenses relations" avec de hauts responsables d'Al-Qaïda, Allouni est convaincu d'avoir convoyé 4.000 dollars jusqu'en Afghanistan pour le compte de Mohamed Bahaiah.

    Les juges considèrent qu'en échange de ce type de services, il a obtenu de Setmarian le 21 octobre 2001 une interview avec Oussama ben Laden, devenu à l'époque l'homme le plus recherché au monde.

    Cette interview, qui avait rendu célèbre le journaliste et sur laquelle le juge Baltasar Garzon l'avait interrogé avec minutie durant l'instruction, n'avait pas été diffusée par Al-Jazira.

    Selon son propre récit, l'entretien avait été filmé par un caméraman d'Al-Qaïda, et ben Laden n'avait répondu qu'à certaines questions de la liste qui lui avait été soumise.

    Al-Jazira avait décidé de ne pas diffuser l'interview mais sa concurrente américaine CNN s'était procuré une copie, de façon illégale selon la chaîne arabe, et en avait diffusé des extraits début 2002.

    "Le verdict est très décevant, nous le considérons comme injuste et nous prendrons contact immédiatement avec l'équipe de défense pour étudier les possibilités de faire appel", a déclaré à l'AFP à Doha le directeur général d'Al-Jazira, Waddah Khanfar.

    "Nous considérons toujours que notre collègue Tayssir est innocent", a-t-il ajouté.

    Selon la chaîne, cette affaire "constitue un précédent dangereux dans l'histoire du journalisme et des journalistes qui se sont dévoués à la recherche de la vérité".


    L'association Reporters sans frontières (RSF) s'est déclarée "surprise" par la condamnation.

    "Si nous faisons confiance à la justice espagnole, les propos tenus par le procureur concernant l'interview d'Oussama Ben Laden par Tayssir Allouni nous empêchent d'exclure tout lien dans cette affaire avec le métier de journaliste du condamné, et donc avec la liberté d'expression", a estimé RSF.

    Pour RSF, "s'il ne s'était agi que d'une affaire de terrorisme, le procureur n'aurait jamais dû utiliser cette interview comme élément à charge".
     

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