Le Journaliste Marocain Défenseur du Trône: Cas de Rachid Nini

Discussion dans 'Nouvelles (9issass 9assira) & Chroniques' créé par @@@, 30 Août 2009.

  1. @@@

    @@@ Accro

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    Il est normal de dresser le bilan de la production médiatique du Maroc, et il est coutume de faire la critique du discours journalistique pour voir non seulement ses dires mais aussi ses silences, en se servant du paradigme économique afin de déterminer si le bailleur de fond (moul chkara) oriente ou non la une des journaux.

    Cet esprit critique bute contre les intempéries de la sacralisation des symboles publiques quand il s’agit des noms de ceux qui ont choisi de surfer sur la vague du populisme, une mode enrichissante au Maroc des « pauvres» .

    Un exemple suffit à le montrer : quand le tribunal a taxé d’amende le journal al Massae pour diffamation, avant que ce dernier soit déserté par la majorité de son staff et deux de ses co-fondateurs Bouachrine et Anouzla, le directeur du journal, ambassadeur du populisme mondial au royaume, a organisé une marche de manifestation contre les censeurs, un acte qui est totalement légitime et qui rentre dans le cadre des droits des professionnels de la plume dans n’importe quel pays démocratique ou démocratisable.

    Ce qui est troublant dans la «marche» du journal c’est le slogan qui dit en Arabe dialectal «ne touche pas à al Massae», un slogan qui est copié de celui que le régime marocain a eu le génie de promouvoir au lendemain des attaques terroristes de Casablanca «ne touche pas à mon pays ». Ce que Rachid Nini a voulu faire c’est de conférer au journal qu’il dirige le statut sacré de la patrie en établissant un parallèle Nation/journal qui, bien qu’il soit abusif, miroite une mégalomanie dérangeante chez son inventeur.

    Le style «journalisme Pop» de Rachid Nini est un populisme qui trompe l’œil en créant un abime contestataire dont le lecteur partisan se vante de satiriser le régime sans se rendre compte qu’inconsciemment il ne fait que redorer le blason de ce même régime en tissant un «consensus» national autour de lui. La magie de cet illusionniste fonde son succès sur des diatribes incessantes et des coups bas contre les exécutants et les derniers maillons de la chaine autoritaire.

    Sa chronique Chouf Tchouf est, on doit l’avouer, une révolution stylistique de rhétorique au Maroc. Mélanger le style arabe soutenu au parlé proverbial des va-nu-pieds est une innovation qui suit les traces de l’héritage de Feu Choukri et Zefzaf, mais l’utilitarisme politicien dont use Nini pour populariser ce style est dangereux pour l’héritage culturel Marocain de cette masse qui faisait de ce discours une voie échappatoire contestataire face au makhzen avec toutes ses composantes.

    Nini déshabille le langage populaire de son pouvoir insurrectionnel et le transforme en une confession aveugle de foi. Dans l’une de ses chroniques, il évoque avec admiration une lettre d’un ressortissant marocain de Montréal qui se plaint du manque de la morale islamique dans les programmes de la télévision marocaine. Nini, fidele aux coutumes des campagnards, et j’en suis un, se cache derrière des lettres et des témoignages des citoyens du «peuple» pour dénigrer au passage ceux qui lui mordent son gâteau de publicité.

    Narjiss Nejjar, de la série Call Center, dont la diffusion est projetée au mois de Ramadan, fut la victime de cette chronique (Pensées d’un immigrant marocain de Montréal) que je discute ici. Nini ouvre cette parenthèse de Nejjar pour condamner, dans un langage on ne peut plus Aljaziresque, les habits suggestifs des filles marocaines et la «schizophrénie nationale» qui donne aux homosexuels marocains leurs droits d’expression.

    L’écrivain de la lettre se plaint non seulement de l’absence de la pratique islamique au Maroc mais critique aussi l’Islam des «derviches » qui privilégie les pauvres face aux conducteurs de Hammer et de Range Rover qui consomment, selon notre écrivain, plu de 20 litres de Gasoil pour chaque 100 kilomètres. L’écrivain devrait se demander quel genre de voiture Rachid Nini conduit, et si le respect des standards écologiques fait partie de ses soucis. En outre, l’écrivain se plaint de la diffusion de la série ramadanesque Majdub qui va encourager un islam folklorique selon lui.

    Rachid Nini évoque dans sa chronique, en empruntant le langage de la lettre, son dégoût face aux programmes télévisés «provocateurs » durant le mois de jeune et demande des émissions religieuses et culturelles. Je suggère vivement pour mon ami Nini de souscrire à la parabole Arabe avec sa gamme d’exhibitionnisme religieux d’Iqra à Abu Dhabi en passant par Aljazeera.

    Sur une autre onde, l’écrivain de la lettre n’est pas content du privilège réservé aux ressortissants marocains étrangers puisque ce traitement préférentiel crée des citoyens de deuxième classe et des marocains qui ne souffrent pas dans les goulags administratifs marocains. Je suis un citoyen Marocain Canadien et j’ai perdu l’été dernier trois semaines dans les dédales des ministères marocains pour pouvoir me marier avec ma femme Costa Ricaine.

    Au Costa Rica le mariage m’a pris un quart d’heure. Point de traitement référentiel pour moi, sujet de sa majesté la reine d’Angleterre. Je ne partage pas le désir de Nini de m’ôter mes avantages, qui n’existent que dans les papiers, et me renvoyer une fois encore à l’infierno des Bouzebbals. Le comble de cette lettre réside dans son finale au gout amer: Le monsieur, content de ses piscines unisexes dans la région NDG de Montréal, n’aime pas quand on demande à sa femme d’enlever son foulard pour plonger dans la piscine d’un club.


    En bon connaisseur des piscines canadiennes unisexes, je me demande combien de gais partagent l’eau de notre ami pieux et si cela le dérange vu son point de vue en la matière. Je suis contre le fait de demander à une femme de se dévoiler pour s’asseoir dans un café du club mais se baigner dans une piscine fermée avec un «maillot» Halal qui laisse apparaitre des nichons et des petites taches de Caca du bébé tout mignon est un acte hygiénique qui se doit d’être interdit dans le climat de pandémie actuelle.

    Si le monsieur gagne son droit d’avoir son «ninja» accomplir son baptême dans une piscine d’Anfa, je tiens, moi ressortissant étranger, à avoir ma femme exprimer son droit de se prosterner en maillot Haram dans le petit coin de la mosquée Hassan II. Ils veulent appliquer la loi Halal dans mes piscines. Je veux teinter leurs lieux sacrés par ma loi Haram.

    Rachid Nini doit interagir avec sa lettre: a-t-il déjà mis les pieds, au risque de décevoir son correspondant, dans une piscine avec des filles quasi nues? Lui est-il arrivé de se planter devant son petit écran pour suivre une émission aux allures nudistes ? Rachid Nini est sélectif dans ses critiques puisqu’il exclut toujours ceux qui lui paient l’encre de son écriture. Et cette histoire de tribunal? Aucune personne saine ne croit en la thèse du jugement de la cour qui vous rend encore plus populaire pour pouvoir vendre plus de numéros en augmentant le prix unitaire. Le Maroc de demain ne peut être populiste. Il se doit d’être Maroc tout court. Ainsi s’exprima un autre ressortissant marocain de Montréal.

    *Abdelilah Bouasria :professeur d’Etudes Arabes, Monterey Institute of International Studies, Monterey, California



    http://www.marocwebo.com/le-journaliste-marocain-defenseur-du-trone-cas-de-rachid-nini.html
     

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