Le maître et l’esclave

Discussion dans 'Nouvelles (9issass 9assira) & Chroniques' créé par titegazelle, 22 Août 2008.

  1. titegazelle

    titegazelle سُبحَانَ اللّهِ وَ بِحَمْدِهِ Membre du personnel

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    L’ambiguïté de la relation maître-esclave a souvent été rapportée. Elle est illustrée à merveille par cette citation :

    ""Ce que tu ne peux pas donner te possède.""

    Si le maître ne peut plus se passer de l’esclave il devient d’une certaine manière l’esclave de son esclave. Si l’esclave ne peut pas se passer de son maître, la relation peut s’équilibrer sinon...

    Dans une relation maître-esclave, le plus libre (le vrai maître ?) des deux est celui qui peut se passer de l’autre.

    La composante "pouvoir" d’une relation maître-esclave est évidente et à l’avantage du maître. Une composante moins évidente - car moins immédiate - de cette relation est l’"influence". Qui du maître ou de l’esclave influence l’autre ?

    La relation maître-esclave est rarement une relation un pour un. C’est le plus souvent un maître et des esclaves. Cette domination numérique des esclaves est déterminante et plus les esclaves seront nombreux, plus le maître devra s’adapter à eux pour en être compris et obéit. Il n’est donc pas rare que ce soit les esclaves qui influencent le maître.

    Les conséquences de l’influence des esclaves sur le maître sont subtiles et progressives. Le maître évolue de manière quasi-inconsciente tant cela paraît anecdotique pour un jour se réveiller ... esclave ? On ne peut en tout cas l’exclure.

    Qui sont les maîtres et qui sont les esclaves aujourd’hui ?

    Les esclaves ne sont pas nécessairement des hommes, l’homme a de plus en plus remplacé les esclaves humains par des esclaves techniques. Toutes les inventions de l’homme sont d’une certaine manière ses esclaves techniques.

    Dans la relation homme-argent par exemple, qui est l’esclave ?


    Ces esclaves techniques sont chaque jour plus nombreux. Leur influence est déjà sensible. Dans une société matériellement riche comme celle de l’occident, il est par exemple difficile d’avoir une famille de dix enfants. Les grands-parents sont exclus du cercle parents-enfants. L’influence de la voiture dans ces évolutions est indéniable, une voiture c’est le plus souvent 5 places...

    Cette relation de l’homme à ses esclaves techniques pose essentiellement ces deux difficultés :

    - que l’homme influencé par ses esclaves ne deviennent de plus en plus technique, de moins en moins humain...

    - que ces esclaves techniques qui pour la plupart aujourd’hui ont besoin de l’homme puissent un jour s’en affranchir...

    Une société dans laquelle il y a quelques dizaines de milliards d’escaves techniques et à peine deux milliards d’hommes (même si ces derniers gouvernent) aura tous les caractères d’une majorité prolétarienne. Les hommes, afin de pouvoir les avoir à leur service, sont forcés de connaître et d’imiter leurs habitudes et leurs lois. Presque toujours, lorsque l’occupant est en état d’infériorité numérique, il adopte la langue et les coutumes du peuple occupé, par commodité ou intérêt pratique. Il le fait, bien qu’étant l’occupant et maître tout-puissant.

    Le même processus poursuit son développement dans le cadre de notre société, bien que nous ne voulions pas le reconnaître. Nous apprenons les lois et la manière de parler de nos esclaves pour mieux les diriger. Et ainsi, peu à peu, sans même nous en rendre compte, nous renonçons à nos qualités humaines, à nos lois propres. Nous nous déshumanisons, nous adoptons le style de vie de nos esclaves techniques. Le premier symptôme de cette déshumanisation, c’est le mépris de l’être humain.


    L’homme moderne est l’esclave de la modernité : il n’est point de progrès qui ne tourne pas à sa plus complète servitude. Paul Valéry

    Où il n’y a point de maître, tout le monde est maître ; où tout le monde est maître, tout le monde est esclave. (Bossuet)


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