Le Maroc et Hassan II. Un témoignage : Abdellah Laroui

Discussion dans 'Discussion générale' créé par morphin, 16 Février 2006.

  1. morphin

    morphin Visiteur

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    Un savant fasciné par le prince



    « Pour ne pas avoir à affronter aujourd'hui cette situation de "déficit structurel", il eût fallu, dès le départ, faire un double choix, en faveur de l'agriculture certes, mais aussi en faveur d'une nouvelle culture ». C'est le choix culturel de l'Etat hassanien que Abdellah Laroui semble regretter le plus. Sans le dire clairement, l'historien le plus brillant du Maghreb paraît préférer de loin le modèle volontariste
    bourguibien. De fait, faisant allusion à la situation actuelle, l'auteur des « Origines culturelles », n'hésite pas à prendre des allures kémalistes en affirmant tout de go : « Nous ne pouvons apprendre le réalisme et l'objectivité, au niveau de la population en général, qu'en adoptant sans hésitation la culture moderne dans sa logique la plus raide. Cette culture s'acquiert rarement à travers l'expérience individuelle seule (…), elle ne devient opérante qu'en se propageant, en pénétrant au c½ur de la société, en étant par conséquent le résultat d'une éducation d'un genre nouveau (…) Il est nécessaire que l'Etat intervienne et avec force ; il doit commencer par faire son aggiornamento… » Laroui fait montre d'une intelligence très aiguë des choix de Hassan II dans le domaine culturel. Ainsi, tout en considérant que le point fort de la politique du roi disparu était l'agriculture (grands barrages, irrigation, plan sucrier, diversification…), l'auteur n'hésite pas à mettre le doigt là où cela fait mal : la peur de la modernité culturelle qui paralyse la monarchie marocaine. La bête noire de celle-ci semble être le progrès culturel, même si le modernisme technique fascinait Hassan II au plus haut degré. Faisant allusion aux critiques des nationalistes qui affirment que, certes, Hassan II a eu raison de donner la priorité au monde rural mais qu'il a eu tort de privilégier les cultures d'exportation et les notables aux dépens de la culture vivrière et de la masse paysanne, Laroui réplique que c'était trop demander à un monarque conservateur. Il analyse : si Hassan II a jeté son dévolu sur le rural, ce fut moins pour (le rural) lui-même que « parce qu'il personnifiait la tradition et que dans cette perspective, c'est bien le rural aisé qui était le mieux placé pour rendre inoffensive la modernité ». Laroui ajoute, mine de rien, que ce « choix, ne se réduisant pas à l'aspect économique, touchait la ville qui, au lieu d'être perçue comme le lieu civilisateur par excellence, a été abandonnée à une " ruralisation " galopante, à la fois par le bas (l'exode) et par le haut (valorisation du folklore) ». Nous ne pouvons savoir si le brillant historien marocain est conscient ou non qu'il résume ainsi en peu de mots, et sans le jargon hermétique de l'anthropologie politique, l'essence même du conservatisme utilitaire du père de Mohammed VI. Utilitaire, autrement dit un conservatisme non doctrinaire, qui ne s'appuie pas sur une foi profonde, qui vise seulement à sauvegarder, sur le moyen terme, la superstructure idéologique d'une monarchie autocratique en protégeant ses appuis économiques et sociologiques. Dégriffer la modernité (même dans sa version technique et superficielle) en la cantonnant dans le Maroc rural majoritaire, à une élite elle-même dégriffée du fait de sa collaboration avec le régime colonial, est tout simplement génial. Génial, stratégique et à la lucidité toute machiavélique. Tout en défendant en règle générale la politique de Hassan II et en faisant preuve d'un implacable manque de sensibilité concernant les violations les plus graves des droits de la personne (c'est peut-être un problème de génération), Laroui critique parfois certains choix de Hassan II et son jusqu'au-boutisme quant à la question du pouvoir. Par là , il donne l'impression aux nationalistes « qu'il était un jeune homme pressé, il fit peur et déclencha un sentiment de rejet auquel il répondit par une politique "du tout ou rien". Cependant, à l'épreuve des faits (…) il se rapprocha du rôle traditionnel du Sultan marocain (valeur suprême pour l'auteur ! ?), mais il continua à faire des déclarations intempestives qui l'empêchent de voir que ses adversaires ne pensaient plus, eux, en termes du "tout ou rien". » Laroui veut ignorer que Hassan II était conscient de l'évolution de l'attitude de ses adversaires et de leur disposition à collaborer et qu'il y avait un obstacle majeur qui empêchait que cette prise de conscience ne se traduisît en acte politique : l'autocratisme du monarque et sa sainte horreur de tout semblant de partage du pouvoir. Dans ce livre, Laroui jette parfois une lumière nouvelle sur certains événements majeurs du Maroc de Hassan II. Ainsi, il explique les coups d'Etat du début des années soixante-dix par la politique de concessions du monarque à l'égard de l'Algérie. Concessions qui furent accompagnées d'une désastreuse polémique avec les nationalistes. Cette polémique rendit vulnérable Hassan II qui s'éloignait « de son rôle de roi » et faisait tort à sa hiba. Selon Laroui, la politique du souverain concernant les sujets sensibles de l'arabisation et des frontières formait pour un Allal El-Fassi un « cas de rupture de bay'a ». C'est pour éviter une telle situation que l'historien monarchiste défend que la fonction royale n'est pas « tellement d'entamer le débat que d'y mettre fin, quand ce dernier risque de s'envenimer, en exigeant que la mesure litigieuse soit d'abord mise à l'épreuve. Son intervention sert à lever les obstacles, culturels et psychologiques, qui paralysent la réforme ». Pour lui, la monarchie doit se placer sur le plan des valeurs et « se retirer de celui des utilités, des transactions, qui est par définition le domaine exclusif d'un gouvernement, choisi et étroitement contrôlé par un Parlement librement élu (…). Comme l'avait déjà constaté Ibn Khaldun, (la monarchie) ne peut sauver son prestige, son caractère sacré, si elle concurrence tous les jours les marchands » Ce dernier livre de Laroui confirme que ce penseur, à la culture pourtant universelle, est avant tout un nationaliste. Mais un nationaliste qui n'aime « ni le couscous ni le thé à la menthe ni la musique andalouse ni la ghaita paysanne… » Il évite même de sortir le vendredi pour s'épargner « le spectacle d'hommes déguisés en pingouins ». En dépit du caractère non académique de l'ouvrage (ce n'est pas l'objectif), Laroui signe ici une contribution substantielle à l'histoire du Maroc post-Indépendance. Car l'historien n'a pu se défaire, si tant est qu'il chercha à le faire, de sa formation, le temps d'écrire les mémoires d'un collaborateur de Hassan II. Il est très dommage que de nombreux passages soient traversés par un persistant plaidoyer pro domo : oui j'ai collaboré avec Hassan II, sa politique était globalement positive pour le Maroc, voilà pourquoi… Sa réponse implicite s'étale sur plus de deux cents pages très denses. On peut cependant se poser la question : la fascination du savant pour le pouvoir et son détenteur n'a-t-elle pas joué un petit chouia dans ce choix de collaborer avec un autocrate qui aimait défroquer les intellectuels ? Laroui se défend bien et même trop bien ce qui, paradoxalement, fait tort à un livre qui, s'il était allégé de ce poids, aurait été encore plus utile. Il aurait fait date dans une historiographie du Maroc contemporain toujours balbutiante. Il est dommage également que ce livre n'ait pas été écrit d'un seul trait, ou du moins partiellement réécrit dans ce sens, cela fait tort à son unité et perturbe son fil conducteur. Toutefois, sa lecture demeure agréable, les anecdotes y côtoyant les analyses les plus éclairantes.


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  2. iori_11

    iori_11 Bannis

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    Re : Le Maroc et Hassan II. Un témoignage : Abdellah Laroui

    wa chkoun li 3andou jahd i9ra hadchi kamél .. [07h]
    wa hir cheft l'article jatni l bakya :-(
    [22h]
     
  3. freil

    freil Libre Penseur

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    Re : Le Maroc et Hassan II. Un témoignage : Abdellah Laroui

    Dr Abdellah Laroui certes un grand monsieur un prof pour nous tous, ses ouvrages ce son des chefs-d’½uvre il alliance romans et histoire et ça donne de très bon livres, personnellement je suis un fervent admirateur de tt ses écrits mm si j’arrive pas a tt déchiffré (c tt a fait naturel, il l’a dis lui mm).
    Il est auteur de pas mal de livres sur l’histoire marocaine dans toute sa splendeur et c’est un parmi de grands historiens marocains ( Boutaleb, Mehdi Benouna …) qui peut se prononcer sur la période de feu Hassan 2, cette phase critique du Maroc qui selon moi contenait des choix positive mais qui a laisser des séquelles.

    @Balylon merci, l'article est génial !!!!! ;-)
     
  4. rosée du matin

    rosée du matin Accro

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    Re : Le Maroc et Hassan II. Un témoignage : Abdellah Laroui

    Mon cher Babylon, ceci a été dit clairement par feu Hassan II lors de l'état d'exception:
    "S'il existe une séparation du pouvoir, elle n'est pas à mon niveau"


    ici, permet moi de te dire, que cela n'est pas seulement valable pour l'auteur, mais pour tous les marocains, vivant sur le territoire marocain, votant dans les urnes marocaines, ayant une , et une seule constitution, qui est la loi suprême de l'Etat; Dans l'article 19 (constitution dans la constitution, qui vide même cette dernière de son sens) on retrouve: le souverain est le representant suprême de la Nation...Rien à dire, suffit de lire!!

    Entièrement d'accord avec Ibn Khaldoun, et Aroui dans ce statut, mais aussi, faut parfois oser comprendre pourquoi la monarchie enjambe-t-elle ces fonctions qui ne font que détériorer sa position ===c clair===incapabilité des institutions à jouer leurs rôles efficacement!!!

    j'aurais aimé trouvé un essai de ta part, une sorte de réponse ou d'éléments de réponse, afin de connaitre ce que tu en pense...Mais ....

    Merci de toute manière pour ta contribution :D
     
  5. morphin

    morphin Visiteur

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    Re : Le Maroc et Hassan II. Un témoignage : Abdellah Laroui

    rosée pendant le reine de hassan 2 il ete interdit de parler de ceuta et mellilia... comme il'etait intérdit de parler du roi et de sacralité, le roi est amir lmou2minin, l'unique admiral de l'armée, celui qui les postes des ministres en main, pendant ce reine y'avait le controle total sur un pays dans les mains d'un seul homme comme si il s'agirait d'une tribu .. on discute pas avec un roi qui traite un pays comme une propriété familialle qu'il faut gestir à ces fins et de rester en haut,,, ceux qui se manifestent prennent une taille 42 dans la face khellini sakt rah men hadechi kamel mazal matbeddel walo ila yawmina hada....
    rosée l'article c'est pas moi qui l'a ecrit ... mais je trouve ca interessant, ce que pense l'un des "grands génies"  du pays de h2.. à mon avis certe il'est bon comme auteur mais politiquement il voit les choses trop poétiquement [22h] ... sinon, ca pourrait etre le depart d'un bon débat pour peut etre savoir aussi ce que pensent les "autre genies"  de cette nation tel Lemnjra olla Ben barka px.
     
  6. karateka

    karateka Visiteur

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    Re : Le Maroc et Hassan II. Un témoignage : Abdellah Laroui

    H.S :wlidi meni ma fik ma ye9rah ma tektabch fih ga3 hak klinikss a 7nini ri bi 1dh mssa7 dmou3ek

    lmohim
    à mon avie ana, o 3la 7ssab hadak chi li sma3t men bezaf dyal nass o menhom des profs 9arawna, Hassan 2 siyassa li kan tabe3ha kanet mezyna men na7iyat lmardoudya dyal les ressources du maroc, walakin 3ala lmosstawa dakhili ya3ni solta kan 3andou wa7ed ta3amol khass, kayna wa7ed lkema ma bratch tenssa liya galha wa7ed deri kan m3ana ra daba rah ka ye9ra fi l'ecole li fiha nounous si je me trempe pas, lmohim gal "koun ma hassan 2 koun rak miyet bi jou3" en parlant des barages enfin je pense li 7ad sa3a inti9adat mowajah li siyassat al hassan 2 men taraf majmou3a min lmota9afine lmaghariba, 3lach parcek kanou me9mou3in? yemken sinon chi 7aja akhra

    @Babylon  
    merci khouya pr le sujet
     

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