Le meilleur ou le pire ?

Discussion dans 'Info du bled' créé par freil, 20 Janvier 2006.

  1. freil

    freil Libre Penseur

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    Avec la publication du rapport sur le développement humain commandé par Mohammed VI en 2003, le royaume fait un bilan sans complaisance du demi-siècle passé pour mieux appréhender l'horizon 2025.

    Année charnière, 2006 ? Celle des vastes bilans, des grandes résolutions et des ambitieuses réformes ? Avec ses 30 millions d'habitants dont près d'1,5 million de chômeurs, 5 millions de pauvres, 13 millions d'analphabètes, le Maroc occupe une piètre 124e place sur 177 dans le classement 2005 des pays en fonction de leur indice de développement humain (IDH) établi par le Pnud. Sombre tableau, tristes perspectives...
    Mais heureusement, « l'avenir est possible et le meilleur se construit », si l'on en croit le très attendu rapport intitulé « 50 ans de développement humain et perspectives 2025 », commandé par le roi Mohammed VI en août 2003 et qui lui a été remis le 5 janvier. Dès le lendemain, la publication largement médiatisée d'une synthèse détaillée de ce document a fait l'objet d'une cérémonie au cours de laquelle le souverain a prononcé un discours retransmis en direct sur les deux chaînes nationales : « Nous aurons ainsi préparé la voie pour nous consacrer à la promotion des droits économiques, sociaux et cultuels au profit de tous nos concitoyens. »

    Ce n'est pas un hasard si le discours royal a également évoqué la fin des travaux de l'Instance Équité et Réconciliation (IER) - dont la mission était de faire la lumière sur les violations des droits de l'homme depuis l'Indépendance jusqu'à la fin du règne de Hassan II, soit de 1956 à 1999 -, qui participe de la même démarche : connaître le passé, en parler librement dans le cadre d'un débat national, sans censure ni tabous, pour mieux appréhender le futur. À cette occasion, Mohammed VI a réitéré sa détermination à faire du développement humain un « chantier du règne ». Le document devrait donc éclairer les actions à mener dans les différents domaines.

    Le rapport du cinquantenaire est novateur à bien des égards. D'abord, par sa dimension endogène puisqu'il émane non pas d'un organisme international type Pnud, FMI, OMS ou Banque mondiale, mais d'une instance 100 % marocaine. Ensuite, par sa dimension rétrospective : pour établir ce document de plus de 4 000 pages (nombreux tableaux et données chiffrées à l'appui), un comité de 140 experts, chercheurs, universitaires, politiques et personnalités éminentes de la société civile a travaillé pendant deux années avec rigueur et en toute indépendance. Sous la direction d'Abdelaziz Meziane Belfqih, le conseiller du roi, ce comité a dressé un bilan objectif, lucide et sans complaisance de cinquante ans d'évolution du Maroc depuis la fin du protectorat en 1956.

    Enfin, le rapport se distingue par son caractère prospectif en traçant des projections sur ce que risque de devenir ou devra être le royaume en 2025. Tous les secteurs sont passés méthodiquement au crible : démographie, société, culture, économie, éducation, santé, pauvreté, politique, environnement... À travers cette ambitieuse radioscopie, les échecs sont inventoriés, ne sont pas oubliés les progrès, et des recommandations sont formulées. Le tout avec une liberté de ton qui n'exclut pas la sévérité. Par ailleurs, sa mise en ligne sur internet (www.rdh50.ma) témoigne d'une incontestable volonté de transparence.

    Le document souligne que le Maroc a enregistré des avancées notables dans différents domaines tels que la santé, avec la généralisation de la vaccination qui a permis de diminuer considérablement la mortalité infantile (96 % des bébés de moins de 1 an sont vaccinés), l'accès des ruraux aux soins, l'allongement de l'espérance de vie qui, de 47 ans en 1962, atteint aujourd'hui 71 ans... ; la consolidation des droits de la femme grâce à la réforme de la Moudawana (le code de la famille) ; l'ouverture du champ politique et la démocratisation de l'État ; l'élévation du niveau de vie global de la population - augmentation du pouvoir d'achat, de la consommation et de l'épargne...

    Est aussi établie une comparaison des niveaux de dépenses depuis 1951 - actuellement de 4 100 dirhams (375 euros) mensuels par ménage (moyenne nationale) -, qui révèle que le pouvoir d'achat a doublé dans les zones urbaines et a été multiplié par 1,6 dans le monde rural. Dans le même temps, le taux d'équipement a connu une nette progression : 76 % des foyers possédaient, par exemple, un poste de télévision en 2004, contre 37 % vingt ans auparavant. En 2001, 50 % d'entre eux avaient un réfrigérateur (18 % en 1985).

    Cependant, malgré les progrès accomplis, les freins au développement sont nombreux. Ainsi les rédacteurs du rapport dénoncent-ils les inégalités sociales criantes, la croissance économique faible, voire « atone depuis 1995 ». À ces problèmes s'ajoutent un système éducatif en crise, une pauvreté persistante et en stagnation depuis plus d'un demi-siècle. Concernant ce dernier point, les chiffres sont éloquents : 47,3 % de la population totale appartient aux catégories vulnérables de la société, un citoyen sur six vit en dessous du seuil de pauvreté et près d'une personne sur deux est encore analphabète. La réduction du taux d'analphabétisme, inférieure à 2 % par an, demeure à l'évidence insuffisante.

    Le document du cinquantenaire oppose également deux visions à l'horizon 2025 où, « d'un côté, le pays peut s'engager résolument dans une dynamique vertueuse de renouveau ; de l'autre, il peut reporter indéfiniment la résolution des noeuds qui entravent son développement. » Si rien n'est fait pour remédier à la situation, il risque d'être confronté à un scénario régressif. Qui n'avance pas recule...

    Une alternative à ce scénario est néanmoins proposée, celle du Maroc « souhaitable ». À l'horizon 2025, le royaume peut relever plusieurs défis, comme celui d'entrer de plain-pied dans la modernité et de devenir pleinement acteur de l'économie mondialisée au lieu de la subir, en s'appuyant sur la richesse du potentiel humain, considéré ici à la fois comme moteur et finalité du développement, notamment au sein de la jeunesse.

    « La destinée du pays est entre nos mains », affirme le document, qui invite l'ensemble des composantes de la société - partis politiques, associations civiles et, bien sûr, le citoyen ordinaire - à faire entrer le Maroc « souhaitable » dans les faits.


    Le diagnostic est donc établi, et les échecs assumés. Reste à traiter les maux. Au-delà de sa vocation à susciter un débat national, ce rapport d'envergure devrait servir de feuille de route pour traiter concrètement les maux du Maroc. Long est le chemin à parcourir.

    JEUNE AFRIQUE
    Article proposer par AGHILASSE
     

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