Le roi, les médias, et lui

Discussion dans 'Nouvelles (9issass 9assira) & Chroniques' créé par @@@, 27 Septembre 2008.

  1. @@@

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    Qu’on le sache, la philosophie de Abbas tient en une seule idée : “le roi ne peut pas avoir tort”.


    Abbas El Fassi refait surface ! Sous le titre “Le roi, les Marocains et moi”, Jeune Afrique a publié cette semaine une longue interview de notre inénarrable Premier ministre, la première qu’il accorde à la presse écrite depuis sa nomination. Cela méritait lecture et analyse.

    “Le roi et lui”, donc. Interrogé sur les atteintes répétées à ses
    prérogatives par le Palais, El Fassi a répondu : “Sa Majesté respecte la Constitution à la lettre, particulièrement en ce qui concerne les prérogatives du Premier ministre”. Il sait pourtant bien que c’est faux. Pas plus tard que le mois dernier, le Premier ministre qu’il est était carrément hors sujet dans les nominations royales de Driss Dahhak (Secrétariat général du gouvernement), et de Abdelali Benamour (Conseil de la concurrence). Constitutionnellement et légalement, il était pourtant censé être au premier plan. Abbas, bien sûr, n’a pas pipé mot. Pas plus qu’il n’avait protesté quand le conseiller royal Abdelaziz Meziane Belfqih lui avait remis, il y a un an, la liste d’un gouvernement décidé au dessus de sa tête. Abbas, là-dessus, n’a pourtant pas hésité à déclarer à Jeune Afrique : “tout est passé par moi”. C’est atterrant ! Un homme politique qui connaît un minimum son métier sait que face à une question gênante, on esquive, on biaise, on recadre. Lui s’est contenté de nier bêtement l’évidence. Comment peut-il demander qu’on le respecte, après ça ?


    Abbas a aussi déclaré : “Sa Majesté a le dernier mot sur la constitution de la coalition gouvernementale”. C’est une énormité, qu’aucun texte ne peut justifier. Le roi du Maroc est censé être un arbitre neutre, “au-dessus” du jeu politique. Constitutionnellement, la question des alliances politiques n’est absolument pas de son ressort, mais bel et bien de celui du Premier ministre. Sauf quand il s’appelle Abbas El Fassi, et qu’il a abdiqué d’avance sur toutes ses prérogatives, trop content d’être là où il est ! Qu’on le sache, la philosophie de Abbas tient en une seule idée : “Le roi ne peut pas avoir tort”. Point à la ligne.

    Le pompon, sur cette partie de l’interview, c’est cette incroyable formulation, signée Abbas : “Les échanges téléphoniques entre le roi et moi sont réguliers, et il arrive qu’il me reçoive”. D’abord, il serait intéressant de connaître le rythme de ces échanges “réguliers”. Ensuite, et surtout… “il arrive” que le roi reçoive son Premier ministre !! Pour un peu, ce dernier ajouterait… “quand il se souvient de mon existence” !!! De mémoire de Marocain, on n’a jamais entendu un aveu d’impuissance aussi pathétique ! “Le roi et lui”, ou la dialectique du maître et de l’esclave…

    Quant à la partie “les Marocains et lui” de l’interview, elle vaut également le détour. À la question “les critiques de la presse vous touchent-elles ?”, Abbas a répondu sans vergogne : “Je ne les lis plus et je n’en tiens pas compte”. Voilà donc un Premier ministre qui se dit fier d’ignorer les médias, c’est-à-dire… la voix de ce peuple qu’il est censé représenter. Bravo ! Ignorer les médias, il est vrai, est chez lui une vieille habitude. Quand il était ambassadeur du Maroc à Paris, au plus fort des tensions entre la France et le Maroc (c’était l’époque de Notre ami le roi), Abbas recevait sans cesse des revues de la presse française, foisonnant d’accusations de toutes sortes contre son pays et son roi. Savez-vous ce qu’il en faisait ? Il les passait au broyeur ! Authentique !!

    Vers la fin de l’interview, Jeune Afrique a interrogé Abbas El Fassi sur sa journée-type. Après avoir déroulé son agenda de la journée, il a déclaré ceci : “après le dîner (…) je réfléchis sur ce qui va et ce qui ne va pas au Maroc”. Dans “ce qui va”, il y a, n’en doutons pas une seconde, la monarchie et tout ce qui va avec. Quant à “ce qui ne va pas”, on ne sait pas trop ce que Abbas y inclut. Si ça ne tenait qu’à nous, on n’y mettrait qu’une chose : vous, M. le Premier ministre !!

    http://www.telquel-online.com/340/edito_340.shtml
     

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