Le travail des enfants prend une ampleur alarmante au Maroc

Discussion dans 'Info du bled' créé par Casawia, 15 Octobre 2005.

  1. Casawia

    Casawia A & S Forever

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    Considéré dans toutes ses dimensions, l’avenir du Maroc réside dans ses enfants qui seront les adultes de demain. Mais, comment sera leur participation dans une économie moderne et ouverte à l’international, s’ils ne disposent pas de moyens de participation en tant que citoyens, notamment savoir lire et écrire, des compétences qui leur permettent d’avoir un travail décent et le sentiment de bien-être physique et psychologique ? De ce fait, et depuis quelques années, la question du travail des enfants est la préoccupation de nombreuses institutions et organismes internationaux car les enfants au travail seront demain des analphabètes et des ouvriers non qualifiés. Et le Maroc fait partie des pays qui manifestent la forte volonté pour combattre le travail de ses enfants qu’il considère comme ses hommes de demain, mais comment cette volonté s’est traduite en réalité ?

    Le Maroc a signé la Convention relative aux Droits de l’Enfant (CDE), le premier jour ouvert aux signatures le 26 janvier 1990 et l’a ratifiée en juin 1993.

    En mai 1995, le Maroc s’est doté d’un Observatoire National des Droits de l’Enfant (ONDE), organisme chargé du suivi et de la mise en ½uvre de la convention relative aux droits de l’enfant.

    Le Maroc a également ratifié la Convention Internationale du Travail N° 138 sur l’âge minimum d’admission à l’emploi : Les lois et règlement interdisent l’emploi des mineurs de moins de 15 ans révolus. Quand il s’agit de travaux dangereux, l’âge de travail minimum est relevé à 18 ans. La scolarisation des enfants âgés de moins de 15 ans est obligatoire au Maroc.

    Les textes législatifs marocains ont été modifiés pour être « soi- disant » en harmonie avec les engagements internationaux du Maroc.

    - Dans quelle mesure ces lois ont un effet généré par une meilleure application sur tout le territoire du Royaume ?

    Bien que le Maroc ait ratifié plusieurs conventions internationales visant l’abolition ou pour le moins réduire le travail des enfants, ces pratiques perdurent. La réalité sur le terrain demeure en deçà des aspirations de l’ensemble des intervenants :

    Une enquête nationale sur l’emploi publiée en 2000 a mis en lumière des chiffres inquiétants.

    - Quelques axes vérités attestent qu’au Maroc, ce phénomène connaît une ampleur alarmante

    - Le nombre d’enfants âgés de 7 à 14 ans est estimé à 5,4 millions dont 600 000 sont au travail, soit 11% du total. Sur ce chiffre, 58% sont des garçon et les 42% restants sont des filles.

    - L’âge de 90% des enfants qui travaillent se situe entre 10 et 14 ans, la plupart exposés à des problèmes d’épuisement musculaire ainsi qu’à des lésions graves, causées par le port de lourdes charges.

    - 80% d’entre eux n’ont jamais été scolarisés et la majorité de ces enfants travaillent dans le secteur informel, lequel échappe au contrôle de l’inspection du travail.

    - 52% des enfants sont astreints à plus de 50 heures de labeur par semaine, et ce, en échange d’une rémunération dérisoire, plus de la moitié ne perçoivent même pas le SMIG ;

    - 35% d’entre eux travaillent sans aucune contrepartie sous le prétexte fallacieux qu’ils sont au stade de l’apprentissage ;

    - 85% des enfants travaillant dans le secteur agricole sont sans aucune rémunération car ils travaillent pour le compte de leurs familles.

    Pire, les enfants au travail au Maroc sont exposés à un degré très élevé de risque divers. Une évaluation des conditions de travail des enfants, faite par le Bureau International du Travail sur un échantillon de 3500 enfants, a trouvé que plus de la moitié de ces enfants est exposée à des risques élevés ou très élevés et seulement 3% ne sont sujets à aucun risque.


    Ajoutons qu’en l’absence d’une communication intensifiée et d’une multiplication des campagnes de sensibilisation menées à travers tout le Royaume, l’enfant demeure une main d’½uvre docile, exploitable à volonté par des adultes sans scrupules.

    Le projet Ardos et l’ambassade de Grande Bretagne ont chargé Gréargie de mener une étude afin d’établir une synthèse sur les perspectives de travail des enfants. Les résultats ont montré que 20% des employeurs potentiels ignorent le caractère obligatoire de la scolarisation. Chez les parents d’enfants à risques, 25% dans l’urbain et 63% des parents dans le rural ignorent le caractère obligatoire de la scolarisation des enfants.

    L’étude a démontré le besoin urgent de doubler les efforts afin d’améliorer la prise de conscience et concevoir des programmes d’accompagnement.

    Sans aucun doute, pour éradiquer ce phénomène, il est vital que l’ensemble des acteurs de la société marocaine, qu’il s’agisse du gouvernement, des institutions publiques ou privées, des ONG, des médias, des individus et de toutes les composantes de la société civile, se mobilisent, il faudra s’assurer de l’application des lois, de la mise en place de mesures aptes à contrer la progression de ce phénomène.

    Mais ce fléau demeure indétectable, compte tenu de sa complexité. Le travail des enfants ne peut pas être supprimé facilement, tant que les disparités sociales continueront de peser ainsi lourd.

    Il faut dire que la lutte contre le travail de l’enfant passe nécessairement et impérativement par la lutte contre la pauvreté et la dislocation familiale.

    N’oubliez pas que c’est la misère qui pousse nos petits êtres marocains chers à être astreints aux travaux même les plus pénibles.

    Fatima-Zohra JDILY
    L'Opinion
     

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