Le triangle de la Coke

Discussion dans 'Info du bled' créé par freil, 13 Septembre 2005.

  1. freil

    freil Libre Penseur

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    Marrakech, Essaouira, Agadir
    Si les portes d’entrée des drogues dures sont Sebta et Mellilia avec Tanger comme zone tampon, les réseaux de l’ombre du trafic de la dure ont " décentralisé " leurs QG. Essaouira est devenue, depuis au moins un an, une véritable plate-forme de la distribution de la cocaïne au Maroc. Les trafiquants, pour la plupart des étrangers, ont choisi la discrétion de la ville des Alizés pour faire écran à la notoriété scandaleuse de Marrakech, leur terrain de prédilection. Sur la route d’Agadir, elle est le pendant de Tanger au Nord.
    Qui sont ces nouveaux trafiquants ? Et quelles sont les spécialités annexes de la région ? Enquête.



    L'émaillé le quotidien des Marrakchis ont aussi délié les langues. Ce n’était pas de l’ordre du secret toutes ces affaires de drogue (ainsi que les habituels corollaires que sont le proxénétisme, la prostitution, la pornographie, le blanchiment d’argent…), du moins pour les habitants de la ville ocre. On semble avoir trouvé une aisance toute particulière à révéler des choses : "Tout le monde est au courant. Les gens parlent parce que tout le monde en parle ". La redondance n’est pas si lourde que cela tant le “tout le monde” semble coller à la réalité de Marrakech. Nous sommes très loin des réseaux locaux comme celui qui avait une double face. On se souvient du gang qui travaillait sous les ordres de la fameuse Hajja Tanjaouiya et Majid Assaâoudi. Il y avait aussi toute la bande où les Benabdellah, Alaoui et d’autres faisaient office de bons négociateurs. C’est l’affaire qui a fait éclater le pot-aux-roses de la ville rouge. On ne pouvait plus vivre à l’ombre de la cocaïne comme si la blanche n’était qu’une réalité de fiction. D’ailleurs sur le thème des variations sur la fiction, Marrakech emprunte depuis des années des allures d’ailleurs qui dans un sens imposent certaines règles, dans d’autres importent de nouveaux comportements urbains. La ville de la fête, du plaisir donne dans le licite (toléré) et l’illicite (criminalité clandestine).
    Le gratin attire la crapule
    C’est la communauté étrangère de Marrakech qui est au fait des secrets de la cité. De nombreux touristes et résidents craignent pour l’avenir de leur ville : "Marrakech a beaucoup changé et en un rien de temps. Le tourisme qui s’y est développé de façon spectaculaire est une très bonne chose, mais comme partout où des gens riches et célèbres s’installent, il y a le gratin qui attire la crapule. Drogues dures, prostitution à outrance et surtout la pédophilie. C’est cela le danger. " C’est un résidant européen qui vit à Marrakech depuis plus de dix ans qui raconte comment la ville a pris un tournant " prévisible " en l’espace de quelques années. "Les circuits sont certes fermés, mais de plus en plus nombreux. Nous avons, nous-mêmes, été conviés à des soirées très cocy. L’alcool et les joints ne sont plus à la mode à Marrakech. "
    Il ne faut pas croire que ce sont là des pratiques vécues uniquement par les étrangers de la ville, loin s’en faut. D’ailleurs, les récentes affaires de crack révélées à Marrakech ont surtout mis en avant des noms de Marocains toxicomanes. (l’affaire Moul Station et le réseau de Rachid Tlatkine ou encore Idriss El Boujadi). Là où il y a l’argent, la cocaïne dicte ses lois. " Les circuits sont fermés, mais il suffit d’avoir un fournisseur pour arroser toutes ses connaissances. ". Selon d’autres étrangers établis à Marrakech, il est impensable d’éviter la drogue dure dans une ville dédiée aux plaisirs de tous genres : "On ne peut pas demander à toutes ces riches personnes d’arroser leurs soirées de Champagne uniquement. Le must de la branchitude est d’offrir d’autres lubrifiants mondains aux invités. " Pour cela, il y a les dealers bon chic bon genre. Ils font les commis et jouent les relais. Le trafic ne sort plus de la communauté. On évite du même coup les fuites, et on maîtrise le bisness. Pour une source policière à Marrakech qui connaît très bien ses affaires de drogue, il est "possible de les voir débarquer avec dans leurs bagages de la Coke. Il se trouve qu’on ne peut pas contrôler tout le monde. Et il y a que ces affaires de drogue nuisent au tourisme. On ferme les yeux, cela prolifère. On agit, les touristes s’en vont" . Pour ce policier, il y a deux types de circuits : " les Européens qui travaillent entre eux. Et les MRE qui, eux, arrosent un autre genre de clientèle. Ce sont deux mondes différents. Mais le plus inaccessible reste celui de la Jet Set".
    D’autres sources à Marrakech parlent de cet univers de la drogue comme d’un nouveau phénomène de mode. Un nouveau phénomène qui entraîne dans son sillage d’autres " fléaux comme un certain type de prostitution qui n’est pas celle des cabarets ou des boîtes comme on les connaît depuis toujours à Marrakech. Il y a les nouveaux proxénètes qui travaillent dans d’autres sphères. Et il y a, quand la clientèle devient très importante, toute une structure qui se met en place. Aujourd’hui, on ne peut pas revenir en arrière. Marrakech n’est pas une petite ville et les enjeux sont gros. Le risque vient de villes comme Essaouira et Agadir". En effet, les deux villes au Sud de Marrakech jouent depuis quelque temps un double rôle. D’un côté, c’est le type d’endroit idéal pour établir des bases-arrières de trafic. D’un autre, on y est moins exposés qu’à Marrakech
    Essaouira, le futur
    Comme dans toutes les grandes villes au bout d’un certain temps, tout le monde sait tout. On ne peut plus jouer serré. L’astuce, expérimentée depuis des années ailleurs, consiste à délocaliser le trafic. Essaouira joue ce rôle pour Marrakech. "Essaouira est discrète. Mais c’est un début ", explique le même policier. " Ce qui est nouveau à Essaouira, c’est le type de touristes. Ce n’est plus la ville hippie où l’on vient marcher pieds nus et fumer des joints à longueur de journée. Ce type de tourisme existe toujours et semble coller à la peau de la ville du vent, mais, à l’instar de Marrakech, c’est la Jet qui élit domicile intra-muros. "Ce ne sont pas tous les touristes qui font dans la drogue dure. C’est un terrain gardé pour une catégorie de gens aisée qui peuvent se permettre ce type de plaisir. Quand ils s’installent dans un pays, ils leur faut leurs accessoires, qui dans un sens, voyagent avec eux. Ceci, on le sait. Mais il ne faut pas croire qu’il suffit de le savoir. Pour agir, il faut une bonne connaissance des réseaux et ceux d’Essaouira sont à leurs débuts. " Ces paroles sont corroborées par celles d’un touriste anglais qui s’est installé à Essaouira depuis quelques années. Il a vu la ville prendre un nouveau tournant : " la ville était plus calme. C’est l’ombre de Marrakech qui se profile aujourd’hui. D’ailleurs, beaucoup de nouveaux Marrakchis s’y installent, et ce n’est pas pour rien." Qu’est-ce qu’une ville comme Essaouira peut offrir ? Le site, d’abord. Puis, c’est un endroit loin des soupçons. Du moins pour les débuts. Pour les touristes, le mode de vie change à Essaouira. Le calme d’antan cède la place à une espèce de frénésie comparable à celle de Marrakech à ses débuts. La peur peut naître du fait qu’Essaouira possède un avantage que Marrakech n’aura jamais : l’ouverture sur la mer.
    Une ville en bord de mer a plus de chance de grandir dans le sens d’une ville de plaisir et de loisirs. Les réseaux de trafic de drogue savent tirer avantage de ce type de topographie. Reste que pour notre policier, Essaouira joue aussi le rôle d’une ville de retrait. Très proche de Marrakech, considérée comme l’antre des loisirs au Maroc (bars, restaurants, boîtes, clubs privés, Ryads, appartements meublés…), Essaouira peut devenir dans un premier temps une annexe avant de se transformer en plaque tournante.
    Agadir la cachée
    La drogue et les vacances font bon ménage. À Agadir, c’est une réalité de toutes les saisons. Sauf que nous ne sommes pas dans les mêmes configurations que Marrakech. Le tourisme de masse fait dans la consommation rapide et souvent bon marché. C’est là que les connexions coke/cannabis font leur entrée en jeu. Et là encore, les MRE sont pointés du doigt. Une certaine catégorie qui a trouvé à Agadir un terrain de jeu favorable pour un trafic d’un autre genre. C’est plus du troc que du deal. On échange du haschich contre la blanche. On en ramène de Belgique, de Hollande, et on fournit le marché local, bien que très restreint encore. En contrepartie, les dealers locaux fournissent du cannabis. Ce sont là de nouvelles techniques de vente. Le cannabis traverse la frontière vers l’Europe et la blanche fait la route inverse. "J’ai des clients qui m’ont confié qu’ils avaient trouvé de la cocaïne à Agadir. Ils sont été livrés en boîte par des dealers marocains. D’où vient cette poudre ? Et qui la ramène ici. Parce que pour exister, elle existe. Et pourtant, la police fait ici un travail de tous les instants. Raconte ce propriétaire d’hôtel qui en connaît un long chapitre sur les liens historiques entre Marrakech et Agadir : " ce qui se passe à Marrakech est très vite ramené ici. Parfois, c’est l’inverse. D’ailleurs, moi je pense que c’est Agadir qui a modernisé Marrakech. Mais là c’est la drogue qui débarque à Agadir comme à Essaouira alors que nous n’avons pas le même type de clientèle que Marrakech ". La clientèle friquée, les nababs, les nouveaux riches… sont toujours escortés par une cohorte de fournisseurs de tous poils. À Agadir, il y a d’autres préoccupations. Au-delà de la prostitution, presque canonisée, il y a la pédophilie qui prend du terrain. Pédophilie et pornographie. Et quand le monde de l’enfance est touché, le crapuleux atteint des degrés où les limites ne sont plus de mises. Lors de cette enquête, nous avons parlé à des dizaines d’étrangers résidants au Maroc, entre Marrakech et Essaouira. Ils ont tous le même discours sur les circuits de la coke et tout ce qui s’en suit. Des tenanciers de boîtes de nuit, des gérants de bars, des hôteliers qui n’ont pas " peur de dire ce qu’il y a ", une foultitude de visages qui connaissent les différents paysages de ce triangle entre Marrakech, Essaouira et Agadir. Les préoccupations de ces étrangers qui ont choisi le Maroc comme destination de vie sont compréhensibles. Il s’agit d’un mode de vie de dépaysement, entre autres, qui est perturbé par le mode de vie de l’argent et du trafic. Pour la majorité des gens que nous avons rencontrés, il s’agit d’un début, mais les craintes vont dans le sens où ce type d’affaires devient incontrôlable parce que d’autres réseaux étrangers plus solides, plus étendus se saisissent de villes comme Marrakech.


    LA GAZETTE DU MAROC
     
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    Re : Le triangle de la Coke

    Hadchi khatir [21h]
    Sommes-nous vraiment au Maroc dont parle la gazette?
     
  3. freil

    freil Libre Penseur

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    Re : Le triangle de la Coke

    STAR: oui sans doute on est belle et bien dans ce Maroc!
    C'est comme si on est entrain de découvrir, de concevoir une nouvelle vision de notre pays!
     
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    Re : Le triangle de la Coke

    Freil : a khay hadchi kayssdemni!! A chak fois j'entends (ou je lis) des choses sur la Maroc qui me choquent!!
    En tout cas merci Freil ;-)
     
  5. freil

    freil Libre Penseur

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    Re : Le triangle de la Coke

    @ star: je t'en prie, merci   [06c]
    éh oui on a toujours du mal a croire ce genre de choses, mais on essaye de s'y faire !!
     

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