Les étonnantes révélations de Toumba Diakité

Discussion dans 'Info du monde' créé par @@@, 25 Décembre 2009.

  1. @@@

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    L'homme, qui a tiré, le 3 décembre, sur le chef de la junte guinéenne, Dadis Camara, est sorti de son silence pour se dédouaner de toute responsabilité dans le massacre du 28 septembre à Conakry. L'Observateur Paalga doute de la vraisemblance de son récit.

    Sa tête est mise à prix contre forte récompense ; il a à ses trousses l'ensemble des forces de défense et de sécurité de la Guinée ; malgré tout, l'homme demeure insaisissable, car il reste introuvable depuis le 3 décembre 2009.
    Vous l'avez bien deviné, il s'agit bel et bien du lieutenant Toumba Diakité, celui qui était jusque-là l'aide de camp du chef de la junte, le capitaine Moussa Dadis Camara.

    Et voilà que, le 17 décembre, à l'heure du laitier, sur les ondes de Radio France Internationale (RFI), le "wanted" guinéen, qui se terrait jusqu'alors, est sorti du bois pour, d'une part, claironner son innocence dans la sanglante répression du 28-Septembre à Conakry et d'autre part, expliquer pourquoi il a dégainé contre le capitaine Dadis. En le débusquant ou du moins en parvenant à le faire parler, la "Radio mondiale" a réussi ce qu'on appelle dans le jargon journalistique un scoop, un grand coup.

    La première certitude que cet entretien apporte, c'est que Toumba est bel et bien vivant, même si à la date d'hier on ne sait pas encore là où il se planque. Est-il toujours dans sa Guinée natale ou au contraire au diable vauvert ? Difficile d'y répondre. Mais, en écoutant soigneusement cette interview, on a des indices qui indiquent que l'ex-aide de camp est bien au chaud dans son terrier. Un terrier qui pourrait être un cocon familial, puisqu'en fond sonore on a entendu, au moins une fois, une voix d'enfant crier "papa".

    A moins qu'il ne s'est agi d'un trucage pour brouiller les pistes. L'information de taille, ce n'est pas seulement son aveu d'avoir effectivement tiré sur le capitaine Camara, mais surtout la précision balistique qu'il donne sur la blessure du chef de la junte : "Dadis a été touché par une balle au niveau de la nuque côté droit". Jusque-là, le grand public savait simplement que Dadis avait pris quelques plombs chauds à la tête, mais pas plus.

    Mais s'il y a des incohérences dans le récit de Toumba, c'est surtout lorsqu'il relate les instants qui ont suivi son coup de feu contre le chef de la junte : "il est tombé, et automatiquement je l'ai laissé parce que son chargé d'opération était parti prendre une arme lourde pour tirer sur moi. Alors je me suis précipité sur lui ; on a commencé à se bagarrer. C'est pendant cette bagarre que les gens ont pris Dadis pour le conduire dans un hôpital. A ce moment, moi, je me battais toujours avec l'autre".


    Face à un tel récit, difficile de ne pas émettre quelques doutes. En effet, avec la horde de gardes du corps dont s'entoure Dadis, on se demande pourquoi ils n'ont pas riposté contre son assaillant. D'autre part le fameux chargé des opérations avait-il vraiment besoin d'une arme lourde dans de telles circonstances ?

    Quand la bataille, le corps-à-corps, s'est engagée entre Toumba et le chargé d'opérations, les autres gardes du corps avaient logiquement le temps de l'aider à neutraliser (arrêter ou abattre) l'agresseur du président.

    Alors, question à mille balles : pourquoi les fameux bérets rouges n'ont rien entrepris contre celui qui venait d'attenter à la vie de leur chef ? Comme il est loisible de le constater, selon toute vraisemblance, on n'a pas encore le fin mot de cette histoire. L'aide de camp a sans doute parlé, mais il n'a pas tout dit sur ce jeudi sanglant et les éventuelles complicités dont il a pu bénéficier. Ne serait-ce pas ces mêmes complicités qui lui ont permis non seulement de sortir vivant du camp de Koundera mais aussi de vivre aujourd'hui cacher bien au chaud alors que toute l'armée est censée être à sa recherche.

    Dans le reste de l'entretien, et tout le monde s'attendait à cela, le fugitif de Conakry s'est donné le beau rôle concernant les massacres du 28-Septembre dont il a rejeté l'entière responsabilité sur d'autres frères d'armes.
    Lui, Toumba, n'a été qu'un ange venu plutôt sauver les leaders des forces vives. Il a évidemment expliqué les raisons pour lesquelles il a agressé mortellement Dadis : celui-ci voulait lui faire endosser l'entière responsabilité du Septembre noir guinéen.
    Il n'était donc pas question pour Toumba de se prêter à ce rôle du mouton expiatoire des péchés de la junte. Une chose semble sûre, depuis les nouvelles autorités guinéennes sont hantées par les fantômes du 28 septembre, des fissures ont pu se produire dans la carapace d'une junte qui se voulait pourtant coriace. Des rivalités et des suspicions ont pu s'exacerber dans les entrelacs des clans et des complicités insoupçonnables se sont développées. Toutes choses qui expliquent pourquoi jusqu'à la date d'hier, le lieutenant Toumba demeurait introuvable, si tant est que l'armée est à ses trousses.

    Si "RFI a pu joindre au téléphone" le fugitif, c'est que sans doute ce dernier a évidemment grandement confiance en la "Radio mondiale". Sinon il ne se livrerait pas ainsi. Que l'entretien accordé à RFI ait été réalisé par téléphone classique (fixe ou portable) ou satellitaire, le moins que l'on puisse dire, c'est que Toumba bénéficie de complicités et de facilités logistiques indéniables. Par ailleurs, le silence ou du moins la discrétion des autorités guinéennes sur la question ne manque pas d'interloquer. Seront-elles plus loquaces, maintenant qu'à sa manière, Toumba est sorti du bois ?






    http://www.courrierinternational.com/article/2009/12/17/les-etonnantes-revelations-de-toumba-diakite
     

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