Les commerçants chinois de Derb Omar contrôlent des pans entiers du secteur info

Discussion dans 'Info du bled' créé par Casawia, 8 Novembre 2005.

  1. Casawia

    Casawia A & S Forever

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    Afflux massif des produits asiatiques dans la métropole

    A l'allure où vont les choses, la présence chinoise au Maroc s'intensifie avec le temps. Qu'à cela ne tienne, pour les Marocains, l'arrivée des commerçants chinois est salutaire car elle leur permet d'acquérir certains biens à un prix abordable, défiant toute concurrence et à la portée de leur bourse.


    Ces derniers se sont installés en grand nombre, notamment à Casablanca, pour vendre leurs produits «made in China» très prisés, largement moins chers que la production locale. Dans toutes les grandes villes du pays, les quartiers où la contrebande était florissante changent de physionomie avec l'installation permanente de commerces chinois qui contrôlent des pans entiers du secteur informel.

    A Derb Omar, quartier populaire de Casablanca, les marchands ont pris place sur la chaussée où sont exposées des produits bon marché fabriqués en Chine pour la plupart. Les magasins et boutiques des chinois pullulent. Sur un grand panneau bleu, affiché du côté de la rue Mohamed Lekrik, est inscrit en chinois, en français et en arabe : «Centre chinois de commerce de gros».

    Damant le pion aux Marocains et autres, les Chinois offrent aux Casablancais des produits bon marché dont les prix sont à la portée des faibles revenus. Etablis essentiellement sur le boulevard de Strasbourg et Laval, des centres commerciaux poussent comme des champignons. Ils vendent presque tout, pas que de la porcelaine et du vermicelle, en gros et en détail : miroirs, chaussures et sandales, échiquiers, divers jouets électroniques, vêtements, tissus, coton, bagageries, horloges, ustensiles de cuisine, articles de papeterie et de bureau et autres gadgets, parfois disposées pêle-mêle à même le sol.

    On y trouve aussi des porte-clés, des tables, des cartables, des cahiers, des cadres pour tableaux de peinture ou grands portraits photo ainsi que de petits objets-cadeaux et de décoration. Les prix fixés d'avance défient toute concurrence. Les Chinois se sont bien intégrés à la société marocaine et connaissent bien ses besoins.

    C'est pourquoi ils se sont précipités à ouvrir des «Coins de Chine» à travers les quartiers de la métropole et autres grandes villes du pays. Il s'agit de «grandes surfaces» d'une superficie allant jusqu'à mille mètres carrés qui servent de magasins pour faire écouler leurs produits importés directement de Chine.

    Dans le domaine de la gastronomie, plusieurs snacks et autres restaurants chinois ont été ouverts ces derniers temps au grand bonheur des Casablancais. Dans plusieurs quartiers de la capitale économique, des restaurants et snacks, décorés aux couleurs rouges de la Chine, proposent des menus copieux à des prix imbattables.


    Les Chinois ont bien compris qu'ils doivent jouer aussi sur la qualité. Alors, ils importent des produits bon marché et de bonne qualité qui répondent à la demande des consommateurs marocains. Les importations chinoises au Maroc ont progressé d'une façon spectaculaire, passant de 2,4 milliards de DH en 1999 à 6,6 milliards de DH en 2004. Outre, les produits traditionnels : thé et porcelaine, la Chine exporte sur le Maroc de plus en plus des produits manufacturés : bien d'équipements, machines électroniques, plastiques, textiles, high-tech, biens de consommation.

    Par contre, les exportations marocaines sur la Chine, constituées principalement de phosphates, sont passées à 441 millions de DH en 2004. Le déficit de la balance commercial se situe à 6,1 milliards de DH. Les exportations ont régressé sur cette période de 10 %. Dans le domaine textile, les conséquences de la vague chinoise sont encore plus marquées. En l'espace de quelque mois, 10 % des entreprises de ce secteur ont fermé leurs portes, mettant au chômage plus de 30.000 personnes, selon le CGEM.

    Les investissements chinois s'élèvent à 150 millions de dollars. Dans le domaine de la pêche par exemple, les joint-ventures sino-marocains sont nombreux. Près de 70 navires avec plus de 2000 employés marocains opèrent dans cette activité. En outre, les sociétés chinoises sont présentes dans d'autres secteurs: fabrication de motocycles, production de câbles et d'acier, des moules, des télécommunications et autres. Dans le domaine de l'électronique, le constructeur chinois qui s'est offert l'activité PC d'IBM renforce sa présence au Maroc.

    Profitant de ce rachat, Lenovo a récupéré une partie des filiales d'IBM dans plusieurs pays dont le Maroc, ce qui lui a permis de s'assurer une présence dans des marchés qu'il ne couvrait pas. Après les PC et portables distribués sous la marque ThinkPad, ce constructeur vient de gagner un appel d'offre lancé par IAM pour l'acquisition de plusieurs milliers de téléphones portables (probablement, plusieurs dizaines de milliers).

    Cependant, l'installation de grossistes chinois inquiète certains hommes d'affaires qui y voient une menace pour l'économie marocaine.
    Hadj Brahim, 64 ans, qui détient, depuis une trentaine d'années déjà, un gros magasin où il vend des coupons de tissus, s'élève contre la présence des Chinois à Derb Omar. «Il faut tirer la sonnette d'alarme. Ces Asiatiques ont tout raflé et détruit l'économie et l'emploi. Au port de Casablanca, ils pratiquent du dumping pour faire écouler leurs marchandises à des prix défiant toute concurrence.

    Il est pratiquement impossible de concurrencer les Chinois et la contrefaçon. Le marché est totalement déstructuré par la concurrence induite par les importations massives de produits contrefaits et de friperie», s'indigne-t-il.
    En effet, le secteur des textiles, qui joue un rôle vital dans l'économie du Maroc, est aujourd'hui menacé par «l'invasion chinoise» engendrée par le démantèlement des Accords multi-fibres (AMF).

    Entrée en vigueur le 1er janvier dernier, cette mesure prise dans le cadre de l'Organisation mondiale du commerce (OMC) a supprimé les quotas d'exportation imposés auparavant aux pays membres. Plusieurs unités n'ont pas pu faire face à la concurrence acharnée des produits asiatiques que ce soit sur la qualité, et surtout sur les prix et ont dû fermer boutique.


    E Mahjoub Rouane
    Le Matin
     

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