Les courants artistiques de la peinture

Discussion dans 'Art' créé par Mysa, 3 Mai 2013.

  1. Mysa

    Mysa Accro

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    histoire de l’art

    L’art est avant tout un langage
    Parole de la forme, de la matière et de la couleur. Pour en raconter l'histoire il est impossible et même inutile de rechercher la première oeuvre. Cela reviendrait à enfermer l'Art dans le carcan trop étroit de la définition.

    Langage, il l'est à part entière : décoratif, narratif, politique, expression d’un sentiment, que cela soit volontaire ou non, il a depuis toujours été le reflet des moeurs et des sentiments d’une époque ou d’une civilisation. Le changement social s’est traduit essentielement par l’évolution technique et idéologique du système de représentation. Devenu, avec le temps, une science au niveau théorique aussi bien que pratique, l’image s’est dirigée dans de multiples directions, celles que l’artiste a décidé d’explorer.

    La notion d’art englobe un vaste ensemble de points de vue : que l’on cherche à idéaliser pour rendre beau ou au contraire à déranger pour exprimer des sentiments liés à la peur ou à l’angoisse, la représentation picturale a su s’adapter à la pensée humaine dans toute sa diversité et sa complexité.

    Depuis la Préhistoire jusqu’au début du XXeme siècle, l’art a toujours été figuratif, c’est à dire que l’image créée cherche à imiter ce que l’on voit que ce soit d’une manière réaliste ou pas, selon le propos que l’artiste cherche à faire passer. Les sentiments de révolte et d’insatisfaction nés des grands bouleversements sociaux ont modifié cette figuration qui finalement s’écroulera sous les coups de la science.

    La découverte des notions d’infiniment grand et d’infiniment petit imposera au peintre le problème de représenter une réalité que l’on sait mais que l’on ne voit pas.

    Après des siècles de recherches sur la figuration, s’est imposée la nécessité de mettre en image l’idée subjective, invisible.


    Si l’on considère que l’art est né avec l'homme il y a plus d’un million d’années, l’abstraction, elle, n’a que 100 ans. Les deux systèmes de représentation, figuration et abstraction, sont divisés en styles que l’on n'utilisera pas pour emprisoner l’oeuvre dans une classification mais simplement pour aider à mieux comprendre l’évolution de ce langage qu’est l’image fabriquée, fragment de l'histoire des civilisations : l'histoire de l'art.

    L’art est anarchiste car il s’est toujours créé des règles afin de mieux pouvoir s’en libérer. C’est d’ailleurs la raison de sa perpétuelle évolution, de son changement, en douceur ou avec violence.

    La société contemporaine, devenue société de consommation, à fait naître de l’Art, l’art appliqué. De l’artiste est né le graphiste, du dessinateur l’illustrateur. Leur travail est parallèle mais l’influence est réciproque et va quelquefois jusqu’à la fusion des genres. Les moyens modernes liés au numérique n’ont fait que rebondir sur un débat artistique dont l’expression n’est pas prêt de trouver un terme.

    http://www.histoiredelart.net/
     
  2. Mysa

    Mysa Accro

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    Les courants artistiques de la peinture

    Même si tous les artistes ne se sont pas toujours exprimés conformément aux canons des mouvements picturaux de leur époque, la notion de “courant”, à prendre avec précaution et avec distance, permet de regrouper d’une manière schématique les différents langages visuels à travers leurs époques et de distinguer d’une manière générale, les grandes étapes de l’histoire de la peinture.
    Le Gothique, La renaissance, Le romantisme, le réalisme, le surréalisme, le cubisme, le futurisme...
     
  3. Mysa

    Mysa Accro

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    Le Gothique

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    Le mouvement gothique commence à s’étendre en Europe durant la première moitié du XIIeme siècle. Les dimensions colossales de l’architecture religieuse s’épanouissent sur tout le monde chrétien dans un style commun appelé gothique international.

    La sculpture et la peinture, systématiquement porteuses d’un message eschatologique, évoquent en permanence la présence de la mort imminente (au moyen-âge l’espérance de vie était d’une trentaine d’année environ). L’image a avant tout pour vocation d’éduquer le fidèle, qui ne sait alors ni lire ni écrire, en lui transmettant un ensemble de règles civiques et morales qui maintiennent l’équilibre social dans une société où le pouvoir est souvent du côté du plus fort.

    UN LANGAGE AU SERVICE DE LA RELIGION
    Les sujets traités sont tirés de la bible et des évangiles. Les supports sont les livres enluminés, les retables des églises et les vitraux des édifices religieux. Les couleurs sont vives et fortement contrastées, souvent sur fond doré abstrait, cela créant un effet impressionnant chez le spectateur pour qui la couleur est quasiment absente du quotidien. Pour les habitants des villes, la vie au moyen-âge se déroule dans un environnement brun, marron, gris... Les seules touches de bleu, de jaune ou de rouges qu’il pourrait croiser se trouvent dans les vêtements réservés aux nobles et à l’intérieur des églises.

    La narration évoquée dans l’image doit être simple et accessible à tous. Le fidèle habitué à la symbolique des motifs utilisés à l’époque, reconnaît aisément l’objet du tableau. La mise en page se prête même quelquefois à la disposition en cases dans lesquelles le personnage principal est représenté à divers moments importants de son existence. L’unité de lieu et de temps n’apparaîtra dans les tableaux qu’avec la renaissance et l’invention de la perspective linéraire.
    Le réalisme dans le traité des personnages n'est pas le souci du peintre gothique. La ressemblance à un individu particulier est considéré par l'Eglise comme un signe d'orgueil et de vanité, ce qui explique qu'aucun portrait avant celui de Jean II le bon vers 1360 n'ai été retrouvé. Les symboles utilisés suffisent souvent à identifier les figures auxquelles sont attachés les sujets : la croix ou les stigmates pour le christ, l’auréole pour les saints, les clefs pour Saint-Pierre, etc... Leur taille dépend de leur importance sociale ou spirituelle. Le christ, la vierge ou le saint qui font généralement le sujet principal de l’oeuvre sont représentés plus grands que les autres personnages de second ordre.
    L'absence d'éclairage ne permet pas au volume d'exister, les personnages semblent plats et mal intégrés à l'arrière plan. Néanmoins le style gothique apporte une attention particulière au détail décoratif et offre une image au langage doux et agréable à contempler.

    LA REVOLUTION GIOTTO
    Avec le XIVeme siècle apparaissent les premières recherches sur la profondeur mais l’illusion perspective reste fausse. La découverte des règles mathématiques nécessaires à sa construction rigoureuse seront à l’origine du grand bouleversement artistique encore à venir mais qui s'annonce déjà dans la nouveauté stylistique du peintre Giotto : il humanise les personnages en leur donnant un visage expressif. L'utilisation d'ombres dégradées lui permet d'apporter un certain volume qui rend ses figures plus réalistes et plus présentes.

    En Italie, le courant laisse place au style renaissance dès le premier quart du XVème siècle alors que le gothique continu son expression jusqu’en 1500 environ en France et dans les pays du nord de l’europe où la peinture se tourne en douceur vers un style résolument nouveau tout en conservant certains aspects du mouvement finissant.
     
  4. Mysa

    Mysa Accro

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    La renaissance

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    Le courant renaissance couvre une période longue de deux siècles durant lesquels la peinture s’exprime différemment selon la région, l’école picturale ou encore le contexte politico-social. Ce vaste mouvement est généralement divisé en trois périodes : la première renaissance (1400 - 1500), la renaissance classique (1500 - 1520) et le maniérisme (1520 - 1600).
    Le nouveau style s’impose d’abord en Italie dès le XVeme siècle. Dans le reste de l’Europe le gothique international continu de prospérer mais les grands bouleversements sociaux, politiques et scientifiques obligeront l’art à proposer de nouveaux moyens d’expression afin d’établir un langage pictural représentatif d’une époque où les mentalités et les points de vues ont radicalement évolués par rapport au moyen-âge : la prise de Constantinople en 1453 annonce le recul du pouvoir absolu du christianisme sur le monde occidental et la philosophie humaniste naissante amène peu à peu l’Homme au centre des préoccupations à la défaveur de la figure divine qui occupait jusqu’alors la place la plus importante. Cela ne signifie pas que l’homme de la renaissance s’éloigna de la foi catholique, bien au contraire, mais un changement de valeurs est incontestable dans son rapport vis à vis de Dieu.

    La découverte de l’Amérique en 1492 dévoile un monde beaucoup plus vaste que ce que l’on croyait et excite la convoitise et l’ambition des monarques des grands états européens, devenus titulaires d’un pouvoir de plus en plus centralisé. Le pape n’est plus le chef spirituel auquel on vouait une allégeance aveugle mais devient un concurrent que l’on cherche à s’allier ou au contraire à soumettre. Enfin, l’invention de l’imprimerie par Gutenberg vers 1440 va diffuser le savoir jusqu’alors jalousement gardé par le clergé et surtout permettre l’essor de nouvelles idées ou de points de vus scientifiques sans que cela ne soit systématiquement soumis à l’autorité ecclésiastique. Libérés du mode de vie féodal, les européens voyagent de cours en cours, marchands et banquiers investissent des marchés à dimensions internationales. Les artistes, entraînés dans ce mouvement qu’ils servent par le prestige qu’ils apportent à leur commanditaires, se rencontrent, s’influencent, échangent, et reviennent chez eux riches de nouveaux acquis. Les plus doués se voient accorder une gloire et un statut social considérable, ce qui était impensable pour un artisant du moyen-âge.

    LA PREMIERE RENAISSANCE
    Dès le premier quart du siècle, la fracture avec l’ancien système est annoncée, d’abord avec l’invention de la perspective qui propose un schéma de lecture inédit puis avec la redécouverte de l’art antique que l’on cherchera à imiter et à intégrer dans l’architecture, la sculpture et la peinture. Le volume est créé en utilisant des dégradés en clair-obscur et l’ombre portée va ajouter à la mise en place des éléments au sein du décor. L'évolution de la technique permettant un mimétisme fidel du motif vient encore ajouter au réalisme de la nouvelle composition. La soif de savoir apportée par l’humanisme va faire entrer les artistes dans une compétition pour une idéalisation de la beauté en tenant compte des connaissances mathématiques, littéraires, mythologiques et scientifiques. Néanmoins, si les italiens développent un style particulier dès le début du siècle, l’influence septentrionale se fait rapidement sentir. Les marchands italiens ou Brugeois participent à la diffusion des oeuvres nordiques au sud ainsi que les voyages des maîtres flamands appelés dans les cours italiennes. Les studiolos (cabinets privés destinés à réunir des collections d’oeuvres d’art) que possèdent les grandes familles au pouvoir dans les cités-états de la péninsule favorisent également l’ascendant nordique dans la peinture italienne.

    La renaissance, avec l’apparition de la perspective linéaire, va révolutionner la composition picturale et poser les bases de la représentation pour les 5 siècles à venir, jusqu’à ce qu’au XXeme siècle le cubisme et l’abstraction mettent à bas ce système et permettent à l’art d’explorer de nouveaux horizons.
    Après Giotto, les artistes européens se sont posé le problème de représenter l’illusion de la profondeur et de la troisième dimension dans l'espace bidimensionnel du tableau afin de créer des images dont le rendu serait au plus proche de la vision humaine.
    C’est dans ce contexte que les efforts combinés du peintre Masaccio, du sculpteur Donatello et de l’architecte Brunelleschi ont aboutis à la mise en place d’un système mathématique précis : la perspective monofocale centralisée. Dès lors la scène possède une unité de lieu, de temps et d’action. La composition gothique devint du coup inutile et l’image s’exprima à travers un nouveau langage capable de traduire le nouveau mode de pensée dans lequel l’homme, en accord avec la philosophie humaniste, se trouvait non seulement au centre de la composition grâce aux lignes de construction convergeant toutes vers un point de fuite unique mais aussi sujet central, exclusif et absolu du tableau.
     
  5. RedEye

    RedEye - أبو عبدالرحمن - Membre du personnel

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    L'art c'est quoi? une vision? un moment? un mode de vie? une idéologie?
     
  6. Mysa

    Mysa Accro

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    Le Maniérisme

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    Raphaël est reconnu comme celui ayant réussi à atteindre la perfection en peinture. Les artistes de la génération suivante vont devoir trouver une nouvelle manière de s'exprimer. C'est dans le développement de leurs styles personnels qu'ils vont pouvoir proposer un langage pictural différent du classicisme et adapté à une époque ou l'ordre religieux se dirige vers le schisme entre catholiques et protestants.

    La période qui suit les années 1520 connaît une transformation complexe des mentalités. L'art s'y adapte et les peintres, s'ils continuent à copier la nature d'après les bases classiques, s'occupent à réaliser des images dans lesquelles ils intègrent un esprit "artificiel", tant au niveau de la gestuelle des personnage que dans l'insertion de motifs quelquefois insolites.

    
Certains de ne pouvoir faire mieux que Raphaël, les artistes cherchent à s'en démarquer par une manière de peindre qu'ils trouvent dans un déploiement d'artifices de leur invention. Chaque peintre trouve un style qui lui est propre, qui le différencie des autres et qui lui assurre ainsi sa légitimité artistique. Le courant, paradoxal, combine l'invention personnelle de l'artiste avec des codes précis à respecter pour être en accord avec la manière officielle. Il faut imaginer le maniérisme comme une langue commune que chacun parlerait avec son propre accent.

    
La disparition du "plus grand des peintres" n'est pas la seule raison de ce changement. Le maniérisme traduit également les interrogations d'une société qui commence à mettre en place des éléments de réponse au problème religieux qui remet en question l'autorité papale. Cela conduira à la fin du siècle à la contre-réforme et au profond bouleversement social qui s'étendra à toute l'Europe.


    Un goût commun commence à se faire sentir dès la moitiée du XVeme siècle : les proportions mathématiques sont délaissées au profit d'une déformation des corps en hauteur. Michel-Ange et ses rythmes déliés sont repris. La réponse que Botticelli avait apporté avec sa Naissance de Vénus au problème d'équilibre et d'harmonie est appliquée au sujet, quelquefois jusqu'à l'exagération. Cela permet l'apparition d'une ligne "serpentine" (ligne de construction de forme sinueuse) qui devient vite l'identité de la "grande manière". Les couleurs sont souvent froides et les corps s'exposent en contrapposto (torsion du corps selon deux axes opposés) dans une pâleur minérale. Les gestes sont éloquents, figés dans des postures théâtrales. L'éclairage peut perdre son aspect jusqu'alors uniforme pour des effets nocturnes ou orageux. Une attention particulière est apportée au rendu des matières et aux objets décoratifs.



    Dès la première génération maniériste, les florentins s'illustrent par des oeuvres à la plastique résolument tournée vers le nouveau style. Pontormo, élève d'Andrea del Sarto utilise la déformation anatomique dans des peintures où les couleurs acides se cotoient dans des contrastes provocants.
    
Bronzino, peintre à la cour de Florence, intègre aux portraits sa passion pour l'allégorie à travers un style pur au rendu soigné. Avec Parmesan ce sont les déformations d'échelles qui apparaissent pour servir une ambiance aux allures quelquefois surréalistes.
    
La manière italienne rejoint ensuite le nord de l'Europe pour trouver une existence harmonieuse au sein de la tradition picturale flamande. Mabuse, Abraham Bloemaert et les peintres moins connus aujourd'hui de l'école de Haarlem en sont les principaux représentants.
    
En France, François Ier fait appel à des peintres italiens dont l'influence va donner naissance à l'école de Fontainebleau et à son style caractérisé par une préciosité hors du commun.
    
Enfin, c'est à Prague que s'illustre Arcimboldo. Peintre originaire de Milan, il est appelé à la cour du saint empire où il devient l'artiste privilégié des empereurs Ferdinand, Maximilien et Rodolphe II. Ses créations originales composées d'éléments divers proposent une double lecture de l'image. Son exubérance ouvre la voie à de nouvelles possibilités dont les effets se retrouveront d'une certaine manière dans le baroque et même jusque chez les surréaliste du XXeme siècle.
     
  7. Mysa

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    Le Caravagisme

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    Le caravagisme n'est pas réellement un mouvement pictural à part entière mais plutôt une inspiration du style du peintre Michelangelo Merisi dit le Caravage que l'on retrouve chez divers artistes appartenants à des courants différents, notamment baroque et classique.

    Au tournant des XVIeme et XVIIeme siècles, Caravage révolutionne le système de représentation dont les origines remontent au quattrocento jusqu'à son évolution maniériste.
    Le changement majeur apparaît dans l'expression du sentiment de beauté contenu dans l'oeuvre. Caravage ne reconnaît pas la réalité dans la recherche du beau idéal jusqu'alors utilisé durant toute la renaissance. Si les générations précédentes s'appliquaient à recopier la nature le plus vraissemblablement possible, le résultat était toujours emprunt d'un imaginaire destiné à servir un modèle héroïque issu de la pensée néoplatonicienne. Le nouveau sentiment de réalité proposé par Caravage est lié à la représentation fidèle de ce que voit l'artiste : ce qui était suggéré devient clairement identifiable dans l'image. Les corps sont ceux de leurs modèles qu'il soient beaux ou laids, les sentiments ceux des personnages, même s'ils ne maîtrisent plus leurs passions comme à l'époque de la renaissance classique. Les canons esthétiques sont rejetés au profit d'un réalisme sans faille, non pas dans l'attachement au détail à la manière flamande mais à celui de la vie quotidienne, avec sa douleur, sa violence et pourquoi pas sa laideur... C'est une autre conception de la beauté qui voit le jour et s'impose à l'art en lui ouvrant ainsi de nouvelles possibilités.
    La scène est traitée, elle aussi, avec le regard du quotidien : le récit, qu'il soit historique, mythologique ou religieux, est transposé à l'époque contemporaine, intégré à l'architecture, au mobilier et à la mode vestimentaire du XVIIeme siècle. Le contenu sacré rejoint la scène de genre et se fond sans difficulté au décor de la vie de tous les jours.

    L'existence décousue et insociable de Caravage ne lui permis pas de créer une véritable école. Néanmoins la portée considérable de son oeuvre eu un retentissement important sur les peintres du XVIIeme siècle, qu'ils soient attachés au style baroque européen ou au classicisme français.

    Les caractéristiques principales que l'on retrouve dans l'influence caravagiste sont l'utilisation du clair-obscur et l'organisation spatiale qui réduit à rien la distance séparant le spectateur de la scène du tableau. Le premier plan semble venir toucher la surface du tableau, limite du monde de l'image et de celui du spectateur.
    L'expression baroque naissante trouvera son origine dans l'exhibition des sentiments non dissimulés ainsi que dans l'attitude des personnages, figés au cours d'un mouvement ; instant choisi par le peintre pour apporter l'intensité dramatique à la scène.
    L'éclairage, lorsqu'il ne provient pas d'une source difficilement identifiable à l'intérieur même de la composition, est latéral et participe avec violence au modelé des corps. Il crée la pronfondeur sans avoir recours aux artifices de la perspective linéaire. Le fond sombre et l'absence d'arrière plan rend la scène particulièrement intimiste tout en produisant une ambiance dans laquelle l'être humain est porteur d'une destinée ombrageuse aux accents souvent pessimistes.

    Grâce à son habileté à représenter le quotidien de son époque à travers un langage nouveau, le caragavisme aura contribué à redonner ses lettres de noblesse à la peinture de genre, jusqu'alors quasi absente du répertoire italien, et à mettre en place un système résolument tourné vers une époque bien troublée, si on la compare à la période pleine d'optimisme que fut la renaissance.
     
  8. Mysa

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    Le Baroque

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    Identité artistique d’une époque, le courant baroque réunit des styles différents, souvent propres aux artistes et à leur origine. La remise en question du langage maniériste trouve sa réponse à travers un message essentiellement religieux au sein de l’Europe catholique ou, au contraire, dans un style qui réussit à s’adapter à l’iconoclasme protestant.

    GENERALITES
    Le terme baroque qui signifie bizarre ou grossier est un mot péjoratif qui sera utilisé par les artistes du XIXeme siècle pour désigner l’art qui évolua entre 1600 et 1720 environ. Si le langage pictural propose une nouvelle syntaxe visuelle ce n’est pas une rupture radicale par rapport au siècle passé mais plutôt une évolution des codes de représentations à travers une mise en page innovante et un vocabulaire original.
    Les libertés prises au XVIeme siècle dans la déformation des corps et l’aspect superficiel dans le rendu des sujets provoquent une réaction des artistes à contre-sens du maniérisme. Néanmoins, le ton annoncé par Corrège et Barocci à travers une peinture qui se veut plus convaincante que purement esthétique est repris jusqu’à devenir la base de l’expression nouvelle.
    A cela vient s’ajouter la naturalisme du Caravage qui connut dès le début du XVIIeme siècle un très vif succès pour son éclairage, ses cadrages insolites et son réalisme mordant.
    A contrario, les Carrache reviennent à une peinture au contenu idéalisé inspirée par les maîtres de la renaissance classique.

    La fusion de ces tendances devient, selon la sensibilité des artistes et leur attachement plus ou moins marqué à l’un de ces styles particulier, le mouvement baroque. La diagonale remplace la construction en triangles imbriqués et l'équilibre sage de l'horizontale et de la verticale de la renaissance. L'éclairage se veut changeant. Des persées lumineuses sur fond de ciel sombre font leur apparition dans le paysage pour provoquer des zones contrastées entre ombre et lumière. Les personnages sont dorénavant en mouvement, pris dans le vif d'une action. Du coup la narration se fait au présent et ne contient plus l'exhaustivité d'un message compris dans le regroupement de symboles comme par le passé. Les états de l'âme s'affichent sur les personnages, le divin reste mystérieux et invite à la réflexion. Cela correspond bien aux mentalités du siècle où, avec la disparition de l'humanisme, l'homme se pose à nouveau les questions quant à son existence et sa relation à Dieu. La mort, la souffrance, l'humilité de la vie quotidienne sont les sujets de prédilection du baroque.
    Partout en Europe l’art utilise le nouveau langage en s’adaptant au contexte social et religieux : l’Italie et l’Espagne servent la contre-reforme, l’Europe du nord s’applique à plaire à une société bourgeoise qui pose les bases du capitalisme moderne et la France trouve l’image qui correspond à l’étatisme absolu de ses rois dans la diffusion du classicisme.


    LE BAROQUE EN ITALIE
    La vocation religieuse de l’art baroque en Italie s’appuie sur des événements qui eurent lieu au siècle précédent avec pour objectif de servir la contre-réforme dans sa lutte contre le protestantisme : le Concile de Trente (1542 - 1563) qui définit pour les arts plastiques la charge d’exprimer la foi catholique et la création de l’ordre Jésuite dont la mission est de reconvertir à la foi romaine les adeptes de la religion réformée. A contre pied de la pensée luthérienne qui prône la sévérité et la sobriété, la peinture italienne doit dès lors convaincre le fidèle de la grandeur de Dieu par des effets impressionnants, éblouissants, bouleversants... Les expressions et attitudes des personnages montrent les sentiments intérieurs, les passions de l’âme, l’extase religieuse exacerbée. Cette peinture théâtrale est servi notamment par le Guerchin, Pierre de Cortone ou encore Andrea Pozzo. Triomphante, l’image jaillit de son cadre et vient se fondre à la sculpture et à l’architecture sur les plafonds des édifices religieux. La technique du trompe-l’oeil se développe et atteint une précision saisissante.

    Rome est devenue la capitale européenne de l’art où se côtoient des artistes de tous les horizons.
    L’apparition des premières académies de peinture vont contribuer à la création et la diffusion des styles et des techniques. A Rome, vont apparaître les tendances qui vont influencer l’art de tout le monde occidental.
    En premier lieu c’est le passage du Caravage qui va permettre au langage pictural de se tourner vers une grammaire inédite : réalisme dans le traité comme dans l’action représentée, utilisation d’une lumière en diagonale capable d’envelopper le sujet en créant le volume à partir de l’ombre et surtout sa contribution à donner à la scène de genre ses lettres de noblesse. Paradoxalement, à cela vient s’ajouter le travail d’Annibal Carrache et de Guido Reni qui s’oppose farouchement aux nouveautés caravagesques. Leur style revient à un certain intellectualisme avec le retour au modèle antique et à la maîtrise technique de Raphaël et de Michel-Ange. De cet aspect stylistique naît le classicisme qui sera surtout exploité par les peintres français tels que Nicolas Poussin ou Claude Lorrain.
     
  9. Mysa

    Mysa Accro

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    Le classicisme

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    le classicisme caractérise l'école de peinture française du XVIIeme siècle. En réponse aux extravagances du baroque, le mouvement s'inspire des maîtres de la renaissance classique et devient un langage pictural au service de la monarchie absolue.

    Le classicisme puise ses racines en Italie dans le travail d’Annibal Carrache qui, à l’opposé de Caravage, renoue avec la tradition classique de la renaissance. Désireux de revenir à une peinture débarrassée des futilités de l’épisode maniériste, Carrache revient aux influences de l’antiquité et à une conception idéalisée de la beauté qu’il étend au genre du paysage. Son style est repris par ses élèves Guido Reni et le Guerchin qui sauront l’utiliser dans des oeuvres éclectiques où se mêlent la sagesse classique et le mouvement baroque.

    Contrairement au baroque qui recherche le débordement et le mouvement, le classicisme offre une composition claire et ordonnée dans laquelle le massage s’énonce de manière évidente et sans détour. La composition est souvent fermée, c'est à dire que la scène est entièrement contenue à l'intérieur du cadre, contrairement à la composition ouverte du style baroque dans laquelle motifs et personnages sortent de la surface de la toile. La mise en page préfère la construction selon des lignes verticales ou horizontales, ce qui donne à l'image un aspect serein et rigoureux.
    La politique de contre-réforme menée par les jésuites ayant trouvé son expression avec le baroque, c’est en France que va pouvoir s’épanouir et se développer le style initié par Annibal Carrache.

    La monarchie absolue mise en place par Louis XIII et Louis XIV a permis à la France de devenir l’état le plus puissant d’Europe. Pour garder son influence sur le peuple et les souverains étrangers, le pouvoir français choisi de s’afficher à travers une image qui le présente au sommet de sa puissance, droit et tout en mesure. Le paraître devient l’élément primordial dans la communication et l’attitude de la société de cours. Versailles en est le meilleur exemple : les caisses de l’état sont vides et le peuple s’appauvrit mais le roi se présente aux yeux du monde entier dans le luxe et la magnificence. Le classicisme, par sa rigueur et sa capacité à exalter les valeurs morales, répond parfaitement aux besoins de représentation de la politique française et devient par là même le "grand goût" imposé par l'académisme.

    Nicolas Poussin est la figure majeure du courant. il commence très jeune sa carrière de peintre et s'installe à Rome à partir de 1624. Au contact du travail des italiens il développe son propre style caractérisé par une grande rigueur dans la composition et des sujets, souvent inspirés de la mythologie et de l'histoire romaine et chrétienne, dans lesquels il apporte une réflexion sur l'homme, la morale héroïque et la nature.
    Comme Poussin, Claude Lorrain fait carrière à Rome. Il contribue à donner ses lettres de noblesse à la peinture de paysage. L'univers idéalisé qu'il propose est construit à partir d'éléments empruntés à la réalité. La lumière donne les valeurs colorées, chaudes ou froides, à l'ensemble de l'œuvre selon l'atmosphère et le climat ambiant. Cet apport influencera plus tard les peintres de paysage romantiques ainsi que les impressionnistes qui feront de la lumière la donnée principale de leur système de représentation.

    En France, Charles Le Brun est le peintre officiel de la cour de Louis XIV. Elève de Simon Vouet et fortement influencé par le travail de Nicolas Poussin il exprime dans sa peinture des sentiments héroïques et dramatiques. Chargé de décorer le Louvre et les châteaux de Vaux-le-Vicomte et de Versailles, il met son art au service de la monarchie en exaltant la grandeur du roi.
    Dans un classicisme très différent, Louis Le Nain représente la vie des paysans français du XVIIeme siècle. Là encore l'idéalisation classique fait de ses modèles des personnages dignes et emprunts de noblesse qui contraste avec une réalité bien moins reluisante concernant les gens du peuples, miséreux, hirsutes et fatigués par une existance souvent pénible à supporter.
    Georges de La Tour s'exprime dans une peinture personnelle et affranchie des codes de ses contemporains français. Proche artistiquement du Caravage, il propose des images au contenu spirituel et moral. La simplification des formes qu'il recherche font de ses peintures des oeuvres paisibles dont le relief jaillit d'un éclairage perçant au sein d'une ambiance nocturne.
     
  10. Mysa

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    Le rococo

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    Né de la fusion du style rocaille français et du baroque tardif italien, le courant rococo de diffuse à travers l’Europe entre 1725 environ et la révolution française. Langage d’une époque consciente de sa gloire à jamais passée et de son déclin, l’image rococo refoule les angoisses d’une société sous des apparences de légèreté, de gaieté, de lumière et de transparence. L’attention est à la fuite loin du réel devenu dérangeant, faute d’avenir certain. L’illusion est le maître mot du courant. A la fin du siècle le rococo s’effacera pour laisser place au néo-classicisme d’une part et au romantisme de l’autre.

    FRANCE : LE STYLE ROCAILLE ET LA NAISSANCE DU ROCOCO
    A la mort de Louis XIV, l’art se libère de la sévérité du classicisme pour évoluer vers des formes plus précieuses où le mouvement retrouve son importance. Encouragé sous la régence de Philippe d’Orléans puis sous le règne de Louis XV, le goût rocaille et le rococo se font les témoins d’une société devenue légère et libertine. Profitant d’un absolutisme déjà en place, le nouveau roi et sa cours s’abandonnent aux plaisirs du corps et de l’esprit : fêtes galantes et salons littéraires sont devenus les occupations quotidiennes d’une aristocratie consciente de son agonie mais qui refuse de regarder la réalité en face.

    Le style rocaille s’applique au mobilier ainsi qu’à la décoration de l’architecture. Les éléments d’ornementation reprennent les motifs des grotesques de la renaissance : masques, feuilles, coquilles, dragons, ailes de chauve-souris, dauphin etc... La composition générale reprend la ligne serpentine, la spirale et les effets d’enroulement.

    La peinture abandonne l’ouverture et la fusion au décors cher au baroque. Elle retrouve ainsi son identité propre où la fantaisie et le soin apporté à la mise en scène remplacent l’équilibre juste et fragile du siècle précédent.
    L’influence du théâtre est extraordinairement présente dans la peinture rococo. Composition et mise en place des personnages, postures et déguisements : l’ensemble témoigne d’une volonté de montrer le monde non pas tel qu’il est, mais tel que l’on se persuade qu’il est. Le thème de l’Arcadie (lieu imaginaire idéal tiré de la mythologie latine ou règnent sagesse, bonheur et justice) retrouve une place privilégiée ainsi que l’exotisme des pays lointains. Le goût des collectionneurs est aux sujets galants, érotiques et libertins dans lesquels on retrouve nymphes, dieux païens, satyres...
    Les genres sont mélangés : la mythologie côtoie la religion, le tout intégré à l’époque contemporaine. Les peintres s’intéressent aussi bien à représenter l’aristocratie que le peuple avec un engouement particulier pour les représentations bourgeoises. Ce nouveau goût pour les sujets singuliers peut se comprendre comme une annonce de la future abolition de toute hiérarchie sociale.

    Les fêtes galantes versaillaises sont les sujets principaux des peintres français. Watteau les peints tout en mélancolie. Boucher, influencé par la clarté du style italien, donne une ambiance érotique à ses peintures. Fragonard installe les sentiments amoureux aussi bien dans ses portraits que dans des scènes mythologiques ou des paysages.
    Chardin préfère mettre une émotion intime dans des scènes de genre et des natures-mortes, domaine dans lequel il atteint l’excellence.

    Maurice Quentin de la Tour se spécialise dans le pastel, technique particulièrement apprécié par le public de l’époque en raison de son rendu d’une grande douceur et de son aspect vaporeux ainsi que de sa rapidité d’exécution qui permet au trait de suggérer certaines expressions volées lors d'un instant au modèle.
    Le pastel devient rapidement la marque de fabrique de nombreux artistes qui ne s’expriment quasiment plus que par cette technique : Liotard, Perronneau, Rosalba Carriera...

    LA CRITIQUE : UN ACTEUR DESORMAIS INCONTOURNABLE
    Au XVIIIeme siècle le public peut rencontrer le travail des peintres qui ont la chance d’exposer au Salon. Avis et jugement des uns et des autres sont au centre des discussions. Lorsque certains se spécialisent dans ce domaine (le philosophe Denis Diderot par exemple), cela donne naissance à la critique d’art, institution qui depuis fait partie intégrante de la vie artistique.
    La critique, porte parole du goût du public, définie l’académisme et les directions à suivre. Compositions claires à la lecture simple et évidente sont de rigueur. La supériorité est donnée au dessin par rapport à la couleur. L’imitation de la nature se fait par l’étude de l’antiquité.
    Les peintres peuvent choisir de s’y tenir et atteindre ainsi la reconnaissance de leur vivant, ou au contraire de s’y opposer et peindre en marge de la tendance imposée. Les premiers donneront naissance au style néo-classique, les seconds au romantisme.
     
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    Le néo-classicisme Kauffmann - Jeune bacchante - détail

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    Image d’un nouveau pouvoir, le néo-classicisme réagit aux extravagances du rococo par un retour au modèle antique et au beau idéal. Fantaisies et imagination sont abolies au profit de la sévérité, de la vertu et du patriotisme.

    Dès la moitié du XVIIIe siècle, la tendance au retour au style vrai se fait sentir. Les premiers critiques d’art s’élèvent face au rococo qui n’hésite pas à mélanger les canons classiques afin de représenter ce que les philosophe considèrent comme « perversions du coeur et de l’esprit ». En France, l’esprit festif du siècle de Louis XV entraîne pour certains une nostalgie du grand siècle de Louis XIV.

    Partout en Europe l’ascension sociale de la bourgeoisie et du pouvoir économique qu’elle met en place favorise le goût pour un style dans lequel la rêverie et les sentiments poétiques n’ont plus leur place. La réflexion artistique et les discussions philosophiques appartiennent à un monde trop éloigné d’un quotidien fait de travail, d’effort et de spéculation.
    Pour les bourgeois, faire réaliser son portrait n’a d’autre objectif que de s’affirmer socialement à l’égal d’une noblesse qu’ils exècrent. Ils s’y veulent débarrassés de sentiments humains liés à la passion, emprunts d’un pouvoir qu’ils se sont forgés à la force de leur labeur : vertu, force morale, domination des émotions.
    A cela s’ajoute un fort sentiment patriotique qui s’affirme en Angleterre, en France et en Allemagne. L’image doit proposer un message direct facilement compréhensible, sans artifice. Si la nature est copiée, elle est fortement idéalisée afin de servir la cause qu’elle a choisie de servir.

    L’art antique est ré-interprété avec les yeux des lumières : la recherche de l’esprit de liberté et d’un modèle du vrai. La sculpture grecque est l’idéal esthétique à imiter.

    Jacques-Louis David est le plus représentatif du néo-classicisme de la fin du XVIIIeme siècle. Ses études académiques à Paris et à Rome lui donnent ce style rigoureux et intransigeant qui influence les artistes de son époque. Son langage n’a qu’un objectif : émouvoir la moralité publique à travers des messages ventant la noblesse d’âme, le stoïcisme et le patriotisme.

    Le vocabulaire néo-classique se doit d’être compréhensible et à la portée de tout le monde. Pour cela, la mise en page privilégie l’économie de moyens, sans artifice.
    Le premier plan suffit souvent à la lecture du message énoncé : l’imbrication de l'historia, au sens albertien du terme, dans les différents plans en profondeurs et les imperceptibles transitions, comme le faisaient les grands génies de la renaissance ou du baroque, n’ont plus leur place dans cet esprit sévère qui préfère la morale à la spiritualité et qui du coup, suppriment tout rapport entre espace et valeur narrative.

    Après David et les années de terreur post révolutionnaires, c’est son élève Jean-Auguste-Dominique Ingres qui donnera le ton à la tradition néo-classique en rendant la composition plus subtile tout en affirmant la supériorité du dessin sur la couleur. En cela, il exprime un langage totalement opposé à celui de Delacroix et des peintres romantiques.

    La tradition classique évoluera pendant le première moitié du XIXeme siècle sous le nom d’académisme, également appelé art pompier. Cependant la recherche inexorable d’un modèle vrai ne peux plus correspondre à une société qui va passer en quelques années aux temps modernes.
    L’imitation du modèle antique a déjà exploré toutes les possibilités qui étaient les siennes au cours des 4 siècles précédents. L’académisme ne proposera plus rien d’autre que quelques soubresauts d’un style mourant, incapable d’émotion.
    L’image va désormais laisser la place à un langage nouveau, ou plutôt à une multitude de langages nouveaux qui vont désormais tenir compte de l’imagination, de la science, de l’inconscient et des sentiments jusque là absents de la peinture : la peur et l’angoisse, dont le romantisme à déjà commencé à en faire sa matière.
     
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    Le romantisme

    D’abord courant littéraire et musical, le romantisme apparaît en peinture comme mode d’expression de sentiments intérieurs, ceux-là mêmes que le rococo s’appliquait tant à dissimuler, mais désormais assumés au point d’en devenir l’objectif principal de l’artiste, au point de surpasser si besoin l’aspect esthétique de l’oeuvre.

    L’art romantique est le langage artistique d’une société qui se cherche dans une pensée nouvelle après avoir tué l’ancienne, se reconstruit entre empires, monarchies et républiques, s’affole dans une révolution industrielle sans en maîtriser le développement. La passion du baroque et la frivolité du rococo ont laissé la place au doute et les artistes l’expriment chacun à leur manière, sans style commun, ou plutôt avec chacun son style. Certains privilégient le dessin, d’autres la matière et la touche, d’autre encore la couleur.

    A contre courant de l’académisme, le romantisme utilise un vocabulaire jusqu’alors inexploré : le rêve, la folie, le doute, la peur, l’angoisse de n’être rien face à une nature déchaînée, paradoxe d’une époque qui invente la machine pour mieux la dominer. Le peintre romantique ne cherche plus à répondre à une commande. Il peint. Son imagination et son besoin d’expression dirigent son travail, quitte à déplaire et à être rejeté par les officiels. Le mythe du peintre maudit naît à cette époque : le génie est incompris car en avance sur son monde, misérable mais libre.


    LE PRE-ROMANTISME
    Alors que le style néo-classique atteint son apogée à la fin du XVIIIeme siècle, un artiste espagnol, Francisco Goya, décide de peindre de manière non académique afin d’exprimer sa vision personnelle du monde. Il annonce ainsi le courant romantique à venir.

    Après avoir servi la cour d’Espagne comme peintre officiel, Goya atteint une maturité artistique dans l’expression des sentiments par la déformation des corps, une forte présence de la matière et une touche dont la force et la vigueur s’affranchissent de tout réalisme académique. Il représente la folie meurtrière, l’horreur de la guerre et la désillusion de la nature humaine. Et c’est justement grâce à son style non académique qu’il arrive à faire ressentir au spectateur toute la puissance de son message. L’angoisse et la peur, sujets nouveaux, n’auraient pu être représentés si brillamment avec les traits du réalisme ou de l’esthétique idéalisée façon Poussin ou Raphaël. Goya s’est appliqué à représenter des sujets que l’on ne peut pas voir mais qui sont pourtant bien réels tout en inventant un style qui rendait cela possible.
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    L'ART ROMANTIQUE
    A la suite de Goya, des artistes de toute l’Europe se tournent vers le style romantique, qui en réaction aux canons académiques néoclassiques, s’approprie des sujets nouveaux comme le fantastique, issu de la littérature populaire, dans une ambiance et une esthétique mêlant mélancolie, pathétisme et sentiments de nostalgie envers l’idée que l’on faisait alors du l’époque médiévale.

    La première génération de peintre est marquée en Allemagne par Caspar David Friedrich et sa peinture aux paysages emplis d’intériorité et d’étrangeté d’où s’échappe un fort sentiment de solitude, du doute du croyant dans un monde qui semble abandonné de Dieu.

    En Angleterre William Blake et Heinrich Füssli peignent des visions de leur univers intérieur en créant un monde visuel fantastique tant au niveau de la forme que du contenu.
     
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    L'orientalisme

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    L’orientalisme n’est pas un mouvement pictural proprement dit. C’est plus un sujet, une inspiration, qui regroupe au XIXeme siècle des peintres aussi bien de style romantique que néo-classique.

    Les thèmes représentent le monde arabe, Constantinople, le proche-orient. Les scènes s’attachent à l’exotisme de la vie intime des harems, aux guerriers héroïques, aux villes d’un monde mythique que l’on redécouvre alors. Tout cela interprété et idéalisé à travers la vision occidentale de l’époque.

    Ce sont les campagnes napoléoniennes en Egypte qui ont ouvert à la voie à l’engouement occidental pour l’orient. L’idée que l’on s’en fait véhicule un imaginaire construit sur le mystère de cet autre monde que l’on souhaite merveilleux et luxueux. Les artistes sont séduits par cette culture nouvelle (à leurs yeux) et la racontent en peinture à l’aide de motifs inspirés de l’art arabe et de l’univers des Milles et une nuits.

    Delacroix ramène de ses voyages au Maghreb un emploi nouveau de la couleur pour retranscrire la luminosité si particulière à l’Afrique du nord.
    Il peint les guerriers et leurs chevaux dans des mouvements fougueux qu’il rend de manière éclatante par une touche emportée et une matière puissante, des paysages, des scènes de la vie quotidienne, des récits bibliques de l’histoire assyrienne racontées avec l’imaginaire et les motifs de son époque.

    Ingres et Chassériau interprètent l’orient à travers leur style néo-classique, avec idéalisation. Les femmes sont un sujet privilégiées et sont présentées tout en mystère et avec une sensualité allant jusqu’à l’érotisme.

    L’inspiration de l’orient continuera encore longtemps dans la peinture occidentale sous d’autres formes mais l’enthousiasme du XIXeme siècle s’effacera pour laisser place à des courants dont l’interrogation sera plus portée à la réalité sociale et politique avec le réalisme et purement pictural voir scientifique avec l’impressionnisme.
     
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    Les Préraphaélites

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    Le XIXeme siècle anglais est dominé dans la peinture, par l’Académie Royale qui défini ce que doit être l’art et à quoi il doit ressembler. En 1848 un groupe de jeunes peintres remettent en question les principes enseignés et forment la Confrérie préraphaélite avec l’intention de revenir à une peinture plus proche de la nature, non formatée et en quête de perfection tant au niveau de la forme que de l’expression.

    La peinture est enseignée sur le modèle classique italien dans lequel le peintre Raphaël fait figure de référence. Lorsque que trois peintres décident de former un groupe portant le nom de préraphaélite, ils affirment leur volonté de revenir aux styles antérieurs à la renaissance classique : le gothique, pour sa pureté spirituelle qu’ils considèrent comme perdu à leur époque, et les styles primitifs flamand et italien de la première renaissance pour leur représentation réaliste de la nature.

    Le groupe initial se forme autour des fondateurs John Everett Millais, William Hunt et Dante Gabriel Rossetti. Même si l’inspiration leur vient du passé, leur démarche est avant tout avant-gardiste et politiquement contestataire. La tradition et l’esprit victorien fait figure de modèle à ne pas suivre. Leur style d’un extrême réalisme est souvent créé d’après nature, l’invention récente du tube de peinture leur permettant de sortir de l’atelier et de peindre en plein air. L’habitude de peindre en extérieur sera reprise par le groupe français qui donnera bientôt naissance au mouvement impressionniste.
    Le style préraphaélite est caractérisé par une abondance de motifs et de détails présents sur la totalité de la surface du tableau. Les couleurs sont vives, lumineuses et contrastées. La perspective n’est utilisée qu’avec parcimonie voire quasiment absente de certains tableaux et la représentation des corps s’autorise la liberté de ne pas respecter les strictes règles anatomiques si cela peut servir la composition générale.

    Dès leur première exposition en 1849 à la Royale Académie l’accueil du public se fait plutôt favorable envers ce style nouveau mais néanmoins imprégné d’esprit médiéval. Même si les plus conservateurs rejettent le groupe de jeunes peintres, le succès se fait rapidement sentir et les préraphaélites acquièrent une première clientèle.

    Le groupe se dissout dès 1852 mais se reforme presque aussitôt. Le mouvement entre alors dans sa deuxième phase et réunit toute une génération de peintre influencé par le premier préraphaélisme. Les principaux acteurs du nouveau groupe qui rejoignent Rossetti sont William Morris et Edward Burne-Jones. Les tableaux peints durant cette période s’éloignent de l’esprit originel de la première Confrérie Préraphaélite pour privilégier l’esthétisme où le motif purement décoratif prend le pas sur le réalisme si cher à l’idéal des premiers fondateurs.

    En 1861 William Morris fonde une entreprise, La Firme, dont la production se concentre sur les arts décoratifs : peinture, illustration, vitrail, tapisserie, ferronnerie etc... Il est suivit par Burne-Jones, Rossetti et Brown dont les productions influenceront le graphisme anglais du début du XXeme siècle.
     
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    L'Ecole de Barbizon

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    Comme pour les artistes réalistes, la volonté de représenter ce que l’on voit en débarrassant l’œuvre de toute référence liée à l’imaginaire romantique se fait sentir chez un groupe de peintre spécialisé dans la peinture de paysage.

    Théodore Rousseau s’installe dans les années 1830 à Barbizon avec l’objectif de peindre la nature directement sur le vif, telle qu’elle est, dont l’ambiance est donnée par la lumière et le climat et non plus par l’atmosphère intérieure et fantastique que les peintres romantiques mettaient en scène dans leurs tableaux. Ce rapprochement à la nature est une réaction du peintre face au développement de l’industrialisation de son époque.

    Il est rejoint à Barbizon par des peintres comme Charles-François d’Aubigny, Constant Troyon, Narcisse Diaz de la Pena, Jules Dupré, Jean-François Millet… Camille Corot peut également être considéré comme étant proche de l’Ecole de Barbizon même s’il n’a pas réellement fait partie du groupe.

    L’inspiration du groupe de Barbizon provient de la peinture de paysage anglaise, réinventée au début du XIXeme siècle par Turner et Constable. L’abandon de l’idéalisation que la tradition picturale préconisait jusqu’alors, au profit de la sensation face à la réalité d’une nature à la lumière changeante, a permis à Rousseau et à ses compagnons d’apporter à la peinture française une conception nouvelle qui influencera bientôt en profondeur le futur groupe des impressionnistes à partir des années 1870.
     
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    Le réalisme

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    En voulant être de son temps et en rejetant les sujets historiques, le réalisme représente la vie quotidienne en France sous la deuxième république et le second Empire. Animé par sa proximité aux idées socialistes de l’époque, le courant se veut une controverse tant idéologie qu’artistique.

    Alors que la contestation picturale est portée en Angleterre par les préraphaélites elle est, en France, exprimée par une génération d’artistes désireux de moderniser l’art, non pas en rejetant le passé, mais en redéfinissant sa culture, son styles et ses objectifs. Pour le première fois l’idée de futur et le questionnement sur l’évolution de la société se fait sentir dans l’image. La peinture d’histoire ne montre plus que de l’histoire contemporaine. Les références au monde intérieur et à la psyché chère aux génies romantiques sont abolies à la faveur d’une réalité uniquement visible. L’art est devenu le témoin d’une époque tiraillée entre nostalgie du passé, traditions, évolution sociale et progrès techniques que l’on ne peut plus arrêter.

    Gustave Courbet dès 1850 s’exprime dans un style que l’on qualifie alors de réaliste. Il se détache, mais sans rejet radical non plus, du romantisme qu’il considère comme une frivole expression de "l’art pour l’art". Sa recherche s’oriente vers une peinture vivante dans laquelle l’homme redevient l’être humain d’une réalité qu’il oppose à l’imaginaire romantique.

    Autodidacte des ateliers libres du Louvre Courbet s’écarte du style de Delacroix sans chercher à s’intégrer dans les courants de son époque. Son esprit traditionnel font de lui un peintre parfaitement intégré à son époque mais sans être avant-gardiste même s’il rompt volontairement avec ses contemporains. L’enterrement à Ornans qu’il présente en 1851 est, comme les œuvres romantiques, une toile aux dimensions impressionnantes (3,14 x 6,63 m) mais sa composition est plus désordonnée, les couleurs moins contrastées et le sujet, commun, ne possède rien de l’audace et de la vaillance propre au romantisme. Les paysans présents dans cette scène de la vie courante sont représentés tels qu’ils sont, sans interprétation artistique, parmi lesquels les membres de sa propre famille.
    Courbet, socialiste de la deuxième république, est encore fortement rattaché à l’esprit catholique présent dans les campagnes françaises de l’époque mais après la commune de 1871 il deviendra profondément anticlérical et reniera l’esprit religieux qui flotte sur l’Enterrement à Ornans.

    Si Courbet s’attache à peindre la bourgeoisie provinciale, Jean-François Millet préfère montrer la pauvreté des paysans sans aucun rattachement à une idéologie politique. Il fréquente à ses débuts l’Ecole de Barbizon puis trouve son style dans lequel l’esprit fataliste côtoie la délicatesse et la sentimentalité. Les hommes et les femmes de ses tableaux sont les derniers témoins d’une époque déjà révolue, transformée par la machine de la révolution industrielle.

    Manet propose une approche différente dans sa production liée au réalisme. Il a étudié les grands maîtres de la renaissance mais sa manière s’attache plus à une recherche de la sincérité du sens et du fond plutôt qu’à une perfection de la forme. Comme Courbet, l’engagement politique est chez lui un élément essentiel de sa production artistique. Dans son tableau l’Exécution de Maximilien, il s’en prend à Napoléon III qui censurera l’œuvre et interdira sa présentation.

    Le courant s’exporte aux Etats-Unis à partir de 1865, après la guerre de Sécession. Là aussi, les peintres représentent la réalité de la vie quotidienne dominée par l’inquiétude liée à la formation d’une nouvelle identité nationale. L’importance donnée à certains objets anodins du quotidien deviendra une des caractéristique de l’image américaine.
     
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    L'impressionnisme

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    Avec leur volonté de représenter le motif en fonction de la lumière et de ses effets, les impressionnistes remettent en questions les principes artistiques qui définissaient jusqu’alors la représentation picturale. L’impressionnisme ne cherche pas le sens mais la forme, qu’il réinvente en peignant l’instant selon les lois scientifique de la perception visuelle, en utilisant la couleur comme seul outil de composition.

    UN GROUPE DISSIDENT
    Des artistes, en marge de l’art officiel de la seconde moitié du XIXeme siècle, créent en 1863 le Salon des refusés, qui rassemblent les peintures qui ne sont pas admises au salon officiel. Principal vecteur entre les artistes et le public, le Salon officiel permettait la célébrité et l’accès au marché de l’art aux peintres qui respectaient les conventions académiques de l’époque.

    En plus du Salon des refusés, le groupe qui deviendra bientôt connu sous le terme d’impressionniste (nom attribué de manière péjorative par un critique d’art regardant le tableaux de Monet Impression, soleil levant) décide d’organiser des expositions indépendantes. L’académie crie au scandale et les critiques attaquent avec violence le style présenté par le groupe. Néanmoins les cercles cultivés et intellectuels adhèrent rapidement à cette peinture nouvelle, à sa texture brute et épaisse, à son rendu “non fini“ qui s’attache à traduire une impression plutôt qu’à rechercher la perfection réaliste du dessin.

    Si les impressionnistes sont en marge de l’art officiel et incarnent la révolte picturale de leur temps cela est totalement indépendant de leur volonté. Ils font une peinture qui s’adresse à la bourgeoisie. Leur univers est calme, joyeux, léger, insouciant. Il peignent des scènes de la vie quotidienne avec le souci de créer une "vérité visuelle" qui tient compte de la lumière et de ses effets sur les motifs qu’ils intègrent à leurs compositions. Le sens philosophique de la scène, les sentiments ou l’introspection n’est pas leur propos.

    C’est en fait une autre forme de réalisme que les premiers impressionnistes, Monet et Renoir en particulier, cherchent à mettre en place à la fin des années 1860, sans toutefois figer leurs innovations dans une quelconque théorie esthétique.

    Les impressionnistes reprennent aux réalistes l’idée de ne peindre que des sujets contemporains et ils y ajoutent leur volonté de les représenter tels qu’ils les perçoivent à l’endroit et à l’instant où ils les réalisent leur tableau. Cela est rendu possible par l’apparition récente du tube de peinture souple qui permet aux artistes de sortir pour aller peindre hors de l’atelier.
    L’invention de la photographie a également joué un rôle dans l’art du XIXeme siècle grâce la possibilité qu’elle offre pour imaginer de nouveaux cadrages mais surtout dans le fait que l’image fige le motif à un instant précis, gardant sur l’image les effets atmosphériques présents lors de la prise du cliché ; effets qui auraient été supprimés par la volonté d’idéalisation des peintres académiques.
     
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    Le cubisme

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    L'inspiration première vient de l’œuvre de Cézanne qui transforme la vision en volumétrie concrète. Braque et Picasso en créant le courant cubisme abolissent la perspective, principe fondamental de la peinture depuis la renaissance. Dès lors le spectateur est confronté à une image dont il peut faire le tour sans avoir à ce déplacer : la troisième dimension entre dans l'espace bidimensionnel.

    APRÈS CÉZANNE
    Cézanne remet en question la perception en perspective issue de la Renaissance Italienne. Il déforme les volumes et les plans, quitte à créer de « fausses perspectives ». Dans ses natures mortes, on peut observer simultanément différents points de vue et des décalages de plans. Par exemple, la table est montrée vue du dessus, alors que les fruits sont représentés vus de face. Il n’hésite pas à s’éloigner de la « justesse » du dessin, et à déformer les choses, si cela peut servir sa composition et mettre en valeur tel ou tel contraste qui l’intéresse, ou s’il veut mettre en avant une forme particulière.
    Il aboutit aussi dans ses compositions à une grande simplification des formes et des surfaces colorées, de plus en plus géométriques, qui s’éloignent de la représentation réaliste de la peinture classique.

    REPRÉSENTER CE QUE L'ON SAIT
    Suivant la voie ainsi ouverte Georges Braque et Pablo Picasso, les premiers, ont la volonté de représenter l’objet tel qu’il est, dans sa globalité, dans son intégralité, et non tel qu’on le voit de manière directe, c’est-à-dire du seul point de vue de notre oeil. Il y a donc une rupture radicale avec la représentation perspective à point de fuite de la Renaissance qui présente la scène de manière réaliste à partir d’un point de vue unique qui correspond à celui de notre regard.

    Les cubistes veulent montrer ce qui fait l’essence d’une chose, la montrer dans son intégralité. Ils veulent montrer tout ce qui peut caractériser une forme, même si dans la réalité, on ne peut pas le percevoir simultanément. Par exemple, ce qui caractérise une tasse, c’est la anse que l’on voit quand on l’observe de face, l’ellipse qui se dessine quand on la regarde d’au-dessus, et la forme du récipient lui-même vu de profil.

    Le cubiste, va chercher à montrer l’essentiel de ce qu’est une tasse, en représentant ces différentes caractéristiques, ces différents plans, simultanément sur le plan de la toile, même si cela ne correspond pas à ce que l’on peut observer dans la réalité. Ce principe est appliqué aux objets comme aux personnages.
    Cela fait penser aux représentations égyptiennes dans les hiéroglyphes, qui, pour signifier la chose en montrent les éléments caractéristiques et essentiels, même s’ils ne se situent pas nécessairement sur un même plan dans la réalité : pour montrer une vache, on va en montrer le profil, et simultanément, les cornes qui la caractérisent, vues de face. Il en va de même pour les personnages qui sont représentés avec le corps vu de face et le visage de profil.
    On voit d’ailleurs à cette époque de nombreuses références à l’Afrique et à l’Egypte dans toute la culture, aussi bien littéraire, que théâtrale, au cinéma ou en musique. Le thème des momies est souvent emprunté ainsi que de nombreux thèmes orientaux et africains. C’est la mode de l’exotisme et de la fascination des autres continents que sont l’Asie, l’Inde et l’Afrique.
    L’aspect géométrique des formes cubistes est aussi très inspiré des sculptures africaines. De nombreux artistes s’y intéressaient de très près. Certains portraits ressemblent en effet à s’y méprendre à des copies de masques africains.

    Inspiré par ces types de représentations, le cubisme cherche à traduire la vérité de l’objet en l’analysant de manière concrète dans chacune de ses parties et à rendre compte de ces différents points de vue sur une même image. Mais l’analyse des formes et est de plus en plus complexe et les formes deviennent de plus en plus morcelées, fractionnées. À force de complexité, les cubistes finissent par perdre la lisibilité de l’image.
    Face à cette perte de l’image, les artistes ressentent alors le besoin d’introduire des éléments rapportés pour permettre à nouveau la reconnaissance de l’objet. Ils introduisent alors dans leurs tableaux des éléments issus du réel, pour donner des indices et permettre à nouveau la reconnaissance de l’objet : lettres, chiffres, fragments de matériaux divers, échantillons prélevés dans le monde réel.
     
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    Le fauvisme

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    La peinture fauve s’attache particulièrement au travail de la couleur. Les œuvres sont facilement reconnaissables par l’emploi sur de larges surfaces de couleurs aux teintes éclatantes. Les images figuratives tendent, par la simplification des formes, à une certaine ébauche d’abstraction.

    Le fauvisme apparaît en France à la même période que l’expressionnisme en Allemagne. Mais si l’expressionnisme allemand se caractérise par une atmosphère tourmentée, parfois violente, la forme d’expressivité du fauvisme est toute autre. La dynamique de ce groupe est beaucoup plus positive et pleine de vitalité.

    Ce mouvement s’inscrit dans la continuité des recherches entamées par Cézanne à l’époque des impressionnistes. Si la préoccupation du moment était le questionnement autour du regard et une approche quasi-scientifique de l’étude de la couleur et des différents effets d’optiques, Cézanne, lui, se situait un peu en retrait. Sa recherche était mue par les mêmes préoccupations, mais la forme de son expression était bien différente et le caractère très personnel de son œuvre reflète bien son tempérament solitaire face à son propre cheminement artistique.
    Très vite, dans ses toiles, on peut observer une simplification des formes et un travail de la couleur par larges aplats de peinture. Sa volonté de trouver le moyen d’exalter pleinement la couleur le pousse à épurer toujours davantage ses images.

    Cette notion est poussée encore un peu plus loin par Gauguin. Au cours de son voyage à Tahiti, il découvre la splendeur des couleurs du pays. Cherchant lui aussi à exprimer l’éclatement et l’intensité de ces teintes et lumières magiques qu’il observe, il aboutit à une simplification du dessin.
    Vers la fin de sa vie, Gauguin abouti à des peintures où la couleur prend indéniablement le pas sur le dessin et s’exprime avec une intensité et une virulence encore jamais observées.
    Les peintres fauves vont poursuivre cette voie ouverte et aller encore plus loin dans cette démarche. Le dessin tend alors à disparaître et laisse place à des taches colorées, surfaces posées en touches épaisses et larges de couleurs pures. Dès lors la forme se dessine directement par l'étendue colorée. C’est une expression sensuelle et spontanée.

    Le terme « fauve » peut exprimer l’aspect nature, vif, spontané, presque sauvage de l’emploi de la couleur. Cela peut aussi évoquer un certain primitivisme, comme le proclamait Gauguin qui cherchait volontairement à se rapprocher de cet aspect primitif de la peinture en s’imprégnant du monde Tahitien. En effet, c’était pour lui un moyen de porter un nouveau regard (quasi-vierge) sur la peinture, en dehors des références codées de la peinture académique du monde occidental de son époque.
    Les œuvres du fauvisme vont ouvrir les portes à une abstraction de plus en plus marquée de l’image, jusqu’à aboutir plus tard à l’art abstrait. De nombreux artistes vont poursuivre les questionnements ouverts au sujet de la couleur et aller jusqu’à la création de peintures en monochromes, comme Malevitch ou Klein. D'autres vont travailler sur l’essence même de la couleur, chacun à leur manière, dans des voies très variées, de façon sensible comme dans le travail de Rothko par exemple, ou de manière plus scientifique, comme les artistes de l’Op’Art.
     
  20. Mysa

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    Le futurisme

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    Le futurisme, né en Italie en 1909, se caractérise par une recherche de l’expression picturale du mouvement. S’inscrivant dans le prolongement du cubisme, on y voit parfois une certaine géométrisation des formes qui s’y apparente. Le mouvement est principalement fondé sur la fascination des machines, de la vitesse, et sur la décomposition du mouvement et sa représentation.

    Le futurisme, créé suite à l'édition du Manisfeste du futurisme par Filippo Marinetti, se place dans un contexte d’avant-guerre où le climat politique et social est particulièrement tendu. De nombreux jeunes veulent changer radicalement le monde et ne voient la révolution qu’à travers la destruction de toutes les valeurs du passé (musée, bibliothèques, villes historiques…) à la faveur de la machine et de la vitesse.
    La guerre apparait comme une solution pour repartir à zéro et recréer un monde fondé sur de nouvelles bases. Les futuristes proclament ce côté guerrier de manière assez virulente, certains allant même jusqu'à prôner les valeurs fachistes de manière radicale. Ils sont fascinés par le modernisme, la machine, et notamment les machines de guerre. C’est sur ces bases qu’ils entendent créer le monde nouveau, un monde moderne fondé sur la machine toute-puissante. L'esprit qui anime le mouvement est révolté et révolutionnaire.

    Si les formes généralement géométriques peuvent parfois rappeler celles du cubisme, il y a un désaccord avec son aspect statique. La recherche du futurisme est basée sur la dynamique et la vitesse. Ces deux thèmes sont d’ailleurs souvent exploités dans les tableaux.
    Plus un corps bouge vite dans l’espace, plus sa perception est abstraite. Manet à son époque, se posant déjà des questions sur la perception (des couleurs, certes, mais aussi des formes en mouvement) avait tenté de représenter une course de chevaux. En observant de manière poussée, on se rend compte, que ce que l’on perçoit alors, c’est le mouvement lui-même et non l’objet.
    Les futuristes vont pousser plus loin ces recherches. Les avancées technologiques dans le domaine de la photographie et du cinéma permettent enfin de donner à voir la décomposition du mouvement de manière précise. L’instantané photo donne enfin à voir un instant arrêté de ce mouvement. En effet, avant cette technique révolutionnaire dont Manet s’était sans doute servi, on ne pouvait représenter le cheval au galop que de manière intuitive, avec de grandes chances d’en avoir une vision erronée.
    De nombreux artistes vont prendre comme support de recherche des études photographiques sur la décomposition du mouvement afin de réaliser leurs œuvres. C’est le cas du Nu descendant l’escalier de Marcel Duchamp (qui a fait scandale lors de sa présentation au public). À travers ce tableau, si Duchamp développe les formes plastiques et les thèmes de recherches futuristes, il ne partage pas les opinions politiques et idéologiques des italiens. Sa préoccupation majeure reste un questionnement purement artistique.

    Si dans les formes radicales du futurisme on voit souvent apparaître le thème des machines de guerre, parfois, la représentation du mouvement est abordée avec plus de légèreté et un certain humour. C’est le cas de Balla avec la Dynamique d’un chien en laisse.
    Dans la Dynamique d’une tête de femme de Boccioni, on voit aussi apparaître une forme d’expression dont Francis Bacon semble s’être inspiré quand on voit la similitude formelle de l’image.

    Le futurisme proprement dit s'essoufflera avec l'arrivée du fascisme au pouvoir au cours des années 1920 mais le mouvement aura permis l'apparition du questionnement sur l'appréhension visuelle du mouvement.

    Certains artistes à venir vont eux aussi développer la notion de mouvement dans l’oeuvre, mais de manière totalement différente. Par exemple Tinguely et ses œuvres composées de rouages qui s’animent quand elles sont actionnées de manière mécanique ; Calder qui crée des mobiles mis en mouvement par des forces "naturelles" comme le vent ou l’eau ; ou encore L’op art qui simule mouvement grâce à des effets d’optiques complexes.
     

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