Les femmes bloguent plus que les hommes au Maroc

Discussion dans 'Info du bled' créé par Le_Dictateur, 28 Août 2006.

  1. Le_Dictateur

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    Dans une interview accordée à Maroc IT, Larbi.org, l’un des bloggueurs marocains les plus actifs raconte son aventure avec le blogging. Pour lui, ce qui a été publié en deux ans par les bloggeurs marocains sur la toile dépasse probablement tout ce qui a été produit par les éditeurs marocains en cinquante ans d’indépendance ! Radioscopie de la blogosphère marocaine.

    Maroc IT : Votre blog vient de s’offrir une cure de jouvence ? Depuis quand votre aventure avec le blogging a démarré et comment est venu le déclic de cette aventure cybernétique ?

    Larbi.org : Je suis devenu bloggeur un peu par hasard. Exactement, en octobre 2004 quand j’ai lu une chronique de Daniel Schneidermann dans Libération France qui parle de la blogosphère. Curieusement, je n’avais jamais fait attention au phénomène des blogs avant de lire cet article. A l’époque les bloggeurs marocains se comptaient sur les doigts d’une main. J’ai franchi le pas sans idée précise sur ce que j’allais écrire, ce que va devenir mon blog ni même sur sa durée de vie et ses probables visiteurs. Au fil des jours, les choses ont pris une autre tournure : j’ai eu beaucoup de chance, le nombre de visiteurs et des commentaires n’a cessé de croître et j’en étais le premier surpris. D’ailleurs je profite de l’occasion pour remercier toutes celles et tous ceux qui m’honorent chaque jour par leurs visites et leurs contributions. Un blog, c’est comme un bébé on a envie de lui offrir régulièrement de nouveaux habits d’où le changement du design, la cure de jouvence comme vous dites.

    Qu ’est ce que vous en pensez de la blogosphère marocaine : sa diversité, contenu ?

    Larbi.org : La blogoma est riche par la diversité de celles et ceux qui l’animent chaque jour. C’est même là sa principale qualité ! Les bloggeurs marocains sont divers dans leurs histoires personnelles et statuts sociaux. Ils sont divers dans leurs préoccupations quotidiennes et leurs centres d’intérêt. Ils sont divers dans leurs opinions politiques et philosophiques. Ils sont enfin divers par ce qu’ils sont et ce qu’ils aspirent à être. Le contenu découle de tout ça.

    Cette diversité ne date pas d’aujourd’hui, les blogs ne l’ont pas inventée elle existait avant. Mais ce qui est nouveau, c’est qu’on la voit s’exprimer et qu’on se rend compte qu’il existe d’autres façons de penser et d’exister. Chaque blog a sa propre philosophie ses sujets de prédilections. Il n’y en a pas deux qui se ressemblent. Le contenu est donc très hétérogène.

    On retrouve notamment les fameux bloggeurs, dont je fais partie, qui cognent, grognent, pestent, s’indignent et ne s’en lassent pas. D’autres racontent leurs vies, leurs états d’âme et leurs soucis quotidiens. D’autres encore décryptent l’actualité et témoignent sur leur époque. Sans oublier celles et ceux qui exposent leurs créations littéraires, artistiques et multimédias.

    A cela il convient de rajouter trois remarques : La première c’est l’abondance des billets et la richesse des écrits. Ce qui a été publié en deux ans par les bloggeurs dépasse probablement tout ce qui a été produit par les éditeurs marocains en cinquante ans d’indépendance.

    La deuxième est relative à la très bonne qualité rédactionnelle de beaucoup de nos bloggeurs. Croyez-moi sur parole, certains n’ont rien à envier aux plus belles plumes du Royaume. Les Fouad Laroui et autres Tahar Benjelloun n’ont qu’à bien se tenir. Le style d’écriture est généralement très soigné, très vivant et très travaillé et l’inspiration est impressionnante. D’ailleurs j’invite vivement les éditeurs marocains à visiter les blogs, ils dénicheront des talents prometteurs, probablement
    HyperTech Maroc
    leurs prochains best-sellers.

    Dernière remarque : Les blogs ont contribué à libérer la parole et surtout à la donner à ceux qui, pour toutes sortes de raisons, en étaient dépossédés. A cet égard, la liberté du ton et des sujets abordés constitue une vraie révolution dont on ne voit que le début.

    Est-ce que vous croyez que les blogs peuvent constituer un contre-pouvoir citoyen y compris au Maroc ?

    Larbi.org : Je reste assez dubitatif sur cette question de contre-pouvoir. Dans les pays de vieille tradition démocratique c’est le cas, les bloggeurs se sont imposés comme acteurs de la vie politique et la chose publique. On parle même d’un cinquième pouvoir compensant celui de la presse qui observe les trois autres : exécutif, législatif et juridique. Au Maroc c’est beaucoup plus compliqué que ça. Concernant la vie politique au Maroc et la marche du pays, nous autres les bloggeurs marocains nous écrivons sur le sable. On râle, on propose, on décrypte, on dit ce qu’on a dans la tête et dans le coeur mais nous ne sommes jamais écoutés.

    La raison est simple : il existe au Maroc une culture politique qui veut que les acteurs de la chose publique se cantonnent dans leur pré carré ne se souciant guère de ce que disent leurs administrés au sujet de leurs actions. Pour être plus clair, je ne crois pas que nos ministres ou nos élus lisent les blogs je crois que beaucoup ignorent l’existence même de ce média.

    Vous savez pour être un contre pouvoir (ce qui n’est pas une fin en soin) il faut être deux. Pour l’instant nous sommes seuls et nous nous ennuyons. Nous aimerions bien commenter des déclarations, des interviews et des prises de position des politiques marocains. Ne serait-ce qu’une petite phrase. Mais nous manquons de tout ! Du coup nous avons tendance à plus commenter et décrypter les déclarations de Nicolas Sarkozy et Ségolène Royale et plus parler de Ghaza que de Taza.

    Et je ne parlerais même pas des blogs des politiques et des élus. On aurait aimé qu’ils aient leurs propres blogs et qu’ils soient présents là où le débat existe. Je veux pas caricaturer ici mais je crois que certains ont encore le réflexe Invitations et places VIP et ne supportent pas la seule idée d’être placés au même niveau que les autres et d’être des bloggeurs comme les autres.

    Pour qu’elle compte et pèse sur les choses, la blogosphère doit s’appuyer sur un minimum de démocratie participative. Elle nécessite que les administrateurs soient à l’écoute des administrés et qu’ils jouent le jeu de l’accountability et acceptent que les citoyens exercent un contrôle sur les politiques menées. Il n’en est rien et les blogs ne vont pas changer cela il ne faut pas leur prêter des pouvoirs qu’ils n’ont pas.

    Bref, tant que les deux mondes restent déconnectés et les bloggeurs ignorés, je crains qu’on va continuer à bloguer sur le sable. Cela viendra probablement un jour, personnellement je ne désespère pas.

    Votre blog comporte l’un des annuaires les plus riches de la blogosphère. Combien de blogs vous recensez et qu’est ce que ressorts comme tendance lourde de cette diversité de la blogosphère ?

    Larbi.org : Cet annuaire, qui n’est pas exhaustif, recense plus de 600 blogs probablement les plus actifs et les plus visités. Je pense que cela représente quelque 10% du nombre total des blogs marocains soit six à huit milles blogs. Et encore, c’est une estimation optimiste car beaucoup sont inactifs et hormis quelques billets, ils sont laissés à l’abandon.

    Les bloggeurs marocains et leurs lecteurs sont plutôt jeunes et diplômés. On remarque une forte présence des étudiants et jeunes cadres avec une curiosité marocaine : les médecins et étudiants en médecine sont très représentés. S’y ajoutent les quadras et les seniors qui, bien qu’ils sont très peu nombreux, apportent des contributions riches et des réflexions de qualité. Il en va de même pour les non-nationaux, ces Marocains de c½ur, qui contribuent activement à enrichir et nourrir la blogoma chaque jour.

    Ce qui manque surtout à la blogosphère marocaine et fait son retard par rapport à la blogosphère mondiale se sont les blogs adolescents. Contrairement aux jeunes cadres et aux étudiants ils disposent rarement d’une connexion permanente à Internet. Avant, on les voyait souvent roder sur les skyblogs avant que Sky Rock ne les bannis de sa plate forme. Par manque d’information beaucoup d’entre eux ignorent l’existence d’autres plates formes mieux adaptées à leurs besoins comme Myspace.com. Qu’on se le dise, nos adolescents n’ont pas le droit de manquer cette révolution et devraient s’y coller dès le départ car plus tard dans l’âge adulte personne ne les attendra dans le monde digital.

    Venons maintenant à la répartition géographique des blogs marocains. La première remarque est que les MRE sont surreprésentés au sein de la blogoma. Pour certains d’entre eux le blog est devenu le seul lien non familial avec le pays et prend place de la télévision.

    Au Maroc, la plupart de nos bloggeurs habitent les grandes métropoles comme Casablanca, Rabat, Marrakech et Fès. Sauf erreur de ma part, aucun bloggeur ne nous écrit des villes aussi peuplées que Khouribga ou Safi par exemple. Voyez, les blogs n’échappent pas à la fracture numérique.

    Autre remarque concernant la langue utilisée. Le français a une place de choix dans la blogosphère marocaine la quasi-majorité de ses membres a choisi de s’exprimer dans la langue de Molière. Permettez moi ici de saluer particulièrement les quelques courageux bloggeurs arabophones qui veillent à ce que la flamme de la langue arabe ne vacille pas sur le net.

    Dernière remarque, et il s’agit là d’une surprise agréable, le nombre des bolggeuses marocaines dépasse légèrement celui des bloggeurs de sexe masculin. Je crois même que c’est le premier domaine ou les femmes de notre pays réussissent cet exploit. La parité parfaite, les marocaines l’ont rêvée, la blogoma l’a faite ! Et ça, c’est une révolution.

    Dans votre aventure de blogs, qu’est ce que vous a marqué le plus ?

    Larbi.org : En premier lieu, ce qui m’a impressionné c’est la qualité de nos débats et nos échanges concernant des sujets aussi sensibles que la politique au Maroc, les problèmes du pays et les moyens d’y faire face. Il est faux de dire que les Marocains ne s’intéressent pas à la politique, honnêtement ce n’est pas ce qui ressort de ma lecture des blogs.

    La deuxième chose est que malgré leurs différences d’opinions et de convictions, parfois irréconciliables, et malgré certains accrochages, les bloggeurs marocains ont réussi à cultiver un certain « vivre ensemble » qui donne à chacun, quel qu’il soit, sa place dans cette petite communauté. Et ça, c’est énorme.

    Que soit en France ou au Maroc, j’ai rencontré physiquement beaucoup de nos bloggeurs. A chaque fois c’était une expérience humaine formidable et très enrichissante et à chaque fois j’ai ressenti beaucoup de plaisir et de fierté à appartenir à la blogoma. J’espère que d’autres franchiront le pas pour nous rejoindre.

    Source - Maroc-It.Com

     

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