Les Grandes Découvertes / Exploration

Discussion dans 'Bibliothèque Wladbladi' créé par titegazelle, 19 Janvier 2013.

  1. titegazelle

    titegazelle سُبحَانَ اللّهِ وَ بِحَمْدِهِ Membre du personnel

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    Les Grandes Découvertes


    Les Grandes découvertes sont la période historique qui s'étend du début du XV[SUP]e[/SUP] siècle au début du XVII[SUP]e[/SUP] siècle. Durant cette période, les
    Européens se livrent à l'exploration intensive de la Terre, cartographient la planète et établissent des contacts directs avec l'Afrique, les Amériques, l'Asie et l'Océanie.
    L'expression d’Âge des découvertes est également utilisée par les historiens.


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    Description: Le planisphère de Cantino réalisé en 1502 est la plus ancienne représentation des voyages
    de Christophe Colomb dans les Caraïbes,
    de Gaspar Corte-Real à Terre-neuve,
    de Pedro Álvares Cabral au Brésil
    et de Vasco de Gama en Inde.
    Le méridien du traité de Tordesillas est représenté.
    Date: 1502
    Source: Pieced together from Biblioteca Estense, Modena, Italy
    Auteur : Anonymous
    Permission : L'original était un secret bien gardé,
    n'est pas librement accessible au public,
    à ce titre, il était une œuvre inédite.
    Ce dérivé serait donc considéré comme une œuvre inédite aussi bien.
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    Les Portugais commencent à explorer la côte atlantique de l'Afrique en 1418 sous l'impulsion du Prince Henry. Ils atteignent l'océan Indien en 1488 en contournant le cap de Bonne-Espérance. En cherchant une nouvelle voie vers l'Asie, le navigateur italien Christophe Colomb -financé par la monarchie espagnole- traverse l'océan Atlantique et atteint en 1492 un «Nouveau Monde» : l'Amérique. Pour éviter un conflit entre l'Espagne et le Portugal, le traité de Tordesillas (1494) partage le monde en deux zones d'explorations où chacun des protagonistes aura l'exclusivité des droits sur ces découvertes. En 1498, une expédition portugaise menée par Vasco de Gama réalise finalement le rêve d'établir une liaison maritime avec l'Inde en navigant autour de l'Afrique. Peu après, ils atteignent les «îles aux épices» en 1512 et la Chine, un an plus tard. Les explorations vers l'ouest et vers l'est se superposent lorsque Fernand de Magellan réalise la première circumnavigation de la Terre en 1522. Dans le même temps, les conquistadors espagnols explorent l'intérieur des terres américaines et détruisent les empires amérindiens. À partir du XV[SUP]e[/SUP] siècle les Français, les Anglais et les Hollandais se lancent dans la course et contestent le monopole ibérique sur le commerce maritime. Ils participent à l'exploration des Amériques mais surtout à celle de l'Océanie. Parallèlement aux explorations maritimes, les Russes explorent et conquièrent la quasi-totalité de la Sibérie.

    Au même titre que la Renaissance, l'«Age des découvertes» constitue un pont entre Moyen Âge et Époque moderne. L'Imprimerie ( qui vient d'apparaître) contribue à répandre les récits d'exploration et les cartes de terres lointaines et alimente ainsi la montée de l'humanisme et du questionnement scientifique et intellectuel. L'expansion européenne mène à la mise en place des empires coloniaux: Les contacts entre Ancien et Nouveaux Mondes produisent l'échange colombien qui désigne le transfert massif entre les hémisphères occidentaux et orientaux de plantes, d'animaux, de populations (dont les esclaves), de maladies infectieuses et de culture. Cette première mondialisation engendre des modifications écologiques, agricoles et culturelles parmi les plus importantes de l'histoire. L'exploration européenne continue jusqu'au XX[SUP]e[/SUP] siècle, date à laquelle on estime que la totalité des terres émergées est cartographiée.

    Prélude (1241–1438)

    Les connaissances européennes sur l'Asie au-delà des limites de l'Empire byzantin sont basées sur des documents vagues, souvent obscurcis par des légendes et remontent parfois à l'époque des conquêtes d'Alexandre le Grand. Une autre source provient des Radhanites, marchands juifs qui établissent des routes commerciales entre l'Europe et le monde musulman à l'époque des Croisades. En 1154, le géographe arabe Al Idrissi réalise une carte rassemblant toutes les connaissances de son époque pour le compte du roi Roger II de Sicile.

    Voyages médiévaux
    Une série d'expéditions terrestres européennes à travers l'Eurasie à la fin du Moyen Âge constitue le prélude aux Grandes découvertes. Les Mongols, après avoir envahi une grande partie de l'Asie et menacé l'Europe, unifient une bonne partie de l'Eurasie et la Pax Mongolica garantit l'existence de routes de commerces sûres entre le Moyen-Orient et la Chine. Plusieurs européens en profitent pour explorer l'Orient: La plupart sont Italiens car le commerce entre l'Europe et le Moyen-Orient est contrôlé par les républiques maritimes comme Venise.

    Des ambassadeurs chrétiens sont envoyés jusqu'à Karakorum dans l'actuelle Mongolie. Parmi eux, on peut citer Jean de Plan Carpin, envoyé par le pape Innocent IV à la cour du Grand Khan de 1241 à 1247. Au même moment, Iaroslav II Vladimirski et ses fils André II Vladimirski et Alexandre Nevski se rendent à Karakorum mais ne laissent aucun récit détaillé. D'autres voyageurs comme le Français André de Longjumeau (en 1245 et 1249) et le Flamand Guillaume de Rubrouck traversent l'Asie centrale jusqu'en Chine. Marco Polo relate dans le Devisement du monde, le récit détaillé de ses voyages en Asie entre 1271 et 1295 en tant qu'hôte de la dynastie Yuan de Kubilai Khan.

    En 1291, les deux frères marchands Vadino et Ugolino Vivaldi partent de Gênes avec deux galères pour explorer l'Atlantique mais disparaissent le long de la côte marocaine, ce qui alimente les craintes sur la navigation dans l'Atlantique. De 1325 à 1354, un érudit marocain Ibn Battûta réalise un impressionnant voyage qui l’amène de Tombouctou au sud à Bulghar (en actuelle Russie, sur la Volga) au nord et de Tanger à l’ouest à Quanzhou en Extrême-Orient. Ses récits sont compilés par Ibn Juzayy en un livre appelé Rihla (voyage). À partir de 1357, un livre retraçant les voyages supposés de Jean de Mandeville, le Livre des merveilles du monde, connaît un important succès malgré ses descriptions souvent fantastiques et douteuses.

    En 1400, une traduction latine de la Géographie de Ptolémée atteint l'Italie depuis Constantinople. La redécouverte des connaissances antiques permet aux cartographes de l'époque d'améliorer leur compréhension du monde. En 1439, Nicolò de' Conti publie un récit de ses voyages en Asie du Sud-Est et Athanase Nikitine fait de même pour l'Inde en 1472.

    Ces périples terrestres ont peu d'effets immédiats. L'Empire mongol s'effondre presque aussi vite qu'il était apparu et la route vers l'est devient beaucoup plus dangereuse. La peste noire du XIV[SUP]e[/SUP] siècle ralentit le commerce terrestre tout comme la montée en puissance de l'Empire ottoman et force les Européens à chercher de nouvelles routes commerciales.


    Expéditions chinoises
    En 1368, après le renversement de la dynastie Yuan, les Mongols perdent la plupart de la Chine au profit de la dynastie Ming. Les Chinois établissent des relations commerciales maritimes jusqu'en Arabie depuis la dynastie Tang (618-907). Entre 1405 et 1421, le troisième empereur Ming Yongle encourage une série de voyages lointains dans l'océan Indien sous le commandement de l'amiral Zheng He. À la différence des futurs voyages européens, ces expéditions ont un caractère essentiellement diplomatique.

    Une large flotte de jonques est préparée pour ces voyages dont certaines mesurent plus de 60 mètres de longueur et des milliers de marins sont embarqués. Au moins sept expéditions sont lancées à partir de 1405, chacune étant plus ambitieuse que la précédente. Les flottes visitent l'Arabie, l'Afrique orientale, l'Inde, l'Insulinde et le Siam. Zheng He offre des présents en or, en argent, en porcelaine et en soie et reçoit en échange des animaux exotiques comme des girafes, des autruches ou de l'ivoire. Cependant, la mort de l'empereur en 1433 entraîne l'arrêt brutal de ces expéditions très coûteuses pour le pouvoir. La Chine entre dans une période d'isolationnisme connue sous le nom d'haijin.


    SUITE...
     
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    L'océan Atlantique (1419–1507)


    Du VIII[SUP]e[/SUP] au XV[SUP]e[/SUP] siècle, les républiques maritimes italiennes possèdent le monopole du commerce entre l'Europe et le Moyen-Orient. Le commerce de la soie, des épices et de l'encens rend ces citées extraordinairement prospères et riches. Les épices sont parmi les produits les plus rares et les plus chers du Moyen Âge et se trouvent utilisés pour la médecine médiévale. Les épices -importées d'Asie et d'Afrique- sont à ce point importantes dans le concept médiéval de la théorie des humeurs que peu après la mise en place de routes de commerce maritimes, des apothicaires et des médecins comme Tomé Pires ou Garcia de Orta envoyés en Inde pour étudier les espèces d'épices, rapportent leurs découvertes dans le Suma oriental et dans les Colóquios dos simples e drogas da India. D'autres débouchés sont les rituels religieux, la cosmétique, la parfumerie et comme additif ou conservateur alimentaire.

    Les marins musulmans basés au Yémen et à Oman qui dominent les routes maritimes dans tout l'océan Indien, achètent les épices en Asie du Sud-Est et les transfèrent dans les riches villes marchandes de l'Inde comme Kozhikode (Calicut) puis jusque dans le golfe Persique et la mer Rouge. À partir de là, les épices sont transportées par terre jusqu'aux côtes méditerranéennes. Les marchands, principalement vénitiens, redistribuent ensuite ces produits dans toute l'Europe. Cependant, la montée en puissance de l'Empire ottoman et la chute de Constantinople en 1453 introduit une forte hausse des taxes qui prive les Européens d'importantes routes commerciales.


    Les Européens sont donc contraints de trouver de nouvelles voies d'approvisionnement. D'autant plus qu'ils souffrent d'un déficit grandissant en or et en argent car les pièces utilisées pour acheter les épices et la soie affluent hors du continent pour l'Orient. La plupart des mines européennes s'épuisent ou deviennent inexploitables compte tenu de la technologie disponible. Le manque de métaux précieux mène à la création d'un complexe système bancaire destiné à gérer les risques du commerce: La première banque véritable, l'Office de Saint Georges est fondée en 1407 à Gênes.

    Pour leurs premières expéditions, les Européens utilisent la boussole. Cependant, les progrès de la cartographie et de l'astronomie entrainent l'apparition de l'astrolabe, du quadrant plus précis,et de la navigation astronomique. Les navigateurs restent à proximité des côtes et pratiquent le cabotage, guidés par des portulans, cartes qui indiquent les routes les plus sûres et les dangers de la navigation. Ainsi, les marins partent d'un point connu et de dirigent avec leur boussole, en s'aidant des indications des portulans pour trouver leur route.


    Débuts de l'exploration portugaise (1400-1460)
    En 1297, après la fin de la Reconquista portugaise, le roi Denis I[SUP]er[/SUP] de Portugal s'intéresse personnellement au commerce et signe en 1317 un accord avec le marchand génois Manuel Pessanha, faisant de lui le premier amiral de la marine portugaise avec pour mission de défendre le pays contre les pirates musulmans. L'épidémie de peste noire entraîne une sévère perte de population dans la seconde moitié du XIV[SUP]e[/SUP] siècle et la plus grande partie de la population se tourne vers la mer pour pécher et commercer le long des côtes. Entre 1325 et 1357, le roi Alphonse IV de Portugal encourage le commerce maritime et lance les premières expéditions. Les îles Canaries, connues depuis l'Antiquité, sont revendiquée à la fois par le Portugal et la Castille. En 1415, le Portugal s'empare de la ville de Ceuta dans le but de contrôler la navigation sur les côtes africaines. Le jeune prince Henri participe à l'attaque et réalise la richesse apportée par le commerce transsaharien. Depuis des siècles, les routes commerciales arabes lient la côte méditerranéenne à l'Afrique de l'Ouest à travers le Sahara : Les Africains fournissent des esclaves et de l'or en échange de sel et de produits manufacturés.

    Henri veut savoir jusqu'où s'étend la domination musulmane en Afrique pour pouvoir commercer par mer directement avec l'Afrique de l'Ouest, il cherche également à trouver le légendaire royaume chrétien du prêtre Jean pour pouvoir prendre les musulmans à revers et une route maritime vers les Indes orientales pour participer au très profitable commerce des épices. Il crée un groupe de marchands, d'armateurs, de cartographes et d'investisseurs dans la forteresse de Sagres dans le but d'organiser des expéditions le long des côtes africaines jusqu'en Mauritanie. Il reçoit ainsi son surnom d'Henri le Navigateur. Madère est ainsi atteinte en 1419 et les Açores en 1427.

    À cette époque, les cartes européennes s'arrêtent au cap Chaunar sur la côte africaine et personne ne sait s'il est possible de revenir de la mer des Ténèbres qui se trouve au-delà. Malgré les mythes avertissant de la présence de monstres marins, le cap est franchi en 1421 et en 1434, Gil Eanes dépasse le dangereux cap Bojador mettant fin aux vielles légendes.

    L'introduction de la caravelle au milieu du XV[SUP]e[/SUP] siècle représente une avancée majeure : elle est capable de remonter le vent mieux que n'importe quel autre navire de l'époque. Issues des bateaux de pêches, elles sont les premiers navires à pouvoir naviguer en haute-mer à distance des récifs côtiers. La diffusion des éphémérides permet la navigation astronomique et l'orientation en pleine mer sans repère terrestre. Ces tables révolutionnent la navigation en permettant de calculer la latitude. Le calcul de la longitude demeure cependant aléatoire. Ainsi, l'exploration peut continuer progressant d'environ un degré par an. L'actuel Sénégal et la presqu'île du Cap-Vert sont atteints en 1444 par Dinis Dias. Un an plus tard António Fernandes avance jusqu'à l'actuelle Sierra Leone.


    La prise de Constantinople par les Ottomans en 1453 représente un choc pour la chrétienté et ralentit fortement le commerce avec l'Orient. En 1455, le pape Nicolas V rédige la bulle Romanus pontifex, qui renforce la précédente Dum Diversas de 1452, qui accordait toutes les terres découvertes au-delà du cap Bojador au roi Alphonse V de Portugal et à ses successeurs et autorisait l'asservissement des païens de ces régions. Le roi commande alors une carte à des experts génois pour trouver une route vers l'Asie. Ceux-ci livrent la carte de Fra Mauro, probablement inspirée de la carte Kangnido d'origine chinoise, à Lisbonne en 1459.

    En 1456, Diogo Gomes atteint l'archipel du Cap-Vert. Dans la décennie qui suit, les capitaines vénitien Alvise Cadamosto et génois António Noli au service du roi Henri fondent la ville de Cidade Velha, première ville européenne sous les tropiques.

    L'exploration portugaise après le prince Henri
    Le prince Henri meurt en novembre 1460. Les faibles revenus issus des explorations font que le marchand Fernão Gomes reçoit en 1469 le monopole du commerce dans le golfe de Guinée en échange de quoi il est tenu d'explorer 100 miles par an durant cinq ans. Avec son soutien, les navigateurs João de Santarém, Pedro Escobar, Lopo Gonçalves, Fernando Póo et Pêro de Sintra vont plus loin que ce qui avait été convenu. Ils atteignent l'hémisphère Sud et les îles du golfe de Guinée dont Sao Tomé-et-Principe et explorent la côte de l'actuel Ghana en 1471. Dans l'hémisphère sud, les marins découvrent la Croix du sud comme point de référence pour la navigation astronomique.

    En 1481, le nouveau roi Jean II de Portugal décide d'implanter le comptoir d'Elmina au Ghana pour exploiter les alluvions chargées d'or. En 1482, le fleuve Congo est exploré par Diogo Cão qui en 1486 atteint le Cape Cross dans l'actuelle Namibie.


    L'avancée suivante est capitale. En 1488, Bartolomeu Dias franchit la pointe sud de l'Afrique qu'il nomme le «cap des Tempêtes» (Cabo das Tormentas) et continue jusqu'à l'actuel Port Elizabeth prouvant que l'océan Indien est accessible par l'Atlantique. Simultanément Pêro da Covilhã est envoyé secrètement par terre jusqu'en Éthiopie où il acquiert des informations sur la mer Rouge et la côte orientale de l'Afrique laissant supposer que la route des Indes est ouverte. Le Cap des tempêtes est rapidement renommé «cap de Bonne-Espérance» (Cabo da Boa Esperança) par le roi Jean II à cause de l'espoir suscité par la possibilité d'une route vers l'Inde.

    Les «Indes occidentales» de Colomb
    Le voisin et rival du Portugal, la Castille avait commencé à s'implanter dans les îles Canaries au large de la côte africaine en 1402 mais avait été détournée par des problèmes internes et la poursuite de la guerre avec les musulmans durant la plus grande partie du XV[SUP]e[/SUP] siècle. L'achèvement de la Reconquista et l'union des royaumes de Castille et d'Aragon à la fin du XV[SUP]e[/SUP] siècle permet à l'Espagne de se consacrer à la recherche de nouvelles voies maritimes. La Couronne d'Aragon est un important potentat maritime en Méditerranée contrôlant des territoires dans l'Est de l'Espagne, le Sud de la France, la Sardaigne, la Sicile, Malte et le Royaume de Naples et des possessions jusqu'en Grèce. En 1492, les monarques catholiques envahissent le Royaume Maure de Grenade et décident de financer l'expédition de Christophe Colomb dans l'espoir de contourner le monopole portugais sur les routes maritime le long de l'Afrique en atteignant les «Indes» (Est et Sud de l'Asie) par l'Ouest. Par deux fois, en 1485 et 1488, le projet de Colomb avait été refusé par le Portugal.

    Le 3 août 1492, Christophe Colomb quitte Palos de la Frontera avec trois navires, une caraque, la Santa Maria et deux caravelles, la La Pinta et la La Niña. Colomb fait d'abord escale aux Canaries où il se réapprovisionne et avance dans l'Atlantique dans ce qui sera nommé la mer des Sargasses.

    L'expédition atteint les Bahamas le 12 octobre 1492 et Colomb pense avoir atteint les Indes occidentales. Il explore ensuite la côte Nord de Cuba et celle d'Hispaniola. Il est reçu par le cacique Guacanagari qui lui donne la permission de laisser quelques hommes derrière lui. Il fonde La Navidad dans l'actuel Haïti et y laisse 39 hommes. Avant de repartir, il enlève une vingtaine d'autochtones dont seuls sept ou huit arrivèrent vivants en Espagne où ils firent forte impression à la cour du roi. Il arrive à son port d'attache le 15 mars 1493 et la nouvelle de la découverte de nouvelles terres à l'ouest se répand rapidement en Europe.
    Colomb et les autres explorateurs espagnols sont initialement déçus par leurs découvertes.

    À la différence de l'Asie et de l'Afrique, les habitants des Caraïbes ont peu de choses à échanger avec les navires espagnols. Il faudra attendre l'exploration du continent pour que les richesses attendues ne soient découvertes.

    Traité de Tordesillas (1494)
    Après la découverte des «Indes occidentales», une répartition des zones d'influences devient nécessaire pour éviter un conflit entre l'Espagne et le Portugal. Deux mois après le retour de Colomb, le pape Alexandre VI publie la bulle Inter caetera statuant que toutes les terres situées à l'ouest d'une ligne passant à 100 lieues des Acores appartenaient à l'Espagne. Il n'est cependant pas dit si les terres à l'est reviennent au Portugal. Le roi Jean II de Portugal n'est pas satisfait d'autant qu'une autre bulle donne à l'Espagne la souveraineté sur l'Inde même si celle-ci se trouve à l'est de ce méridien. Il négocie donc directement avec les monarques espagnols. Un accord est trouvé en 1494 avec le traité de Tordesillas qui «divise» le monde entre les deux puissances. Dans ce traité, les Portugais reçoivent toutes les terres se trouvant à l'Est d'une ligne passant à 270 lieues des îles du Cap-Vert et les Espagnols toutes les terres à l'Ouest. Les autres puissances maritimes européennes (France, Angleterre, Pays-Bas…) se voient refuser tout droit sur ces nouvelles terres et ne peuvent dans un premier temps que recourir à la piraterie et à la contrebande pour profiter des richesses du Nouveau Monde.

    Un Nouveau Monde : l'Amérique
    Très peu de choses étaient connues sur les territoires à l'ouest du méridien de Tordesillas. Peu après le premier voyage de Christophe Colomb, un grand nombre d'explorateurs se lancent à la découverte de ces nouvelles terres. Jean Cabot, un marin italien soutenu par le roi Henri VII d'Angleterre quitte Bristol en 1497. Probablement financé par la Society of Merchant Venturers, Cabot traverse l'Atlantique par le Nord dans l'espoir de trouver une route plus rapide vers les «Indes occidentales» et arrive quelque part en Amérique du Nord, probablement à Terre-Neuve.

    En 1499, João Fernandes Lavrador et Pêro de Barcelos, financés par le roi du Portugal, découvrent le Labrador. Au même moment, les frères Gaspar et Miguel Corte-Real explorent les côtes du Groenland et de Terre-Neuve. Les deux explorations sont mentionnées sur le planisphère de Cantino de 1502.

    Les «Vraies Indes» et le Brésil

    En 1497, le nouveau roi Manuel I[SUP]er[/SUP] de Portugal envoie une flotte d'exploration vers l'Est menée par Vasco de Gama pour achever le projet de ses prédécesseurs de trouver une route vers l'Inde. En juillet 1499, ce dernier revient à Lisbonne avec un important chargement d'épices et la nouvelle selon laquelle les Portugais ont atteint l'Inde se répand rapidement en Europe. Alors que Colomb organise deux nouveaux voyages vers l'Amérique centrale, une seconde expédition portugaise est assemblée pour partir en Inde. La flotte de treize navires et 1 500 hommes quitte Lisbonne le 9 mars 1500. Le commandant est Pedro Álvares Cabral et il est accompagné par les marins Bartolomeu Dias, Nicolau Coelho et le notaire Pero Vaz de Caminha. Pour éviter les eaux sans vent du golfe de Guinée, la flotte s'oriente vers le sud-ouest. Le 21 avril, une montagne apparaît à l'horizon et est nommé Monte Pascoal ; Le 22 avril, la flotte accoste sur la côte du Brésil et trois jours plus tard, elle jette l'ancre dans une baie nommée Porto Seguro. Cabral soupçonne que cette nouvelle terre se trouve à l'est du méridien de Tordesillas et renvoie un navire vers le Portugal avec l'importante nouvelle. Pensant avoir découvert une île, Cabral nomme cette terre Ilha de Vera Cruz (île de la Vraie Croix). Certains historiens soutiennent que les Portugais connaissaient l'existence du saillant sud-américain auparavant d'où l'insistance du roi Jean II pour déplacer le méridien de Tordesillas vers l'Ouest.

    À l'invitation du roi Manuel I[SUP]er[/SUP] de Portugal, Amerigo Vespucci, Florentin travaillant à Séville pour la banque des Medicis organise deux expéditions vers la Guyane avec Juan de la Cosa. Voyages rendus célèbres par la publication entre 1502 et 1504 de trois lettres qui lui sont attribuées. Pour les Européens, ll devient de plus en plus clair que Colomb n'a pas atteint l'Asie mais plutôt un Nouveau Monde, l'Amérique ainsi nommée en 1507, à Saint-Dié-des-Vosges, par les cartographes lorrains Martin Waldseemüller et Mathias Ringmann. Probablement en référence à Amerigo Vespucci premier Européen à avoir suggéré que ces terres ne sont pas l'Asie mais bien un «Nouveau Monde». Le Mundus novus, titre latin d'un document basé sur les lettres de Vespucci à Lorenzo di Pierfrancesco de Médicis connait un grand succès en Europe.

     
  3. titegazelle

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    L'océan Indien (1497–1513)


    La route de l'Inde
    Protégées de la compétition directe avec l'Espagne grâce au traité de Tordesillas, les expéditions portugaises vers l'Est avancent rapidement. Par deux fois, en 1485 et 1488, le Portugal refuse officiellement l'idée de Christophe Colomb de rallier les Indes en naviguant vers l'Ouest. Les experts du roi Jean II de Portugal pensent en effet que les estimations de distance fournies par Colomb (3 800 km) sont sous-évaluées. De plus, Bartolomeu Dias - parti en 1487 avec l'objectif de dépasser la pointe Sud de l'Afrique - et les experts pensent que voyager vers l'Est serait bien plus court. Le franchissement du cap de Bonne-Espérance en 1488 et le voyage de Pêro da Covilhã en Éthiopie par la terre indiquent que les richesses de l'océan Indien sont accessibles depuis l'Atlantique.

    Sous l'impulsion du nouveau roi Manuel I[SUP]er[/SUP] de Portugal, une petite flotte d'exploration composée de quatre navires et de 170 hommes quitte le port de Lisbonne en juillet 1497 sous le commandement de Vasco de Gama. En décembre, la flottille dépasse le point où Dias avait fait demi-tour et entre dans des eaux inconnues. Le 20 mai 1498, ils arrivent à Calicut. Cependant Gama est handicapé par le manque de marchandises précieuses lui permettant d'acheter les produits rares qu'il convoite. Deux ans après leur départ, Gama et 55 hommes reviennent victorieusement au Portugal comme les premiers marins à avoir navigué directement d'Europe en Inde.

    En 1500, une seconde flotte bien plus imposante de treize navires et 1 500 hommes est envoyée en Inde. Sous le commandement de Pedro Álvares Cabral, elle découvre la côte brésilienne puis dans l'océan Indien, un des navires atteint Madagascar (1501) qui sera partiellement explorée par Tristan da Cunha en 1507. L'île Maurice est découverte en 1507 et Socotra est occupée en 1506. La même année, Lourenço de Almeida débarque au Sri Lanka, l'île nommée «Taprobane» par les Grecs et les Romains. Les premiers comptoirs sont établis à Kochi et à Calicut en 1501 puis à Goa en 1510.


    Les «îles aux épices» et la Chine
    En 1511, Afonso de Albuquerque conquiert Malacca alors pivot du commerce en Asie et lance plusieurs missions diplomatiques à l'est : Duarte Fernandes est ainsi le premier Européen à être reçu à la cour du Royaume du Siam. Il découvre l'emplacement des fameuses «îles aux épices», les Moluques, alors seule zone de production de la muscade et du clou de girofle et y envoie une expédition menée par Antonio de Abreu où ils sont les premiers Européens en 1512. Les Portugais installent un comptoir fortifié sur l'île de Ternate, le fort de São João Baptista de Ternate marquant ainsi leur présence en Insulinde.

    En mai 1513, Jorge Álvares atteint la Chine : Il est le premier à accoster dans le delta de la rivière des Perles. Rafael Perestrello, un cousin du célèbre Christophe Colomb est le premier à explorer la côte Sud de la Chine et à commercer à Guangzhou. Fernão Pires de Andrade visite la ville en 1517 et y établit un comptoir commercial. En 1557, les Portugais reçoivent l'autorisation d'occuper Macao.


    Pour renforcer le monopole sur le commerce dans l'océan Indien, Ormuz dans le golfe Persique est envahi par Afonso de Albuquerque en 1507 qui établit des relations diplomatiques avec la Perse. En 1513, en tentant de conquérir Aden, une expédition franchit le détroit de Bab-el-Mandeb et pénètre en mer Rouge. En 1521, une force menée par António Correia envahit Bahreïn annonçant une domination portugaise de 80 ans sur le golfe Persique. En mer Rouge, Massaoua est le point le plus septentrional atteint par les Portugais jusqu'en 1541, lorsqu'une flotte atteint Suez.


    L'océan Pacifique (1513–1529)

    En 1513, à environ 70 km au sud d'Acandí, dans l'actuelle Colombie, l'Espagnol Vasco Núñez de Balboa est informé des nouvelles inattendues qui évoquent une «autre mer» riche en or. Ce qu'il note avec grand intérêt. Avec peu de ressources et utilisant les informations données par les caciques, il traverse l'isthme de Panama avec 190 soldats, quelques guides locaux et une poignée de chiens. Utilisant un petit brigantin et une dizaine de canoës, ils longent la côte et accostent à l'embouchure du Río Chuchunaque. Le 6 septembre, l'expédition est renforcée par 1 000 hommes qui doivent lutter contre les Indiens Kuna avant d'atteindre les montagnes d'où l'on peut voir l'«autre mer ». Première vision d'un Européen de l'océan Pacifique depuis le Nouveau Monde. L'expédition descend ensuite la chaîne de montagne et navigue jusqu'à la baie de San Miguel. L'objectif principal de Balboa est la recherche d'or mais il découvre un groupe d'îles qu'il nomme l'archipel des perles, nom qu'il porte encore. En 1516, Juan Díaz de Solís navigue jusqu'au Rio de la Plata, dans l'actuelle Argentine, et meurt en tentant de trouver un passage vers le Pacifique par le sud.

    Dans le même temps, les Portugais présents en Asie du Sud-Est font les premières descriptions du Pacifique occidental en dépassant Bornéo et en atteignant Luçon dans les Philippines actuelles.


    Première circumnavigation
    Depuis 1516, de nombreux Portugais opposés au roi Manuel I[SUP]er[/SUP] de Portugal se rassemblent à Séville et entrent au service du roi nouvellement couronné Charles I[SUP]er[/SUP] d'Espagne. Parmi eux se trouvent les explorateurs Diogo and Duarte Barbosa, Estevão Gomes, João Serrão et Fernand de Magellan, les cartographes Jorge Reinel et Diego Ribero et le marchand flamand Christopher de Haro. Fernand de Magellan qui avait navigué en Inde pour le compte du Portugal jusqu'en 1513 lorsque les Moluques sont découvertes et qui garde le contact avec Francisco Serrão qui y vivait développe l'idée que ces îles se trouvent dans l'hémisphère dévolu à l'Espagne selon le traité de Tordesillas. Conscient des efforts espagnols pour trouver une route vers l'Inde en passant par l'est, Magellan leur présente un plan pour y arriver.

    Le roi d'Espagne et Christopher de Haro financent l'expédition de Magellan. Celle-ci est composée de cinq navires : le navire amiral et caravelle Trinidad et quatre caraques le San Antonio, le Concepcion, le Santiago et le Victoria ainsi que de 237 hommes de différentes nationalités. La flotte quitte Séville le 10 août 1519 avec l'objectif de rallier les Moluques en naviguant vers l'ouest pour les incorporer dans la zone d'influence espagnole.
    La flotte navigue toujours plus vers le sud en évitant les territoires portugais du Brésil et touche la première la Terre de Feu à l'extrémité sud des Amériques. Le 21 octobre 1520, partant du cap Virgenes elle entame un périlleux voyage à travers les 600 km du détroit que Magellan nomme «détroit de tous les saints», le moderne détroit de Magellan. Le 28 novembre, trois navires entrent dans le Pacifique, ainsi nommé à cause de son apparente tranquillité. L'expédition parvient à traverser le Pacifique et atteint les Philippines en mars 1521. Magellan est tué lors de la bataille de Mactan et c'est son second Juan Sebastián Elcano qui prend le commandement de l'expédition qui atteint les Moluques en novembre 1521. Le 6 septembre 1522, la Victoria est le premier navire à réaliser la circumnavigation du monde avec seulement 18 hommes d'équipage. 17 autres arriveront plus tard, 13 capturés par les Portugais au Cap-Vert quelques semaines plus tôt et 5 survivants du Trinidad qui avaient été faits prisonniers par les Portugais en Indonésie. Antonio Pigafetta, un érudit vénitien et assistant de Magellan tint un journal de bord qui reste la source principale d'information sur le voyage.


    Cette circumnavigation apporte à l'Espagne une connaissance précieuse du monde et de ses océans qui conduit à son installation aux Philippines. Bien qu'il ne s’agisse pas d'une alternative réaliste à la route portugaise autour de l'Afrique (Le détroit de Magellan est trop éloigné et la traversée du Pacifique est trop longue depuis l'Espagne), plusieurs expéditions espagnoles utilisent cette voie pour naviguer depuis la côte mexicaine jusqu'aux Philippines.

    L'Est et l'Ouest se rencontrent
    Peu après l'expédition de Magellan, les Portugais se dépêchent d'agrandir leur fort sur l'île de Ternate. En 1525, Charles I[SUP]er[/SUP] d'Espagne envoie une nouvelle expédition pour coloniser les Moluques qu'il revendique comme faisant partie de la zone dévolue à l'Espagne selon le traité de Tordesillas. La flotte de sept navires et 450 hommes est menée par García Jofre de Loaísa et compte parmi les plus brillants navigateurs espagnols dont Loaísa et Juan Sebastián Elcano qui meurent de maladie et le jeune Andrés de Urdaneta. Près du détroit de Magellan, un des navires est poussé par une tempête au-delà du 56e parallèle sud et le cap Horn est franchi pour la première fois. L'expédition atteint les Moluques avec de grandes difficultés et accoste à Tidore. Le conflit avec les Portugais établis sur l'île voisine devient inévitable et une décennie d'escarmouches commence.

    Comme aucun accord ne prévoyait de limite orientale à la séparation de Tordesillas, les deux royaumes se concertent pour régler le problème. De 1524 à 1529, les experts Portugais et Espagnols se rassemblent à Elvas-Bajadoz sur la frontière entre les deux pays pour déterminer la position exacte de l'antiméridien prolongeant celui de Tordesillas qui divise le monde en deux hémisphères de taille égale. Malgré le talent des scientifiques, les connaissances de l'époque sont insuffisantes pour donner une estimation exacte de la longitude et chaque groupe revendique la souveraineté des îles. Le problème est finalement réglé en 1529 après une longue négociation par le traité de Saragosse qui attribue les Moluques au Portugal et les Philippines à l'Espagne. Des calculs ultérieurs montreront que les deux archipels se trouvent en fait en territoire portugais.
    Entre 1525 et 1528, le Portugal envoie plusieurs expéditions dans les Moluques. Gomes de Sequeira et Diogo da Rocha sont envoyés au nord par le gouverneur de Ternate, Jorge de Meneses et sont les premiers Européens à atteindre les Îles Carolines qu'ils nomment «îles de Sequeira». En 1526, Meneses accoste sur l'île de Waigeo en Nouvelle-Guinée. À partir de là, des historiens menés par l'Australien Kenneth McIntyre proposent une théorie selon laquelle les Portugais et en particulier Cristóvão de Mendonça seraient les premiers Européens à avoir atteint l'Australie.


    En 1527, l'Espagnol Hernán Cortés organise une flotte pour découvrir de nouvelles terres dans la «mer du Sud» (l'océan Pacifique) et demande à son cousin Alvaro de Saavedra de la commander. Le 31 octobre 1527, Saavedra quitte la Nouvelle-Espagne (Mexique) et arrive en Nouvelle-Guinée. Un des navires atteint les Moluques en octobre 1528. Dans une tentative pour rejoindre la Nouvelle-Espagne, il est repoussé par les alizés venant du Nord-Est. Dans une nouvelle tentative, il découvre les îles de l'Amirauté et les îles Marshall mais ne parvient toujours pas à aller contre les alizés. La route entre les Philippines et le Mexique fut finalement découverte en 1565 par Andrés de Urdaneta.
     
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    La conquête des empires amérindiens (1519–1532)


    Des rumeurs d'îles inconnues au nord-ouest d'Hispaniola arrivent en Espagne et convainquent le roi Ferdinand II d'Aragon d'organiser de nouvelles explorations dans la zone. Tandis que les Portugais réalisent d'énormes bénéfices dans l'océan Indien, les Espagnols entreprennent d'explorer l'intérieur des terres pour découvrir de l'or et des ressources précieuses. Les membres de ces expéditions, les Conquistadores sont généralement des nobles peu fortunés d'Espagne, individualistes, mercenaires dans l'âme qui entendent s'enrichir dans les «Indes» alors qu'ils n'y parvenaient en Europe. Ils s'équipent à leurs propres frais en échange d'une part des profits. Leur organisation ressemble plus à celle d'une milice qu'à celle d'une véritable armée professionnelle.

    Dans les Amériques, les Espagnols découvrent de puissants empires aussi vastes et peuplés que ceux d'Europe. La capitale de l'Empire aztèque, Tenochtitlan compte plus de 200 000 habitants. Pourtant, avec des troupes bien inférieures en nombre à celles des empires auxquels ils s'attaquent, les conquistadores parviennent à soumettre et à éliminer les plus puissants souverains, aidés par une supériorité technologique certaine, une détermination sans faille, des circonstances politiques exceptionnellement favorables et par la propagation de nombreuses maladies apportées par les Européens, qui déciment les habitants du Nouveau Monde pour qui elles sont complètement nouvelles (variole, grippe, typhus…). Une fois sa souveraineté établie, l'Espagne peut se concentrer sur l'extraction et l'exportation de l'or et de l'argent.

    En 1512, pour récompenser Juan Ponce de León d'avoir exploré Porto Rico en 1508, le roi Ferdinand II lui demande de chercher de nouvelles terres dont il pourrait devenir le gouverneur. Avec trois navires et 200 hommes, León quitte Porto Rico en mars 1513 et arrive en Floride en avril. Il poursuit son voyage vers le nord et rencontre un puissant courant qui le ramène en arrière : Première rencontre avec le Gulf Stream qui devient la principale route maritime de l'Amérique centrale vers l'Europe.

    Cortés et la Mésoamérique
    En 1517, le gouverneur de Cuba, Diego Velázquez de Cuéllar organise une flotte sous le commandement de Francisco Hernández de Córdoba pour explorer la péninsule du Yucatán. Cependant, une fois à terre, l'expédition est massacrée par les Mayas et seule une partie de l'équipage parvient à rentrer à Cuba. Velázquez organise alors une nouvelle expédition menée par son neveu, Juan de Grijalva, qui longe les côtes de l'État de Tabasco et découvre l'Empire aztèque. En 1518, Velázquez donne à Hernán Cortés le commandement d'une expédition destinée à sécuriser l'intérieur des terres du Mexique mais craignant que le gouverneur n'annule la mission, Cortés quitte Cuba en février 1519 dans un acte de mutinerie. Avec 11 navires, 500 hommes, 13 chevaux et quelques canons, il accoste sur la côte du Yucatán dans le territoire maya qu'il revendique au nom de la couronne d'Espagne. Il remporte une victoire sur les indigènes et capture La Malinche qui deviendra sa maîtresse. Celle-ci parle le nahuatl (la langue aztèque) et le maya et connaît parfaitement les coutumes amérindiennes ce qui fera d'elle un interprète et un conseiller de très grande valeur. Grâce à elle, Cortés découvre la richesse de l'Empire aztèque.

    En juillet, il fonde Veracruz sur la côte mexicaine qui deviendra le principal port sur l'Atlantique de la Nouvelle-Espagne. Cortés demande à plusieurs reprises à rencontrer l'empereur Aztèque Moctezuma II qui refuse à chaque fois. En octobre, Cortés marche vers la capitale Tenochtitlan et noue des alliances avec les tribus locales mécontentes de la domination aztèque. Soutenu par 3 000 Tlaxcaltèques, il entre dans Cholula, la deuxième plus grande ville de l'Empire. Soupçonnant une possible traîtrise des Aztèques, Cortès lance une attaque préventive et massacre plusieurs dizaines de milliers de personnes avant d'incendier la cité.

    Arrivant à Tenochtitlan le 8 novembre avec une puissante armée, Cortès est reçu avec tous les égards par Moctezuma II qui sans doute espérait mieux le connaître pour ensuite pouvoir l'écraser. L'empereur leur offre des cadeaux somptueux ce qui conforte les Espagnols dans l'idée que les Aztèques possèdent des quantités colossales d'or et mécontente la noblesse aztèque qui se méfie des Espagnols. Dans ses lettres à Charles V, Cortés raconte qu'il est considéré par les Aztèques comme un émissaire du dieu Quetzalcóatl ou Quetzalcóatl lui-même. Cependant, il apprend que des chefs mexicains ont attaqué Veracruz et il décide de prendre en otage Moctezuma II.

    Dans le même temps, Velázquez lance une nouvelle expédition menée par Pánfilo de Narváez pour punir Cortés. Ce dernier laisse 200 hommes à Tenochtitlan et quitte la ville avec le reste de son armée pour affronter Narváez. Il sort victorieux de la bataille et convainc les vaincus de se joindre à lui. Cependant, craignant une révolte, l'un des lieutenants de Cortés à Tenochtitlan profite d'une fête aztèque pour massacrer l'aristocratie ce qui déclenche un soulèvement de la population. Cortès revient rapidement dans la ville et tente d'obtenir le soutien de Moctezuma II mais l'empereur est mort, probablement tué par ses sujets en colère contre sa trahison. Lors de la Noche Triste, les Espagnols parviennent à quitter la ville au prix de lourdes pertes.

    Après leur victoire inespérée lors de la bataille d'Otumba, les Espagnols arrivent à Tlaxcala. Profitant du soutien indéfectible des Tlaxcaltèques, Cortès peut repartir à l'assaut de Tenochtitlan qui tombe le 13 août 1521. Le dernier empereur Cuauhtémoc est capturé, torturé et exécuté en février 1525 mettant fin à l'Empire aztèque. La ville de Tenochtitlan devint Mexico, la capitale de la Vice-Royauté de Nouvelle-Espagne.

    Pizarro et l'Empire inca
    Une première tentative d'exploration de l'Ouest de l'Amérique du Sud est organisée par Pascual de Andagoya. Les indigènes lui ont parlé d'un territoire riche en or appelé "Pirú". Ayant atteint le Río San Juan (Colombie), Andagoya tombe malade et doit retourner au Panama, où il parle du "Pirú" comme étant le légendaire Eldorado. Cela ajouté aux succès d'Hernán Cortés retient l'attention de Pizarro.

    Francisco Pizarro avait accompagné Balboa dans sa traversée de l'isthme de Panama. En 1524, il forme un partenariat avec le prêtre Hernando de Luque et le soldat Diego de Almagro pour explorer le sud, s'accordant pour partager les profits. En septembre 1524, la première des trois expéditions part pour conquérir le Pérou avec 80 hommes et 40 chevaux. C'est un désastre: Pizarro ne dépasse même pas la Colombie et doit reculer à cause du mauvais temps, de la faim et de l'hostilité des indigènes. Les noms de lieux le long de leur route, Puerto deseado (port désiré), Puerto del hambre (port de la faim) and Puerto quemado (port brulé) témoignent de leurs difficultés. Deux ans plus tard, une nouvelle expédition est organisée malgré le manque d'enthousiasme du gouverneur du Panama. En août 1526, les 160 hommes et deux navires atteignent le Río San Juan puis se séparent, Pizarro reste sur place pour explorer les marécages de la côte et Almagro est envoyé en arrière pour chercher des renforts. Ayant dépassé l'Équateur, l'un des navires de Pizarre capture un radeau de la Région de Tumbes. Celui-ci transporte des tissus, de la céramique mais surtout de l'or, de l'argent et des émeraudes. Après l'arrivée des renforts, la progression continue et ils atteignent Atacames où vit une importante population sous contrôle inca mais celle-ci semble si dangereuse que les Espagnols rebroussent chemin.

    Au printemps 1528, Pizarre retourne en Espagne où il rencontre l'empereur Charles Quint. Ce dernier écoute son récit et promet de le soutenir. La Capitulación de Toledo autorise Pizarro à conquérir le Pérou. Celui-ci convainc ses frères Hernando Pizarro, Juan Pizarro et Gonzalo Pizarro de le suivre ainsi que Francisco de Orellana qui explorera par la suite l'Amazone. La troisième et dernière expédition quitte Panama le 27 décembre 1530. Avec trois navires et 180 hommes, elle accoste au Pérou et découvre un Empire Inca déchiré par la guerre civile. Deux frères Huascar et Atahualpa s'affrontent pour accéder au trône. Pizarro propose à ce dernier de l'aider dans sa lutte contre son frère et une rencontre est organisée à Cajamarca. Malgré une supériorité numérique écrasante (7 000 Incas contre 200 Espagnols), Atahualpa est capturé. Apprenant que Huascar avait été capturé par ses armées et craignant que les Espagnols ne le libèrent, il fait exécuter son frère et devient ainsi le nouvel empereur inca. Pour obtenir sa libération, Atahualpa fait livrer plusieurs tonnes d'or et d'argent aux Espagnols. Voyant le pouvoir et la puissance du souverain, les Espagnols décident de l'exécuter le 29 août 1533 dans sa cellule.

    En 1534, Pizarro envahit Cuzco et fonde la ville de Lima sur la côte péruvienne en janvier 1535. La conquête du pays ne fut achevée qu'en 1572 avec l'exécution du dernier Sapa Inca, Túpac Amaru.

     
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    Nouvelles routes commerciales (1542–1565)


    En 1543, trois marchands Portugais deviennent accidentellement les premiers occidentaux à commercer au Japon. Selon Fernão Mendes Pinto qui déclare avoir participé à ce voyage, ils arrivent sur l'île de Tanegashima où les habitants sont impressionnés par leurs arquebuses et commencent à les fabriquer sur une grande échelle.

    La conquête des Philippines est ordonnée par Philippe II d'Espagne en 1564 qui désigne Andrés de Urdaneta pour la conduire. Urdaneta accepte d'accompagner l'expédition mais refuse le commandement au profit de Miguel López de Legazpi. Après avoir passé quelque temps sur les îles, Urdaneta est envoyé chercher une voie maritime pour retourner en Nouvelle-Espagne : Il fait route vers l'île de Cebu mais doit remonter jusqu'au 38e parallèle nord pour obtenir des vents favorables.

    Il suppose que les alizés du Pacifique font une gyre de la même manière que ceux de l'Atlantique. Il parvient ainsi à revenir jusqu'au cap Mendocino en Californie puis il longe la côte jusqu'au port d'Acapulco. Une route maritime est ainsi ouverte entre les Philippines et le Mexique : Une fois par an, le galion de Manille, en réalité une flotte de plusieurs navires, fait l'aller-retour entre Acapulco et Manille pour amener les marchandises qui sont ensuite rapatriées en Europe à travers l'Atlantique.


    Implication de l'Europe du Nord (
    XVI[SUP]e[/SUP] siècle)


    Les nations hors de la péninsule Ibérique refusèrent de reconnaitre le traité de Tordesillas. La France, les Provinces-Unies (Pays-Bas) et l'Angleterre avaient chacune une longue tradition maritime et étaient engagées dans la «guerre de course». Malgré les résistances ibériques, les nouvelles technologies et les cartes se répandirent vers le nord.
    En 1568, les Hollandais se soulèvent contre Philippe II d'Espagne menant à la guerre de Quatre-Vingts Ans. La guerre entre l'Espagne et l'Angleterre éclate également. En 1580, Philippe II devient roi du Portugal et l'union ibérique ainsi créée devient l'État le plus puissant d'Europe. Les troupes de Philippe envahissent les importantes cités commerciales de Bruges et de Gand. Anvers, alors le port le plus important du monde tombe en 1585. La population protestante reçut l'ordre de quitter la ville et la plupart émigra à Amsterdam.

    Celle-ci était composée d'artisans expérimentés, de riches marchands et de réfugiés fuyant les persécutions religieuses comme les juifs séfarades chassés d'Espagne et du Portugal puis plus tard les huguenots français. Les Pères pèlerins passèrent également du temps dans la ville avant de partir pour le Nouveau Monde. Cette intense immigration fut l'un des facteurs de l'expansion de la ville, d'un petit port en 1585, Amsterdam devint rapidement l'un des pôles financier et économique les plus importants au monde. Après la destruction de l'Invincible Armada en 1588, le commerce maritime connut une expansion fulgurante.


    L'émergence de la puissance maritime hollandaise fut rapide et remarquable. Durant des années, les marins hollandais avaient participé aux voyages portugais vers l'est en tant que matelots et cartographes. En 1592, Cornelis de Houtman fut envoyé par des marchands hollandais de Lisbonne pour collecter le plus d'informations possibles sur les Moluques. En 1595, le marchand et explorateur Jan Huygen van Linschoten, qui avait navigué avec les Portugais dans l'océan Indien, publia un carnet de voyage à Amsterdam sous le titre de Reys-gheschrift vande navigatien der Portugaloysers in Orienten ("Rapport de voyage sur la navigation portugaise dans l'Orient"). Cet ouvrage incluait les routes maritimes permettant de naviguer entre le Portugal et les Indes Orientales. La même année, Houtman suivit ces indications pour réaliser le premier voyage d'exploration hollandais qui découvrit une nouvelle voie maritime traversant l'océan Indien directement depuis Madagascar jusqu'au détroit de la Sonde en Indonésie où il signa un traité avec le sultan de Banten.

    Les premières compagnies à charte sont créées comme les Compagnies néerlandaise et anglaise des Indes orientales et la France, l'Angleterre et les Provinces-Unies commencent à s'attaquer au monopole portugais dans l'océan Indien.

    Exploration de l'Amérique du Nord
    L'expédition anglaise de 1497 menée par Jean Cabot fut la première d'une série de missions d'exploration de l'Amérique du Nord menées par la France et l'Angleterre. L'Espagne ne s'intéressa pas vraiment à ces territoires d'Amérique car ses ressources étaient concentrées en Amérique centrale et du Sud où la plus grande partie des richesses avaient été découvertes. Ces expéditions avaient pour but principal la découverte du passage du Nord-Ouest permettant un commerce plus rapide avec l'Asie. Celui-ci ne fut jamais découvert mais d'autres possibilités apparurent et au début du XVII[SUP]e[/SUP] siècle, des colonies de plusieurs pays européens commencèrent à s'implanter sur la côte est de l'Amérique du Nord.

    En 1524, Giovanni da Verrazzano, un italien naviguant au service du roi François I[SUP]er[/SUP] de France, motivé par l'«insolence» de la division du monde entre les Portugais et les Espagnols, est le premier Européen à visiter la côte atlantique des actuels États-Unis, remontant la côte depuis la Caroline du Sud jusqu'en Nouvelle-Écosse. La même année, Estevão Gomes, un cartographe portugais qui avait navigué avec Magellan explore la Nouvelle-Écosse puis la côte du Maine jusqu'à l'estuaire de l'Hudson qui deviendra New York avant d'arriver en Floride en août 1525. En conséquence de cette expédition, la carte du monde de Diego Ribero de 1529 reproduit de manière presque parfaite la côte Est de l'Amérique du Nord. De 1534 à 1536, l'explorateur français Jacques Cartier, qui avait peut-être participé aux missions de Verrazzano en Nouvelle-Écosse et au Brésil est le premier Européen à voyager à l'intérieur de l'Amérique du Nord en remontant le fleuve Saint-Laurent qu'il nomme «pays de Canada» d'après un nom iroquoien. Il revendique la région de l'actuel Québec au nom du roi de France François I[SUP]er[/SUP].

    L'exploration de la côte ouest commença au milieu du XV[SUP]e[/SUP] siècle. En 1539, Francisco de Ulloa explore la côte pacifique de l'actuel Mexique dont le golfe de Californie prouvant que la Basse-Californie est une péninsule, malgré cette découverte, il faudra attendre le XVIII[SUP]e[/SUP] siècle pour que le mythe de l'Île de Californie ne disparaisse. Son journal fournit la première utilisation recensée du mot "Californie". João Rodrigues Cabrilho, un navigateur portugais naviguant pour le compte de la couronne d'Espagne fut l'un des premiers Européens à poser le pied en Californie en débarquant en septembre 1542 dans la baie de San Diego. Il accosta également sur les îles du détroit au large de l'actuel Los Angeles et continua jusqu'à Point Reyes. Après sa mort de maladie, l'équipage continua au nord jusqu'à l'Oregon. À bord du Golden Hind, l'Anglais Francis Drake réalise la seconde circumnavigation du monde et explore la côte pacifique qu'il revendique sous le nom de Nouvelle-Albion.

    Entre 1609 et 1611, Henry Hudson, après une série de voyages pour le compte de marchands anglais pour découvrir un passage du Nord-Est vers l'Inde, explore la région autour de l'actuelle ville de New York. Il remonte l'Hudson et pose les bases de la colonisation hollandaise de la région. La dernière expédition de Hudson le mène très au nord à la recherche du passage du Nord-Ouest menant à la découverte du détroit et de la baie d'Hudson. Après avoir passé l'hiver dans la baie James, Hudson tente de reprendre sa route vers le nord au printemps 1611 mais son équipage se mutine et Hudson est abandonné sur une chaloupe.


    Quête de la route du nord
    La France, les Provinces-Unies et l'Angleterre ne disposent pas d'une route maritime vers l'Asie que ce soit par l'Afrique ou par l'Amérique du Sud. Lorsqu'il devient évident qu'un tel passage n'existe pas à travers le continent américain, l'attention se tourne vers un passage, dénommé le passage du Nord-Est- au-delà du cercle polaire arctique. Le désir d'établir une telle voie de communication motive l'exploration européenne sur les côtes russes. En Russie, le premier à lancer l'idée d'établir une voie maritime entre l'Atlantique et le Pacifique est le diplomate Dmitri Guerassimov en 1525, alors que les colons sur les côtes de la mer Blanche, les Pomors avaient déjà exploré une partie du territoire depuis le XI[SUP]e[/SUP] siècle.

    En 1553, les explorateurs anglais Hugh Willoughby et Richard Chancellor sont envoyés avec trois navires à la recherche du passage par la Company of Merchant Adventurers to New Lands. Durant le voyage à travers la mer de Norvège, les navires sont séparés par une tempête et Willoughby doit s'arrêter dans une baie près de l'actuelle frontière entre la Finlande et la Russie. Tout l'équipage dont Willoughby meurt de froid et le navire et le journal de bord sont retrouvés l'année suivante par un pêcheur russe. Richard Chancellor parvient à jeter l'ancre dans la mer Blanche et à se frayer un chemin jusqu'à Moscou et la cour du roi Ivan IV de Russie. Le pays s'ouvre au commerce et la Company of Merchant Adventurers devient la Compagnie de Moscovie.

    - L'exploration de Barentsz
    Le 5 juin 1594, le cartographe Willem Barentsz quitte Texel aux Pays-Bas avec trois navires en direction de la mer de Kara avec l'espoir de trouver le passage du Nord-Est au-delà de la Sibérie. Sur l'île Williams, l'équipage rencontre pour la première fois un ours blanc et il parvient à le capturer pour le ramener en Hollande mais l'animal saccage le navire et doit être tué. Barentsz atteint la côte occidentale de la Nouvelle-Zemble et remonte l'île jusqu'à être bloqué par des icebergs. L'année suivante, Maurice de Nassau le met à la tête d'une nouvelle expédition de six navires chargé de marchandises destinées à être vendues en Chine. La flotte rencontre le peuple des Samis mais doit faire demi-tour car le détroit de Kara est gelé.

    En 1596, les États généraux du Royaume des Pays-Bas annoncent qu'une grande récompense est offerte à celui qui naviguera «avec succès» le passage du Nord-Est. Le conseil municipal d'Amsterdam achète et équipe deux petits navires commandés par Jan Rijp et Jacob van Heemskerk pour trouver l'insaisissable passage sous le commandement de Barentsz. Ils partent en mai et en juin, la flotte découvre l'île aux Ours et le nord-ouest du Spitzberg. La flotte longe la côte de l'île Prins Karls Forland vers le sud et rejoint l'Île aux Ours le 1[SUP]er[/SUP] juillet ce qui provoque un désaccord. Barentsz veut contourner la Nouvelle-Zemble par le nord mais Rijp considère cela comme trop dangereux et refuse de le suivre. Barentsz atteint la Nouvelle-Zemble mais devient prisonnier des icebergs et de la banquise. Prisonniers, les 16 hommes d'équipage sont forcés de passer l'hiver sur place et ils démontent une partie du navire pour construire un abri de fortune et piègent les renards arctiques pour survivre. Au printemps suivant, la glace ne desserre pas son emprise sur le navire et les survivants atteints par le scorbut mettent deux chaloupes à la mer. Barentsz meurt le 20 juin 1597 et sept semaines sont nécessaires pour rejoindre Kola où l'équipage est secouru par un navire de pêche russe. 12 hommes rejoignent Amsterdam et deux membres d'équipages Jan Huygen van Linschoten et Gerrit de Veer publièrent leurs carnets sur ce voyage.

    En 1608, Henry Hudson fait une nouvelle tentative en tentant de dépasser le sommet de la Russie mais doit faire demi-tour après la Nouvelle-Zemble.

    Australie et Nouvelle-Zélande
    Terra Australis incognita (latin, «la terre australe inconnue») est un hypothétique continent qui apparait sur les cartes européennes du XV[SUP]e[/SUP] au XVIII[SUP]e[/SUP] siècle et dont les origines remontent à Aristote. Elle est représentée sur les cartes de Dieppe datant du milieu du XVI[SUP]e[/SUP] siècle par une ligne côtière juste au sud des îles des Indes orientales, souvent dessinée avec de nombreux détails alors que personne ne l'a encore vue. Les découvertes réduisent la zone de l'emplacement présumé du «continent» ; cependant, de nombreux cartographes comme Gérard Mercator (1569) et Alexander Dalrymple (1767) invoquent l'hypothèse d'Aristote selon laquelle une grande masse de terres doit se trouver dans l'hémisphère Sud pour «faire contrepoids» aux masses terrestres connues de l'hémisphère Nord. Toutes nouvelles terres découvertes sont souvent rattachées à ce continent hypothétique.

    L'Espagnol Juan Fernández naviguant depuis le Chili en 1576 prétend avoir découvert le continent austral (probablement la Nouvelle-Zélande) mais meurt avant d'avoir pu pousser plus avant ses recherches. Luis Váez de Torrès, un marin de Galice naviguant pour la couronne d'Espagne prouve l'existence d'un passage au sud de la Nouvelle-Guinée qui porte aujourd'hui son nom : le détroit de Torrès. Pedro Fernandes de Queirós, un Portugais naviguant pour l'Espagne aperçoit une grande île au sud de la Nouvelle-Guinée en 1606 qu'il nomme Australie et qu'il présente au roi d'Espagne comme la Terra Australis incognita.

    Le marin hollandais et gouverneur colonial Willem Janszoon est le premier Européen connu à avoir vu la côte australienne. Janszoon part de Hollande en direction des Indes orientales en décembre 1603 à bord du Duyfken («petite colombe»), un des douze navires de la grande flotte de Steven van der Hagen. Une fois sur place, Janszoon est envoyé à la recherche de nouveau débouchés pour le commerce, particulièrement dans le «grand territoire de Nova Guinea et des autres terres orientales et australes». En novembre 1605, le Duyfken quitte Banten pour la côte occidentale de la Nouvelle-Guinée. Janszoon traverse ensuite l'extrémité orientale de la mer d'Arafura jusque dans le golfe de Carpentarie sans approcher le détroit de Torres. En février 1606, il accoste à l'embouchure de la Pennefather River sur la côte occidentale de la péninsule du cap York dans le Queensland. Janszoon cartographie 320 km de côtes qu'il pense être l'extrémité sud de la Nouvelle-Guinée. En 1615, Jacob Le Maire et Willem Schouten contournent le cap Horn prouvant que la Terre de Feu est une petite île.

    En 1642-1644, Abel Tasman, un explorateur et marchand hollandais au service de la VOC fait le tour de la Nouvelle-Hollande prouvant que l'Australie n'est pas une partie du mythique continent austral. Il est le premier Européen à atteindre la Tasmanie et la Nouvelle-Zélande puis les îles Fidji en 1643. Tasman, son navigateur Visscher et le marchand Gilsemans cartographient d'importantes zones de l'Australie, de la Nouvelle-Zélande et des îles du Pacifique.



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    Exploration russe de la Sibérie (1581-1660)

    Au cours de la moitié du XVI[SUP]e[/SUP] siècle, le Tsarat de Russie envahit les Khanat de Kazan et d'Astrakhan, annexant ainsi toute la région de la Volga et ouvrant la voie des montagnes de l'Oural. De même que l'exploration et la colonisation de l'Amérique, la colonisation des territoires orientaux est animée par de riches marchands comme les Stroganoff avec le soutien d'aventurier comme les cosaques. Le tsar Ivan IV de Russie offre de vastes territoires exempts de taxes à Anikey Stroganoff qui organise l'émigration à grande échelle vers ces territoires. Stroganoff développe l'agriculture, la chasse, la production de sel, la pèche et l'exploitation minière dans l'Oural ainsi que le commerce avec les tribus sibériennes.

    Conquête du Khanat de Sibir
    Vers 1577, Semyon Stroganoff et les autres fils d'Anikey Stroganoff engagent un chef cosaque appelé Yermak pour protéger leurs terres des attaques du Khan de Sibir Kuchum. À partir de 1580, Stroganoff et Yermak mettent en place une opération militaire pour chasser Kuchum. En 1581, Yermak commence son voyage dans les profondeurs de la Sibérie. Après quelques victoires mineures, Yermak écrase les armées de Kuchum lors de la bataille du Cap Chuvash près de l'actuel Perm en 1582. Les restes de l'armée du khan retraitent à travers la steppe et Yermak capture la capitale du Khanat, Qashliq près de l'actuel Tobolsk. Cependant Kuchum reste puissant et attaque Yermak par surprise. Ce dernier est blessé et se noie sous le poids de sa cotte de mailles en voulant traverser la Vagaï, un affluent de l'Irtych. Les cosaques doivent quitter la Sibérie mais grâce à l'exploration des principales voies navigables, les russes peuvent revenir quelques années plus tard pour imposer leur domination.

    Voies navigables de Sibérie
    Au début du XVII[SUP]e[/SUP] siècle, l'expansion russe vers la Sibérie est ralentie par des problèmes internes liés à la période des troubles. Cependant, l'exploration et la colonisation des immenses territoires sibériens reprennent menées par les cosaques à la recherche de précieuses fourrures et d'ivoire. Tandis que les cosaques viennent du sud de l'Oural, une autre vague de Russes provient de l'océan Arctique. Il s'agit des Pomors issus de la Région du Nord qui commercent déjà avec la ville de Mangazeïa depuis longtemps. En 1607, le village de Touroukhansk est fondé sur l'Ienisseï près de l'embouchure de la Toungouska inférieure et en 1619, la forteresse de Ienisseïsk est construite au confluent de l'Ienisseï et de l'Angara.

    Entre 1620 et 1624, un groupe de trappeurs mené par Demid Pyanda quitte Touroukhansk et remonte la Toungouska inférieure sur2 300 km, hivernant près de la Viliouï et de la Léna. Il est le premier russe à rencontrer les Iakoutes et les Bouriates et explore la région de Sakha. Il montre que l'Angara et la Toungouska supérieure forment une seule et même rivière.

    En 1627, Piotr Beketov est nommé voïvode de l'Ienisseï et il réalise avec succès un voyage destiné à collecter les impôts des Bouriates de Transbaïkalie. Il est alors le premier russe à pénétrer en Bouriatie et il y fonde le premier village russe, Rybinsky. Beketov est ensuite envoyé explorer la Léna en 1631 et fonde Iakoutsk l'année suivante. Ses cosaques remontent l'Aldan pour construire des forteresses et collecter les impôts.

    Iakoutsk devient rapidement le point de départ principal des expéditions russes vers l'est, le sud et le nord. Maksim Perfilyev, qui avait été l'un des fondateur de Ienisseïsk, fonde Bratsk le long de l'Angara en 1631 et en 1638, il est le premier russe à entrer en Transbaikalie en venant de Iakoutsk. En 1643, Kurbat Ivanov mène un groupe de cosaques depuis Iakoutsk vers le sud des Monts Baïkal, découvre le lac Baïkal et visite l'île d'Olkhon. Par la suite, Ivanov fit la première carte et la première description du lac.

    Les Russes atteignent le Pacifique
    En 1639, un groupe d'explorateurs mené par Ivan Moskvitine deviennent les premiers Russes à atteindre l'océan Pacifique et découvrent la mer d'Okhotsk. Les cosaques apprennent des populations locales que le large fleuve Amour coule bien plus au sud. En 1640, ils arrivent à l'embouchure du fleuve et découvrent probablement les îles Chantar sur le chemin vers le sud. Basé sur le rapport de Moskvitine, Kurbat Ivanov réalise la première carte de l'Extrême-Orient russe en 1642.

    En 1643, Vassili Poïarkov franchit les Monts Stanovoï et atteint la rivière Zeïa dans le pays des Daur qui payent un tribut à la dynastie chinoise des Qing. Après l'hiver, Poïarkov atteint le fleuve Amour qu'il descend jusqu'à l'embouchure. Comme ses cosaques s'étaient attirés l'hostilité des populations locales, Poïarkov décide de prendre une autre route pour le retour et construit des bateaux qui lui permettent de remonter le long des côtes de la mer d'Okhotsk avant de revenir finalement à Iakoutsk en 1646.

    En 1644, Mikhail Stadukhin découvre le fleuve Kolyma et fonde Srednekolymsk. Un marchand nommé Fedot Alekseyev Popov organise une expédition encore plus vers l'est et Simon Dejnev devient capitaine de l'un des koch. L'expédition part de Srednekolymsk en direction de l'Arctique et dépasse le cap Dejnev devenant la première à franchir le détroit de Béring et à arriver dans la péninsule tchouktche et dans la mer de Béring. Tous les navires et presque tous les hommes dont Popov sont perdus dans des tempêtes ou lors d'affrontements avec les locaux. Un petit groupe mené par Dejnev atteint l'embouchure de l'Anadyr et est secouru par Stadukhin venant de l'est par la terre. Ce dernier poursuit l'exploration des côtes nord de la mer d'Okhotsk

    En 1649, Ierofeï Khabarov explore le bassin de l'Amour et revient avec une plus grande expédition en 1652. Cette fois, il rencontre une opposition armée de la part des Mandchous. Il passe l'hiver à Albazin puis descend l'Amour et fonde Achansk à proximité de l'actuel Khabarovsk. Il affronte les armées daouriennes, mandchoues, chinoises et même coréennes. Par la suite, les Russes contrôlèrent la région de l'Amour jusqu'en 1689 lorsque le traité de Nertchinsk attribua ce territoire à la Dynastie Qing (la Russie récupérera cette zone lors du traité d'Aigun en 1858).

    Au début des années 1660, Kurbat Ivanov retourne explorer la péninsule tchouktche et rédige la première carte du détroit de Bering où apparait l'île Wrangel, les îles Diomède et l'Alaska encore inconnus à l'époque en se basant sur les informations collectées chez les Tchouktches.

    Ainsi, au milieu du XVII[SUP]e[/SUP] siècle, les Russes avaient exploré la quasi-totalité de la Sibérie à l'exception de l'Est de la péninsule de Kamtchatka et de certaines régions au-delà du cercle arctique. La conquête du Kamtchatka fut terminée au début des années 1700 par Vladimir Atlassov tandis que l'exploration de l'Alaska et de la côte arctique sera finalisée par la grande expédition du Nord menée par Vitus Béring qui mit fin au rêve du passage du Nord-Est entre 1733 et 1743.

     
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    titegazelle سُبحَانَ اللّهِ وَ بِحَمْدِهِ Membre du personnel

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    Impact global

    L'expansion outremer de l'Europe met en contact entre le Nouveau et l'Ancien Monde et débouche sur l'échange colombien impliquant le transfert de produits inexistants dans l'autre Monde. Les Européens apportent les bovins, les chevaux et les moutons dans le Nouveau Monde. Ils y découvrent le tabac, les pommes de terre et le maïs.

    D'autres produits jouent un rôle majeur dans le développement du commerce mondial comme la canne à sucre, le coton, l'argent et l'or qui sont rapatriés non seulement en Europe mais également dans tout l'Ancien Monde.

    Les nouveaux liens transocéaniques et leur domination par les Européens mènent à l'impérialisme. Ces derniers finissent par dominer la plus grande partie de la planète. Les appétits européens pour le commerce, les marchandises précieuses et cette domination affectent dramatiquement les autres régions du monde. L’Espagne mène une politique de destruction violente des empires amérindiens pour substituer son pouvoir aux leurs. Les autres nations suivent la même voie et anéantissent de nombreuses cultures à travers le monde en supprimant les rituels païens, en imposant le christianisme, de nouvelles langues et de nouvelles organisations culturelles et sociales.

    Dans de nombreuses régions comme l'Amérique du Nord, l'Australie, la Nouvelle-Zélande ou l'Argentine, les populations autochtones sont brutalisées et chassées de leurs terres avant d'être réduites au statut de minorités dépendantes.

    Parallèlement, en Afrique de l'Ouest, les états locaux fournissent des esclaves destinés aux plantations européennes de l'autre côté de l'Atlantique. Cette traite négrière change profondément la nature des sociétés et bouleverse les économies locales).

    Les peuples amérindiens sont probablement ceux qui ont le plus souffert de l'expansion européenne car l'on estime qu'entre 50 et 90 % de leur population est décimée par les maladies importées par les Européens. Avant même leur première rencontre avec les Européens, certains peuples avaient déjà été anéantis.

    Au cours du XVI[SUP]e[/SUP] siècle, l'économie chinoise sous la dynastie Ming est stimulée par le commerce avec les Portugais, les Espagnols et les Hollandais. La Chine est impliquée dans le nouveau commerce mondial de marchandises, de plantes et d'animaux connu sous le nom d'échange colombien. Le commerce avec l'Europe apporte des quantités importantes de capitaux. Cependant, le pays ne parvient pas à développer une économie capitaliste sur le modèle européen permettant l'apparition d'une bourgeoisie composée de marchands capable d'organiser le commerce maritime international et la colonisation des nouveaux territoires. La baisse des revenus commerciaux, les effets du petit âge glaciaire sur l'agriculture, les épidémies, la menace des nomades mongols et le soulèvement de Li Zicheng entraînent le long déclin de la Chine qui se poursuivra jusqu'au XX[SUP]e[/SUP] siècle.

    Les plantes rapportées des Amériques par les colons espagnols au XVI[SUP]e[/SUP] siècle participent à l'accroissement de la population en Asie. Même si le gros des importations chinoises est composé d'argent, les Chinois achètent des plantes comme la patate douce, le maïs ou les arachides. Celles-ci peuvent être cultivées dans des zones où les cultures traditionnelles, le riz, le blé ou le millet ne poussent pas. La patate douce, en particulier, devient l'un des aliments de base de la population chinoise et conduit à son doublement entre le XV[SUP]e[/SUP] et le XVI[SUP]e[/SUP] siècle.

    Le jésuite italien Matteo Ricci (1552-1610) est le premier Européen à pouvoir visiter la Cité interdite de Beijing où il traduit les textes chinois en latin et inversement. Il travaille en étroite collaboration avec le mathématicien Xu Guangqi (1562-1633).

    L'arrivée des Portugais au Japon en 1543 marque le début de l'époque du commerce Nanban au cours de laquelle les Japonais adoptent de nombreuses technologies et pratiques culturelles occidentales comme l'arquebuse, des armures et les navires de style européen, le christianisme et les arts décoratifs. Après que la Chine ait interdit le commerce direct entre les marchands Chinois et le Japon, les Portugais servent d'intermédiaire entre les deux pays. Ils achètent la soie chinoise et l'échangent contre l'argent japonais. Cependant, après l'établissement d'une base commerciale espagnole à Manille, l'argent produit en Amérique remplace celui produit au Japon dans les achats chinois.


    Impact économique en Europe
    Le développement du commerce maritime avec l'Asie et les Amériques modifie considérablement l'économie européenne. Les anciennes puissances navales de la Méditerranée comme la République de Venise ou la Ligue hanséatique en mer Baltique voient leur part dans le commerce stagner tandis que les ports de l'Atlantique connaissent un essor fulgurant. Les nouveaux produits comme le sucre, les épices, la soie et les porcelaines chinoises inondent le marché du luxe européen provoquant une mutation sociale.

    Le cœur économique de l'Europe se déplace de la Méditerranée vers l'Atlantique. La ville d'Anvers du Duché de Brabant devient le centre du commerce international et la ville la plus riche de l'époque. Centré sur Anvers puis sur Amsterdam, le siècle d'or néerlandais repose fortement sur les Grandes découvertes. Francesco Guicciardini, un émissaire vénitien note que des centaines de navires transitent par Anvers chaque jour et que 2 000 chariots entrent dans la ville chaque semaine. Les navires portugais chargés de poivre et de cannelle déchargent leurs cargaisons dans le port et celles-ci sont distribuées dans tout le continent. L'administration est contrôlée par une oligarchie de marchands venant de toute l'Europe. La politique de tolérance en vigueur dans les Provinces-Unies attire de nombreux bourgeois juifs ou protestants persécutés dans leur pays.

    Les principales exportations chinoises sont la soie et la porcelaine, adaptées au goût des Européens. La porcelaine chinoise est tellement réputée qu'en Angleterre, le mot china devient un synonyme de porcelaine. Celle-ci apparaît dans de nombreux tableaux de l'âge d'or de la peinture néerlandaise. Le commerce florissant dans ce domaine pratiqué par la Compagnie néerlandaise des Indes orientales importe 6 millions de produits en porcelaine entre 1602 et 1682. La porcelaine Medici fabriquée à Florence est la première à pouvoir égaler la porcelaine chinoise : la production européenne décolle après l'arrêt des exportations chinoises, décidé après la mort de Ming Wanli en 1620. La porcelaine bleu et blanc est rapidement imitée dans le monde entier comme à Arita au Japon, où les Portugais s'approvisionnent après la chute des exportations chinoises consécutive à l'effondrement de la dynastie Ming en 1644. Finalement, en Europe, la faïence de Delft inspirée des motifs chinois s'impose à partir du milieu du XVII[SUP]e[/SUP] jusqu'au XVIII[SUP]e[/SUP] siècle.

    Antonio de Morga (1559-1636), un officiel espagnol à Manille réalise une liste exhaustive des produits échangés avec la Chine au début du XVII[SUP]e[/SUP] siècle. Il rapporte par exemple qu'un galion à destination des territoires espagnols du Nouveau Monde transporte à l'aller 50 000 paires de bas de soie et au retour rapporte10 tonnes d'argent. Dans ce commerce, les marchands chinois sont actifs et beaucoup émigrent eux Philippines ou en Indonésie pour en profiter.

    L'accroissement de la richesse de l'Espagne coïncide avec un cycle de forte inflation en Europe. L'Espagne rapatrie des quantités colossales d'or et d'argent. La mine de Potosí en Bolivie produit à elle seule240 tonnes d'argent par an entre 1560 et 1580. Au cours du XVI[SUP]e[/SUP] siècle, l'Espagne devient l'État le plus puissant d'Europe. Un voyageur français écrit en 1603 «En Espagne, tout est cher sauf l'argent». En inondant une Europe autrefois pauvre, cet argent provoque une importante inflation aggravée par la stagnation de la population, les faibles salaires et la hausse du coût de la vie. Cet afflux n'enrichit cependant pas l'Espagne qui importe presque tout ses biens de l'étranger et devient de plus en plus dépendante des revenus fournis par son empire. Les nombreuses guerres ruinent le pays qui fait plusieurs fois défaut à la fin du XVI[SUP]e[/SUP] siècle. La perte du contrôle sur les Pays-Bas ruine davantage le royaume qui reste à la marge de l'essor européen.

    Certes, l'essor du capitalisme et l'apparition d'une classe moyenne de bourgeois joue un rôle moteur dans le développement de la colonisation des terres nouvellement découvertes grâce aux compagnies commerciales. Mais, au final, ce sont les nations du Nord de l'Europe comme la France ou l'Angleterre qui, malgré leur retard initial, vont le plus profiter de ces Grandes découvertes.

    À ce point démarre

    - pour 400 ans –

    une ère de domination européenne sur le monde.



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    A SUIVRE...:)
     
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    Christophe Colomb


    Christophe Colomb
    (en italien, Cristoforo Colombo) (né entre le 25 août et le 31 octobre 1451 à Gênes, dans la République de Gênes, et mort le 20 mai 1506 à Valladolid, en Espagne) est un navigateur italien de la fin du XV[SUP]e[/SUP] et du début du XVI[SUP]e[/SUP] siècle au service des rois catholiques espagnols Isabelle de Castille et Ferdinand d'Aragon.

    Christophe Colomb est la première personne de l'histoire moderne à traverser l'océan Atlantique et, en cherchant une nouvelle route vers les Indes, il découvre une route aller-retour entre le continent américain et l'Europe.

    Il effectue en tout quatre voyages en tant que navigateur pour le compte des souverains espagnols, qui le nomment avant son premier départ amiral, vice-roi des Indes et gouverneur général des territoires qu'il découvrirait. La découverte de l'espace caraïbe marque le début de la colonisation de l'Amérique par les Européens et fait de Colomb un acteur majeur des grandes découvertes des XV[SUP]e[/SUP] siècle et XVI[SUP]e[/SUP] siècle. Son premier voyage est considéré comme la rupture majeure entre le Moyen Âge et les temps modernes[SUP]4[/SUP] dans l'historiographie de la civilisation occidentale.


    Même si des fouilles archéologiques conduites en 1960 dans la province actuelle de Terre-Neuve-et-Labrador, au lieu-dit de L'Anse aux Meadows, ont établi que les Vikings avaient brièvement installé une colonie en Amérique du Nord, à la pointe septentrionale de l'île de Terre-Neuve vers l'an mil, Colomb est aujourd'hui universellement reconnu comme le premier Européen qui a «découvert l'Amérique», où il accoste pour la première fois dans la nuit du 11 au 12 octobre 1492. Il meurt en relative disgrâce, ses prérogatives sur les terres découvertes étant contestées, toujours persuadé d'avoir atteint les Indes, le but originel de son expédition.

    Les historiens dressent le portrait d'un marin hors pair, «un des meilleurs navigateurs de tous les temps», ou même «le plus grand marin de tous les temps», mais «piètre politicien». Il apparaît «comme un homme de grande foi, profondément attaché à ses convictions, pénétré de religiosité, acharné à défendre et à exalter le christianisme partout».


    Histoire colombine : éléments historiographiques


    De la propre main de Colomb n'ont été identifiés et recensés que peu de documents : des lettres, des quittances, des annotations dans des ouvrages de sa bibliothèque et des signatures. Tous les autres textes, dont le journal du premier voyage, ne sont que des copies dont le texte n'est pas sûr. Ces différents textes et documents ont tous été traduits en français.

    Il existe cependant un curieux "Livre des prophéties" qui est un recueil de prophéties concernant la découverte du nouveau monde, écrit par Colomb vers la fin de sa vie.

    La connaissance du Colomb homme de savoir et de cabinet s'appuie aussi sur quatre livres qui lui ont appartenu et qui ont été conservés. Ces livres ne recèlent pas moins de 2 000 annotations portées en marge.

    Les premiers historiens contemporains de Colomb ne se sont pas attardés de manière précise à le décrire. Andrès Bernaldez l'évoque dans son Historia de los Reyes Catolicos, en donnant «une image à la fois édifiante et dramatique (...) intéressante certes, mais brossée à très grands traits, sans beaucoup de nuances». Parmi ceux qui ont vécu aux côtés de l'Amiral on recense les livres de Bartolomé de Las Casas, Fernand Colomb et Gonzalo Fernández de Oviedo y Valdés. C'est sur ces publications du XVI[SUP]e[/SUP] siècle que se sont appuyés en premier lieu tous les travaux historiques postérieurs et c'est grâce à eux qu'il est possible aujourd'hui de reconstituer ce qu'ont été les voyages et expéditions de Colomb.


    Pierre Martyr d'Anghiera, humaniste de l'Italie du nord, a livré dans son Orbo Novo dès 1494 le premier témoignage de la découverte.

    Biographie

    Origine et jeunesse

    Le lieu de naissance de Colomb est incertain mais il est aujourd'hui considéré comme d'origine ligure, des environs de Gênes. Cette origine génoise du navigateur est établie au sein de la communauté des historiens depuis la fin du XIX[SUP]e[/SUP] siècle, et plus exactement en 1892 pour le 400[SUP]e[/SUP] anniversaire de sa découverte de l'Amérique, de nombreuses régions revendiquant malgré tout être son lieu de naissance.

    Christophe Colomb serait né en 1451 dans la République de Gênes, il est l'aîné des cinq enfants de Domenico Colombo (en) (tisserand originaire de Lombardie qui s'est installé à Gênes puis, suite à des troubles politiques dans la cité, a déménagé à Savone en 1470 pour ouvrir un établissement de textile et une taverne) et Susanna Fontanarossa (en). En tant qu'aîné, il devient probablement apprenti tisserand.

    Selon la biographie Historia del Almirante (hagiographie peu fiable) de son fils Fernand Colomb, son père aurait eu les moyens financiers suffisants pour l'envoyer à l'université de Pavie où il étudie notamment la cosmographie, l'astrologie et la géométrie. Il est très tôt influencé par le Livre des merveilles du monde, écrit par le chevalier anglais Jean de Mandeville entre 1355 et 1357 pendant la guerre de Cent Ans, à son retour de voyage en Extrême-Orient, à partir de ses propres observations et de récits de missionnaires franciscains et dominicains. Colomb avait aussi un exemplaire de l’Imago mundi du cardinal Pierre d'Ailly (1410) qu'il a abondamment commenté en marge.

    Débuts dans la marine
    Christophe Colomb prétend dans une de ses lettres avoir été matelot dès l'âge de dix ans. Toujours selon la biographie de Fernand Colomb, après avoir commandé un navire au service de René d'Anjou combattant le roi d'Aragon et opéré en tant que corsaire en 1472, Christophe Colomb commence l'année suivante son apprentissage en tant que marchand au service des familles génoises Centurion, Di Negro et de Spinola. Sa prétendue expédition commerciale sur l’île de Chios en 1474 lui permet de devenir financièrement indépendant de sa famille.

    En 1476, il embarque sur un convoi en partance pour Lisbonne puis l'Angleterre. Le convoi est attaqué par les Français et Christophe Colomb se réfugie dans la ville portugaise de Lagos puis part chez son frère Bartolomeo Colomb, cartographe à Lisbonne. Il épouse en 1479 Filipa Moniz d'une famille de basse-noblesse portugaise, fille de Bartolomeu Perestrelo, capitaine-gouverneur de Porto Santo à Madère, avec qui commença la colonisation en 1425. Filipa meurt peu de temps après la naissance de leur seul fils, Diego Colomb, né possiblement en 1480 sur l'île Porto Santo (Colomb aura un second fils en 1488, Fernand, né d'une liaison avec Beatriz Enriquez de Arana). Christophe Colomb se perfectionne alors dans les sciences de la navigation, qui sait avec les cartes que son épouse peut-être avait apportées en dot : les cartes des vents et des courants des possessions portugaises de l'Atlantique qui, peut-être, appartenaient à Bartolomeu Perestrelo.

    Le projet de voyage aux Indes par l'ouest

    C'est aux alentours de 1484 que Colomb forme l'idée de passer par l'Atlantique pour aller aux Indes («rejoindre le Levant par le Ponant»). Il est en effet connu depuis les Grecs anciens que la Terre est ronde, et Ératosthène avait donné une estimation à peu près exacte de sa circonférence. Mais les textes grecs sont mal connus à l'époque, et c'est sur les mesures de Pierre d'Ailly que Colomb se base. Pierre d'Ailly reprend lui-même les travaux plus anciens d'Al-Farghani, et estime le degré terrestre à 56 milles 2/3 (soit un équateur d'environ 30 000 kilomètres). Or les arabes utilisaient un mille de 1 973 mètres et non le mille romain de 1 482 mètres. Pierre d'Ailly citait aussi les évaluations de Marin de Tyr, qui estimait que les terres habitées, de l'Espagne à la Chine, devaient s'étaler sur 225° au lieu des 130° réels, rendant les mers les séparant beaucoup plus petites.

    Selon les mots de Michel Balard «lumineuse erreur qui permet au navigateur de réduire les distances entre les îles Canaries et l'extrémité orientale du continent asiatique!». Une grande partie de la communauté scientifique de l'époque estime réalisable un tel voyage et Jacques Heers précise : «(...) les idées de Colomb ne s'inscrivent pas à contre-courant. Tout au contraire, elles nous paraissent exactement l'expression normale de la pensée géographique de son époque.». Ce qui distingue le projet du navigateur des hypothèses des érudits du temps – géographes et humanistes – qui estiment tous très probable l'existence d'îles nombreuses, voire de terres plus vastes plus loin à l'ouest dans la mer océane, c'est son but : atteindre les rivages de la Chine et avant cela le Japon, soit le royaume du Cathay et Cipangu tels que décrits par Marco Polo.


    Un groupe d'experts choisi par le roi du Portugal Jean II rejette cependant son projet sans appel. Colomb va alors tenter sa chance en Castille au milieu de 1485. Il se rend avec son fils au monastère de La Rábida à Palos de la Frontera, où deux moines auxquels il se lie, Juan Pérez et Antonio de Marchena, lui suggèrent de se rendre à Cordoue auprès de la reine Isabelle. Il est reçu par cette dernière en janvier 1486, mais une réponse négative lui est à nouveau rendue en 1490. En 1491, sa demande est en passe d'être acceptée, mais sa trop grande ambition fait échouer sa quête. Il veut notamment être vice-roi de toutes les terres découvertes et obtenir un titre de noblesse. C'est grâce à l'intervention du trésorier de la maison du roi, Louis de Santangel, que le projet est approuvé par la reine, quand il met en balance les retombées économiques potentielles – la découverte d'une nouvelle route vers les Indes permettrait de s'affranchir des intermédiaires orientaux – comparées à la modeste mise de fond initiale requise.

    Le 17 avril 1492, il signe près de Grenade, avec les Rois Catholiques, les Capitulations de Santa Fe, qui lui octroient notamment le titre de noblesse héréditaire d'«Amiral de la Mer Océane», les titres de Vice-roi et de Gouverneur général des territoires qu'il pourrait découvrir (la Couronne d'Espagne lui accordant à cet effet des armoiries), un dixième des richesses qu'il en retirerait et un huitième du profit de son expédition.

    Le I[SUP]er[/SUP] voyage (1492-1493)


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    Le voyage inaugural de Colomb est celui qui est le mieux connu des historiens. Comme l'écrit Jacques Heers : «Pour nous en tenir au temps de Colomb, de tous les voyages maritimes du temps (...) aucun ne peut être connu (...) avec tant de minutie et de sérieux.» Deux documents écrits permettent de suivre les navires de l'explorateur : le Journal, dans la version donnée par Bartolomé de Las Casas, et la lettre à Santangel, écrite le 14 février 1493 sur la route du retour, sorte de bilan de son expédition adressée en Espagne. Par ailleurs, à compter de 1938, l'amiral américain Samuel Eliot Morison a entrepris de refaire le périple du Génois et a pu, en ce qui concerne le premier voyage, «pointer sur la carte la position des navires chaque soir».

    Le 3 août 1492, Colomb est au départ à Palos de la Frontera (Huelva) avec trois navires — deux caravelles, la Pinta et la Niña, et une nef, la Santa Maria (qui ne prendra ce nom que lors des voyages ultérieurs de Colomb) — et pas plus de 90 membres d'équipage.
    Une première escale a lieu aux îles Canaries, à Las Palmas de Gran Canaria du 9 août au 6 septembre, (la route du sud a été choisie pour éviter les croisières portugaises au large des Açores). Là, Colomb et ses hommes approvisionnent en bois, en eau et en vivres. Les marins profitent de l'escale pour réparer les navires. Puis, portés par les vents d'Est, ils reprennent la mer direction plein Ouest : Colomb conserve la latitude des îles Canaries, qu'il croit être celle du Japon.

    Dix jours plus tard, le 16 septembre, apercevant des masses d'herbes voguer, l'équipage croit être près de la terre ferme. Ils entrent en fait dans la mer des Sargasses, une région située à environ 1 600 kilomètres des côtes américaines. L'océan Atlantique, recouvert de ces grandes algues, y est plutôt calme et les vents presque nuls. À partir du 19 septembre, les vents faiblissent fortement, immobilisant les bateaux. Une grande inquiétude finit par s'installer au sein de l'équipage.

    Le 25 septembre, Martín Alonso Pinzón, le capitaine de la Pinta croit voir une terre, mais cela n'est en fait qu'une illusion optique. Le vent finit par se lever à nouveau, mais les jours passent, tandis qu'aucune terre n'est en vue. Colomb pense avoir dépassé l'Inde.
    Le 7 octobre, l'autre frère Pinzon, Vicente, le commandant de la Niña est également victime d'une illusion d'optique. Colomb a une idée : observant les oiseaux, il décide de changer de cap, vers l'ouest-sud-ouest. Ce changement va marquer son succès. Le 10 octobre, les marins montrent cependant de l'impatience, ayant peur que les navires ne soient perdus. De plus, les vivres et l'eau douce commencent à faire défaut.
    Le 12 octobre à deux heures du matin, après une traversée quasi parfaite, un marin de la Pinta, Rodrigo de Triana, annonce que la terre est en vue, les vaisseaux restent à deux heures des côtes, attendant le lever du jour, pour pouvoir accoster.

    Dans la matinée, Colomb et les frères Pinzon prennent place dans une barque. Le navigateur croyant être dans l'archipel nippon, fait enregistrer la prise de possession de l'îlot pour le compte du roi d'Espagne par le notaire qui les accompagne. Il le baptise du nom du Christ : San Salvador (Guanahani pour les Indiens Taïnos) et s'en fait nommer vice-roi et gouverneur général.


    La première rencontre avec les indigènes – que Colomb nomme «Indiens» car il pense avoir atteint les Indes – est encore pacifique. Ceux-ci lui apportent du coton, des perroquets et d'autres objets. L'interprète que le navigateur avait embarqué à son bord n'est pas d'une grande utilité... Lors de ce premier contact, avec force gestes, répétitions et quiproquos, les Taïnos indiquent – ou les Espagnols comprennent – que de l'or se trouve en quantité importante sur une grande île au sud-est, habitée par des populations d'anthropophages qui leur sont hostiles.

    Le 28 octobre, Colomb accoste dans une baie (aujourd'hui «baie de Bariay») de cette île qu'il nomme alors Juana, en l'honneur du prince Don Juan, le fils des rois catholiques : cette île est aujourd'hui connue sous le nom de Cuba. Il pense connaître parfaitement sa position sur le continent asiatique. Ses hommes et lui-même apprennent à fumer de grandes feuilles séchées : le tabac. Se croyant à Cipangu (le Japon), Christophe Colomb, envoie Luis de la Torre et Rodrigo de Jerez à la recherche du Grand Khan à l'intérieur des terres.

    Le 12 novembre, les vaisseaux reprennent la mer. Mais le 23 novembre, Colomb perd de vue la Pinta, il accuse alors son capitaine Martín Alonso Pinzón d'avoir déserté. En réalité, celui-ci est parti seul à la découverte de ce prétendu Japon tant convoité. Colomb retourne à Cuba. On lui évoque alors une île située à l'est de Cuba, que les indigènes appellent Bohio. Il devrait y trouver de l'or, mais les peuples qui l'habitent sont des mangeurs d'hommes ! Il appareille le 4 décembre.


    Deux jours plus tard, le 6 décembre, la Niña et la Santa Maria mouillent dans une baie de l'île de Bohio (en réalité au «Môle Saint-Nicolas» au nord-ouest d'Haïti), Colomb la baptise du nom d'Hispaniola («L'Espagnole»), car elle lui rappelle les campagnes de la Castille. On la connaît aujourd'hui sous le nom de «Saint-Domingue». Les habitants locaux se montrent plutôt craintifs, pensant que les Espagnols viennent du ciel. Des relations amicales se nouent cependant et les marins reçoivent un peu d'or.

    Mais un événement malheureux se déroule au cours de la nuit du réveillon de Noël : alors que seul un mousse est à la barre de la Santa Maria – au mépris de toutes les règles de la marine – le navire vient s'échouer sur un récif dans la nuit du 24 au 25 décembre 1492. Le navire est perdu et seule l'aide des Indiens permet de débarquer dans l'urgence la plus grande partie de la cargaison. Colomb doit se résoudre à laisser 39 hommes sur place dans un petit fortin édifié dans la baie de La Navidad (située non loin de l'actuelle ville de Cap-Haïtien), avec le bois récupéré sur le navire échoué. Celui-ci reste dans l'histoire comme le premier établissement européen du Nouveau Monde.

    Alonso Pinzon est de retour. Il cherche à justifier sa recherche solitaire. Colomb, estimant qu'il vaut mieux ne pas se diviser, fait semblant d'accorder du crédit au récit de Pinzon. Longeant les côtes nord de l'île, les deux navires restant arrivent dans la baie de Samaná, ils y rencontrent les cannibales déjà évoqués. Plus agressifs que les Arawaks, ils déclenchent une escarmouche et Colomb décide de battre en retraite. Mais les marins en ont assez de leur vie dans ces îles, ils veulent rentrer en Europe. Christophe Colomb met le cap vers l'Espagne le 16 janvier 1493, aidé par de bons vents.


    Le 12 février, la Pinta, commandée par Alonso Pinzon disparaît de nouveau lors d'une tempête. Les marins de la Niña prennent peur et prient. Colomb craint de ne pas arriver en Espagne pour conter ses découvertes, il consigne celles-ci sur un parchemin qu'il entoure d'une toile cirée et met dans un tonneau qu'il jette à la mer, demandant à celui qui le découvrira de porter le parchemin au roi d'Espagne.
    Trois jours après, le temps se calme. La Niña s'arrête dans une île de l'archipel portugais des Açores. Le 18 du mois, le vaisseau repart, mais une nouvelle tempête lui fait perdre son cap.

    Le 4 mars, Colomb arrive dans l'estuaire du Tage. La nouvelle de sa découverte des Indes s'est déjà répandue. De tout Lisbonne, la population se précipite pour voir les Indiens que celui-ci a ramenés à son bord. Colomb apprend que la Pinta, qui avait dérivé vers la Galice, est arrivée avant lui au port de Baiona.

    Jean II, roi du Portugal, demande à voir l'explorateur. Le 9 mars, le roi le reçoit en audience privée. Ce dernier l'écoute avec attention, mais à la fin de l'entretien, affirme que c'est à lui que reviennent les découvertes de Colomb, compte tenu d'accords internationaux. Le découvreur quitte le Portugal le 13 mars pour Palos, qu'il atteint finalement le 15, en même temps que la Pinta. Le capitaine Alonso Pinzon meurt de la syphilis un mois plus tard.

    Le II[SUP]e[/SUP] voyage (1493-1496)

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    Dès son retour à Palos, Colomb prépare rapidement une nouvelle expédition beaucoup plus ambitieuse avec une flotte de 17 navires et environ 1 500 hommes dont 700 colons et 12 missionnaires, ainsi que des chevaux (les premiers importés sur le continent américain), des bêtes de somme et du bétail. Son objectif est de fonder une colonie sur Hispaniola et de retrouver les 39 hommes qu'il a laissés dans la Baie de la Navidad.
    Il lève l'ancre pour ce nouveau voyage le 25 septembre 1493 de Cadix.
    La première terre qu'il aperçoit, 21 jours après avoir quitté les îles Canaries est La Désirade qu'il baptise ainsi Desirada, tant la vue d'une terre fut désirée par l'équipage. Les autres îles ne sont pas loin.

    Le dimanche 3 novembre 1493, une autre île est en vue, que Colomb nomme Maria Galanda (Marie-Galante), du nom du navire amiral.
    Une troisième se présente à l'horizon, ce sera Dominica (la Dominique) puisqu'elle apparaît un dimanche matin, où il débarquera.

    Le lendemain matin, 4 novembre, ils reprennent la mer vers une île plus grande dont ils avaient aperçu au loin les montagnes. Colomb décide alors de jeter l'ancre devant cette île afin d'accorder quelques jours de repos à ses hommes. C'est l'île de Caloucaera «Karukera» (nom donné par les Caraïbes) et qui fut rebaptisée «Santa Maria de Guadalupe de Estremadura» (c'est la Basse-Terre de la Guadeloupe), pour honorer une promesse (donner le nom de leur monastère à une île) faite à des religieux lors d'un pèlerinage, ou qu'il s'était faite à lui-même lors des tempêtes de son précédent retour.

    Puis il repart vers le nord en direction d'Hispaniola. Il aperçoit ensuite une petite île qu'il baptise Montserrat en référence, selon les sources, soit au massif de Montserrat, une montagne voisine de Barcelone, soit à l'Abbaye de Montserrat située dans ce massif.
    Le 11 novembre 1493, jour de la fête de saint Martin de Tours, la flotte aperçoit une île au large et la baptise du même nom, Saint-Martin, et aperçoit à l'horizon une autre petite île qu'il baptise du nom de son frère Bartolomeo, Saint-Barthélemy.

    Le 2 janvier 1494, il fonde «La Isabela», première colonie permanente du Nouveau Monde (actuellement localisée près de la ville Domicaine de Puerto Plata), et passe les quatre mois suivants à organiser la première colonie espagnole du Nouveau Monde dont Bartolomeo a été nommé gouverneur, secondé par Giacomo, son troisième frère.
    Le 2 février, il renvoie en Espagne douze bâtiments sous le commandement d'Antonio de Torres, à qui il confie un rapport destiné aux souverains catholiques, document qui a été conservé. Le 24 avril, Colomb décide de reprendre une activité d'exploration et il part avec trois navires, dont la Nina, explorer l'ouest pour, comme l'écrit Morison, «suivre la côte jusqu'au moment où il obtiendrait la preuve définitive du caractère continental de cette terre et, si possible, prendre contact avec le Grand Khan qui semblait toujours se dérober devant lui».


    Il suit la côte sud de Cuba. De là il part le 3 mai pour atteindre la côte nord de la Jamaïque. Il reprend le 14 l'exploration de la côte sud de Cuba et continue de faire voile vers l'ouest. À moins de cinquante milles du cap Corrientes, Colomb décide que Cuba est bien une péninsule du continent asiatique. Il ordonne à tous les hommes qui l'accompagnent de le certifier par écrit et de s'engager à ne jamais affirmer le contraire sous peine d'une amende de mille maravédis.

    Le 13 juin, il s'engage sur la route du retour et en profite pour faire le tour de la Jamaïque. La navigation dans les cayes est difficile. Il revient à La Isabela le 29 septembre, malade et déprimé, premiers signes d'une dégradation de son état de santé, due en grande partie à l'arthrite.

    À Hispaniola, selon l'expression de Denis Crouzet, «un immense désastre a débuté ». Les Espagnols pressurent les Indiens en leur imposant un tribut d'or et de coton. Ils sont nombreux à être réduits en esclavage. Les mauvais traitements, dont la torture, entraînent une très importante mortalité de la population. Les Indiens fuient et se réfugient dans les montagnes, abandonnant leurs activités agricoles, cédant au désespoir. Les rares insurrections sont matées avec la plus extrême férocité. Colomb déploie son énergie à «pacifier» l'île.
    Colomb repart pour l'Espagne le 20 avril 1496. Il atteint Cadix le 11 juin.

    Le III[SUP]e[/SUP] voyage (1498-1500)


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    Il semble que ce soit à son retour du 2[SUP]e[/SUP] voyage que Colomb ait décidé de se vêtir désormais de l'habit des frères Mineurs. Il souhaite organiser tout de suite un troisième voyage mais les Rois Catholiques sont occupés à contrer le royaume de France qui progresse en Italie, et ce n'est que le 23 avril 1497 qu'ils donnent les premières instructions pour préparer le prochain voyage. La préparation du voyage, affrètement des navires et enrôlement des équipages est longue et difficile.
    Avant de partir, le 22 février 1498, Colomb établit, faveur des souverains, un majorat en faveur de son fils aîné Diego.

    Le 30 mai 1498, les six navires commencent leur voyage dans l'Atlantique en passant la barre de Sanlúcar. Colomb souhaite découvrir des terres au sud des Antilles, c'est pourquoi il descend d'abord jusqu'aux îles du Cap-Vert pour ensuite mettre le cap à l'ouest. Avant cela, au moment où la flotte fait escale à La Gomera aux îles Canaries, trois navires, commandés par Harana, Carjaval et Giovanni Colomb, partent directement ravitailler les colons d'Hispaniola.

    Territoires visités : Saint-Vincent, Grenade, Trinité, Margarita, Venezuela.
    Le 31 août, Colomb arrive à Hispaniola. Cela fait deux ans et neuf mois qu'il avait quitté l'île. Il la retrouve en proie à des troubles sévères orchestrés par Francisco Roldan que son frère Bartolomé, capitaine général et président du Conseil des gouverneurs, a bien du mal à circonscrire. En août 1500, Francisco de Bobadilla, émissaire des rois, débarque sur l'île et fait jeter les trois frères Colomb au cachot avant de les renvoyer en Espagne. Fin octobre 1500, enchaîné dans la cale, il débarque à Cadix humilié et accusé.


    Le IV[SUP]e[/SUP] voyage (1502-1504)




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    Colomb attend six semaines avant que les souverains ne le libèrent et lui demandent de les rejoindre à la cour, le réconfortant d'un don de 2 000 ducats. En décembre 1500, il se rend à Grenade avec l'intention de faire réparer l'injustice dont il s'estime victime mais rien ne vient et l'Amiral écrit lettre sur lettre pour appuyer ses revendications. Le 13 septembre 1501, Nicolás de Ovando est nommé gouverneur et magistrat suprême des îles des Indes, ne restent à Colomb que son titre de vice-roi désormais strictement honorifique et ses privilèges. Il décide donc de repartir en voyage d'exploration pour essayer de trouver plus loin à l'ouest des Caraïbes le passage permettant d'atteindre les riches royaumes de l'Inde, toujours persuadé que Cuba est la province chinoise de Mangi. Le 14 mars 1502, les souverains donnent leur accord, lui donnent des instructions précises et financent l'expédition.

    La flotte est composée de quatre caravelles pour cent quarante membres d'équipage dont une importante proportion de mousses : la Capitana, navire amiral, le Santiago, commandé par Bartolomeo Colomb, la Gallega et la Vizcaina. Colomb n'emporte donc aucun ravitaillement pour l'Hispaniola que ses instructions lui intiment de ne pas aborder, sauf en cas d'extrême nécessité.

    Aucun récit exhaustif ne décrit précisément les événements survenus lors de ce quatrième et dernier voyage entamé par Colomb le 11 mai 1502. Il semble en effet que l'Amiral n'ait pas tenu de journal, et seul peut-être son fils Fernando, alors âgé de treize ans, aurait pris sous la dictée des observations de son père, dont quelques traces figurent dans l'histoire qu'il a écrite plus tard. Seule une relation abrégée écrite par Colomb, rédigée vers les mois de juin/juillet 1503, et à destination des rois est parvenue jusqu'à nous.

    Le 15 juin 1502, il passe à proximité de la Martinique, le 18 il atteint la Dominique et parvient le 24 devant Saint-Domingue. Malgré l'interdiction royale d'aborder à cette île, Colomb a senti l'imminence d'un cyclone et souhaite abriter sa flotte.
    Colomb navigue le long des côtes du Veragua et du Panama jusqu'en juin 1503.
    Ce sont des bateaux faisant eau de partout que Colomb fait échouer dans la baie de Santa Gloria et hâler sur la rive de l'île de la Jamaïque le 25 juin 1503. Ils y survivent un an jusqu'à ce que des secours les rejoignent à la fin juin 1504.

    Les survivants repartent finalement pour l'Espagne le 12 septembre 1504, et arrivent le 7 novembre dans le port de Sanlúcar de Barrameda.

    La fin de sa vie


    Il reste physiquement très diminué après son retour, souffrant en particulier d'une très invalidante goutte, ce qui l'empêche dans un premier temps de se rendre à la cour royale qui s'est installée à Medina del Campo. De Séville, où il s'est installé, il y envoie son fils Ferdinand et son frère Barthélémy afin qu'ils «s'occupent de ses affaires». Il reste en contact avec eux par lettres et par l'envoi d'émissaires, dont Amerigo Vespucci. Il travaille à essayer de faire reconnaître ses droits et les richesses qui lui reviennent. Il peut lui-même se rendre à la cour à l'été 1505, à dos de mule, permission temporaire accordée par le roi. Sa présence auprès du souverain Ferdinand ne se montre pas plus décisive, le roi ayant compris ce qu'impliquait la découverte de ces «Indes». Il «n'entend nullement restituer à l'Amiral les prérogatives financières et gouvernementales» telles que spécifiées le 30 avril 1493 au retour du premier voyage de Colomb.

    Il meurt le 20 mai 1506 à Valladolid entouré de ses fils et de son frère après avoir établi un testament qui confirme en particulier le majorat établi au profit de son fils aîné Diego. Il ne connaît pas la satisfaction de voir Diego être nommé par le roi gouverneur d'Hispaniola en 1508. Sa dépouille est transférée en 1541 dans la cathédrale de Saint-Domingue.
    Comme l'écrit Marianne Mahn-Lot : «Il faut abandonner l'image romantique de l'homme de génie mourant méconnu, dans l'oubli et la misère. Jusqu'au bout, l'Amiral gardera des amis fidèles, parmi lesquels d'importants personnages. Et il recevra de grosses sommes sur les revenus des Indes – avec des retards et incomplètement, il est vrai.»


    Pérégrinations d'un cercueil


    Le corps de Christophe Colomb va beaucoup voyager dans l'Histoire. Les obsèques sont célébrées dans la cathédrale de Valladolid, Santa Maria Antigua (Sainte Marie l'Ancienne). Colomb est ensuite inhumé par les Franciscains au couvent de l'Observance, à Valladolid. Quelques années après la mort de Christophe Colomb, en 1513, ses restes sont transférés du couvent des Franciscains de Valladolid à Séville à la demande de sa belle-fille, Marie de Tolède, nièce du roi. À l'issue d'une cérémonie dans la cathédrale de Séville, la dépouille de l'Amiral est déposée au monastère de Santa Maria de las Cuevas, le couvent des Chartreux de Sainte-Marie-des-Grottes, sur la rive droite du Guadalquivir, en face de Séville. En 1526, la dépouille de son fils Diego le rejoint à la Cartuja.
    En 1536, l'Amiral traverse l'océan Atlantique sans quitter son cercueil et gagne Saint-Domingue en vertu de sa dernière volonté qui était de reposer dans cette île. Le cercueil est enfin déposé dans la cathédrale Notre-Dame de l'Incarnation nouvellement construite, à droite du maître autel.

    Le 22 juillet 1795, le traité de Bâle donne à la France l'île de Saint-Domingue en compensation de territoires pyrénéens. Les Espagnols sont obligés d'évacuer l'île. L'amiral Don Gabriel de Aristagabal organise, avec les Français, le transfert des restes supposés être ceux de Colomb vers La Havane, sur l'île de Cuba, restée colonie espagnole.
    C'est ainsi que le 20 décembre 1795, au cours d'une cérémonie officielle, les restes de Colomb sont transférés depuis le navire français La Découverte sur le vaisseau espagnol San Lorenzo afin d'y être transportés à La Havane. Au cours de cette cérémonie, 290 ans après sa mort, Christophe Colomb reçoit pour la première fois les honneurs officiels de la Marine de son pays, l'Espagne, associés aux honneurs rendus par la Marine française à un grand marin.

    En 1899, après la guerre hispano-américaine, l'indépendance de Cuba fut proclamée. Un nouveau transfert fut organisé, les restes présumés de Colomb reviennent alors à Séville.
    En 1902, un monument est dédié à Colomb dans la cathédrale de Séville où, derrière le chœur, repose déjà son fils, Hernando.

    Néanmoins la République dominicaine a toujours affirmé que les restes de Christophe Colomb étaient conservés dans la Cathédrale Notre-Dame de l'Incarnation à Saint-Domingue. Pour le 500[SUP]e[/SUP] anniversaire de la découverte de Nouveau Monde, le gouvernement entreprit la construction dès 1986 d'un gigantesque mausolée pour recueillir les restes de Colomb : le phare de Colomb.


    En 2003, des tests ADN démontrent que les ossements reposant à Séville sont bien ceux de Christophe Colomb. Mais on ne découvrit que 15 % du squelette.

    Christophe Colomb en son temps



    Colonisation, évangélisation et esclavage

    Colomb est à l'origine du principe juridique de l’encomienda puis du repartimiento qui devaient se généraliser dans toute la Nouvelle-Espagne. Afin de satisfaire aux exigences royales de rentabilité de son expédition, Colomb mit au point, « sans disposer d'un cadre juridique véritablement préétabli », un système qui devait permettre de substituer au versement du tribut imposé aux Indiens, dont le versement était aléatoire, une exploitation directe des populations indigènes et des ressources locales. Denis Crouzet précise que, si les «violences internes à la communauté des colons» s'en trouvèrent apaisées, les Indiens quant à eux furent plus directement exposés aux mauvais traitements et cela fut sans nul doute un «facteur d'aggravation du collapsus démographique» observé dans l'île.


    De l'or, des épices et des perles

    L'entreprise maritime de Colomb est avant tout une affaire commerciale et en la matière les découvertes de l'Amiral et de ceux qui l'accompagnaient ont déçu les espoirs placés en elles. Que ce soit en matière d'épices ou d'or, les bénéfices rapides et importants n'ont pas été au rendez-vous des îles abordées, au moins du vivant de Colomb.


    Colomb et la navigation


    Les historiens de Colomb, en particulier au XIX[SUP]e[/SUP] siècle, ont souvent tenté d'expliquer le succès de son entreprise maritime par l'emploi de techniques nouvelles en matière de navigation, évoquant entre autres la boussole, le gouvernail d'étambot et la caravelle. Si Colomb a choisi la caravelle comme navire – type de navire déjà utilisé par les Portugais depuis le début du XV[SUP]e[/SUP] siècle dans leurs explorations de la côté africaine – c'est en raison de son coût d'armement relativement faible et de son faible tirant d'eau qui permet d'approcher des côtes sans risquer d'échouer.


    Colomb et la «découverte de l'Amérique»


    Si Colomb est sans conteste le premier Européen connu pour avoir accosté sur des terres rattachées aujourd'hui à l'Amérique, il n'eut aucune idée de l'étendue du continent américain qui s'interposait entre les îles qu'il avait découvertes et les Indes qu'il s'était proposé de rallier. Amerigo Vespucci est le premier navigateur à affirmer avoir découvert un nouveau monde qui n'est pas les Indes. Sa découverte est reconnue par les cartographes du Gymnase Vosgien, qui publient en 1507 Universalis Cosmographia (aujourd'hui connu sous le nom de planisphère de Waldseemüller), où le nom America figure pour la première fois.

    En 1888, en hommage à Colomb, la ville de Barcelone a érigé un imposant monument orné de reliefs et sculptures relatant la vie de l'explorateur, devenu emblématique de la ville.
    En 1935, l'union astronomique internationale a donné le nom de Colombo à un cratère lunaire.





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  9. titegazelle

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    Vasco de Gama


    Vasco de Gama
    ou Vasco da Gama en portugais (né v. 1460 ou 1469 à Sines au Portugal — mort le 24 décembre 1524 à Cochin aux Indes) est un navigateur portugais, traditionnellement considéré comme le premier Européen à arriver aux Indes par voie maritime en contournant le cap de Bonne-Espérance, en 1498.

    Souffrant de la double concurrence de ses contemporains illustres Fernand de Magellan et Christophe Colomb, sa vie a longtemps fait l'objet d'une relative méconnaissance et laissé place à un mythe tissé de son vivant, comme celui d'être le premier Européen à atteindre les Indes par voie maritime alors que des explorateurs comme Pêro da Covilhã l'ont précédé et que les marchands vénitiens commerçaient avec ce pays depuis des décennies.


    Jeunesse


    Vasco de Gama est né soit en 1460 soit en 1469 à Sines, sur la côte sud-ouest du Portugal, probablement dans une maison près de l'église de Nossa Senhora das Salas. Sines, l'un des ports de la côte d'Alentejo, est alors constitué principalement de maisons en chaux avec des toitures en tuiles rouges, habitées principalement par des pêcheurs. Son enfance est bercée par les légendes des croisades et de la Reconquista.

    Il est le fils de Estêvão de Gama, portugais issu de la petite noblesse, alcaide-mór (gouverneur) de Sines et Silves, et maître de l'ordre de Santiago, et d'Isabel Sodré, fille de João Sodré, qui est d'origine anglaise. Le couple Estêvão de Gama et Isabel Sodré a eu cinq fils (par ordre d'âge : Paulo da Gama, João Sodré, Vasco de Gama, Pedro da Gama et Buenos da Gama) et une fille, Teresa da Gama (qui a épousé Lopo Mendes de Vasconcelos).
    On connaît peu de choses sur la jeunesse de Vasco da Gama. L'historien portugais Teixeira de Aragão suggère qu'il a étudié les mathématiques et la navigation dans la ville d'Évora, ayant possiblement reçu des leçons de l'astronome Abraham Zacuto.

    Vers 1480, Vasco de Gama suit son père qui rejoint l'Ordre de Sant'Iago de l'Épée. Le maître de Santiago est alors le prince Jean qui va monter sur le trône en 1481 sous le nom de Jean II de Portugal. Jean II adore cet Ordre, favorisant les perspectives des Gama. En 1492, Jean II envoie Vasco de Gama en mission dans le port de Setúbal et la région de l'Algarve pour saisir les navires français en représailles des dommages commis par les Français en temps de paix contre les navires portugais - une mission que Vasco de Gama effectue rapidement et efficacement.

    Expéditions aux Indes


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    Lorsque Vasco de Gama s'embarque en 1497 à la tête de quatre navires, cela fait environ un siècle que les Portugais, à la suite des expéditions lancées par le prince Henri le Navigateur, explorent méthodiquement les côtes africaines et ses richesses (or, esclaves, ivoire, gomme, maniguette). Après la mort d'Henri le Navigateur en 1460, la couronne portugaise montre peu d'intérêt pour la poursuite coûteuse de ces expéditions et en 1469 afferme*le trafic à un groupe de commerçants mené par Fernão Gomes. Lorsque la charte pour le renouvellement de cette concession avec Gomes prend fin en 1474, le prince Jean demande à son père le roi Alphonse V de Portugal de récupérer cette concession.
    * (L'affermage est un type de contrat de délégation d'exploitation)

    Bartolomeu Dias est chargé par le roi Jean II de Portugal de poursuivre les explorations de Diogo Cão le long des côtes africaines. Il double en 1487 le cap de Bonne-Espérance, et l'étape suivante consiste à rallier les Indes, alors centre économique et commercial de la planète avec ses épices, pierres précieuses, textile et riz, par la voie maritime pour briser le monopole de la République de Venise. Jean II envoie également en mission Pêro da Covilhã dans le but d'atteindre les Indes. De plus, avec l'accession au trône de Manuel I[SUP]er[/SUP], les milieux joachimites millénaristes favorisés par leur diplomate Duarte Galvão (pt) et leur navigateur Afonso de Albuquerque, espèrent trouver le mythique royaume du prêtre Jean et conclure avec lui une alliance contre les Ottomans.

    Manuel I[SUP]er[/SUP] fait appel à Vasco de Gama pour cette mission «charismatique» et finance sa première expédition en 1497. Vasco de Gama quitte le Tage le 8 juillet 1497 avec 200 hommes d'équipage à bord de quatre navires (São Gabriel(en), son vaisseau amiral, le São Rafael commandé par son frère Paulo da Gama, la caravelle Berrio commandée par Nicolau Coelho, et un autre navire de stockage au nom inconnu commandé par Gonzalo Nunez, ce dernier fut perdu près de la baie de São Bràs sur la côte est de l'Afrique). Il progresse malgré les ravages de la dysenterie et du scorbut, fait cette grande «volte» au large du Brésil pour rejoindre les côtes africaines, faisant étape dans les différents comptoirs jalonnant la route maritime de Bartolomeu Dias. Il double le Cap des tempêtes le 22 novembre 1497, emmène avec lui des guides indiens ou musulmans, tel Ahmed Ibn Majid, prêtés ou arrachés de force aux petits souverains des côtes d'Afrique de l'Est car ils connaissent bien les courants de l'océan Indien. Il s'ancre au port de Pantalayini à une vingtaine de kilomètres de la cité-État de Calicut aux Indes le 21 mai 1498 puis débarque sur la plage de Kappad le 28 mai, son équipage en guenilles étant exténué. Le voyage est un échec : le Zamorin de Calicut, déçu par les marchandises qu'il lui propose — miel, chapeaux, pots de chambre — lui refuse les avantages commerciaux qu'il demande et l'Inde compte moins de chrétiens qu'il n'escomptait, au point qu'il doit repartir trois mois plus tard, prenant en otage des notables pour assurer ses arrières. Néanmoins, il est couvert d'honneurs à son retour, est nommé «amiral des Indes» et à ce titre contrôle une partie du commerce avec l'Inde. Désormais, Vasco de Gama va utiliser sa légende (comme celle d'être le premier voyageur à atteindre l'Inde, terre nouvelle, alors que le pays est depuis longtemps traversé par des pilotes arabes, marchands vénitiens, juifs, malais ou musulmans, chrétiens syriaques s'y approvisionnant en poivre) pour construire sa carrière. La cour de Manuel I[SUP]er[/SUP], qui s'est autoproclamé «seigneur de la conquête, de la navigation et du commerce d'Éthiopie, d'Arabie, de la Perse et de l'Inde », s'entiche de Gaspar, un juif converti par Vasco de Gama sur le chemin de retour, qui raconte aux courtisans ce qu'ils ont envie d'entendre, à savoir qu'il y a en Inde plein de chrétiens (ils pensent encore que le royaume du prêtre Jean se situe en Inde et que les hindous sont des chrétiens).*

    Suite à son deuxième voyage (1502-1503) avec une flotte de 21 navires et des marchandises intéressant enfin les Indiens (de l'or et de l'argent rapporté des Grandes découvertes des Amériques), Vasco de Gama tombe en disgrâce. Bien que cette deuxième expédition, parfois violente (bombardement du port de Calicut en représailles des massacres contre l'équipage de Pedro Álvares Cabral ; assaut le 29 septembre 1502 contre le navire marchand Miri qui ramène des pèlerins de La Mecque, révèle la cruauté de Vasco de Gama : il préfère brûler le navire et faire couler hommes, femmes et enfants plutôt que d'accepter la rançon que les riches marchands musulmans lui proposent), marque les débuts de l'empire colonial portugais et rapporte à la couronne un butin substantiel ainsi que des privilèges commerciaux importants grâce aux comptoirs qu'il a fondé sur les côtes africaines, il n'a en effet pas réussi à soumettre le Zamorin de Calicut et l'espoir de trouver le royaume du prêtre Jean est déçu : le roi Manuel sanctionne ainsi le clan des nobles qui privilégie le mercantilisme à la mission chrétienne. S'installant à Évora avec sa famille, il est laissé dans une semi-retraite pendant vingt ans tandis que Francisco de Almeida est nommé vice-roi des Indes en 1505.

    Finalement le roi Manuel I[SUP]er[/SUP] lui donne le titre de Comte de Vidigueira en 1519 et son successeur Jean III le nomme vice-roi des Indes en 1524, souhaitant lutter contre la corruption qui se développe dans les comptoirs. Vasco de Gama entreprend un troisième voyage mais meurt peu de temps après son arrivée. Enterré dans l'église de Saint François à Cochin, ses restes sont ramenés au Portugal par un de ses fils en 1539 et transférés dans un couvent de Carmélites, aujourd'hui propriété privée connue sous le nom de Quinta do Carmo, près du village de Vidigueira.

    Ayant ouvert une nouvelle voie maritime pour le commerce des épices et établi des liens commerciaux, le royaume du Portugal ne profitera pas de l'entreprise de Vasco de Gama par manque d'armateurs, à cause de la concurrence des Pays-Bas puis de son annexion à l'Union ibérique.

    À la différence de Christophe Colomb, Vasco de Gama n'a pas laissé de récit de voyage. Cependant, l'un de ses hommes, resté anonyme, a tenu un journal, lequel donne un bon aperçu des divers problèmes qu'il leur fallut surmonter.

    Postérité


    • Le poème épique Les Lusiades de Luís de Camões en 1572 remanie l'épopée de Vasco de Gama pour en faire un mythe ;
    • En 1880, le transfert de ses ossements dans le Monastère des Hiéronymites a soulevé la polémique chez les nationalistes portugais car il y eu probablement une confusion avec d'autres ossements, les siens étant restés dans la région d'Alentejo ;
    • En 1934, le poète portugais Fernando Pessoa lui consacre son poème Mensagem où «le ciel déchiré ouvre l'abîme à l'âme de l'Argonaute»;
    • En 1994, Vasco de Gama fut représenté sur les billets de banque portugais de 5 000 escudos (environ 25 euros) ;
    • Le plus long pont d'Europe, situé à Lisbonne, porte son nom : pont Vasco da Gama ;
    • Un quartier et un club de football de Rio de Janeiro, au Brésil, porte son nom ;
    • Une rue du quinzième arrondissement de Paris porte son nom ;
    • Un centre commercial de Lisbonne a été baptisé centre Vasco de Gama ;
    • Une tour de 145 mètres dans le Parque das Nações a été construite pour l'Expo '98 ;
    • Un bar à Roscoff porte le nom "Le Vasco De Gama" ;
    • La commémoration du 500[SUP]e[/SUP] anniversaire du passage du cap de Bonne-Espérance en 1997 a réveillé le nationalisme portugais et rappelé à un grand nombre d'Indiens que Vasco de Gama est le premier colonisateur de leur pays ;
    • Les manuels scolaires et bandes dessinées portugais continuent aujourd'hui d'évoquer l'épopée mythique de Vasco de Gama.

     
  10. titegazelle

    titegazelle سُبحَانَ اللّهِ وَ بِحَمْدِهِ Membre du personnel

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    Les Grandes Découvertes
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    Marco Polo


    Marco Polo
    était un marchand vénitien né le 15 septembre 1254 et mort le 8 janvier 1324 à Venise . Il entra au service de l'empereur mongol Kūbilaï Khan et atteignit la Chine en 1275 en parcourant la Route de la soie.

    Il y séjourna pendant 17 ans (1274-1291) et fut employé par l'empereur mongol Kūbilaï qui acheva la conquête de la Chine. Celui-ci prit un titre dynastique à la manière chinoise (celui des Yuan) en 1271 sans devenir véritablement un empereur chinois. Marco Polo fut chargé de diverses missions par Kūbilaï Khan, tant en Chine que dans des pays de l'océan Indien. De retour à Venise en 1295, il combattit pour Venise contre Gênes, fut fait prisonnier et dicta dans sa geôle à Rustichello de Pise une narration de ses voyages dans les États de Kūbilaï intitulée Le Devisement du monde qui eut un succès considérable.

    Biographie


    La majorité des historiens considère que Venise est le lieu de naissance de Marco Polo. Venise est par ailleurs considéré le lieu de naissance le plus probable pour la majorité des grandes encyclopédies, tel que l'Encyclopædia Britannica.

    Né vers 1254, Marco passe son enfance en l'absence de son père Niccolò Polo, négociant vénitien spécialisé dans le grand commerce oriental, il est élevé par son grand-père Andréa Polo lui aussi grand commerçant, cas typique du capitalisme familial. Son père et son oncle Niccolò et Maffeo Polo (en) partent en effet en 1260 pour leur demeure dans le quartier vénitien de Constantinople où cette famille aristocratique possède plusieurs comptoirs. Lorsque la capitale de l'empire latin de Constantinople est reprise en 1261 par les forces de l'empire de Nicée de Michel VIII Paléologue qui chassent les Latins de la ville, Niccolò et Maffeo Polo (appelé aussi Matteo Polo) cherchent alors d'autres débouchés commerciaux en Asie centrale en s'installant dans le petit comptoir de Soldaïa sur les bords de la mer Noire qui vient de s'ouvrir aux marchands occidentaux à partir de la quatrième croisade.

    Marco Polo a 15 ans lorsque son père et son oncle reviennent en 1269 d'un long voyage en Asie centrale où ils ont rencontré l’empereur mongol Kūbilaï Khan, petit-fils de Gengis Khan, qui leur propose le monopole de toutes les transactions commerciales entre la Chine et la Chrétienté et demande en échange l'envoi d'une centaine de savants et artistes pouvant illustrer à ses yeux l'Empire des chrétiens. Ils sont porteurs dans une lettre d'un message de sympathie et de cette demande pour le pape qui voit dans ces tribus tartares depuis 1250 un possible allié dans la lutte contre l'Islam. Pendant deux années, les deux frères, Niccolo et Matteo, vont attendre l'élection d'un nouveau souverain pontife Grégoire X, le conclave s'éternisant depuis la mort de Clément IV en 1268.

    En 1271, avec un rôle de commerçants mais aussi d'ambassadeurs, ils quittent à nouveau Venise pour retourner en Chine et le jeune Marco les accompagne avec deux dominicains menant une mission diplomatique au nom du pape. À partir du comptoir vénitien de l'Ayas, ils empruntent la plus septentrionale des routes de la soie. Après trois ans de voyage, Marco Polo est reçu avec ses parents à la très fastueuse cour mongole, possiblement à Cambaluc. D'abord semble-t-il envoyé en légation avec son oncle dans la ville frontière de Ganzhou, à l'extrémité ouest de la grande muraille, où il fait ses classes (apprenant probablement le ouïghour), il devient ensuite un enquêteur-messager du palais impérial suzerain de la Chine, de l'Iran et de la Russie. À ce titre il accomplira diverses missions pour le grand khan, tant en Chine que dans l'océan Indien (voir fonctions de M. Polo) : Corée, Birmanie, Sumatra, Cambodge, Viêt Nam (par contre il ne mentionne l'île de Cypango, le Japon, que par ouï-dire).

    Vers la fin du règne de Kūbilaï Khan, Marco Polo et ses parents obtiennent le droit de retourner dans leur pays contre un dernier service officiel : en 1291 ils embarquent à destination de l'Iran, où ils accompagnent la princesse Kokejin, promise par Kūbilaï Khan à l'ilkhan Arghoun d'Iran. En 1292, il fait escale à Perlak dans le nord de l'île de Sumatra (dans l'actuelle Indonésie). À Trébizonde plus ou moins sous le contrôle des Génois, il est dépouillé d'une partie de sa fortune.

    Rentré à Venise en 1295 avec le reste de sa fortune en pierres précieuses, Marco Polo fait armer une galère pourvue d'une pierrière, afin de participer au combat que Venise mène alors contre Gênes. Il est fait prisonnier probablement lors d'une escarmouche en 1296, au large de la Turquie, entre Adana et le golfe d'Alexandrette et non en septembre 1298, lors de la bataille sur mer de Curzola sur la côte dalmate. Il dicte alors son célèbre livre dans la prison de Gênes.


    Après sa libération en 1299, il épouse Donata Badoer et aura trois filles. Sans doute fut-il, comme patricien, membre du Grand Conseil de Venise, mais on ignore quel rôle il joua dans la création en 1310 du Conseil des Dix (institution secrète peu ordinaire qui ressemble au Tchoû-mi-Yuan, le conseil de sécurité de Kūbilaï). M. Polo vit alors à Venise dans la Casa Polo (quartier de Cannaregio, maison familiale détruite par un incendie en 1598) où il se comporte désormais comme un commerçant prospère mais prudent, bien loin de l'image du grand explorateur.

    Il meurt en 1324 à Venise où il est enterré comme son père en l'église San Lorenzo mais sa tombe a disparu à la suite de différentes restaurations de l'édifice. Son testament permet d'estimer la fortune qu'il laisse, soit 10 000 ducats, ce qui ne le situe pas dans les plus grands marchands de Venise.


    Postérité


    En hommage à leur plus célèbre concitoyen, les Vénitiens ont baptisé de son nom leur aéroport international (Aéroport de Venise - Marco Polo), et les billets italiens de 1 000 lires ont longtemps porté son effigie. Le mouton de Marco Polo (en), appelé aussi mouflon de Marco Polo, est une sous-espèce d’Ovis aries. Le personnage de Marco Polo est le héros de nombreux livres et films, il apparaît notamment comme un grand explorateur dans le jeu vidéo Civilization Revolution en 2008.

    Le Livre de Marco Polo
    Paru en 1298, le livre de reportage qui a rendu Marco Polo célèbre est l'un des premiers ouvrages importants en langue vulgaire (probablement en dialecte picard-champenois typique des marchands des foires de Champagne).

    Le Devisement du monde, que l'on trouve aussi sous d'autres dénominations comme Il Milione ou Le livre des merveilles, est un des rares ouvrages manuscrits, avec La Légende dorée de Jacques de Voragine, à connaître un succès considérable avant même sa première impression en 1477, grâce à sa rédaction initiale en français, la langue de communication en vigueur à l'époque que maîtrisait Rustichello de Pise, écrivain qui a transcrit les mémoires de Marco Polo alors qu'il était son compagnon de détention durant les guerres opposant Venise à Gènes en 1298. Il est une source importante pour la cartographie européenne (notamment pour la mappemonde de Fra Mauro en détaillant la Via mongolica, voie de Mongolie des épices et de la soie) et une référence pour les explorateurs des XIV[SUP]e[/SUP] (tels Andalò da Savignone auteur de quatre voyages en 1330, 1334, 1336 et 1339, Galeotto Adorno (it), Gabriele Basso), XV[SUP]e[/SUP] et XVI[SUP]e[/SUP] siècles comme Vasco de Gama ou Christophe Colomb qui lors de son troisième voyage, l'avait emporté avec lui et scrupuleusement annoté (366 notes de dénombrées sur son édition en latin).

    Ce livre illustre également le monde de légendes que constitue l'Extrême-Orient chez les chrétiens : Marco Polo a pensé que Gog et Magog étaient les Mongols cruels. L'arbre sec marque la limite entre l'Orient et l'Occident, la «Barrière d'Alexandre» que constitue le Caucase est une frontière dangereuse à franchir, il imagine le Royaume du prêtre Jean en Inde, etc.

    Marco Polo : vrai ou faux ?

    Marco Polo se joue : «qui ne l'a pas vu ne pourrait le croire» est un leitmotiv de son livre. «Incroyable mais vrai» est sa recette. Cependant il est douteux qu'il ait été accueilli avec scepticisme à son retour par les patriciens de Venise : la République avait les moyens de savoir qu'il n'affabulait pas. De même les Génois qui lui firent rédiger son mémoire (dont ils avaient besoin pour leurs expéditions), et le frère du roi de France qui dépêcha pour en obtenir copie.

    L'histoire racontée par Ramusio, au lendemain de leur retour à Venise où ils s'étaient présentés en habits de mendiants, avec doublure pleines de rubis et joyaux qu'ils montrèrent au cours d'un dîner pour se faire reconnaître, est évidemment un coup médiatique, une farce révélant aussi la prudence de voyageurs sachant se faire discrets à proportion de la fortune qu'ils transportent.

    Marco Polo émaille son livre de faits divers, de mythes, de légendes, mais ses récits de miracles sont peu nombreux, souvent symboliques, et séparés des autres narrations. Il démystifie plutôt les légendes (Arbre sec, Gog et Magog, prêtre Jean, salamandre). Les bourdes sont rares : hommes à queue de Sumatra, jambes de boas dans le Yunnan (mais l'histoire naturelle référence des boas ayant des traces de pattes), enfin l'obscurité en plein jour dont il témoigne en Iran.

    Les premiers mots de la préface de l'édition de 1307 sont : «Pour savoir la pure vérité» et il insiste : «Nous donnerons les choses vues pour vues, et les entendues pour entendues, en sorte que notre livre soit droit et véritable, sans nul mensonge. Chacun qui entendra ou lira ce livre devra le croire, car tout y est véritable». Sur son lit de mort, à son confesseur, il réitère : «Je n'ai pas écrit la moitié de ce que j'ai vu». Nous savons aujourd'hui que c'est vrai. Il n'avait que trop de matériaux extraordinaires, il n'avait pas besoin d'en rajouter.

    Beaucoup d'auteurs (surtout anglais, et Paul Pelliot) ont prétendu démontrer que Marco Polo affabule mais l'analyse de leurs démonstrations laisse rêveur. Baudelaire disait que «les récits de Marco Polo, dont on s'est à tort moqué, comme de quelques autres voyageurs anciens, ont été vérifiés par les savants et méritent notre créance». La marque de la vérité est dans le texte lui-même, dans la cohérence de l'enchaînement des idées, la précision des détails, la constance du point de vue du conseiller d'État.


    Fonctions de Marco Polo en Chine


    Au service de Kūbilaï, M. Polo dépendait non du gouvernement ni de l'administration chinoise, mais du palais de l'empereur, le suzerain mongol, le khaân. Il n'était pas fonctionnaire mais homme de l'empereur. Voici les fonctions que son livre mentionne :

    • Introduction en Chine de l'huile sainte de Jérusalem avec ses parents.
    • Légation avec son oncle dans la ville frontière de Ganzhou, à l'extrémité ouest de la grande muraille (ch. 61).
    • Nomination au titre de Messire (ch. 16).
    • Seigneurie sur Yangzhou, région alors rattachée au pouvoir central (ch. 143).
    • Inspection des finances (ch. 152).
    • « Envoyé dans les régions de l'ouest… bien quatre mois de route vers l'occident » (ch. 104).
    • Ambassades dans l'océan Indien (ch. 17).
    • Escorte d'une princesse en Iran, et charge de messages aux États d'Europe (chapitre 18).
    • Conseiller militaire.
    • Enfin, lors d'un coup d'État à Pékin en 1282, le livre dit qu'il se trouvait sur les lieux.
    Voici ce que disent les annales officielles de la dynastie Yuan :

    • En 1277, « Po-lo nommé Enquêteur-privé Envoyé-adjoint »
    • En 1282, au lendemain de l'assassinat de son premier ministre Achmat, l'empereur « transporté de colère se rendit le même jour à Chang-tou (sa capitale de Mongolie) et ordonna à Po-lo, enquêteur privé et envoyé adjoint, à Horh-khono-sse, surintendant des études, au conseiller d'administration A-li, et autres, de prendre des chevaux de postes et de se rendre immédiatement à Pékin pour instruire l'affaire et juger les coupables ».
    • Un mois plus tard, Kūbilaï Khān étant rentré à Pékin : « Achmat mort, l'empereur encore totalement ignorant de ses turpitudes, consultant l'enquêteur-messager Po-lo, apprit alors toute l'ampleur de ses crimes » ; et réhabilita ses assassins chinois.
    Ces inscriptions correspondent exactement au livre :

    • Au chapitre 16, le calcul des dates place sa nomination comme Messire vers 1277, qui est la date de l'inscription chinoise.
    • Son récit de l'assassinat d'Achmat en 1282 est le plus long du livre, le plus précis et le mieux vérifié, et prouve qu'il eut connaissance des pièces de la procédure puisque ces détails étaient secrets.
    • Ses récits évoquent souvent les relais des émissaires officiels, et toutes ses missions sont celles d'un enquêteur-messager (pour Kūbilaï Khān un ambassadeur n'était rien d'autre et la seigneurie de M. Polo sur Yangzhou implique seulement qu'il y était l'œil de l'empereur).
    Fonctions des parents Polo

    Partis de Venise avant la naissance de Marco, Nicolo et Matteo Polo achètent vers 1255 des pierres précieuses à Constantinople (alors sous administration vénitienne) et en Crimée (où résidait leur frère), puis vont les vendre à la cour du khan de Russie, sur la Volga, où ils restent un an. Ils poussent jusqu'à Boukhara (alors capitale perse d'Asie centrale) où ils restent trois ans. Puis un enquêteur-messager de Kūbilaï ou de l'ilkhan d'Iran les invitent à se présenter au grand khaân, en qualité d'Européens.

    Ont-ils atteint Pékin quand ils rencontrent Kūbilaï en 1265 ou 1266 ? Il n'est pas nécessaire de le supposer, les affaires de l'ouest se traitaient souvent à sa résidence d'été en Mongolie, Chang-tou. Ils ne restent pas longtemps car ils sont chargés de deux missions :


    • Ambassade de l'empire mongol auprès du pape. Quand ils regagnent la mer Méditerranée, le pape vient de mourir et il leur faut attendre trois ans pour qu'un nouveau pape soit élu (le plus long interrègne de l'histoire de la papauté, entre Clément IV et Grégoire X). Lorsqu'ils repartent vers l'Asie (avec Marco), à défaut des cents savants chrétiens que demandait Kūbilaï, ils emportent de l'huile sainte de Jérusalem qui tenait lieu de relique du Christ. On peut conjecturer que le jeune Marco portait sur lui cette huile. En tout cas, lorsque Kūbilaï « dépêcha des émissaires à leur rencontre, à bien quarante journées » (ch. 13), c'était évidemment pour honorer le Christ (de nombreux sujets de Kūbilaï étaient chrétiens syriaques, les femmes des descendants de Gengis khaân l'étaient souvent).
    • Transfert de technologie militaire. Cette mission, révélée par le ch. 145 sur Xiangfan, fit sans doute davantage pour la promotion des Polo dans l'empire Yuan que l'introduction du symbole de la lumière du Christ. En 1266, quand ils arrivent, la Chine ne connaissait pas les pierrières. En 1271, deux spécialistes en pierrières recrutés au Moyen-Orient arrivent à Pékin. Mais en 1273, quand Xiangfan tombe aux mains des Mongols après un siège de cinq ans, c'est grâce à des pierrières. «Ensuite les pierrières furent utilisées dans chaque bataille avec un invariable succès», notamment sur le fleuve Yangtze où la flotte Song fut anéantie ; l'année suivante l'empire Song se rend enfin aux Mongols. Voici l'implication des parents Polo dans cette affaire : ils ont proposé les pierrières à Kūbilaï, fait réserver des madriers, et ont été les messagers dépêchés à l'ilkan Abaqa, lequel fit réquisitionner les ingénieurs.
    • Légation de Matteo Polo avec son neveu dans la ville frontière de Ganzhou (ch. 61).
    • Nomination de Matteo Polo à un emploi officiel un an après leur retour à Venise.
    Commerçant ? Aventurier ? Voyageur ?

    Voyageur, marchand de Venise, routes de la soie, aventurier : ces poncifs collent au personnage de M. Polo. Mais ce sont des projections de la période coloniale, du XVI[SUP]e[/SUP] au XIX[SUP]e[/SUP] siècle. Envoyé de l'empereur, ses déplacements étaient des missions, avec insignes du palais central et souvent escorte militaire. En Asie, il n'est pas marchand professionnel, il est conseiller du prince plutôt que voyageur. S'il amasse avec ses parents un trésor en pierres précieuses, il ne dit pas que ce fut par le commerce ; leurs émoluments et les cadeaux de Kūbilaï durent suffire à leur constituer une fortune.

    S'ils étaient souvent «marchands», les patriciens vénitiens étaient toujours aussi officiers d'active, diplomates, conseillers d'État (Matteo Polo pourrait avoir été officier du génie expert en pierrières).


    Quant au «voyage», l'itinéraire du livre est évidemment reconstruit. La préface le dit : «il y a des choses qu'il ne vit pas mais qu'il entendit d'hommes sûrs. Les déplacements effectifs de Marco Polo entre 1271 et 1295 semblent les suivants» :




    Did Marco Polo go to China ?

    En 1995, Frances Wood (en), directrice du département de sinologie à la British Library est l'auteur d'un ouvrage, Did Marco Polo go to China ?, dans lequel elle s'interroge sur la véracité du séjour de Marco Polo en Chine.


    Argumentaire et contre-argumentaire

    Une grande partie de son argumentation est construite sur des particularités chinoises qui auraient dû surprendre le voyageur vénitien qui pourtant n'en fait aucune mention dans sa relation de voyage ; ainsi il ne parle pas de la Grande Muraille de Chine, de l'imprimerie et de la calligraphie, du billet de banque, de l'importance du porc dans l'alimentation, de la pêche au cormoran, de l'écriture idéographique, de l'usage courant du thé ou des baguettes, des pieds déformés des femmes, alors qu'il disserte sur les diverses variétés de vin chinois, de palais aux toits d'or (n'existant qu'au Japon), du charbon et du papier monnaie. De plus, alors qu'il prétend avoir occupé le poste de gouverneur de la ville de Yangzhou, il n'est cité dans aucune chronique chinoise.

    Pour Frances Wood, Marco Polo serait resté en Perse ou dans la région de la mer Noire où se trouvaient des établissements commerciaux fréquentés par les Polo. Là, il aurait bâti son récit à partir de plusieurs relations de voyage arabes ou perses destinées aux commerçants parcourant la Route de la soie qu'il trouva sur place et des descriptions fournies par des voyageurs. De nombreux auteurs ont depuis critiqué cette hypothèse et Weng Yi a parcouru 20 000 kilomètres dans ses pas. Polo n'a pas bu de thé vert car il vivait avec les Mongols, les maîtres de la Chine, qui avalaient leur breuvage avec du lait. Quant aux femmes chinoises et leurs petits pieds, elles demeuraient cloîtrées. On ne les voyait jamais dans la rue...

    Néanmoins, l'hypothèse de Frances Wood se heurte à plusieurs arguments :

    • la chronique vénitienne signale des traces matérielles du voyage de la famille Polo : allusion à des serviteurs "tartares" dans son testament, deux plaques en or ramenées de l'Empire mongol

    • vu la fréquence des voyages des commerçants vénitiens dans la région, on imagine mal que trois représentants d'une famille aussi connue que les Polo aient pu séjourner de 1271 à 1295 dans un comptoir (non compris le premier voyage du père et de l'oncle de Marco, avant celui où il les a accompagnés) sans que leurs compatriotes l'aient su. Ils se seraient aperçus de la supercherie lorsque les Polo auraient prétendu avoir passé tout ce temps en Chine.

    • certaines omissions s'expliquent facilement : l'imprimerie et de la calligraphie étaient le domaine des mandarins auquel n'avait pas accès Marco Polo qui, en tant qu'enquêteur-messager de Kūbilaï Khan, était plus au fait des coutumes mongoles, l'usage des baguettes n'était pas généralisé, la Grande Muraille était en grande partie écroulée.

    • Plusieurs récits de chroniques chinoises de l'époque mentionnent sa présence en Chine.
    En revanche, certaines inexactitudes ou certains "embellissements" du récit de Marco Polo pourraient être dus à l'influence de son co-auteur. En effet le Devisement du Monde a été rédigé en cellule à Gênes. Pris dans une bataille, Marco a dicté ses mémoires à son codétenu, Rustichello qui était un écrivain professionnel pisan, prisonnier, lui, depuis une guerre entre Gênes et Pise et spécialisé dans les récits merveilleux et les histoires de chevalerie.

    Postérité


    Frances Wood, devant la critique virulente de son livre par la communauté des historiens, fait à la suite de sa publication une palinodie.

     
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    Ibn Battûta

    Le «Marco Polo» du monde Arabe au XIVe siècle


    Abu Abdullah Muhammad Ibn Abdullah Al Lawati Al Tanji Ibn Battuta
    (en tamazight ⵉⴱⵏ ⴱⴰⵜⵓⵜⴰ,
    en arabe :أبو عبد الله محمد ابن عبد الله اللواتي الطنجي بن بطوطة), né le 24 février 1304 à Tanger et mort en 1377 à Marrakech, est un explorateur et voyageur musulman marocain, de souche berbère luwatie, qui a parcouru 120 000 km en 29 ans de voyages à travers le monde, de Tombouctou au sud en Bulgarie (en actuelle Russie, sur la Volga) au nord ; de Tanger à l’ouest à Quanzhou en Extrême-Orient. Ses récits sont compilés par Ibn Juzayy en un livre appelé Tuḥfat al-nuẓẓār fī ʿağāʾib l-amṣār wa-ġarāʾib l-asfār.


    Les voyages


    À l'origine simple pèlerin, musulman coutumier, Ibn Battûta profite de la place occupée par l'Islam et la langue arabe qui facilitèrent grandement ses déplacements. Il profite également du développement du commerce puisqu'il se joint souvent à des caravanes, ou embarque sur des vaisseaux marchands musulmans. Il rencontre de nombreuses personnalités et devient souvent leur conseiller lors de ses périples à rallonge.

    On peut distinguer quatre périodes dans ces voyages :



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    Traversée de la Libye


    Le 14 juin 1325, Ibn Battûta part de Tanger pour son pèlerinage à La Mecque. Il traverse rapidement l'Algérie alors en pleine guerre civile (Ibn Battûta n'y fait pourtant aucune allusion). Il arrive à Tunis sous le règne du sultan hafside Abû Yahyâ Abû Bakr al-Mutawakkil au moment de la fête de la fin du ramadan. Il se joint à une caravane partant pour l'Arabie. De passage à Tripoli, il se marie une première fois et repart avec son épouse. En cours de chemin, un différend avec son beau-père le fait divorcer. Il se remarie avec une autre femme de la caravane, fille d'un lettré originaire de Fès.

    Remontée de la vallée du Nil


    En janvier 1326, il arrive à Alexandrie. Ibn Battûta donne une description détaillée du phare d'Alexandrie et signale qu'à son retour en 1349 il ne trouva sur ces lieux qu'un tas de ruines.

    Ibn Battûta passe au Caire. Il explique alors le système fiscal local basé sur la hauteur de la crue annuelle du Nil, cette crue étant le signe de récoltes plus ou moins abondantes. Il passa près des pyramides de Gizeh. À l'époque elles étaient encore couvertes d'un parement de calcaire qui les rendait luisantes au soleil. Ibn Battûta raconte qu'un souverain voulut pénétrer dans une pyramide en attaquant le parement calcaire avec du vinaigre chaud jusqu'à ouvrir une brèche.

    Partant du Caire, il remonte le Nil. Au passage, on apprend qu'un homme s'est enrichi en se servant des pierres des temples antiques pour construire une école coranique. Arrivé au bord de la mer Rouge, à Aydhab (en), le conflit entre les Égyptiens du sultanat du Caire et les Bejas, l'empêche de traverser et il doit faire demi-tour vers Le Caire. Dans ce chemin de retour depuis Assouan jusqu'au Caire, il semble s'attarder un peu plus à chaque étape.

    Traversée de la Syrie et de la Palestine


    Pour cette partie du récit, Ibn Battûta semble faire une synthèse de plusieurs séjours dans la région. D'Égypte, il monte vers Gaza et de là vers Hébron, puis Jérusalem. La crainte de voir les croisés revenir prendre Jérusalem et s'y installer, avait fait prendre la décision paradoxale de raser toutes les fortifications. Ibn Battûta s'émerveille devant le dôme du Rocher.

    Ibn Battûta remonte ensuite le long de la côte méditerranéenne en passant par Tyr, Sayda, Beyrouth, et fait un crochet par Damas. Retour à Tripoli sur la côte. Il fait un nouveau crochet par le Krak des Chevaliers et Homs (Emèse) et descend le cours de l'Oronte vers Hama, «ville charmante et exquise entourée de vergers où tournent des roues hydrauliques». Se dirigeant toujours vers le nord il atteint Alep. Il s'attarde sur la description de la citadelle, citant un poète : «l'âpre citadelle se dresse contre ceux qui veulent la prendre avec sa haute vigie et ses flancs abrupts». De là, il retourne encore une fois vers la côte à Antioche. Il redescend vers le sud jusque Lattaquié, passe au pied de la forteresse du Marquuab qu'il dit semblable au krak des Chevaliers, puis vers Baalbek et revient à Damas pour s'y attarder car «si le paradis est sur la terre, c'est à Damas et nulle part ailleurs».

    Dans la grande mosquée des Omeyyades de Damas, il dit voir le tombeau de Zacharie, le père de Jean-Baptiste, alors que Ibn Jubair (1145-1217) un siècle avant lui parlait du «mausolée de la tête de Jean, fils de Zacharie», comme le veut la tradition actuelle.
    Il reçoit à Damas la licence d'enseigner en 1326 et part vers La Mecque avec une caravane.

    Vers La Mecque


    La caravane fait halte à Bosra pour quelques jours. Au passage il passe près «de la demeure des Thamûd creusée dans des montagnes de grès rouge avec des seuils sculptés et qu'on croirait construites récemment. Les ossements cariés sont à l'intérieur des demeures.» Il s'agit certainement du site de Pétra en Jordanie où la plupart des abris creusés dans la falaise n'étaient pas des maisons mais des tombeaux, mais l'interprétation d'Ibn Battûta va dans le sens du Coran :

    Quant aux habitants de Hijr qui avaient traité les prophètes de menteur
    Et qui s'étaient détournés de Nos signes, quand Nous les leur avions fait parvenir,
    se contentant de creuser leurs demeures dans le roc des montagnes en toute sécurité,
    eux aussi furent saisis par le cri terrifiant au lever du jour,
    et tout ce qu'ils possédaient ne leur a en rien servi.
    Nouvelle traduction française du Coran par Mohammed Chiadmi (XV ; 80-84)

    Arrivé à Médine, Ibn Battûta va se recueillir sur la tombe deMohamed. Il raconte les diverses étapes de l'agrandissement de la mosquée et des querelles que cela amena entre les divers clans de la famille. Après avoir fait le tour des sites que Mahomet avait fréquentés, il repart pour La Mecque. Ibn Battûta fait une assez longue et précise description des lieux et des rites du pèlerinage. Dix jours après la fin du pèlerinage, il part avec une caravane en direction de l'Irak (17 novembre 1326).

    L'Irak


    Au sein de la caravane qui ramène les pèlerins, Ibn Battûta traverse le plateau de Nejd jusqu'à Nadjaf après un voyage d'une quarantaine de jour, où il visite notamment le tombeau de `Ali, quatrième calife de l'islam. Il fait le récit de miracles ayant lieu sur ce tombeau mais il précise ne pas y avoir assisté lui-même. Alors que la caravane repart vers Bagdad, Ibn Battûta décide de se rendre à Wasit puis descendre le cours du Tigre d'aller à al-Basra (Bassora). Là, en assistant à la prière, il s'étonne de voir l'imam commettre des fautes de langage.

    La Perse


    Arrivé en Perse, il se rend à Ispahan en longeant les monts Zagros, puis à Shiraz, une des rares villes épargnée par l'invasion mongole.
    Ibn Battuta, retourne en Irak où il visite Baghdad, en grande partie en ruine après le passage de l'armée de Houlagou Khan. Puis il remonte vers le nord jusqu'à Tabriz, une des premières villes à avoir ouvert ses portes aux mongols, évitant le pillage de la ville, et étant devenu une des villes les plus prospères de la région.

    Après être revenu à Baghdad, il remonte le Tigre, visite Mossoul, Cizre et enfin Mardin, située dans l'actuelle Turquie. Arrivé à ce stade il fait demi-tour et revient à la Mecque pour son deuxième hadj.


    L'Afrique orientale, le Yémen et l'Oman


    Ibn Battuta séjourne ensuite quelque temps à La Mecque. Il raconte dans la Rihla être resté dans la ville pendant trois ans : de septembre 1327 jusqu'à l'automne 1330.

    En quittant la Mecque, après le hadj en 1330, il se dirigea vers le port de Jeddah sur la côte de la mer Rouge et de là, prit plusieurs bateaux sur la côte. Arrivant au Yémen, il visita Zabid, puis la ville des hautes terres de Ta'izz où il rencontra le Malik rassoulide Mujahid Nur al-Din Ali. Ibn Battuta mentionne également la ville de Sana'a, même s'il est peu probable qu'il y soit réellement allé. Il est plus probable qu'il soit allé directement à partir de Ta'izz au port d'Aden, en y arrivant à peu près au début de l'année 1331.

    À Aden, il s'embarque sur un navire, passe devant Zeila, puis longe le cap Gardafui. Ne restant pas plus d'une semaine à chaque port visité, il s'est rendu, entre autres à Mogadiscio, Mombasa, Zanzibar et Kilwa. Au moment de la mousson, il retourne par bateau vers l'Arabie, visite l'Oman et traverse le détroit d'Ormuz avant de retourner vers la Mecque pour le hadj de 1330.

    L'Anatolie


    En 1333, il visite Ayasoluk (Éphèse), alors capitale de l'émir Hızir d'Aydın. Il est particulièrement impressionné par la mosquée principale de la ville, l'ancienne église chrétienne de Saint-Jean, qu'il considère comme une des plus belles du monde.

    Asie centrale


    Ibn Battûta traverse la Crimée et visite l’empire de la Horde d'Or d'Özbeg. Son récit est une source précieuse concernant un peuple et un État qui ne se sont pas donné la peine d’écrire leur propre histoire. La condition féminine dans les tribus turques l'étonne :«Je fus témoin, dans cette contrée, d’une chose remarquable, c’est-à-dire de la considération dont les femmes jouissent chez les Turcs ; elles y tiennent, en effet, un rang plus élevé que celui des hommes.» Ce sont les hommes qui donnent des marques de respect aux femmes :«Lorsqu’elle [l'épouse de l'émir] fut arrivée près de l’émir, il se leva devant elle, lui donna le salut et la fit asseoir à son côté.» Il note que«les femmes des Turcs ne sont pas voilées». Elles se consacrent même aux activités économiques, loin d'être confinées aux harems :«[une femme] apportera au marché des brebis et du lait, qu’elle vendra aux gens pour des parfums.»

    «J’avais entendu parler de la ville de Bolghâr. Je voulus m’y rendre, afin de vérifier par mes yeux ce qu’on en racontait, savoir l’extrême brièveté de la nuit dans cette ville, et la brièveté du jour dans la saison opposée.» Bolghâr, autrefois capitale des Bulgares de la Volga, détruite par les Mongols, se trouve à cent quinze kilomètres au sud de Kazan, à sept kilomètres de la rive gauche de la Volga. Pour un musulman, le respect des cinq prières quotidiennes est un devoir sacré mais quid de cette contrée du bout du monde où le temps se dérègle ?«Lorsque nous eûmes fait la prière du coucher de soleil, nous rompîmes le jeûne [du ramadan] ; on appela les fidèles à la prière du soir, tandis que nous faisions notre repas. Nous célébrâmes cette prière, ainsi que les prières terâwih, al-chafah, al-witr, et le crépuscule du matin parut aussitôt après.»

    Autre problème, plus tard dans l'année, alors que l'hiver est survenu, sur la steppe glacée comment faire ses ablutions rituelles quand tout gèle ?«Je faisais mes ablutions avec de l’eau chaude, tout près du feu, mais il ne coulait pas une goutte d’eau qui ne gelât pas à l’instant. Lorsque je me lavais la figure, l’eau, en touchant ma barbe, se changeait en glace, et si je secouais ma barbe, il en tombait une espèce de neige. L’eau qui dégouttait de mon nez se gelait sur mes moustaches.»

    Il traverse ensuite l'Asie centrale pour rejoindre l'Inde. Parti de Saraï, capitale de la Horde d'Or, il passe successivement par Saraïtchik au nord de l'embouchure de l'Oural, traverse le Khwarezm, atteint Gurgandj, l’actuelle Kounia-Ourguentch, située sur le delta de l’Amou-Daria, fleuve qu'il remonte vers Boukhara,«le maudit Tenkîz, le Tatar, l’aïeul des rois de l’Irâk, l’a dévastée. Actuellement ses mosquées, ses collèges et ses marchés sont ruinés, à l’exception d’un petit nombre. Ses habitants sont méprisés.» Après une longue digression sur les luttes intestines des dynasties mongoles dans la région, Ibn Battûta poursuit :«Lorsque j’eus fait mes adieux au sultan Thermachîrîn, je me dirigeai vers la ville de Samarkand, une des plus grandes, des plus belles et des plus magnifiques cités du monde. Elle est bâtie sur le bord d’une rivière nommée rivière des Foulons, et couverte de machines hydrauliques, qui arrosent des jardins.» La ville est l'ombre de sa splendeur passée :«Il y avait aussi sur le bord du fleuve des palais considérables et des monuments qui annonçaient l’élévation de l’esprit des habitants de Samarkand. La plupart sont ruinés, et une grande partie de la ville a été aussi dévastée. Elle n’a ni muraille ni portes. » Il poursuit vers Termez qui a subi le même sort que Samarcande de la part des armées de Gengis Khan.

    «Nous passâmes ensuite le fleuve Djeïhoûn, pour entrer dans le Khorassan, et, à compter de notre départ de Termez et du passage du fleuve, nous marchâmes un jour et demi, dans un désert et des sables où il n’y a aucune habitation, jusqu’à la ville de Balkh.» Il poursuit ensuite vers Hérat, «la plus grande des cités encore florissantes dans le Khorassan» qu'il quitte pour Sarakhs via Torbat-e Jam puis Tus, patrie du célèbre imam Al-Ghazali d’où il poursuit, pieux musulman, vers le tombeau d’Ali ar-Rida à Mashhad. À Nichapur, Battuta est sous le charme de cette ville«appelée le Petit Damas, à cause de la quantité de ses fruits, de ses jardins et de ses eaux, ainsi qu’à cause de sa beauté. Quatre canaux la traversent, et ses marchés sont beaux et vastes. Sa mosquée, admirable, est située au milieu du marché, et touche à quatre collèges, arrosés par une eau abondante et habités par beaucoup d’étudiants qui apprennent la jurisprudenceet la manière de lire le Coran.»

    De là, il rejoint Pervan puis Ghaznah, capitale du sultan belliqueux Mahmoûd, fils de Subuktigîn. Il traverse ensuite le désert du Cholistan, «qui s’étend l’espace de quinze journées de marche (…), par la grâce de Dieu, notre caravane arriva saine et sauve à Bendj Ab, c’est-à-dire au fleuve du Sindh (…), à la fin de dhou al-Hijja, et nous vîmes briller cette même nuit la nouvelle lune de mouharram de l’année 734.»
    L'épopée indienne du long voyage d'Ibn Battûta peut commencer.


    L'Inde


    La description de l’Inde constitue la partie centrale des Voyages d’Ibn Battûta, aussi bien par son volume — elle couvre presque le tiers de l’ensemble de l’ouvrage — que par les informations. Dans la partie centrale de son récit indien, notre voyageur se transforme en historien et chroniqueur de sultanat de Delhi durant la domination de Muhammad bin-Tughlûq.

    Les Maldives, Ceylan et le Bengale


    Le sultan de Delhi, Fîrûz Shâh Tughlûq envoie une ambassade à l'empereur de Chine Togoontomor, ambassade à laquelle se joint Ibn Battuta. Mais suite aux aléas de la mer ce fut un désastre, la plupart des présents offerts par Tughluk (cent chevaux arabes, toiles, or, esclaves…) ainsi que les ambassadeurs disparurent sous l'eau. Ibn Battuta est l'un des rares survivants, il craint la colère du sultan de Delhi et décide donc de partir aux Maldives. Dans ces îles il devient cadi (juge), puis il se marie avec plusieurs filles de vizirs. Cela va faire croire au vizir Abd Allah qu'il recherche des alliances politiques pour prendre le pouvoir. Il est donc «invité» à quitter les îles. Il laisse derrière lui plusieurs femmes et un garçon.

    Sa prochaine destination est Ceylan (l'actuelle Sri Lanka). Il veut visiter la deuxième montagne de cette île, le pic d'Adan (2 243 m). Ce pic possède une trace sculptée sur un rocher : pour les chrétiens c'est le pied de saint Thomas, pour les musulmans celui d'Adam. Ainsi, ce voyage fut pour Battuta une sorte de pèlerinage.

    De retour sur le sous-continent indien, il est dépouillé par des pirates hindous de tous les cadeaux que lui avait offert le sultan idolâtre de Ceylan, Airy Chacarouaty (perles, pierres précieuses, esclaves…). Arrivé au Bengale, il se retrouve pris dans une révolte dirigée par les sultans de cette région contre le sultanat de Delhi. Battuta décide de s'en aller au plus vite pour ne pas éveiller des soupçons auprès de la cour de Delhi. Il se dirige donc vers la Chine pour tenter d'expliquer à son empereur le tragique incident de l'ambassade.


    Sumatra et la Chine


    En 1346, Ibn Battûta aborde Samudra, capitale du sultanat de Pasai dans le nord de l'île indonésienne de Sumatra. La mosquée de Quanzhou témoigne de l'importante communauté musulmane de la ville dans le passé.

    La même année, Ibn Battuta fait voile vers la Chine de la dynastie Yuan.
    Lors du voyage, il aurait débarqué et séjourné durant quelques jours au légendaire royaume de Caïloûcary, qui se situerait aux Philippines ou dans l'ancien royaume du Champa et qui avait la particularité d'être dirigé par des femmes.

    Arrivé en Chine, Ibn Battuta s'étonne, comme Marco Polo avant lui, de l'avancée de la civilisation chinoise. La houille est une nouveauté : «Tous les habitants de la Chine et du Khitha emploient comme charbon une terre ayant la consistance ainsi que la couleur de l’argile de notre pays. On la transporte au moyen des éléphants, on la coupe en morceaux de la grosseur ordinaire de ceux du charbon chez nous, et l’on y met le feu. Cette terre brûle à la manière du charbon, et donne même une plus forte chaleur.» Les billets de banque provoquent sa surprise : «Ils [les Chinois] vendent et ils achètent au moyen de morceaux de papier, dont chacun est aussi large que la paume de la main, et porte la marque ou le sceau du sultan». La porcelaine de Chine ne lui est pas inconnue : il note qu'elle est meilleur marché que la poterie dans son pays et il décrit son processus de production : «On ne fabrique pas en Chine de porcelaine, si ce n’est dans le villes de Zeïtoûn et de Sîn-calân. Elle est faite au moyen d’une terre tirée des montagnes qui se trouvent dans ces districts». À Khansâ, la laque provoque son envie : «il y a les plats ou assiettes, qu’on appelle dest ; elles sont faites avec des roseaux, dont les fragments sont réunis ensemble d’une manière admirable ; on les enduit d’une couche de couleur ou vernis rouge et brillant. Ces assiettes sont au nombre de dix, l’une placée dans le creux de l’autre ; et telle est leur finesse que celui qui les voit les prend pour une seule assiette. Elles sont pourvues d’un couvercle, qui les renferme toutes. On fait aussi de grands plats, avec les mêmes roseaux. Au nombre de leurs propriétés admirables sont celles-ci : qu’ils peuvent tomber de très haut sans se casser ; que l’on s’en sert pour les mets chauds, sans que leur couleur en soit altérée, et sans qu’elle se perde.»

    Les Yuan ont mis en place un État policier (dont Marco Polo avant Ibn Battuta notait la cruauté) : «On m’a assuré que l’empereur avait donné l’ordre aux peintres de faire notre portrait ; ceux-ci se rendirent au château pendant que nous y étions ; qu’ils se mirent à nous considérer et à nous peindre, sans que nous nous en fussions aperçus. C’est, au reste, une habitude établie chez les Chinois de faire le portrait de quiconque passe dans leur pays. La chose va si loin chez eux à ce propos que, s’il arrive qu’un étranger commette quelque action qui le force à fuir de la Chine, ils expédient son portrait dans les différentes provinces, en sorte qu’on fait des recherches, et en quelque lieu que l’on trouve celui qui ressemble à cette image, on le saisit.» Plus surprenant, pour notre voyageur, est l'administration tatillonne et efficace dans son contrôle des échanges avec le monde extérieur : «Ils ordonnent ensuite [après le décompte des personnes] au patron du bâtiment de leur dicter en détail tout ce que la jonque contient en fait de marchandises, qu’elles soient de peu de valeur ou d’un prix considérable. Alors tout le monde débarque, et les gardiens de la douane siègent pour passer l’inspection de ce que l’on a avec soi. S’ils découvrent quelque chose qu’on leur ait cachée, la jonque et tout ce qu’elle contient deviennent propriété du fisc

    Retour au pays


    Ibn Battuta quitte la Chine, il reste deux mois à Samudra (octobre-novembre 1346) et repart pour l’Inde qu'il quitte rapidement pour Zhafar, au sud de l’Arabie, dans la deuxième quinzaine du mois d’avril 1347. Il passe en territoire iranien et traverse la province de Lar pour arriver à Shiraz. Janvier 1348 le voit à Bagdad d'où il repart pour Damas.

    La peste noire s'est déclarée. Le chroniqueur raconte : «dans les premiers jours du mois de rabî’ premier de l’année 749 de l’hégire, la nouvelle nous parvint à Alep que la peste s’était déclarée à Gaza, et que le nombre des morts, en un seul jour, y avait dépassé le chiffre de mille. Or je retournai à Homs, et trouvai que l’épidémie y était ; le jour de mon arrivée il y mourut trois cents personnes environ. Je partis pour Damas (…) le nombre des morts y avait atteint deux mille quatre cents dans un jour.»

    Ibn Battûta arrive au Caire au cours du règne (1347-1351) du malik baharite Nasir Hasan et repart aussitôt pour La Mecque afin d’accomplir un dernier pèlerinage. De là, il retourne au Caire au début de l’année 1349 et rentre dans son pays ayant appris, comme il le dit, que «notre maître, le commandeur des croyants, le défenseur de la religion, celui qui met sa confiance dans le Maître des mondes, je veux dire Aboû ’Inân (que le Dieu très haut le protège !), avait, avec le secours divin, réuni les choses dispersées, ou réparé les malheurs de la dynastie mérinite et délivré par sa bénédiction les pays du Maghreb du danger dans lequel ils s’étaient trouvés», louange assez peu exacte et très courtisane : la réunion du Maghreb est l'œuvre du père d'Aboû ’Inân que celui-ci vient de chasser du pouvoir.

    L'Andalousie


    Après quelque temps passés à Tanger, Ibn Battûta repart en voyage vers al-Andalus — l'Espagne musulmane. Alphonse XI de Castille menaçant d'envahir Gibraltar, Ibn Battûta rejoint un groupe de musulmans de Tanger avec l'intention de se battre pour défendre ce port. Par chance pour eux, la peste noire avait tué le roi peu avant leur arrivée (en mai 1350) et Ibn Battûta peut alors voyager en sécurité. Il visite le royaume de Valence et termine son périple à Grenade.

    Quittant l'Espagne, il décide de visiter son Maroc natal. Il s'arrête à Marrakech, alors presque une ville fantôme, suite à l'épidémie de peste et poursuit vers Fès, la capitale du royaume des Mérinides, et par ailleurs siège de la Quaraouiyine, l'un des plus importants centre du savoir de l'époque, pour finir son périple dans sa bonne ville de Tanger.

    L'or de l'Empire du Mali


    Deux ans avant sa première visite au Caire, le mansa de l'Empire du Mali, Kouta Moussa, était passé par la ville en direction de la Mecque pour accomplir son hajj et avait fortement impressionné la population par l'opulence de son apanage. L'Afrique de l'Ouest était riche en or et cette richesse était une découverte pour le monde musulman. Quand bien même il n'y fait pas explicitement référence, Ibn Battûta avait dû en entendre parler et cela a sans doute motivé sa décision de voyager en Afrique subsaharienne aux marges occidentales du monde musulman et du Sahara.

    En 1352, il quitte une nouvelle fois le Maroc pour atteindre la ville de Sijilmasa qu'il quitte à son tour avec les caravanes d'hiver quelques mois plus tard. Il atteint la ville saharienne de Teghazza, alors un centre important du commerce du sel, enrichie par l'or du Mali mais qui ne fait pas grande impression sur notre voyageur. Huit cent kilomètres au travers de la partie la plus hostile du Sahara, et le voici à Walata. De là, il poursuit en direction sud-ouest, le long de ce qu'il croit être le Nil mais qui est le Niger, pour enfin atteindre la capitale de l'Empire du Mali. Mansa Souleymane, qui règne sur l'Empire depuis 1341, le reçoit chichement mais Ibn Battûta reste cependant huit mois avant de reprendre la route jusqu'à Tombouctou, alors une petite ville sans importance, sans commune mesure avec ce qu'elle deviendra dans les décennies suivantes. Il la quitte pour retraverser le désert et rejoindre son Maroc natal, où il finit sa vie, enfin sédentaire et paisible, selon toutes probabilités au service du sultan.

    Hommages


    La ville de Dubaï lui a consacré un centre commercial thématique, l'Ibn Battuta Mall, un des plus grands du Moyen-Orient, évoquant d'une part ses voyages, et d'autre part plus généralement les grandes figures de l'Islam médiéval dans le domaine culturel, scientifique, philosophique et artistique, leur influence sur le monde et plus particulièrement sur l'Europe et la future Renaissance.

    L'aéroport de Tanger est appelé Aéroport Tanger - Ibn Battûta

    Un cratère lui est dédié sur la Lune dans la mer de la fécondité.
    Le magazine Time a consacré son double numéro de l'été 2011 (1[SUP]er[/SUP] - 8 août) à Ibn Battûta : Travels through Islam - Discovering a world of change and challenge in the footsteps of the 14[SUP]th[/SUP] century explorer Ibn Battuta, c'est-à-dire «Voyages à travers l'Islam : à la découverte d'un monde de changements et de défis sur les pas de l'explorateur du XIV[SUP]e[/SUP] siècle Ibn Battûta».

    Bibliographie
    Traductions

    • Ibn Battûta (trad. C. Defremery et B. R. Sanguinetti (1858)),Voyages, De l’Afrique du Nord à La Mecque, vol. I, Paris, François Maspero, coll. « La Découverte», 1982, (format .pdf) 398 p. (ISBN 2-7071-1302-6) [lire en ligne] [présentation en ligne]
    Introduction et notes de Stéphane Yerasimov

    • Ibn Battûta,Voyages, De la Mecque aux steppes russes, vol. II, (format .pdf) 392 p. lire en ligne] [présentation en ligne]
    • Ibn Battûta,Voyages, Inde, Extrême-Orient, Espagne & Soudan, vol. III, (format .pdf) 381 p. [lire en ligne] [présentation en ligne]
    • Ibn Fadlan, Ibn Jubayr, Ibn Battûta (trad. Paule Charles-Dominique),Voyageurs arabes, Paris, Gallimard, coll. « La Pléiade », 1995, 1412 p. «Ibn Battûta. Voyages et périples»
    • (en) Ross E. Dunn,The Adventures of Ibn Battuta- A Muslim Traveler of the 14th Century, University of California, 2004.
    Études

    • Patrick Mérienne,Atlas des explorations et des découvertes, Rennes, Ouest-France, 2005
    Télévision

     
  12. titegazelle

    titegazelle سُبحَانَ اللّهِ وَ بِحَمْدِهِ Membre du personnel

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    Ahmed Ibn Majid


    Ahmed Ibn Majid
    (أحمد ابن ماجد) est un poète, un navigateur et un cartographe arabe, né en 1432 dans la région de Julphar connu aujourd'hui sous le nom de Ras el Khaïmah.*Il a été élevé dans une illustre famille de marin et avait la réputation d'être un expert de l'océan Indien. Il était si célèbre qu'il était considéré comme le premier marin Arabe.


    Travaux


    Écrivain célèbre, il a laissé plus de trente traités en prose et en vers. Il y synthétisa les connaissances anciennes et apporta des informations nouvelles sur les problèmes de navigation et d'astronomie nautiques. Son livre le plus important est Kitab al-Fawa’id fi Usul ‘Ilm al-Bahr wa ’l-Qawa’id (Livre d'information utile sur les principes et les règles de la navigation) qu'il écrivit en 1490. C'est une encyclopédie de navigation décrivant l'histoire et les principes de bases de la navigation, des phases lunaires. Il rédigea également un traité sur la navigation dans l'océan Indien, la mer Rouge, le golfe Persique et la mer de Chine méridionale.

    Il écrivit plusieurs livres sur la science marine et le comportement des bateaux en pleine mer, qui aidèrent des marins du golfe Persique à atteindre les côtes indiennes et l'Afrique de l'est. Son livre sur l'océanographie, Fawa'dh fi-Usl Ilm al-Bahrwa-al-Qawaidah est généralement considéré comme l'un des meilleurs livres de navigation.

    Route vers l'Inde


    Au XV[SUP]e[/SUP] siècle, Vasco de Gama, qui cherchait un marin expérimenté pour atteindre l'Inde, demanda à Majid de prendre la barre de son bateau pour les conduire dans ce pays. Grâce à lui, la traversée fut effectuée en moins d'un mois et les Portugais se servirent de ses travaux pour atteindre les côtes indiennes et revenir vers les côtes africaines.

    Film retraçant la navigation arabe dans l'océan indien


    * La Mémoire maritime des Arabes, film de 52 minutes, tourné à Oman, en Inde, en Chine... et montrant Ahmad bin Majid, de Khal Torabully, Chamarel Films/Productions La Lanterne, 2000.

    VOIR AUSSI/

    * Écouter (05:0


    http://www.potomitan.info/torabully/maritime.php


    *
    Ras el Khaïmah (émirat)


    Ras el Khaïmah ou Ras al-Khaimah, en arabe رأس الخيمة, ʾs al-H̱ayma[SUP]h[/SUP], littéralement «Tête de la Tente», est un émirat des Émirats arabes unis, dont la capitale qui lui doit son nom est la ville de Ras el Khaïmah.

    Histoire


    Quelques sites archéologiques : Ras Al Khaymah, Digdagga, Khatt...
    Aux XI[SUP]e[/SUP] et VIII[SUP]e[/SUP] siècles av. J.-C., la tribu des Azd s'établit dans des cabanes de bois à l'emplacement actuel de la ville de Ras el Khaïmah, alors connu sous le nom de Julfar.
    Au début du XVIII[SUP]e[/SUP] siècle, les Qassimi (ou Qawassim) de la tribu bédouine des Huwayla s'établissent à Julfar sous la forme d'une dépendance de l'émirat de Charjah.

    Vivant de la pêche des perles et de la piraterie, les Qawassim connurent leur apogée sous le règne de Sultan bin Saqr (1803-1866) lorsqu'ils contrôlèrent la majeure partie de la côte méridionale du golfe Persique. Cette piraterie nuisant au commerce des colonies dans la région du Royaume-Uni et d'Oman, la ville de Ras el Khaïmah fut détruite en 1809 et 1819. Il s'ensuivit une occupation britannique, des traités de paix en 1822 et 1853 et l'instauration du protectorat de la «Côte de la Trêve». En 1822, le drapeau actuel est adopté en remplacement de l'ancien alors uniformément rouge.

    Avec la mort de Sultan bin Saqr, Ras el Khaïmah et Charjah se séparèrent en 1869 et constituèrent deux émirats distincts sauf entre septembre 1900 et le 7 juillet 1921 où l'émirat de Ras el Khaïmah fut incorporé à celui de Charjah.
    À la suite de la formation des Émirats arabes unis le 2 décembre 1971, Ras el Khaïmah rejoint la fédération le 11 février 1972.

    Géographie


    L'émirat est constitué de deux enclaves dont la plus grande et comprenant la ville de Ras el Khaïmah est située à l'extrême nord des Émirats arabes unis. Le territoire est en majorité montagneux bien que le sud de la ville de Ras el Khaïmah soit constitué de dunes de sable. L'émirat possède une frontière avec Oman et avec tous les autres émirats sauf Abou Dabi (donc avec Oumm al Qaïwaï, Charjah, Fujaïrah, Dubaï et Ajman).

    Politique


    L'émir actuel de Ras el Khaïmah est Saoud ben Saqr Al Qassimi depuis 2003. Il est également membre du Conseil Suprême des Émirats arabes unis.
    Comme dans le reste des Émirats arabes unis, le droit et les lois sont basés sur la charia.


    Liste des émirs de Ras el Khaïmah


    Économie

    L'économie de Ras el Khaïmah repose principalement sur l'agriculture (dattes, huîtres et élevage de caprins et de chameaux) mais aussi sur l'extraction d'un peu d'or et de fer.
    L'émirat dispose depuis 1975 d'une cimenterie, Union Cement Company, créée en 1972 et cotée à la bourse d'Abou Dabi, et a également inauguré en 2007 une aciérie, Kamil Steel Factory.

    Fiscalité


    À Ras al-Khaimah, il n'y à pas d'impôt sur les sociétés, ni sur les bénéfices, ni de droits de douane, ni de droit de succession.

    Population


    La population de l'émirat compte 4 384 917 habitants (chiffres de 2012 : source World Gazetteer), dont près des deux tiers est concentrée dans la capitale, la ville de Ras el Khaïmah. Mais une grande partie d'entre elle est constituée de travailleurs venant principalement du Sri Lanka, d'Inde et du Pakistan.

    Philatélie

    Entre 1965 et 1972, Ras el Khaïmah a émis 87 timbres et séries, 94 timbres et séries pour la poste aérienne et neuf blocs-feuillets avec pour légende Ras al Khaima.

    Sport


    La 33ème Coupe de l'America opposant Alinghi à BMW Oracle Racing devait avoir lieu à Ras el Khaïmah. À la suite d'un recours de l'équipe américaine, l'épreuve se déroule à Valence, comme la précédente, dès le 8 février 2010.
     
  13. titegazelle

    titegazelle سُبحَانَ اللّهِ وَ بِحَمْدِهِ Membre du personnel

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    Ibn Fadlân


    Ahmad ibn-al-'Abbas ibn Rashid ibn-Hammad ibn-Fadlan
    (Aḥmad ʿibn alʿAbbās ʿibn Rāsẖid ʿibn ḥammād ʿibn Fadlān أحمدابنالعباسابنراشدابنحمادابنفضلان) fut un lettré d’origine arabe[SUP]1[/SUP] du X[SUP]e[/SUP] siècle qui a laissé un récit de ses voyages comme membre de l’ambassade du Calife de Bagdad au roi des Bulgares de la Volga.

    Ambassade


    Ibn Fadlan
    a été envoyé de Bagdad en 921 comme secrétaire d’un ambassadeur du Calife abbasside Al-Muqtadir à Almış, le roi des Bulgares de la Volga.

    Le but de l’ambassade visait à obtenir du roi des Bulgares un hommage au Calife, en échange de quoi il recevrait de l’argent pour la construction d’une forteresse. Partie de Bagdad le 12 juin 921, l’ambassade passa par Boukhara, Khwarizm (au sud de la mer d'Aral), Jurjaniya (où ils passèrent l’hiver), au nord de l’Oural avant d’arriver, après maintes difficultés, chez les Bulgares aux trois lacs de la Volga au nord de Samara le 12 mai 922.

    Cette mission fut un échec car ils ne réussirent pas à collecter l’argent destiné au roi qui, irrité de ne pas recevoir la somme promise pour le financement de fortifications contre les Khazars, refusa de passer du rite hanéfite au rite chaféite de Bagdad. Après son arrivée à Bolğar, Ibn Fadlan se rendit à Wisu où il consigna ses observations sur le commerce entre les Bulgares de la Volga et les tribus finnoises locales.

    Les Rūs’


    Ibn Fadlan consacre une partie non négligeable de son récit à la description d’un peuple qu’il nomme les Rūs’ (روس) ou Rūsiyyah identifiés par la majorité des érudits comme étant les Rus′ ou varègues, ce qui ferait de son récit un des premiers portraits des Vikings.

    Les Rūs’ sont présentés comme des commerçants tenant négoce sur les rives proches du camp bulgare. Ils sont décrits comme tatoués du cou jusqu’aux pieds avec des motifs d’arbre et d’autres figures. Il note avec étonnement qu’ils se peignaient les cheveux chaque jour, Je n'ai jamais vu corps plus parfaits que les leurs. Par leur taille, on dirait des palmiers. Ils sont blonds et de teint vermeil. Ils ne portent ni tuniques ni caftans mais un vêtement qui leur couvre un côté du corps et leur laisse une main libre. Chacun d'eux a avec lui une hache, un sabre et un couteau, et ne quitte rien de ce que nous venons de mentionner [...] Ce sont les plus malpropres des créatures de Dieu", note-t-il.

    Il a également décrit en grand détail l’enterrement d’un de leurs chefs de clan comprenant un sacrifice humain.
    Cette impression contredit celle du voyageur perse Ibn Rustah.

    Ibn Fadlân a inspiré un roman de Michael Crichton, Le Royaume de Rothgar, lequel a inspiré le film Le 13e Guerrier


    Le 13[SUP]e[/SUP] Guerrier


    Le 13[SUP]e[/SUP] guerrier est un film américain réalisé par John McTiernan, sorti en 1999 fondé sur le roman Le Royaume de Rothgar de Michael Crichton. Lui-même inspiré du récit d'Ibn Fadlân, un lettré d’origine arabe du X[SUP]e[/SUP] siècle qui a laissé un récit de ses voyages comme membre de l’ambassade du calife de Bagdad au roi des Bulgares de la Volga.

    En 921, Ahmed Ibn Fahdlan, ancien poète à Bagdad, est nommé ambassadeur en Asie mineure par le calife, mais il s'agit en fait d'une excuse pour l'envoyer en exil pour avoir séduit la femme d'un proche du calife… Accompagné de Melchisidek, un vieil ami de son père, conseiller et traducteur de surcroît, lui et ses quelques hommes de confiance se font attaquer par un groupe barbare des steppes asiatiques. Acculé à une falaise, les barbares s'enfuient : un knör viking est en vue. Ahmed ne connaissant pas ces gens, il décide d'aller à leur rencontre. Il découvre alors, à l'aide de Melchisidek et d'un traducteur viking, Herger, que les vikings venaient de faire le deuil de leur chef de groupe, et qu'un nouveau avait accédé au pouvoir.

    Ahmed et son groupe sont considérés comme des invités. C'est à ce moment qu'arrive un enfant, annonçant que le seigneur Rothgar a besoin de renfort : il s'agit du roi des Vikings. Pour ce faire, Buliwyf, nouveau chef, décide de faire appel à une voyante : celle-ci déclare que treize guerriers doivent faire route. De nombreux volontaires se proposent, mais le treizième guerrier doit être un étranger. Après une vague description, il se révèle qu'il s'agit d'Ahmed. Celui-ci accepte de les rejoindre.

    Cependant, un problème majeur survient : Ahmed ne comprend rien de ce que disent les Vikings. De plus, ceux-ci n'hésitent pas à se moquer de lui, selon des préjugés comme ceux qui prétendent que les Arabes emmènent des chevaux «grands comme des chiens» à la guerre. Ahmed leur prouve donc le contraire en leur faisant une démonstration, qui les laisse bouche bée. Durant leurs voyages et durant leurs nombreuses pauses, Ahmed apprend la langue des Vikings, puis les surprend une seconde fois tandis qu'ils se moquent de lui, en leur lançant une vague d'insultes typiquement nordique. Seuls le chef et Herger avec lequel il se lie d'amitié observent d'un œil bienveillant les progrès du jeune étranger.

    À l'écart de tous, Buliwyf demande alors à Ahmed de lui apprendre à «dessiner les mots», c'est-à-dire l'écriture. Alors, à l'aide d'un bâton, Ahmed écrit sur le sable : «il n'y a qu'un seul Dieu et Mohamed est son prophète», ce qui laisse le chef perplexe.
    Tandis qu'ils abordent les côtes amies, Buliwyf reproduit les signes d'Ahmed : «il n'y a qu'un seul Dieu» et Ahmed de terminer : «et Mohamed est son prophète».

    Dès que le village est atteint, on indique aux guerriers qu'on n'a pas reçu de nouvelles des fermes environnantes, mais aussi qu'un danger se fait sentir, oppressant.

    Après avoir récupéré un jeune garçon apeuré, les guerriers décident d'aller voir la ferme de sa famille. Ils y trouvent du sang en abondance, les lieux ont été saccagés. Mais Ahmed trouve sur le sol une petite statuette et lorsqu'il la montre aux guerriers, ceux-ci crachent dessus en lui indiquant qu'il s'agit de l'idole des monstres. Buliwyf décide de passer une nuit avec ses guerriers dans un bâtiment mal défendu pour les attirer.


    Tandis qu'ils font semblant de dormir, des formes étranges se rassemblent autour d'eux, puis leur tombent dessus : les guerriers sont prêts et provoquent la fuite des étranges choses. Cependant, il n'y a pas de cadavres : les monstres ont emporté non seulement leurs cadavres, mais aussi les têtes de leurs ennemis vaincus. Ils entendent également parler d'une légende selon laquelle un serpent de feu est descendu sur leur village en des circonstances similaires.

    Ils décident de fortifier le village. Mais au sein du village même existe une tension entre le fils de Rothgar et Buliwyf, et Herger a trouvé un plan pour lui permettre de le ridiculiser : il se fait provoquer en duel par un des hommes du premier et feint une apparente faiblesse. Tandis qu'il va être exécuté, il tranche en un mouvement net et rapide la tête de son adversaire, à la surprise de tous, sauf de Buliwyf. Indigné, le fils de Rothgar s'en va.

    Ahmed profite de son séjour dans le village pour se faire fabriquer à partir de sa lourde épée un sabre arabe, car il n'arrive pas à tailler les pieux en pics. Il doit encore faire une démonstration à Herger qui se moque de la forme que prenait son épée. Enfin, le «serpent de feu » arrive, descendant lentement de la colline pour se rendre au village. Mais Ahmed voit une petite fille à l'extérieur des fortifications : il se précipite avec son cheval pour la sauver et passe si près du «serpent de feu» qu'il le voit très clairement : ce serpent n'est en fait qu'une longue ligne de cavaliers porteurs de torches et de gourdins. Ahmed aperçoit également le chef, qui le désigne de son arme en signe de défi.

    Ahmed retourne au camp pour prévenir les habitants du village apeurés. Ceux-ci se préparent et la nuit même, tandis qu'un brouillard enveloppe le village, les créatures passent à l'attaque. Après avoir décrit de grands cercles autour du village en lançant des torches sur les maisons, ils font tomber les quelques charrettes qui servent de portes à l'aide de grappin, et se dirigent vers le centre du village par une sorte de couloir délimité par des pieux. Pour stopper cette charge, Buliwyf rassemble les guerriers et donne à chacun un pieu qu'il pointe vers les cavaliers. La tentative réussit et de nombreux cavaliers sont arrêtés. Puis, ils les mettent en déroute et Buliwyf aperçoit leur chef, lequel l'observe également avant de disparaître dans les ténèbres.

    Grâce aux nombreux cadavres que leur a fournis la bataille, ils découvrent que sous les peaux d'ours se cachent des hommes. Rothgar leur conseille d'aller voir la doyenne du village. Celle-ci leur répond que pour vaincre leurs ennemis, il faut tuer leur Mère ainsi que leur Père, ce dernier étant reconnaissable à son casque à cornes. Ils entreprennent donc de partir tuer la mère des Wendolls.

    Après recherches infructueuses, Ahmed émet l'hypothèse que s'ils veulent qu'on les prenne pour des ours, c'est qu'ils vivent comme des ours. Et dans ce cas ils se cachent dans une grotte. C'est ainsi qu'ils trouvent l'antre des Wendolls. Après avoir infiltré discrètement la base secrète, Buliwyf tue la mère des Wendolls, mais celle-ci le blesse avec un crochet enduit de venin de serpent. Alertés par le meurtre de leur mère, les Wendolls accourent, mais les guerriers trouvent une brèche dans le mur qui conduit à un passage sous-marin qu'ils doivent emprunter pour ressortir non loin de leur village. Se doutant que les Wendols attaquent une nouvelle fois le village, les Vikings se préparent à cette lutte ultime : Ahmed s'en remet à Allah en faisant une prière, puis rejoint celle qu'adressent les Vikings à leurs dieux en ces termes :

    «Voyez cela, je vois mon père. Voyez cela, je vois ma mère et mes sœurs et mes frères. Voyez cela, je vois tous mes ancêtres qui sont assis et me regardent. Et voilà qu'ils m'appellent, et me demandent de prendre place à leur côté dans le palais de Walhalla, là où les braves vivent à jamais…»

    Et enfin, après un rude combat, Buliwyf abat leur chef, à bout de force. Puis celui-ci s'assoit à sa place de chef et meurt, l'arme à la main.

    Durant ce parcours, Ahmed est devenu un homme et a appris à se battre, chose dont il avait auparavant horreur. Helder met à sa disposition un bateau et après de chaleureux adieux, Ahmed s'en va en bénissant cette tribu de Vikings païens, en faisant la promesse de narrer les aventures de Buliwyf.

    Fiche technique




    Commentaires



    • Le film Le 13[SUP]e[/SUP] Guerrier est tiré du roman de Michael Crichton, Le Royaume de Rothgar, lequel a inspiré du récit de voyage de Ibn Fadlan qui, personnage historique réel, a été envoyé de Bagdad en 921 comme secrétaire d’un ambassadeur du Calife abbasside Al-Muqtadir à Almış, le roi des Bulgares de la Volga.

    • L'adaptation reste très réaliste : les décors sont naturels, les jeux de lumière sont assez prenants et souligne le combat du bien (village éclairé…) contre le mal (antre des Wendols…), les scènes nocturnes sont tournées à l'aide de véritables torches. Malgré quelques invraisemblances (la transformation d'une épée en cimeterre, un apprentissage pour le moins rapide d'une langue étrangère, des costumes complètement fantaisistes et des anachronismes dans l'armement), le film reste un film à l'histoire complète, en dépit des découpages (10 minutes) subis.
    • Le film fut cependant un échec commercial, ne rapportant que 61 millions de dollars pour un budget de 160 millions de dollars.
    • Le nom du chef des Vikings, Buliwyf, est à rapprocher de Beowulf, légende dont le scénario reprend la trame.
    • Le tournage et la post-production du film ont été émaillés de conflits entre le réalisateur, John Mc Tiernan et le producteur, Michael Crichton, ce dernier ayant décidé de filmer de nouvelles scènes et rejeté la musique composée initialement par Graeme Revell (et qui fut remplacée par le collaborateur régulier de Crichton, Jerry Goldsmith). Ce qui explique en partie pourquoi le film est considéré comme un «grand film malade», certaines scènes apparaissant comme mal développées au montage (comme en atteste l'ouverture du film)
    • Contrairement à ce que prétend une rumeur tenace relayée par la presse spécialisée depuis 10 ans, il n'existe et n'a jamais existé aucun montage de 2 min 30 s du métrage. D'après McTiernan, dans une interview de 2003 disponible sur l'édition blu-ray éditée en France, son montage était plus long de 5 à 10 minutes, et différait essentiellement par des légères extensions de séquences existantes dans le montage définitif, sans réelle incidence narrative.
     
  14. titegazelle

    titegazelle سُبحَانَ اللّهِ وَ بِحَمْدِهِ Membre du personnel

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    Ibn Rustah


    Ibn Rustah
    (ar)ابن رسته (Ahmad Ibn Omar Abou Ali, en arabe أحمد بن عمر، أبو علي ابن رسته) était un explorateur et géographe perse né au X[SUP]e[/SUP] siècle dans le district de Rosta, à Ispahan, Iran.

    Ibn Rustah est l’auteur d’une compilation géographique. L’information sur sa ville natale d’Ispahan est particulièrement précieuse. Il déclare qu’alors que pour d'autres pays il a dû se fier à des récits rapportés souvent acquis avec grande difficulté et sans la possibilité de vérifier leur véracité, il a eu recours, en ce qui concerne Ispahan, soit à sa propre expérience, soit aux observations ou aux rapports d’autres réputés pour leur fiabilité. On dispose ainsi d’une description des vingt districts (rostaqs) d’Ispahan contenant des détails absents des œuvres d’autres géographes. Pour ce qui concerne la ville elle-même, nous apprenons qu’elle était de forme parfaitement circulaire, avec une circonférence de la moitié d’un farsang, avec des murs défendus par cent tours et quatre portes.

    Son information sur les peuples non islamiques de l’Europe et de l’Asie intérieure font de lui une source utile de ces régions obscures (il était même au courant de l’existence des îles britanniques et de l’heptarchie anglo-saxonne en Angleterre) et pour la préhistoire des Turcs et des autres peuples de la steppe.


    Il s’est rendu à Novgorod avec les Rus' (روس) et a compilé des ouvrages relatifs à ses propres voyages, ainsi que des informations rapportées sur les Khazars, les Magyars, les Bulgars et d’autres peuples.

    Il a laissé une description de Novgorod, la ville des Rus' au dixième siècle : «Les Rus' vivent sur une île couverte de broussailles et de forêts épaisses dont le tour nécessite trois jours de marche… ; Ils pillent les Slaves qu’ils atteignent à l’aide de navires ; ils les emmènent au loin comme esclaves et… les vendent ; Ils n'ont aucun champ, ne vivant que de ce qu’ils obtiennent… des terres des Slaves ; Quand un fils leur naît, le père se dirige vers le nouveau-né, l’épée à la main et, la jetant à terre, il lui dit : Je ne te lèguerai aucun bien : tu n’auras ce que tu peux te procurer avec cette arme”»


    Son impression sur les Rus' est très favorable : « Ils portent des vêtements propres et les hommes se parent de bracelets d’or. Ils traitent bien leurs esclaves qui portent également des vêtements somptueux, parce qu’ils consacrent tous leurs efforts au commerce. Ils ont beaucoup de villes. Ils ont une attitude des plus amicales envers les étrangers et les étrangers cherchant refuge.»

    Il fait également le récit de funérailles à Birka.


    Dans la chronique Al-Djarmi, il a dit de l’antique Croatie : «Leur chef est couronné… ; Il demeure parmi les Slaves… ; Il porte le titre de chefs des chefs” et est appelé “le roi sacré”. Il est plus puissant que le “zupan” (vice-roi), qui est son adjoint… ; Sa capitale s’appelle Drzvab où se tient chaque mois une foire de trois jours. »

    Il a dit au sujet d’un certain roi du Caucase : «Il a prié le vendredi avec les musulmans, le samedi avec les juifs et le dimanche avec les chrétiens. “Puisque chaque religion proclame être la seule véritable et que les autres sont irrecevables”, a expliqué le roi, “j’ai décidé de mettre toutes les chances de mon côté.”»


    Ayant également beaucoup voyagé en Arabie, il a été l’un des premiers explorateurs perse à décrire la ville de Sanaa : «C'est une ville du Yémen telle qu'on ne trouve pas dans la montagne, dans le Tihama ou le dans Hijaz une ville plus grande, plus populeuse ou plus prospère, d’origine plus noble ou d’une nourriture plus délicieuse qu’elle… ; Sanaa est une ville populeuse avec de beaux logements, certains au-dessus des autres, mais la plupart d’entre eux sont décorés de plâtre, de briques brûlées, et de pierres dressées. »
     
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    Léon l'Africain



    Hassan al-Wazzan
    (de son nom complet al-Hasan ibn Muhammad al-Zayyātī al-Fāsī al-Wazzān) (1488-1548), dit Léon l’Africain, est un diplomate et explorateur d’Afrique du Nord du XV[SUP]e[/SUP]-XVI[SUP]e[/SUP] siècle.

    Biographie


    Hassan al-Wazzan est né vers 1488, à Grenade en Andalousie musulmane. Après la prise de la ville en 1492 par les Rois catholiques, Isabelle de Castille et Ferdinand II d’Aragon, sa famille se réfugie au Maroc dans la ville de Fès. Hassan y suit des études de théologie dans plusieurs madrasas de Fès et à la Quaraouiyine. Son oncle maternel initie sa vie de diplomate, en le conviant à l’accompagner lors d’une mission auprès du souverain de l’Empire Songhai, l’Askia Mohammed Touré. À l’âge de 20 ans, il s’engage définitivement sur les routes et la voie de la diplomatie, pour une vie entière de grand voyageur et de négociateur : ses missions politiques et commerciales le mènent à travers tout le Maroc : du Rif au Souss, des Doukkala au Tadla, du Tafilalet aux zones présahariennes… ainsi que dans tous les pays du Maghreb, de l'Arabie, de l’Afrique saharienne, à Constantinople et en Égypte.

    En 1518, de retour du pèlerinage musulman à La Mecque, le navire sur lequel il se trouve est attaqué, et il est fait prisonnier par des «marins siciliens». Il est en fait capturé par un chevalier de l’Ordre de Saint-Jean, Pedro di Bobadilla. Sans doute parce qu'il a quelques errements à se faire pardonner, celui-ci en fait présent au pape Léon X, qui l’adopte comme fils, le fait catéchiser puis baptiser sous ses propres noms, Jean Léon. Il devient alors Jean-Léon de Médicis, dit «l’Africain». Pendant son séjour en Italie, il s’initie à l’italien et au latin, et enseigne l’arabe à Bologne. Sur demande du pape, il écrit sa fameuse Cosmographia de Affrica, publiée à Venise sous le titre Description de l'Afrique.

    Cet ouvrage de référence, qui évite soigneusement de donner des informations à caractère militaire, est la seule source de renseignement sur la vie, les mœurs, les us et coutumes dans l'Afrique du XVI[SUP]e[/SUP] siècle. C’est en particulier grâce à ce livre que Tombouctou devient une ville mythique dans l’imaginaire européen ; il est ainsi l’inspirateur de René Caillié parti à sa découverte. C'est aussi la Bible de tous les diplomates et explorateurs intéressés par l’Afrique.

    Il n'existe aucune information fiable sur la date et le lieu de la mort de Léon l'Africain.

    Bibliographie


    • Amin Maalouf donne une biographie de Hassan al-Wazzan dans son roman Léon l’Africain
    • Le professeur Louis Massignon, célèbre orientaliste, a étudié les écrits de Léon l’Africain. L’ouvrage de Louis Massignon Le Maroc dans les premières années de XVI[SUP]e[/SUP] siècle - Tableau géographique d’après Léon l’Africain, édité en 1906, longtemps introuvable, est en 2006 réédité par les soins de la Bibliothèque nationale du Royaume du Maroc.
    • Zhiri, Oumelbanine, L’Afrique au miroir de l’Europe: fortunes de Jean-Léon l’Africain à la Renaissance, Coll. Travaux d’Humanisme et Renaissance, CCXLVII, Genève, Librairie Droz, 1991, 246p.
    • Rauchenberger, Dietrich, 1999. Johannes Leo der Africaner, Seine Beschreibung des Raumes zwischen Nil und Niger nach dem Urtext, Wiesbaden, Harrassowitz Verlag (biographie et édition partielle de ce qui pourrait être le manuscrit de la Cosmographia de Affrica, tel qu'il a été écrit sous la dictée de Léon l'Africain et redécouvert dans les années 1930)
    • Léon l’Africain. Un voyageur entre deux mondes de Natalie Zemon-Davis. Traduit par Dominique Peters, 2007 (Payot 476 pages).
    • Léon l'Africain, sous la direction de François Pouillon, Paris, Karthala, 2009, 400 p.


     
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    Fernand de Magellan


    Fernand de Magellan
    , (Fernão de Magalhães en portugais, Fernando de Magallanes en castillan), né dans le nord du Portugal aux environs de 1480 et mort sur l'île de Mactan aux Philippines le 27 avril 1521, est un navigateur et explorateur portugais de l'époque des Grandes découvertes. Il est connu pour être à l'origine de la première circumnavigation de l'histoire – achevée en septembre 1522 sous les ordres de Juan Sebastián Elcano après trois ans de voyage – en ayant navigué vers l'ouest pour rejoindre les Moluques, découvrant sur son chemin le détroit qui porte son nom.

    Au XV[SUP]e[/SUP] siècle, contrairement aux idées reçues, la rotondité de la Terre était une idée connue depuis l'Antiquité. Au III[SUP]e[/SUP] siècle av. J.-C., Ératosthène en avait mesuré la circonférence avec un degré d'exactitude remarquable. Même si les écrits des Grecs, notamment ceux d’Aristote, perdirent leur autorité, cette idée perdura pendant tout le Moyen Âge. Le Traité de la Sphère de Joannes de Sacrobosco, écrit à Paris en 1224, fut largement divulgué dans tous les cercles savants sans que l'Église y trouvât à redire. Le premier globe connu, c'est-à-dire le plus ancien conservé, est celui réalisé à Nuremberg par Martin Behaim en 1492.

    À cette époque également, l'Europe avait développé un goût pour les épices exotiques, ce qui a favorisé, outre l'intérêt de géographes, celui d'explorateurs et de commerçants. Magellan était convaincu que les Moluques se trouvaient dans la moitié du globe qui revenait à la couronne d'Espagne depuis le Traité de Tordesillas qui partageait le monde entre Castillans et Portugais depuis 1494. Il pensait qu'il pourrait rejoindre par l'ouest les îles aux Épices qu'il avait déjà approchées lors de son séjour à Malacca en 1511-1512. Avant même qu'il n'entreprît son voyage aux îles Moluques d'où provenait en exclusivité le girofle, Magellan avait reçu des lettres d’un de ses amis personnels, le Portugais Francisco Serrão, qui s’y trouvait depuis 1512. C'est ce projet de rejoindre par l'ouest les îles des Épices, soutenu finalement par la Couronne espagnole, qui conduisit la flotte qu'il commandait à effectuer le tour du monde, ce qui n'était en rien le projet initial. L'événement eut un retentissement considérable en Europe. Après un peu plus d'un quart de siècle, le projet de Christophe Colomb était enfin réalisé et comme le souligne Pierre Chaunu «jamais le monde n'a été aussi grand qu'au lendemain du périple de Magellan».

    Éléments historiographiques


    Si le voyage donne lieu à différents récits, commentaires et témoignages au XVI[SUP]e[/SUP] siècle, les premiers travaux importants concernant la personne de Magellan ne datent que du XIX[SUP]e[/SUP] siècle avec la publication en 1864 au Chili d'une biographie du navigateur par Barros Arana. Ses travaux mènent des auteurs européens à écrire eux aussi sur le sujet à la fin du XIX[SUP]e[/SUP] siècle jusqu'aux synthèses très importantes de José Toribio Medina en 1920 et celle du vicomte de Lagoa en 1938. Tous les documents d'archives disponibles sont alors connus et publiés.

    Les origines et les détails de nombreuses années de la vie de Magellan avant son départ sont très incertains. En revanche, l'ensemble du voyage est très bien connu grâce à plusieurs documents d'époque dont en premier lieu le Journal du voyage de Magellan, relation complète du périple d'Antonio Pigafetta, un des survivants du périple : il ne reste du manuscrit original perdu que quatre copies (trois en français et une en italien), la plus complète étant le manuscrit de Yale. Il existe également un certain nombre de lettres et de dépositions, ainsi que des récits et témoignages plus fragmentaires mais précieux comme le journal de bord de Francisco Albo, la relation de Ginés de Mafra ou encore le carnet de bord du pilote génois. Tous ces documents ont permis aux historiens de retracer l'intégralité du parcours de la flotte au cours de sa longue navigation et d'identifier les différents lieux visités.

    Les chroniqueurs du temps ont rendu compte de l'exploit : côté espagnol, Maximilianus Transylvanus dès janvier 1523 mais aussi Pierre Martyr d'Anghiera en 1530, et le chroniqueur royal Antonio de Herrera y Tordesillas en 1601 – plus tardif, mais beaucoup plus fiable que ses prédécesseurs Gonzalo Fernández de Oviedo y Valdés et Francisco López de Gómara ; côté portugais, Fernão Lopes de Castanheda (1552), Damião de Góis (1557) et João de Barros (1563).

    Origines et premiers voyages en Orient et au Maroc


    Plusieurs localités, telles Sabrosa, Ponte da Barca, Vila Nova de Gaia ou Porto, revendiquent de l'avoir vu naître, la capitale lusitanienne semblant être la plus vraisemblable.

    Fernand de Magellan appartient à l'une des branches de la vieille lignée des Magalhães, famille noble du Nord du Portugal dont l'origine remonte à la fin du XIII[SUP]e[/SUP] siècle. Les historiens peinent à le situer dans l'arbre généalogique et ignorent tout de sa jeunesse : quelques traces suspectes semblent indiquer que ses parents, Rui de Magalhães, alcaide-mór (gouverneur) d'Aveiro, et Alda de Mesquita, appartiennent à la petite noblesse. Dès son plus jeune âge, son père obtient peut-être qu'il soit page à la cour de la reine Leonor de Lancaster (en) où il apprend probablement la navigation et l'astronomie, enseignées notamment par Martin Behaim.

    La première mention historiquement sûre, une pièce d'archive, le désigne comme supplétif (sobresaliente) et pensionné (moradores) de la Maison du Roi sur la flotte de Francisco de Almeida, nommé vice-roi des Indes orientales portugaises. C'est à bord de cette armada de vingt navires qu'il quitte Lisbonne le 25 mars 1505. Il découvre les Indes, combat de concert avec Francisco Serrão qu'il sauve à deux reprises et se livre quelques mois au commerce du poivre, avant de participer à la prise de Malacca à l'été 1511 sous le commandement d'Afonso de Albuquerque. Son ami Francisco Serrão atteint l'île de Ternate dans les Moluques où il s'établit après avoir gagné les faveurs du roi local. Magellan recevra des nouvelles de son ami Francisco Serrão par courrier, avant de quitter Malacca le 11 janvier 1513 pour rejoindre le Portugal. Contraint de rester à Lisbonne, il étudie les cartes et planisphères de la bibliothèque royale et les bureaux de la Casa da India, y découvre notamment une carte de Martin Behaim, tracée à Nuremberg en 1492, qui signale un passage au Sud du Brésil et un globe de Johann Schöner réalisé en 1515, qui indique également ce passage vers 40 degrés de latitude sud. Il rencontre le cosmographe Rui Faleiro avec qui il partage la conviction de pouvoir rejoindre les Moluques en contournant l'Amérique par l'Ouest et qui deviendra son associé.

    À l'été 1513, Magellan est envoyé au Maroc au sein d'une puissante armée qui doit s’emparer d’Azemmour. Durant les combats, il aurait été blessé à la jointure d’un genou, le laissant légèrement boiteux sa vie durant. Après être parti sans permission, il est accusé de commerce illégal avec les Maures. Ces accusations sont vite abandonnées, mais Magellan est alors un soldat qui ne jouit pas de la meilleure réputation auprès de l'administration de Manuel I, laquelle refuse d'augmenter sa pension de seulement 100 réaux. Le projet mûri par Magellan d'atteindre les îles des épices par l'ouest ne pouvait intéresser le roi de Portugal, qui captait déjà par l'intermédiaire de commerçants malais le trafic du girofle des Moluques et de la noix de muscade de Banda. Mécontent de ne pas voir ses mérites reconnus au Portugal, Magellan décide d'aller offrir ses services au roi d'Espagne, le futur Charles Quint, qui à ce moment n'a que 18 ans. L'enjeu était moins la découverte des îles, déjà connues et colonisées par des Portugais, que l'établissement d'une cartographie exacte permettant de délimiter les domaines réservés à l'Espagne et au Portugal, définis par le traité de Tordesillas, cartographie que Magellan accommoda à sa manière, en faveur du roi d'Espagne. Privilège de la noblesse, il se dénaturalise officiellement, change de nom et devient citoyen espagnol (Fernão de Magalhães en Fernando de Magallanes) en octobre 1517.


    Le grand voyage autour du monde


    Cartographie de la circumnavigation de Fernand de Magellan et de Juan Sebastián Elcano
    [​IMG]

    Description : Carte de la première circumnavigation du monde,
    par Ferdinand de Magellan et Juan Sebastián Elcano, de 1519 à 1522.
    Date : 1er mars 2008
    Source : - Image: World map blank gmt.svg de San Jose, vectorisée par Muellercrtp
    et chargée sur Commons par C-M sous licence GFDL
    - de : Bild:Weltumsegelung von Ferdinand Magellan und Juan Sebastian Elcano.png de Lencer,
    chargée sur la Wikipédia germanophone sous licence GFDL.
    Auteur : Sémhur
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    Des préparatifs au départ de la flotte – 1517 / 1519

    En octobre 1517 à Séville, Magellan se place sous la protection d'un Portugais passé au service de l'Espagne, Diogo Barbosa (en). En décembre 1517, il épouse Beatriz Barbosa, fille de Diogo Barbosa et dont il a deux enfants, Rodrigo mort en bas âge et Carlos, mort à la naissance.

    Magellan se met en contact avec Juan de Aranda, facteur de la Casa de Contratación. Puis, suite à l'arrivée de son associé, Rui Faleiro, et grâce au soutien d'Aranda, ils présentent leur projet au monarque espagnol, Charles I[SUP]er[/SUP], futur Charles Quint, qui vient tout juste d'arriver en Espagne. La proposition de Magellan, qui bénéficie également de l'appui du puissant Juan Rodríguez de Fonseca, lui paraît particulièrement intéressante, puisqu'elle permettrait d'ouvrir la « route des épices » sans dégrader les relations avec le voisin portugais, une action qui ne manquerait pas d'apporter richesse et honneurs à la monarchie. Depuis la Junta de Toro en 1505, la Couronne s'était fixé pour objectif de découvrir la route occidentale qui mènerait les Espagnols jusqu'en Asie. L'idée était donc dans l'air du temps. Juan Díaz de Solís, Portugais passé au service de l'Espagne, venait de tenter de découvrir cette voie en explorant le Río de la Plata en 1515-1516, y perdant la vie.

    Le 22 mars 1518, Charles I[SUP]er[/SUP] nomme Magellan et Faleiro capitaines pour que ces derniers partent à la recherche des îles aux Épices et, en juillet, les élève au grade de commandeur de l'Ordre de Santiago. Le roi leur octroie:

    • le monopole sur la route découverte pour une durée de dix ans ;
    • leur nomination comme gouverneurs des terres et des îles qu'ils rencontreraient, avec 5 % des gains nets qui en découleraient ;
    • un vingtième des gains du voyage ;
    • le droit de prélever mille ducats sur les prochains voyages, payant seulement 5 % sur les surplus ;
    • la concession d'une île à chacun, mises à part les six plus riches, desquelles ils ne recevraient qu'un quinzième.
    L'expédition est essentiellement financée par la Couronne et pourvue de cinq caraques (navires caractérisés par leur coque arrondie et leurs deux hauts châteaux avant et arrière) réarmées et équipées en vivres pour deux ans de voyage.
    De multiples problèmes surgissent dans la préparation de ce voyage : insuffisances pécuniaires, manigances du roi de Portugal qui cherche à les faire arrêter, méfiance des Castillans envers Magellan et les autres Portugais engagés, sans oublier le caractère difficile de Faleiro. Finalement, grâce à la ténacité de Magellan, l'expédition voit le jour. Par l'entremise de l'évêque Juan Rodríguez de Fonseca, ils obtiennent l’implication du marchand flamand Cristóbal de Haro (en), qui fournit une partie des fonds et des marchandises à troquer.

    La flotte lève l’ancre de Séville le 10 août 1519, mais doit attendre le 20 septembre pour hisser les voiles et quitter Sanlúcar de Barrameda, avec 237 hommes répartis sur cinq navires : la Trinidad, nef amirale commandée par Magellan ; le San Antonio commandé par Juan de Cartagena ; la Concepción commandée par Gaspar de Quesada, le Santiago commandé par Juan Serrano et la Victoria commandée par Luis de Mendoza. Les équipages sont formés d'hommes provenant de plusieurs nations. Paul Teyssier écrit : «...outre les Espagnols, il y avait parmi eux des Portugais, des Italiens, des Grecs et même des Français. De sorte qu'on peut parler, en un sens, d'un personnel européen.»


    Liste des navires au départ de l'expédition:
    [TABLE="class: MsoNormalTable"]
    [TR]
    [TD] Navire[/TD]
    [TD] [/TD]
    [TD]
    Équipage
    [/TD]
    [TD]
    Remarques
    [/TD]
    [/TR]
    [TR]
    [TD] Trinidad[/TD]
    [TD]
    110 ​
    [/TD]
    [TD]
    62 ​
    [/TD]
    [TD] Navire commandé par Magellan, il finit arraisonné par les Portugais aux Moluques, avec vingt marins ayant survécu à une dramatique tentative de traversée du Pacifique.[/TD]
    [/TR]
    [TR]
    [TD] San Antonio[/TD]
    [TD]
    120 ​
    [/TD]
    [TD]
    55 ​
    [/TD]
    [TD] Déserte l'expédition dans le détroit de Magellan et regagne Séville le 6 mai 1521.[/TD]
    [/TR]
    [TR]
    [TD] Concepción[/TD]
    [TD]
    90 ​
    [/TD]
    [TD]
    44 ​
    [/TD]
    [TD] Navire abandonné et brûlé devant l’île de Bohol, près de Cebu, en raison du manque d'hommes d'équipage.[/TD]
    [/TR]
    [TR]
    [TD] Santiago[/TD]
    [TD]
    75 ​
    [/TD]
    [TD]
    31 ​
    [/TD]
    [TD] Naufragé le 3 mai 1520 dans les parages du río Santa Cruz.[/TD]
    [/TR]
    [TR]
    [TD] Victoria[/TD]
    [TD]
    85 ​
    [/TD]
    [TD]
    45 ​
    [/TD]
    [TD] Seul navire à réaliser la circumnavigation. À l'arrivée, ils ne sont plus que dix-huit Européens et trois Moluquois. Mais douze Européens et un Moluquois laissés au Cap-Vert rejoignent Séville peu après.[/TD]
    [/TR]
    [TR]
    [TD][/TD]
    [TD][/TD]
    [TD="align: center"] Total : 237[/TD]
    [TD][/TD]
    [/TR]
    [/TABLE]

    Le long de l'Amérique du sud, la mutinerie de San Julián – 1519 / 1520

    L'un des membres de l'expédition, l'Italien Antonio Pigafetta tient un journal du voyage. C'est grâce à lui que nous sont parvenus non seulement le récit complet du voyage, puisqu'il a fait partie des 18 survivants revenus le 6 septembre 1522, mais aussi les informations sur les mutins. En effet, des cinq capitaines de l'expédition, il semblerait qu'au moins trois ne partagent pas les vues de Magellan, au point que certains veulent s'en débarrasser.

    Après un bref séjour aux îles Canaries, quatre mois passent et la flottille arrive près des côtes du Brésil en décembre. Elle bat pavillon espagnol et le Brésil est une colonie portugaise. Après une brève escale pour se ravitailler à la Ponta de Baleia, près de l'archipel des Abrolhos, Magellan décide d'ancrer le 13 décembre 1519 dans la baie de Santa Lucia, aujourd’hui connue sous le nom de Rio de Janeiro, qu’un de ses pilotes João Lopes Carvalho connaît bien pour y avoir séjourné sept ans auparavant. Celui-ci y retrouve Juanillo, 7 ans, le fils qu'il avait eu d’une Indienne, qu'il va embarquer sur la Concepción.

    Fin décembre, après une escale de quatorze jours, la flotte prend ensuite la direction du sud pour essayer de contourner l'Amérique du Sud. L'été austral se termine et plus Magellan navigue vers le sud, plus il fait froid. Il décide d’hiverner en Patagonie (Argentine). Le 31 mars 1520, la flotte trouve donc refuge dans un estuaire abrité qu'ils nomment Port de San Julián. C'est ici qu'éclate « la mutinerie de Pâques » dont Magellan va se sortir mais avec de lourdes conséquences. Des équipages se soulèvent le 1[SUP]er[/SUP] avril sous la conduite de Juan de Cartegena, Luis de Mendoza et Gaspar de Quesada qui s'inquiètent du tour que prend le voyage, doutent de l'existence de ce passage vers l'ouest et surtout de leurs chances de survie dans ces régions froides et désertes...

    Magellan et les marins qui lui sont restés fidèles parviennent habilement à se défaire des mutins. Mendoza est tué par surprise par le prévôt (alguazil) Gonzalo Gómez de Espinosa, Quesada est exécuté, Cartegena et le prêtre Pedro Sánchez de la Reina sont abandonnés sur le rivage avec une épée et un peu de pain. La peine à laquelle sont condamnés quarante autres mutins, dont Juan Sebastián Elcano, est finalement amnistiée. Certains, dont le cosmographe Andrés de San Martín, subissent tout de même le pénible supplice de l'estrapade. La clémence de Magellan ne doit pas surprendre. Il avait besoin de tous pour poursuivre son voyage comme l'écrit Stefan Zweig : «comment poursuivre le voyage, si, en vertu de la loi, il fait exécuter un cinquième de ses équipages ? Dans ces régions inhospitalières, à des milliers de lieues de l'Espagne, il ne peut pas se priver d'une centaine de bras.»

    Naufrage du Santiago, désertion du San Antonio et découverte du détroit de Magellan – 1520
    Durant l'été austral, Magellan décide d'envoyer un de ses navires en reconnaissance pour trouver le fameux passage qui l'amènerait à l'ouest de l'Amérique, vers l'océan Pacifique. Malheureusement le Santiago s'échoue en mai. Trois mois plus tard, Magellan décide de repartir vers le sud avec les quatre navires restants. Le 21 octobre, Magellan aperçoit un cap qui marque l'entrée du détroit et qu'il baptise cap Virgenes (le cap des Vierges en espagnol). Il en commence l'exploration et reconnaît un passage vers l'ouest. Dans le dédale de fjords, cerné de falaises «menaçantes», aux eaux «sinistres», qu'il met plus d'un mois à traverser ; les récits indiquent que pendant la traversée du détroit, les marins aperçoivent de nombreuses fumées à l'intérieur des terres. La Tierra del Humo (en français : « Terre des Fumées ») qui apparaît sur les cartes postérieures au voyage, devient plus tard la Tierra del Fuego (Terre de Feu). Le détroit, nommé d’abord « chenal de Tous-les-Saints », prend rapidement le nom de détroit de Magellan en l’honneur du navigateur.

    Au milieu du détroit, Estêvão Gomes, pilote du San Antonio, se rebelle avec ses hommes et met aux fers le capitaine Àlvaro de Mesquita, cousin de Magellan. Il rebrousse chemin, déserte et repart vers Séville avec son chargement de vivres et de marchandises à troquer. Après avoir traversé l’Atlantique, le navire parvient à Séville le 6 mai 1521 avec 55 hommes à son bord.

    Traversée du Pacifique et mort de Magellan – 1520 / 1521
    À l'époque de Magellan, la circonférence de la Terre n'est pas encore connue avec précision, malgré le travail d'Ératosthène qui l'avait calculée près de dix-huit siècles auparavant. Mais Magellan ne sous-estime pas la dimension du Pacifique, comme une opinion courante le prétend. Son mémoire géographique, qu’il laisse au roi avant de partir, ainsi qu’une carte dressée par Jorge et Pedro Reinel en 1519 à Séville en font foi.

    La surprise du navigateur est de trouver un océan vide qu'il baptise « Pacifique » à cause du temps calme qu'il rencontre pendant sa traversée de la Terre de Feu jusqu'aux îles Mariannes, puis aux futures Philippines, traversée de trois mois et vingt jours. Par malchance, il n'approche aucune des nombreuses îles qui parsèment l’océan, à l'exception de deux atolls déserts, baptisés Islas Infortunadas où il ne peut accoster. L'eau n'est plus potable, les rations vont s'amenuisant, le biscuit même vient à manquer, l'équipage doit survivre en mangeant des rats puis des chats, en buvant de la soupe de copeaux de bois trempés dans de l'eau de mer, à faire cuire les carrés de cuir décousus du coin des voiles. Antonio Pigafetta écrit : « nous ne mangions que du vieux biscuit tourné en poudre, tout plein de vers et puant, pour l'ordure de l'urine que les rats avaient faite dessus et mangé le bon, et buvions une eau jaune infecte.». Le scorbut et le béribéri minent l'équipage, mais sans le décimer. Une étude récente montre qu’il n'y a eu que neuf morts lors de cette traversée de trois mois et demi et que cela est sans doute dû au céleri sauvage abondamment récolté dans le détroit. Le 6 mars 1521, ils parviennent en vue de Guam aux Mariannes où ils peuvent se ravitailler partiellement après avoir été pillés par les indigènes venant à leur rencontre à bord de pirogues, l'archipel ayant été baptisé, d'après Antonio Pigafetta, «Las Islas de los Ladrones», (les îles des Voleurs). Ils font voile ensuite pour les Philippines, et débarquent le 17 mars sur l’île d'Homonhon.

    Ils trouvent des paysages idylliques, les épices, les oiseaux multicolores, des indigènes qui semblent pacifiques. Une première escale a lieu sur l’île de Limasawa, où est dite la première messe, une seconde sur celle de Cebu où le roi Humabon se convertit au christianisme avec son peuple.

    Lapu-Lapu, roi du minuscule îlot de Mactan, en face de Cebu, refuse de se soumettre aux envahisseurs. Magellan mène une expédition contre lui en estimant que soixante hommes en armure dotés d’arquebuses peuvent vaincre des indigènes nus trente fois plus nombreux. Magellan tombe sous les coups, avec six de ses compagnons, le 27 avril 1521. La chronique d'Antonio Pigafetta apporte des précisions essentielles sur cet épisode : les guerriers de Lapu-Lapu s'étaient confectionné des boucliers en bois extrêmement dur, résistant aux arquebuses, tout en s'armant de flèches empoisonnées dont le venin avait un effet quasi-immédiat.

    Quatre jours plus tard, après la défaite à Mactan, le 1[SUP]er[/SUP] mai, Humabon tend une embuscade aux nouveaux arrivants lors d'un dîner au cours duquel il dit vouloir remettre aux officiers de la flotte les « joyaux et présents qu'il avait promis d'envoyer au roi d'Espagne » selon l'expression de Pigafetta, il s'agissait simplement pour le roi de Cebu de revenir en grâce auprès des seigneurs voisins qui souhaitaient se débarrasser des Européens. Selon Pierre Martyr d'Anghiera, l'origine de cette agression est tout simplement à chercher dans le viol des femmes. Ceux qui sont restés à bord des navires à l'ancre s'enfuient. Toujours selon le témoignage d'Antonio Pigafetta, Enrique, le domestique de Magellan, originaire des îles dont il parle la langue, se rallie à Humabon. En effet, le testament de Magellan stipule que son fidèle serviteur doit être affranchi. Or le gendre de Magellan, Duarte Barbosa, rejette cette disposition testamentaire et exige d'Enrique qu'il reste à bord. Cette contrainte injuste et illégale révolte l'intéressé qui rejoint Humabon.

    Ce dernier, informé des faiblesses des Européens restés sans chef après la mort de Magellan, estime le moment opportun pour se débarrasser d'eux.

    Les épices des Moluques et le retour vers l'Espagne – 1521 / 1522
    Il ne reste que 113 hommes désormais placés sous le commandement de Juan Sebastián Elcano. Ce nombre était alors insuffisant pour assurer la manœuvre de trois vaisseaux. Le 2 mai 1521, la Concepción est brûlée devant l’île de Bohol. La Victoria et la Trinidad prennent le large début mai, font escale à Palawan pour s’approvisionner en riz, puis gagnent à la mi-juillet la ville de Brunei, dans le Nord de l’île de Bornéo, pour une escale riche en péripéties. Enfin, le 29 juillet, ils lèvent l’ancre et se dirigent vers les îles aux Épices qu’ils atteignent un peu plus de quatre mois plus tard.

    Les navires arrivent à Tidore, aux îles Moluques, le 8 novembre 1521. Ces îles sont déjà connues des Portugais depuis une quinzaine d'années, Francisco Serrão, mort quelques mois avant l’arrivée des navires, y étant présent depuis 1512. Les équipages chargent d'épices les deux navires restants. Alors que la Victoria s'apprête à sortir du port, une importante voie d'eau est découverte dans la Trinidad. Elle est contrainte de rester pour faire des réparations, et repartira quatre mois plus tard. Avec 50 hommes à son bord et commandé par João Lopes de Carvalho, le navire est finalement arraisonné par les Portugais qui ne trouveront à bord que vingt marins très affaiblis par leur vaine tentative de rejoindre vers l'est l'Isthme de Panamá.

    La Victoria, 60 hommes (dont 13 Moluquois), sous le commandement d’Elcano, quitte l'île de Tidore le 21 décembre 1521 et réussit à traverser l'océan Indien et à passer le cap de Bonne-Espérance pour rejoindre l'Espagne. Seuls dix-huit membres d'équipage atteignent Sanlúcar de Barrameda le 6 septembre 1522. Douze hommes restés prisonniers des Portugais au Cap-Vert ne reviennent que quelques semaines plus tard. La Victoria est le premier bateau qui effectue la circumnavigation complète du globe. La vente des épices rapportées à fond de cale rembourse l'essentiel des frais engagés au départ, mais est insuffisante pour couvrir les arriérés de solde dus aux survivants et aux veuves. En fait, le bilan financier est très négatif et les expéditions suivantes (García Jofré de Loayza en 1526 et Àlvaro de Saavedra en 1527) sont des désastres. En 1529, par le traité de Saragosse, l'Espagne renonce définitivement à ses prétentions sur les Moluques, chèrement vendues pour 350 000 ducats. Le bénéfice politique est quasi nul jusqu'à l'ouverture de la ligne Manille-Acapulco en 1565 et l’occupation des Philippines, revendiquées par l'Espagne au nom de la première découverte. Comme l'écrit Pierre Chaunu : «le retour d'El Cano par la voie portugaise de la Carreira da India a une valeur scientifique, non pas économique. Il est prouvé qu'on ne peut contrebattre valablement par le passage du sud-ouest la navigation indo-portugaise du cap de Bonne-Espérance.» Il faut attendre 58 ans la deuxième circumnavigation, réalisée par Francis Drake. Le détroit de Magellan comme voie de passage vers le Pacifique est quant à lui abandonné pendant plusieurs siècles, et seul le percement du canal de Panama apporte une solution satisfaisante au difficilement praticable « passage du sud-ouest » par le cap Horn.

    Les premiers circumnavigateurs


    Voici la liste des 18 Occidentaux à avoir fait les premiers le tour du monde :

    • Juan Sebastián Elcano, capitaine ;
    • Francisco Albo, pilote ;
    • Miguel de Rodas, contremaître ;
    • Juan de Acurio, contremaître ;
    • Hans, canonnier ;
    • Hernando de Bustamante, barbier ;
    • Martin de Judicibus, prévôt ;
    • Diego Gallego, marin ;
    • Nicolás de Nauplie, marin ;
    • Miguel Sánchez de Rodas, marin ;
    • Francisco Rodrigues, marin ;
    • Juan Rodríguez de Huelva, marin ;
    • Antonio Hernández, marin ;
    • Juan de Arratia, mousse ;
    • Juan de Santander, mousse ;
    • Vasco Gomes Gallego, mousse ;
    • Juan de Cubileta, page ;
    • Antonio Pigafetta, supplétif.
    Les douze hommes retenus prisonniers au Cap-Vert, qui reviennent quelques semaines plus tard à Séville, via Lisbonne :

    • Martín Méndez, secrétaire de la flotte ;
    • Pedro de Tolosa, dépensier ;
    • Richard de Normandie, charpentier ;
    • Roldán de Argote, canonnier ;
    • Maître Pedro, supplétif ;
    • Juan Martín, supplétif ;
    • Simón de Burgos, prévôt ;
    • Felipe Rodas, marin ;
    • Gómez Hernández, marin ;
    • Bocacio Alonso, marin ;
    • Pedro de Chindurza, marin ;
    • Vasquito, mousse.
    Les cinq survivants de la Trinidad, qui eux aussi ont accompli le tour du monde, mais en ne revenant en Europe qu’en 1525-1526 :

    • Gonzalo Gómez de Espinosa, prévôt de la flotte (alguazil) ;
    • Leone Pancaldo, pilote ;
    • Juan Rodríguez el Sordo, marin ;
    • Ginés de Mafra, marin ;
    • Hans Vargue, canonnier.
    Cependant, nombreux sont les historiens qui font remarquer qu'en toute rigueur, le premier homme à avoir bouclé le tour du monde est l'esclave de Magellan, Enrique, dès 1521. En effet cet esclave est originaire de la région où est mort Magellan, car il en parlait très bien la langue. C'est grâce au dialogue très facile de Enrique avec les "locaux", les sujets du roi Humabon, que Magellan comprend, peu de temps avant sa mort, qu'Enrique a bouclé le tour du monde.

    Repères chronologiques
    [​IMG]

    Postérité

    Le récit De Moluccis Insulis de Maximilianus Transylvanus est publié en 1523. C'est à partir de ce texte que l'Europe a pu en tout premier lieu satisfaire sa curiosité concernant le premier tour du monde réalisé par un navire espagnol. Relation du voyage de Magellan, le récit beaucoup plus complet d'Antonio Pigafetta, connaît un certain succès à sa publication en 1526 mais les exploits de Magellan sont oubliés dès la fin du XVI[SUP]e[/SUP] siècle. C'est la biographie de Stefan Zweig en 1938 qui remet Magellan au devant de la scène et suscite d'autres biographies d'auteurs nationalistes portugais alors que jusque là les Lusitaniens voyaient en lui un traître. Le peuple portugais s'est désormais réapprorié ce personnage, contrairement aux Espagnols.

    Les Nuages de Magellan sont nommés en son honneur au début du XIX[SUP]e[/SUP] siècle, de même que la sonde spatiale Magellan dans les années 1980 ou le Manchot de Magellan pour rappeler que l'explorateur avait aperçu cet oiseau en 1520 au cours de son voyage au sud du continent sud-américain.

    Créées en 1999, les éditions Magellan & Cie ont vocation à donner la parole aux écrivains-voyageurs de toutes les époques.

    Trois cratères, deux situés sur la Lune (Magelhaens et son cratère satellite "Magelhaens A") et un autre sur Mars (Magelhaens), ont été nommés d'après Magellan et orthographiés "Magelhaens".

    De nombreux colloques, publications et cérémonies sont prévues pour la commémoration du 5[SUP]e[/SUP] centenaire de la 1[SUP]re[/SUP] circumnavigation de la Terre, tel le Sanlúcar de Barrameda 2019-2022.


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  17. titegazelle

    titegazelle سُبحَانَ اللّهِ وَ بِحَمْدِهِ Membre du personnel

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    Jacques Cartier


    Jacques Cartier
    (né probablement entre le 7 juin et le 23 décembre 1491 à Saint-Malo, mort dans la même ville le 1[SUP]er[/SUP] septembre 1557) est un navigateur et explorateur français. Auteur de cartes ayant permis l'apparition du golfe du Saint-Laurent sur les représentations du globe, Cartier, par ses Relations, est le premier Européen à décrire et nommer ces eaux, leurs rives et leurs habitants, et le territoire visité qu'il nomme Canada.

    Biographie

    De la naissance au premier voyage de 1534

    Nous ne connaissons que bien peu de chose de sa vie allant de sa naissance jusqu'à son premier voyage officiel en 1534. Son acte de baptême ne nous est pas parvenu puisque les registres de l'état civil de Saint-Malo manquent de 1472 à 1494. Depuis la seconde moitié du XIX[SUP]e[/SUP] siècle, les historiens considèrent Jacques Cartier comme le fils de Jamet et de Geffline Jansart, bien qu'aucun document d'archive ne l'atteste. S'il est bien le fils de ces derniers, il aurait eu pour frères Lucas et un enfant non nommé, né en 1494, ainsi qu'une sœur ayant pour nom Berteline. Ce qui est certain, c'est qu'il a eu une sœur nommée Jehanne, puisqu'elle apparaît dans le testament du pilote et explorateur malouin daté du 19 mai 1541. Selon Frédéric Joüon des Longrais, il faudrait ajouter à la liste de la fratrie de l'explorateur le nom de Jehan puisqu'il a été le parrain de deux de ses enfants.
    Jacques Cartier épouse, au début d'avril 1520, Catherine, fille de Jacques des Granches, connétable, et de Françoise Du Mast : un mariage qui améliore grandement la condition sociale de l'époux. De cette union ne naîtra aucune descendance.


    Les archives malouines nous le présentent sous les traits, entre autres, d'un compère, pour les cérémonies baptismales, et d'un témoin ou juré, dans les procédures judiciaires, très recherché de la part de ses concitoyens. En effet, sur une période s’étalant du 21 août 1510 au 17 novembre 1555, son nom est indiqué sur 58 actes de baptême, dont 35 où il apparaît comme parrain d’enfants bretons. Tissant soigneusement ses liens parmi les bourgeois et les officiers municipaux de Saint-Malo, Jacques Cartier consolida également son réseau social grâce à ses fréquentations auprès de la confrérie de Saint-Jean-Baptiste, communément appelée la confrérie des Frères Blancs. Il semble que, parallèlement au domaine maritime, Jacques Cartier s'intéressait également au monde judiciaire, puisqu'en 1518 il avait en sa possession un livre intitulé Les loables Coustumes du pays & Duche de Bretaigne, dans lequel se trouvaient les règles juridiques bretonnes et les coutumes de la mer (rôles d'Oléron). C'est sans doute grâce à son savoir du droit qu'il était souvent sollicité comme témoin ou juré dans les cours de Saint-Malo. Aucun document d'archive connu ne nous informe de sa carrière de pilote avant 1530. La majorité des historiens reconnaissent qu'il devait avoir quelque compétence en la matière, pour mériter le titre de «capitaine et pilote pour le Roy ayant charge de voiaiger et allez aux Terres Neuffves passez le destroict de la baye des Chasteaulx» et de succéder ainsi à Giovanni da Verrazano.

    Dans la mesure où l'on ne connaît pas le ou les auteurs des récits relatant les voyages de Cartier, il serait vain d'y chercher quelques indices sur sa personnalité et sa carrière maritime avant 1530. Pour expliquer la genèse du premier voyage de 1534, et connaître les circonstances entourant le choix de Cartier par François I[SUP]er[/SUP], roi de France, deux documents postérieurs aux événements et, comme l'on peut s'y attendre, relatant différemment les faits, ont été employés par les historiens. Le premier, le plus anciennement utilisé par les auteurs, est tiré de l'Histoire de la Nouvelle France de l'avocat Marc Lescarbot.

    Selon l'avocat-historien, c'est Jacques Cartier qui aurait proposé lui-même ses services à l'amiral de France Philippe Chabot en 1533, qui : «les representa à sa Majesté, & fit en sorte que le dit Quartier eut la charge». Cette version des faits n'est rapportée que par Lescarbot, mais il y a toutefois des arguments qui viennent la supporter. En effet, Jacques Cartier avait donné le nom de l'amiral à l'île Brion, située dans le golfe du Saint-Laurent, et qui a préservé son choronyme jusqu'à aujourd'hui. Parmi les raisons qui poussaient les chefs d'expédition à nommer un nouveau territoire, il y avait celle d'honorer les principaux «maîtres d'œuvre» du voyage.


    Plusieurs historiens avancent qu'il aurait pu accompagner une campagne de pêche, pour se rendre à Terre-Neuve avant 1532, car la région était fréquentée des pêcheurs basques et bretons. Certains suggèrent aussi qu'il aurait pu participer à l'un des voyages d'exploration de la côte brésilienne par la flotte normande sous pavillon dieppois, vu :

    En 1532, alors qu'une guerre éclate entre la couronne du Portugal et les armateurs normands au large du Brésil, il est présenté à François I[SUP]er[/SUP] par Jean Le Veneur, abbé du Mont-Saint-Michel. Celui-ci évoque des voyages que Cartier aurait déjà faits «en Brésil et en Terre-Neuve», pour affirmer qu'il était à même «de conduire des navires à la découverte de terres nouvelles dans le nouveau monde». Recevant une commission du roi de France, et devenant en ce sens le successeur de Giovanni da Verrazano, Cartier dirigera, aux frais du roi, trois voyages vers l'Amérique du Nord entre 1534 et 1542, espérant y trouver un passage pour l'Asie, sinon des richesses.

    Le premier voyage (1534)

    [​IMG]
    Description : Carte du premier voyage de Jacques Cartier en 1534.
    Date : 17 mars 2010
    Source : Travail personnel,
    French version of File:Cartier_First_Voyage_Map_1.png by Jon Platek
    Auteur : Pierre cb
    Autres versions : File:Cartier_First_Voyage_Map_1.png
    Ce fichier est disponible selon les termes de la licence
    Creative Commons
    paternité – partage à l’identique 3.0 (non transposée).

    _____________________

    Après seulement vingt jours de traversée (du 20 avril au 10 mai), Cartier atteint Terre-Neuve, avec ses deux navires et un équipage de 61 hommes. Il explore minutieusement le golfe du Saint-Laurent à partir du 10 juin.

    Le 12 juin, lors de la reconnaissance de nouveaux lieux et la dénomination de nouvelles rivières, Jacques Cartier et ses marins aperçurent, un peu à l'écart de la rivière qu'ils venaient de nommer Saint-Jacques, un grand navire originaire de La Rochelle, dont l'équipage, après une longue campagne de pêche à la morue, avait perdu son chemin au milieu des nombreuses îles du golfe du Saint-Laurent. Ils allèrent à bord de ce navire pour le conduire vers un lieu plus commode pour s'orienter, qu'ils appelèrent «Havre Jacques-Cartier».

    Le lundi 6 juillet, Jacques Cartier et son équipage entrent en contact avec les premiers Amérindiens de la Nation Micmac, au large de la Baie des Chaleurs. Les jours suivants, la confiance s'installe entre les marins et les autochtones, avec échanges de colifichets, couteaux, tissus... contre des peaux d'animaux.


    Le vendredi 24 juillet, il met pied à terre à Gaspé, y plante une croix de trente pieds, revendiquant la région pour le roi de France. La troupe des Français y rencontre des Iroquoiens du Saint-Laurent, venus pour la pêche, qui les accueillent sans grand plaisir. Le chef amérindien, Donnacona, après protestations, finit par permettre à Cartier d'amener deux de ses «fils» en France. La rentrée à Saint-Malo se fait le 5 septembre après une autre courte traversée de 21 jours.

    Le deuxième voyage (1535–1536)

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    Description : Second voyage de Jacques Cartier en Nouvelle-France en 1535-36.
    Date : 17 mars 2010
    Source : Travail personnel
    French version of File:Cartier_Second_Voyage_Map_1.png by Jon Platek
    Auteur : Pierre cb
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    Le deuxième voyage a lieu en 15351536 et débute le 19 mai. Cette expédition compte trois navires, La Petite Hermine (60 tonneaux), L'Émérillon (40 tonneaux) et la nef qui transporte Cartier, la Grande Hermine (120 tonneaux). Quinze mois de vivres ont été prévus. Ramenés de France par Cartier, les deux «fils» (neveux?…) du chef Donnacona, Taignoagny et Domagaya, parlent maintenant français. Recourant à leurs connaissances, Cartier remonte alors le cours du Saint-Laurent, découvrant qu'il navigue sur un fleuve lorsque l'eau devient douce. À l'île d'Orléans, le 7 septembre, devant Stadaconé, on retrouve Donnacona.
    Ce chef essaie de dissuader les Français de remonter le fleuve : il veut s'assurer du monopole du commerce. Cartier refuse et donne congé aux deux «fils». Il ira donc en amont sans interprète. Une partie des hommes restent et construisent un fortin, préparant le premier hivernage connu de Français au Canada. Cartier continue à remonter le fleuve sur l’Émérillon, dont bientôt le tirant d'eau interdit de poursuivre au-delà du lac Saint-Pierre : il y ancre l’Émérillon et l'équipage poursuit en barques.


    - À Hochelaga
    Le 2 octobre 1535, Jacques Cartier et ses compagnons arrivent dans la région de l'établissement nommé Hochelaga. La nuit venue, ils se retirent tous à bord des barques. Tôt le lendemain matin, avec ses gentilshommes et vingt mariniers armés, Cartier entreprend à pied le chemin vers ce village, sur une voie bien aménagée. Marchant ainsi deux lieues (environ 8 km), ils peuvent enfin apercevoir cette bourgade palissadée de tronc d'arbres, sur une colline et entourée de terres cultivées, pleines de maïs (dit blé d'Inde), ainsi qu'il décrira le paysage entourant Hochelaga. Il nommera Mont Royal, cette montagne de l'île et de la ville qui est aujourd'hui nommée Montréal.

    La bourgade n'a dans son rempart circulaire qu'une seule porte d'entrée (sortie). On y compte une cinquantaine de «maisons longues», communautaires. Le chef du village affirme que l'on peut continuer à remonter le fleuve vers l'ouest durant trois lunes et, de la rivière des Outaouais, se diriger vers le nord et pénétrer dans un pays où l'on trouve de l'or (qui est l'actuelle grande région de l'Abitibi).


    Après cette visite d'un jour, les Français rebroussent chemin et retournent au royaume de Kanata (ce qui donnera Canada, c'est la région de Stadaconé), région de Québec, hiverner au mouillage, à côté du fort Sainte-Croix, sur la rivière du même nom.

    Les rapports avec les Iroquoiens du Saint-Laurent sont bons, malgré quelques disputes sans gravité, qui ne dégénèrent jamais en violence. Cartier découvre cependant les premiers scalps dans la maison de Donnacona. Il y goûte aussi le tabac, qu'il n'apprécie guère. L'hiver de l'Amérique du Nord arrive et surprend les Français, le fleuve gèle et emprisonne les navires. Cartier et ses hommes hivernent près de la rivière Sainte-Croix (maintenant dite rivière Saint-Charles, à Québec). Les hommes souffrent du scorbut, les Iroquoiens en sont aussi frappés, des Français meurent tandis que les Amérindiens s'en tirent beaucoup mieux.
    Cartier, épargné, découvre que les Micmacs se soignent avec une infusion d'aiguilles et d'écorce de pin. Il applique le traitement à ses hommes et, bientôt, les guérisons se multiplient. En avril, Cartier emmène Donnacona, pour le présenter à François I[SUP]er[/SUP], avec ses deux «fils » (neveux?…) et sept autres Iroquoiens; puis, profitant du dégel, il met le cap sur la France, abandonnant La Petite Hermine,«faute d’un équipage assez nombreux» (25 des 110 équipiers étaient décédés du scorbut). Après un passage par Saint-Pierre-et-Miquelon, il retourne à Saint-Malo en juillet 1536, croyant avoir exploré une partie de la côte orientale de l'Asie.

    Le Lieu historique national Cartier-Brébeuf * commémore cet hivernage de Jacques Cartier.

    Le troisième voyage (1541—1542)
    Donnacona, qui a compris ce que cherchent les Français (de l'or, des gemmes, des épices), leur fait la description qu'ils veulent entendre : celle du riche royaume de Saguenay. Sur ce, François I[SUP]er[/SUP], bien qu'occupé par les menaces de Charles Quint, se laisse convaincre de lancer une troisième expédition avec pour instructions, cette fois, d'implanter une colonie.

    L'organisation de l'expédition est confiée à Jean-François de La Rocque de Roberval, un homme de cour, ce que Cartier n'est pas. Il ne sera cette fois que le second de Roberval. La colonisation et la propagation de la foi catholique deviennent les deux objectifs. Donnacona meurt en France vers 1539, comme d'autres Iroquoiens du Saint-Laurent, d'autres s'y sont mariés, aucun ne reviendra de France. On prépare l'expédition, arme cinq navires, embarque du bétail, libère des prisonniers pour en faire des colons. Roberval prend du retard dans l'organisation et Cartier s'impatiente puis décide de s'engager sur l'océan sans l'attendre. Après une traversée calamiteuse, il arrive enfin sur le site de Stadaconé en août 1541, après trois ans d'absence. Les retrouvailles sont chaleureuses malgré l'annonce du décès de Donnacona, puis les rapports se dégradent et Cartier décide de s'installer ailleurs.


    Il fait édifier le fort de Charlesbourg-Royal au confluent du Saint-Laurent et la rivière du Cap Rouge, pour préparer la colonisation. Bientôt, l'hiver arrive et Roberval est toujours invisible, avec le reste de l'expédition. En attendant, Cartier accumule «l'or et les diamants», qu'il négocie avec les Iroquoiens du Saint-Laurent, qui disent les avoir ramassés près du camp. En 1542, Cartier lève le camp, rencontre Roberval à Terre-Neuve. Malgré l'ordre que ce dernier lui donne de rebrousser chemin et de retourner sur le Saint-Laurent, Cartier met le cap vers la France.

    Aussitôt arrivé en France, il fait expertiser le minerai, apprenant qu'il ne rapporte que de la pyrite et du quartz, sans valeur. Sa mésaventure est à l'origine de l'expression «faux comme des diamants du Canada»… et du toponyme actuel, «Cap Diamant», pour désigner l'extrémité est du promontoire de Québec.

    La retraite

    Déçu, Cartier se retire dans son manoir de Limoëlou à Rothéneuf , près de Saint-Malo. Considéré comme un sage, on le consulte parfoiset on met à profit ses connaissances du portugais. Il succombe le 1[SUP]er[/SUP] septembre 1557, probablement de la pestequi frappe la ville cette année-là. L'on croit avoir retrouvé ses restes en 1944, qui reposent depuis dans la cathédrale de Saint-Malo. D'après un extrait tiré des papiers de famille des Garnier de Fougeray, il est écrit que son corps a été inhumé le jour même de son décès, dans la cathédrale, par son parent et compère Michel Audiepvre.

    Publications
    Manuscrits et historique des Relations
    Cartier n'est peut-être pas l'auteur des Relations, dont les manuscrits originaux sont tous perdus.
    Le récit du second voyage de Cartier (1535-1536) est publié dès 1545 à Paris; il ne reste que trois exemplaires connus de cette impression. Puis les Relations des premier et second voyages sont traduites en italien par Giovanni Battista Ramusio, publiées en 1556 et réimprimées à maintes reprises. Les textes italiens sont traduits en anglais par John Florio en 1580, puis en français en 1598 chez Raphaël du Petit Val.

    Les manuscrits étant perdus, la Relation du troisième voyage de Cartier et la Relation du voyage de Roberval ne sont connues qu'à travers la traduction anglaise de Richard Hakluyt, publiée en 1600 probablement rédigés à partir d'originaux trouvés à Paris en 1583. Les voyages de Cartier sont ensuite rapportés dans les Histoire de la Nouvelle-France (largement diffusées) : celle de Lescarbot (1609-1617), et celle de Charlevoix (1744). Les textes des trois relations de Cartier et celle de Roberval, traduits de l'italien et de l'anglais, sont réunis pour la première fois en un tome publié à Québec en 1843.

    D'autres renseignements émergent des archives d'Europe au cours de la seconde moitié du XIX[SUP]e[/SUP] siècle, qui permettent de compléter le tableau et de réparer quelques erreurs. Trois copies manuscrites de la deuxième relation sont étudiées lors d'une édition de 1863.
    En 1867, Michelant trouva une copie manuscrite du premier voyage qu'il publia aussitôt et qui fait depuis autorité. Pour le deuxième voyage, il existe trois manuscrits à la Bibliothèque nationale de France : le 5653, aux armes de Charles IX, qui fut considéré comme l'original par Avezac et reproduit comme tel par la Société littéraire et historique de Québec, en 1843, le 5589 que l'archiviste canadien Henry Percival Biggar a publié en 1901, et a considéré comme l'original, et le 5644, défectueux, qui reproduit le texte du manuscrit 5653 à quelques variantes près.
    Henry Percival Biggar fait le point en 1924, par l'étude critique des textes.


    Relations
    des voyages
    Œuvres en ligne

    Résultats d'études
    En ligne
    - (fr) Louis Le Jeune, Jacques Cartier, Dictionnaire général de biographie…, Université d'Ottawa, 1931
    - (fr)(en) Marcel Trudel, Jacques Cartier, dans l'Encyclopédie canadienne (EC) — avec photo d'une réplique (1967) de La Grande Hermine
    - (fr)(en) Marcel Trudel, Jacques Cartier, dans le Dictionnaire biographique du Canada (DBC)
    - (fr) Le chantier archéologique Cartier-Roberval

    Citations

    - «On lui attribue habituellement la découverte du Canada, désignant par là la mince région du Québec à laquelle il donne le nom de Canada durant son expédition de 1535. Il est le premier explorateur du golfe du Saint-Laurent et certainement le premier à tracer la cartographie du fleuve Saint-Laurent, dont la découverte, en 1535, a permis à la France d'occuper l'arrière-pays de l'Amérique du NordMarcel Trudel.

    - «Même si ses explorations n’ont pas l’envergure des travaux de Hernando de Soto ou de certains explorateurs sud-américains, Cartier figure parmi les grands noms du XVI[SUP]e[/SUP] siècle. Il est le premier à faire un relevé des côtes du golfe du Saint-Laurent, à décrire la vie des Indiens du Nord-Est de l'Amérique du Nord, et, c’est bien là son plus grand mérite, il découvre en 1535 le fleuve Saint-Laurent qui sera l’axe de l’empire français d’Amérique, la route essentielle par laquelle les explorateurs s’élanceront vers la baie d'Hudson, vers l’horizon mystérieux de la mer de l’Ouest et vers le Mississippi. Découvreur d’un des grands fleuves du monde, Cartier est au point de départ de l’occupation par la France des trois quarts d’un continentMarcel Trudel.


    Hommages

    Un boulevard ainsi qu'une station de métro de Rennes portent le nom de Jacques Cartier, ainsi qu'un lycée public de Saint-Malo. Un pont et une place de Montréal portent également le nom de Jacques Cartier.


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    Nom de la page : Jacques Cartier
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    Source : Article Jacques Cartier de Wikipédia en français (auteurs)
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    titegazelle سُبحَانَ اللّهِ وَ بِحَمْدِهِ Membre du personnel

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    Amerigo Vespucci


    Amerigo Vespucci
    (ou Améric Vespucci), né le 9 mars 1454 à Florence en Italie et mort le 22 février 1512 à Séville en Espagne, est un marchand, bijoutier et navigateur.

    Il fut le premier à émettre l'hypothèse que la côte de l'Amérique du Sud constituait un nouveau continent alors que tous les navigateurs de l'époque, y compris Christophe Colomb, pensaient débarquer en Asie. À la fin de sa vie, Christophe Colomb, physiquement très diminué, reste en contact avec son fils Ferdinand et son frère Barthélémy, par lettres et par l'envoi d'émissaires, dont Amerigo Vespucci. Amerigo travaille à essayer de faire reconnaître ses droits et les richesses qui lui reviennent. Il put lui-même se rendre à la cour à l'été 1505, à dos de mule, permission temporaire accordée par le roi. Sa présence auprès du souverain Ferdinand ne se montre pas plus décisive, le roi ayant compris ce qu'impliquait la découverte de ces «Indes». Il «n'entend nullement restituer à l'Amiral les prérogatives financières et gouvernementales» telles que spécifiées le 30 avril 1493 au retour du premier voyage de Colomb.

    C'est à partir de son prénom que sera créé le nom propre «Amérique» à l'initiative de Martin Waldseemüller, cartographe allemand établi au sein du collège des savants de Saint-Dié (Vosges), qui affirme que la découverte des terres à l'ouest doit être attribuée à Vespucci.


    Bibliographie


    - Jean-Paul Duviols, Le nouveau monde : les voyages d'Amerigo Vespucci, 1497-1504 (ISBN 2-906462-06-3)
    - Stephan Zweig, Amerigo, récit d'une erreur historique, traduction de l'allemand par Dominique Autrand (Amerigo : die Geschichte eines historischen Irrtums), Belfond, 1992 (ISBN 2-7144-2794-4)


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    Nom de la page : Amerigo Vespucci
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    Source : Article Amerigo Vespucci de Wikipédia en français (auteurs)
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    Amerigo Vespucci, le voleur de gloire ?

    Étrange destin que celui de ce marin florentin dont la renommée dépasse celle des plus grands et qui, pourtant, n’a jamais rien découvert. Et c’est bien ce qu’on lui reproche. Voleur de gloire, Amerigo ? Opportuniste ? Ou simple victime d’une querelle perpétuelle entre l’Espagne et le Portugal ?


    Le fait est que Vespucci n’a pas découvert le continent qui porte son prénom. C’est clair pour tout le monde, du moins à l’époque, cette découverte est le fait de Christophe Colomb. Mais Colomb ne pensait-il pas aborder les rives des Indes ?

    Fils d’un notaire, issu d’une famille riche et considérée, Amerigo Vespucci quitte Florence et se rend en Espagne où il devient commis puis "directeur"d’une grande maison de commerce, celle d’un Florentin, comme lui. Chef comptable, il assurera l’armement des navires de la troisième expédition de Colomb. Peut-être cette transaction et le fait qu’un de ses frères se soit embarqué dans l’aventure en Orient –il a établi un comptoir à Jérusalem- vont pousser Vespucci à désirer découvrir, par lui-même, ces terres lointaines. A-t-il abordé les côtes mêmes du nouveau continent avant Colomb (qui, rappelons-le, aborde, lors de ses premiers voyages, les Antilles) ?


    Peu importe, en fait car, même si cela avait été le cas et même si l’argument du lieu géographique pouvait tenir, les frères Cabot seraient alors, eux aussi, les découvreurs du continent, ayant abordé les côtes du Labrador en juin 1497, comme Vespucci, soit un an avant Colomb mais six ans après sa découverte des Antilles.

    En fait, Vespucci qui fera quatre voyages aux Amériques a surtout fait la découverte, essentielle, que ce continent n’était pas les Indes ou la Chine mais bien un nouveau continent. Et c’est sous les couleurs du Portugal qu’il fait cette constatation, un fait politique qui ne fera qu’alimenter la controverse. Qui l’alimentera mais qui ne la fera pas naître. Car si l’Amérique porte désormais et pour l’éternité le prénom de Vespucci, ce n’est pas par désir d’une quelconque gloire de la part du Florentin. C’est tout simplement parce que cet homme lettré, amoureux des sciences et des découvertes, va écrire une relation de ses voyages. Et ces relations, ou du moins l’une d’elle – sans doute son troisième voyage -, va tomber entre les mains d’un certain Martin Walltzemüller, un imprimeur allemand ou lorrain. A la lecture des relations de voyages de Vespucci, Walltzemüller publie un petit traité de géographie, axé essentiellement sur les nouvelles découvertes, et donne au nouveau continent le nom d’America. Le nom restera, même si, à l’époque, personne n’a la moindre idée de ce que représente cette découverte ? Le nom restera et donnera à Vespucci une gloire éternelle, une gloire bien amère.


    Écritpar Mathilde Dumas, le 18-03-2007
    Source : http://www.historia-nostra.com/index.php?option=com_content&task=view&id=533&Itemid=42
     
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    titegazelle سُبحَانَ اللّهِ وَ بِحَمْدِهِ Membre du personnel

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    Lope de Aguirre


    Lope de Aguirre
    est un conquistador espagnol, né près d'Oñate en 1508 et mort le 27 octobre 1561 à Barquisimeto, aujourd'hui situé au Venezuela. Surnommé El Loco (Le Fou en français), il se rendit célèbre par sa cruauté et sa rébellion contre l'autorité du Roi Philippe II d'Espagne.

    Jeunesse


    Deuxième enfant d'une famille hidalga, Lope de Aguirre nait en 1511 près d'Oñate situé dans la province de Guipuscoa au pays basque espagnol. Il est issu d'un milieu social favorisé mais non fortuné, probablement d'une famille de notaires, comme le suggère le docteur Juan Carlos Guerra. L'héritage de la famille étant destiné à l'aîné, Aguirre n'a que peu d'options : entrer dans les ordres ou chercher fortune dans une plus grande ville d'Espagne ou en Amérique. Il part à Séville et devient dresseur de chevaux. La Séville du XVI[SUP]e[/SUP] siècle est alors une puissante cité commerciale reliée par voie maritime aux Indes occidentales.

    Après l'arrivée triomphante d'Hernando Pizarro à Séville, de retour du Pérou avec le trésor royal d'Atahualpa, de nombreuses rumeurs circulent dans la ville sur l'existence de fabuleux trésors et de grandes quantités d'or en terre inca, ce qui incitera nombre de jeunes espagnols à quitter la terre natale pour le Nouveau Monde. C'est dans ce contexte que Lope de Aguirre s'embarque pour l'Amérique en 1534, probablement à bord d'une expédition de 250 hommes commandée par Rodrigo Buran, comptable du gouverneur Pedro de Heredia.


    On sait peu de choses de ce voyage, si ce n'est qu'il serait arrivé au Pérou en 1536 ou 1537. Plusieurs Lope de Aguirre apparaissent dans divers documents officiels sans que son identité soit confirmée : il aurait été au service du gouverneur Pedro de Heredia, aurait survécu à un naufrage près de La Havane et enfin se serait rembarqué pour l'Amérique en 1539. À Cuzco il s'occupe, entre autres activités, du dressage des chevaux pour son compte ou celui des autres, puis participe à la fondation de La Plata, où il résidera quelque temps. En tant que conquistador il obtient très vite une réputation d'homme violent, cruel et déloyal. Dans ses Poésies des hommes illustres des Indes, Juan de Castellanos le décrira comme étant un "homme de petite taille et de mauvaises mœurs".

    Guerres civiles péruviennes


    Lope de Aguirre prend part aux nombreux soulèvements qui ensanglantent le Pérou participant en 1538 à la bataille de Las Salinas qui oppose pizarristes et almagristes, puis à l'expédition de Diego de Rojas et à la bataille de Chupas. En 1544, il est du côté du premier vice-roi du Pérou Blasco Núñez Vela qui arrive d'Espagne. Ce dernier a été chargé par le roi de mettre en application les Nouvelles Lois, qui interdisent sous peine de mort, de capturer des Indiens, de les forcer à travailler ou de leur voler leurs biens, ce qui provoque à Lima mécontentements et révoltes des conquistadors. Refusant les Nouvelles Lois et s'appuyant sur la Real Audiencia, Gonzalo Pizarro et Francisco de Carvajal organisent une armée, déposent le vice-roi et l'emprisonnent. Sous la conduite de Melchor Verdugo, Lope de Aguirre participe à une tentative de libération du vice-roi. L'opération échoue et ils s'enfuient à Cajamarca où ils recrutent des hommes pour lutter contre Pizarro.

    Cependant le vice-roi parvint à s'échapper par mer grâce à l'aide de l'oidor (juge) Álvarez et gagne Tumbes où il prend la tête d'une petite armée placée sous l'étendard royal. La guerre civile dure deux années et s'achève avec la défaite de Gonzalo Pizarro le 18 janvier 1546. Melchor Verdugo et Lope de Aguirre sont alors au Nicaragua où ils ont fui avec 33 hommes. Durant le périple, Verdugo a accordé le grade de sergent à Aguirre.


    En 1551, Lope de Aguirre retourne à Potosí (alors située au Pérou) et est arrêté par le juge Francisco de Esquivel pour violation des lois sur la protection des Indiens. Le juge condamne Aguirre à être fouetté en public malgré les protestations de ce dernier arguant que le châtiment serait indigne d'un gentilhomme issu de noble ascendance. Blessé dans son honneur, Aguirre ne pensera qu'à assouvir sa vengeance. Averti par des amis des desseins d'Aguirre, Esquivel s'éloigne de lui, se cachant et changeant constamment de lieu d'habitation. Durant trois années et quatre mois, Aguirre traque le magistrat à pied, le poursuivant à Quito et à Cuzco sur un total de près de 6000 kilomètres. Lassé de fuir, Esquivel rentre à Cuzco et emménage dans une maison assez proche de la grande église où il vit entouré de protections, portant en permanence "une cotte de mailles, et à son côté, un poignard et une bonne épée".

    Ayant repéré l'endroit, Aguirre entre un lundi en plein jour dans le manoir du magistrat et le trouve assoupi dans la bibliothèque. Il le poignarde au niveau de la tempe ainsi qu'au niveau du buste ; le juge décède peu après. Aguirre sort de la maison et, s'apercevant qu'il a oublié son chapeau, retourne sur ses pas le récupérer. Il ressort, semblant désorienté, et déambule dans la rue. Il aperçoit alors deux jeunes cavaliers qu'il connait et leur demande de l'aide pour se cacher. Les cavaliers le cachent pendant 40 jours dans une étable de la maison de leur beau-frère sans que celui-ci en soit informé, puis le déguisent en noir, lui teintant la peau au vitoc, afin de lui faire quitter la ville. Après être sorti de la ville et avoir marché sur près de 40 lieues, ils se séparent. Aguirre prend la route de Huamanca où il sera hébergé chez un proche parent qui est aussi l'un des plus riches et des principaux seigneurs de la ville. Il partira ensuite se réfugier à Tucumán.

    En 1552, il participe au soulèvement de Cuzco contre le vice-roi Antonio de Mendoza et est impliqué dans le meurtre du général Hinojosa[SUP]3[/SUP], corrégidor de Charcas, ce qui lui vaut une condamnation à mort. En 1553, il prend part au soulèvement de Sebastián Castilla à La Plata puis s'enfuit et se cache une année dans une grotte se nourrissant de pain et de racines. Il reçoit l'aide d'amis, jusqu'à ce qu'en 1554 les auditeurs du Pérou promettent une grâce générale aux hommes qui se rangeraient sous l'étendard royal. Aguirre suit le maréchal Alvarado contre le rebelle Francisco Hernández Girón et profite de l'amnistie. Il se blessera grièvement à la bataille de Chuquinga perdant l'usage du pied droit et se brûlera les mains en manipulant une arquebuse défectueuse. C'est à cette époque qu'il commence à être surnommé "Aguirre el loco".


    Expédition à Omagua et Eldorado


    En 1559, le vice-roi Andrés Hurtado de Mendoza organise une expédition fluviale de découverte et de conquête des territoires d'Omagua et d'Eldorado, réputés abriter d'immenses richesses. Il confie le commandement de la troupe à Pedro de Ursúa et le nomme gouverneur de ces contrées. Faisant d'une pierre deux coups, il souhaitait également éloigner du Pérou de nombreux soldats et mercenaires susceptibles de se rebeller contre l'autorité royale après la fin des guerres civiles.

    Aguirre, indésirable au Pérou, sans fortune ni gloire, abîmé par les combats successifs, décide de s'engager dans l'expédition et fait venir sa fille métisse Elvira ainsi que sa maîtresse doña Inés de Atienza. Le 26 septembre 1560, l'expédition se lance sur le fleuve Marañon. Aguirre nommera par la suite ses partisans marañones en référence au fleuve. L'expédition se compose de 300 Espagnols, un demi-millier d'indiens et plusieurs dizaines d'esclaves noirs, tous embarqués sur deux brigantins, de larges barques et de petites embarcations.


    Au bout d'une année, l'expédition, qui se trouve sur le fleuve Amazone, commence à vaciller : aucune découverte n'est faite et plusieurs embarcations sont perdues. Les conflits entre hommes se multiplient jusqu'à l'éclatement d'une mutinerie. Avec la participation d'Aguirre, les mutins renversent et assassinent Pedro de Ursúa qu'ils remplacent par Fernando de Guzmán. Lope de Aguirre, qui s'affirme comme le chef des mutins, décide la création d'un royaume indépendant et fait sacrer Fernando de Guzmán "Prince du Pérou, de la Terre Ferme et du Chili". Très vite, Aguirre fait assassiner les hommes réticents à son autorité dont Guzmán et ses fidèles. À la tête de ses marañones, il suit le cours du fleuve Orénoque et rejoint l'océan Atlantique, faisant subir de nombreuses violences aux populations indigènes rencontrées en chemin. Le 23 mars 1561, il fait ratifier par 186 soldats une déclaration le proclamant «Prince du Pérou, de la Terre Ferme et du Chili». Il entreprend alors de se diriger vers le Pérou avec l’intention de conquérir la vice-royauté.

    Opérations militaires contre la vice-royauté


    En juillet 1561 il s'empare de l'île Margarita et assoit son autorité par la terreur, tuant notamment plus de 50 habitants lors de la prise de la ville ainsi que de nombreux habitants des localités proches. Il écrit une lettre au roi Philippe II qu'il donnera à un père de Valencia chargé de l'envoyer à l'Audience Royale. Au total, Aguirre fait assassiner 72 personnes de l'expédition qu'il considère comme non utiles, dont deux moines, un ecclésiastique et quatre femmes. Se dirigeant vers Panama, il traverse le Venezuela et prend la ville de Valencia, semant la désolation dans la région. De nombreux marañones, à qui les autorités espagnoles promettent le pardon, l’abandonnent. Isolé à Barquisimeto et cerné par les armées royales, il poignarde sa propre fille et tue plusieurs des marañones qui tentent de le capturer. Il succombe lui-même à deux balles d'arquebuse le 27 octobre 1561. Son corps est alors découpé en quartiers et envoyé à plusieurs villes du Venezuela.

    Ses restes sont mangés par des chiens. Sa tête est envoyée à El Tocuyo et placée dans une cage de fer sur le pilori au milieu de la place. Ses lieux d'habitations sont détruits jusqu'aux fondations, labourés et semés de sel. Francisco Vázquez, qui participa à l'expédition, écrira : "Il restera de lui le même souvenir que de l'infâme Judas, pour qu'on le maudît et le honnît comme l'être le plus pervers qui soit né dans le monde".


    Aguirre dans la culture populaire


    Aguirre intéressa de nombreux artistes comme les écrivains vénézuéliens Arturo Uslar Pietri -qui publia en 1947 El camino de El Dorado, traduit en français en 1997 sous le titre Le chemin de l'Eldorado- et Miguel Otero Silva -qui publia en 1975 Lope de Aguirre, príncipe de la libertad, traduit en français en 1980 sous le titre Lope de Aguirre, Prince de la Liberté. Un roman de Ramón J. Sender, intitulé La aventura equinoccial de Lope de Aguirre (1968), s'inspira également de sa biographie.

    Deux films inspirés de la vie du conquistador ont été réalisés. Le premier par Werner Herzog en 1972 : Aguirre, la colère de Dieu avec Klaus Kinski dans le rôle principal ; le deuxième par Carlos Saura en 1988 et portant le titre El Dorado, avec Omero Antonutti dans le rôle de Lope de Aguirre et Lambert Wilson dans celui de Pedro de Ursúa.
    En 1991 est publiée en France la bande dessinée Aguirre de l'Argentin Enrique Breccia -le propre fils d'Alberto Breccia-, chez Soleil Prod.


    Il apparaît également dans le jeu éducatif "The Amazon Trail" sorti sur PC en 1996.
    En 2000, il est cité dans l'épisode "L'engrenage" de la bande-dessinée Le tueur, de Jacamon et Matz.

    En 2008, la bande dessinée Aguirre, Le Principe de Liberté (scénario de Richard Marazano et dessins de Gabriel Delmas) est publiée chez Carabas.

    En 1992, un groupe de rock argentin baptisé "AGUIRRE" naît, composé de Pablo Tapia, Mario Serra et Marcelo Moura. Il publie trois CD : "AGUIRRE" en 1992, "FRENTE AL ZOO" en 1993 et "AGUIRRE III" en 1995.



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    Source : Article Lope de Aguirre de Wikipédia en français (auteurs)
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    À Sa Majesté le roi Philippe d'Espagne et fils de Charles l'Invincible,
    Lope de Aguirre, le dernier de ses sujets, vieux chrétien, issu d'ancêtres
    d'humble condition, hidalgo, natif de la ville d'Oñate, en Biscaye,
    dans le royaume d'Espagne.


    DANS MA JEUNESSE, j'ai traversé l'Océan et j'ai été au Pérou pour m'élever par la carrière des armes et accomplir le devoir imposé à tout homme de bien. Ainsi pendant vingt-quatre ans, je n'ai cessé de te rendre de nombreux services dans la conquête du Pérou et dans les établissements fondés en ton nom; c'est surtout dans les batailles et les combats livrés sous ton drapeau que je t'ai servi de toutes mes forces et de toutes mes facultés, sans jamais importuner tes officiers pour aucun salaire, ce dont feront foi les registres royaux. Je pense, très excellent Roi et Seigneur, – quoique tu ne l'aies pas été pour moi et mes compagnons, ingrat et cruel comme tu le fus à l'égard des loyaux services que tu as reçus de nous –, qu'il doit y avoir tromperie quelque part de ceux qui t’écrivent de cette partie des Indes et qui profitent ainsi de son extrême éloignement. Je te donne avis, Roi d'Espagne, de ce que tu as à faire pour la justice et le bon droit, relativement aux fidèles vassaux que tu as dans ce pays, quoique moi-même, lassé des cruautés dont se rendent coupables tes auditeuteurs, vice-rois et gouverneurs, je me sois affranchi de ton vassalage, moi et mes compagnons (je les nommerai plus tard), en reniant notre patrie, l’Espagne; en suite de quoi nous avons juré de te faire, dans ce pays, une guerre acharnée, aussi longtemps que nos forces y pourront suffire. La seule cause de notre conduite, sache-le, Roi et Seigneur, est que nous ne pouvons endurer les impôts écrasants, les ordonnances et les mauvais traitements dont nous accablent tes ministres, qui, pour favoriser leurs parents et leurs créatures, nous ont arraché notre gloire, notre vie et notre honneur: c'est pitié, ô Roi!, que de voir les mauvais traitements qu'ils nous ont fait subir. Je suis privé de ma jambe droite par suite des coups d'arquebuse que j'ai reçus dans la bataille de Chucuniga, auprès du maréchal Alonso de Alvarado, en accourant à ton appel et en combattant Francisco Hernández Girón, révolté contre toi, comme nous le sommes aujourd'hui, moi et mes compagnons, et comme nous le serons jusqu'à la mort. Nous nous sommes déjà soulevés de fait dans cet Etat, car tu as été cruel et tu as violé ta foi et tes serments. Nous regardons ici tes grâces comme moins dignes de foi que les ouvrages de Martin Luther, et ton vice-roi, le marquis de Cañete, n'est à nos yeux qu'un homme luxurieux; poussé par une perverse ambition, et un tyran. Il a mis à mort Martín de Robles, qui s'était signalé à ton service, Alvaro Tomás Vázquez, le conquérant du Pérou, le malheureux Alonso Díaz, qui, dans la découverte de cet Etat, a éprouvé plus de fatigues que les compagnons de Moïse au désert, et Piedrahita, vaillant capitaine, qui a vu bien des batailles en combattant sous ton drapeau. A Pucara, ce furent eux qui te donnèrent la victoire, car s'ils n'avaient pas pris ton parti, Francisco Hernández serait aujourd'hui roi du Pérou. Ne fais point cas des services que, dans leurs lettres, tes auditeurs prétendent t'avoir rendus, car c'est une bien grande dérision de leur part que d'appeler service le gaspillage de huit mille pesos de ton trésor royal, dévorés par leurs vices et leurs infamies. Donne-leur le châtiment que mérite leur si évidente perversité. Songe bien à ceci Roi d'Espagne, pour n'être point cruel et ingrat envers tes vassaux: c'est que, pendant que vous jouissiez, ton père et toi, de la paix la plus profonde, au sein de tes Etats de Castille, ils t'ont donné, au prix de leur sang et de leurs biens, les royaumes et les provinces immenses que tu possèdes dans ces contrées; songe, Roi et Seigneur, que tu ne peux, en bonne justice, retirer aucun profit de ces contrées où tu n'as jamais rien aventuré, avant d'avoir indemnisé ceux qui y ont essuyé tant de fatigues et qui y ont sué leur sang.

    JE SUIS CERTAIN que peu de rois vont en enfer, parce qu'ils sont en petit nombre; si vous étiez nombreux, aucun ne pourrait aller au ciel, car je pense que vous y seriez pires que des démons, vous dont la soif, la faim et l’ambition ne sont satisfaites que par le sang humain; mais rien ne me surprend en vous qui vous dites innocents comme des enfants: l'innocent est un fou et votre gouvernement n'est que vent. Moi et mes deux cents arquebusiers, mes "Maragnons”, conquérants et nobles gentilshommes, faisons un seul vœu devant Dieu, c'est de mettre à mort tous tes ministres, car je sais déjà jusqu'où va ta clémence; et nous nous trouvons aujourd'hui les plus heureux des hommes d'être, dans cette contrée de l’Inde, les dépositaires de la foi et des commandements de Dieu, dans leur pure intégrité, et d'être, en notre qualité de bons chrétiens, les apôtres des doctrines de notre sainte mère l’Eglise romaine; aussi aspirons-nous, quoique pécheurs dans cette vie, à recevoir le martyre en témoignage des vérités divines.

    EN QUITTANT le fleuve des Amazones qu'on appelle aussi le Maragnon, dans une île nommée la Marguerite, et habitée par des chrétiens, nous vîmes quelques relations venues d’Espagne, qui nous apprirent le grand schisme des luthériens qui y a éclaté. Nous en ressentîmes tant d'étonnement et une telle crainte, que je fis massacrer un Allemand nommé Monteverde, qui se trouvait parmi nous. L'avenir décidera du châtiment des républiques, mais, sois convaincu, noble Monarque, que, Partout où je serai, je maintiendrai tout le monde dans la foi intacte du Christ. Dans ces contrées, la corruption des moines, spécialement, est si grande qu'il convient que ta colère et ton châtiment en fassent justice, car il n'y a pas un seul d'entre eux qui ne s'imagine avoir l'importance au moins d'un gouverneur. Songe, ô Roi !. à ne pas ajouter foi à leurs paroles : s'ils versent des larmes là-bas, aux pieds de ta royale personne, c'est afin de venir ici donner des ordres. Veux-tu savoir quelle est leur conduite aux Indes: dans le but de se procurer des marchandises et d'acquérir des biens temporels, ils font le trafic des sacrements de l'Eglise; ils sont les ennemis des pauvres, avares, ambitieux gloutons et orgueilleux, de sorte que quelque inférieur que soit un moine il a la prétention de régir et gouverner. Apporte un prompt remède à cela, Roi et Seigneur, car les mauvais exemples qui résultent de toutes ces choses empêchent que la foi ne se propage et s'imprime dans l'esprit des naturels; et je dis, en outre, que si la dissolution continue à régner parmi les moines, les scandales ne cesseront point.

    SI MOI ET MES COMPAGNONS nous avons résolu de mourir pour la juste raison qui est la nôtre, ô grand Roi !, toi seul as été la cause de tout cela et d'autres maux encore, pour n'avoir pris aucun souci des souffrances de tes sujets et n’avoir point reconnu tous les bienfaits que tu leur dois. Si tu ne jettes pas tes regards sur eux et si tu laisses faire tes auditeurs, jamais on ne parviendra à un bon résultat dans le gouvernement. Mon intention n'est pas de te présenter des témoins, mais de te donner connaissance de ce qui suit: chacun de tes auditeurs a par année quatre mille pesos d'appointements et huit mille pour les frais de sa charge, et au bout de trois ans chacun d'eux possède soixante mille pesos en économies, des terres et des héritages. Si au moins, avec tout cela, ils se contentaient d'être servis comme des hommes et n'exigeaient pas de nous autre chose, ce ne serait que demi-mal pour nous ; mais pour nos péchés, ils veulent que partout où nous les rencontrons nous nous mettions à genoux et nous les adorions comme Nabuchodonosor. Cela est intolérable pour un homme comme moi, couvert de blessures et mutilé sous tes drapeaux, ainsi que pour mes vieux compagnons, dont les forces se sont usées aussi en te servant. Je dois t'engager à ne point placer ta confiance dans de tels hommes de loi et t'avertir que le service de ton royaume souffre de ta négligence entre les mains de ces gens-là, dont la seule occupation est de bien marier leurs fils et leurs filles. C'est tout ce qu'ils savent faire, aussi, leur proverbe le plus commun est-il: “à tort ou raison bien grandit notre maison”. En outre, les moines ne veulent instruire aucun Indien pauvre et se sont installés dans les meilleures commanderies du Pérou. Leur vie est vraiment rigoureuse et pénible, car chacun d'eux, dans le but de faire pénitence, a, dans ses cuisines, une douzaine de garçons, qui sont chargés de pêcher du poisson et de tuer des perdrix ou d'apporter des fruits; enfin toute la commanderie n’a d’autre chose à faire qu’à s’occuper d’eux.

    JE TE JURE, Roi et Seigneur, par ma foi de chrétien, que si tu ne remédies à toutes les iniquités de ce pays, une calamité te viendra du ciel; je ne veux que te dire la vérité, car moi et mes compagnons nous n’attendons ni n’attendons rien de toi. Ç’a été une bien grande calamité que ton père, César et empereur par le courage des Espagnols, ait conquis la Germanie et ai perdu tant d'argent, produit par ces Indes que nous avons découvertes, tandis que tu ne prends aucun souci de notre vieillesse et de notre lassitude, au point qu'un jour nous mourrons de faim.

    SACHE, PUISSANT ROI, que nous voyons d'ici que tu as conquis l'Allemagne par les armes, mais que l’Allemagne a conquis l’Espagne par la corruption. Aussi, nous trouvons-nous ici beaucoup plus heureux avec du maïs et de l'eau, par cela seul que nous sommes loin de ces égarements funestes, que ne le sont, avec leurs festins, ceux qui sont tombés dans ces erreurs. Que la guerre continue là où elle a commencé à s'allumer parmi les hommes, mais, en tout temps et au sein de l'adversité, nous ne cesserons jamais d'être soumis et de nous conformer aux préceptes de la sainte Eglise romaine. Nous ne pouvons croire, puissant Roi et Seigneur, que tu sois si cruel pour des vassaux aussi loyaux que ceux que tu as dans ces contrées; mais nous pensons que tes injustes auditeurs et ministres n'agissent pas selon tes ordres. Je dis cela, puissant Roi et Seigneur, parce qu'à deux lieues de Lima on découvrit auprès de la mer une lagune, où par la volonté de la Providence quelques poissons s'étaient multipliés. Les pervers auditeurs et les officiers de ta royale personne, afin de s'approprier le poisson pour leurs festins et orgies, affermèrent la lagune en ton nom, voulant nous faire croire que telle était ta volonté, comme si nous étions des insensés. Mais, s'il en est ainsi, Seigneur, laisse-nous pêcher quelques poissons, nous le demandons parce que nous avons contribué à cette découverte; et d'ailleurs, le roi de Castille a-t-il besoin des quatre cents pesos qui sont le prix de sa rente? Illustre Monarque, nous ne te demandons, en récompense, rien qui vienne de Cordoue, de Séville, de Valladolid, ni d'aucune partie de l’Espagne, qui est ton patrimoine; mais permets que des infortunés, épuisés par les fatigues, se nourrissent avec les fruits et les produits de ce pays; et songe, ô Roi, qu'il y a pour tous un Dieu, une égale récompense et un même châtiment, le paradis et l'enfer.

    DANS L'ANNÉE 59, le marquis de Cañete donna à Pedro de Ursúa, naturel de Navarre, le commandement de l'expédition de découverte sur le fleuve des Amazones, que l'on appelle aussi l'expédition d'Omagua. A vrai dire, on n'entreprit la construction des navires que dans l'année 60, en la province des Motilones, qui limite le Pérou. Les Indiens s'y nomment Motilones, parce qu'ils ont les cheveux rasés. La région étant humide, lorsqu'on lança les navires à l'eau, la plupart d'entr'eux se brisèrent; nous construisîmes des barques et nous abandonnâmes les chevaux et toutes sortes de biens, après quoi nous nous laissâmes aller au cours du fleuve, non sans courir de graves dangers. Nous rencontrâmes les plus larges rivières du Pérou, de sorte que nous étions dans un vrai golfe d'eau douce, et nous parcourûmes d'une traite trois cents lieues, au bout desquelles nous débarquâmes pour la première fois depuis notre départ. Le gouverneur fut si pervers, si ambitieux et si négligent que nous ne pûmes le supporter; comme il est impossible de raconter tous ses méfaits, et comme je désire en outre m'en tenir à ce qui me regarde et fixer la part que j’ai prise à tout ces actes, part que tu rechercheras ô Roi et Seigneur, je dirai en peu de mots que nous le tuâmes sans plus tarder; après quoi nous élûmes pour notre roi un jeune gentilhomme de Séville, nommé don Fernando de Guzmán, et nous lui prêtâmes serment en cette qualité comme ta royale Personne le verra d'après les signatures de tous ceux qui prirent part à cette action, signatures qui sont restées à l'île Marguerite. On me nomma mestrie de camp, et comme je n'approuvais pas l'arrogance et les cruautés des autres, on voulu me tuer; mais je tuai le nouveau roi, le capitaine de sa garde, le lieutenant général, quatre capitaines, son majordome, l'ecclésiastique qui était son aumônier, une femme qui faisait partie de leur ligue, un commandeur de Rhodes, l'amiral, deux porte-étendards et cinq autres de leurs amis; tout cela dans l'intention de pousser la guerre avec vigueur et de mourir, s'il le fallait, pour nous venger des cruautés dont tes ministres nous accablent. Je nommai de nouveaux capitaines et un sergent-major: ils voulurent me tuer, je les fis tous pendre. Tout en suivant le cours du fleuve Maragnon, au milieu de ces assassinats et de ces malheurs, nous mîmes dix mois et demi pour arriver à l'embouchure du fleuve et pénétrer dans la mer. Nous voyageâmes pendant cent jours, ni plus ni moins, sur une distance de mille cinq cents lieues. Le fleuve est large et rapide; son embouchure a quatre-vingts lieues de large et l'eau y est douce; il ne se divise pas en un grand nombre de bras et de bas-fonds, comme on le prétend; il traverse huit cents lieues de désert, sans aucune espèce d'habitation, comme ta Majesté le verra d'après un récit très véridique que nous avons rédigé. Dans le trajet que nous fîmes, nous rencontrâmes plus de six mille îles. Dieu seul sait comment nous sommes sortis de ce lac de dangers!

    JE TE RECOMMANDE, Roi et Seigneur, de ne jamais donner ordre, ni ne jamais permettre qu'aucune flotte suive le cours d'un fleuve si maudit; parce que, par ma foi de chrétien, je te jure que si cent mille hommes fussen t venus, pas un seul n'eût échappé à cause de la fausseté des récits et des informations: il n'y a tout au long du fleuve que des sujets de désespoir, surtout pour des Espagnols fraîchement venus d’Europe.
    LES CAPITAINES ET OFFICIERS qui m'entourent et qui, par les offenses qu'ils ont subies, jurent de mourir dans l'accomplissement de leur dessein, sont: juan Gerónimo de Espínola, génois, capitaine d'infanterie, l'amiral juan Gómez, Cristóbal García, capitaine d'infanterie, les deux Andalous, capitaines de cavalerie, Diego Tirado, auquel, Roi et Seigneur, les auditeurs ont outrageusement enlevé les Indiens qu'il avait gagnés la lance à la main, et le capitaine de ma garde, Roberto de Lozaya, son porte-étendard Nuño Hernández, valencien, Juan López de Ayala, de Cuenca, le payeur, le porte-étendard général Blas Gutiérrez, conquérant âgé de 27 ans et natif de Séville, Custódio Hernández (Fernandes), porte-drapeau portugais, Diego de Torres, porte-drapeau navarrais, le sergent Pedro Rodríguez Viso, Diego de Figueroa, Cristóbal Rodríguez, Pedro de Rojas, natif d'Andalousie, Juan de Salcedo, porte-étendard de cavalerie, Bartolomé Sánchez Paniagua, capitaine des alguazils, Diego Sánchez Bilbao, pourvoyeur, et un grand nombre d'autres hidalgos de cette troupe. Tous prient Dieu notre seigneur qu'il te comble toujours de nouvelles faveurs, qu'il te fasse sortir avec bonheur de tes guerres avec le Turc, le Français et tous les autres qui pourraient vouloir t'attaquer dans les contrées que tu habites; mais qu'ici Dieu nous fasse la grâce que nous puissions conquérir, l'épée à la main, la récompense qui nous est due, puisqu'on a refusé de nous faire justice.
    Fils de vassaux qui te furent fidèles dans la province de Biscaye, je serai rebelle jusqu'à la mort à cause de ton ingratitude.


    Lope de Aguirre, le vagabond

    Source :
    http://www.lavoilenoire.com/Lettre.html
     

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